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tour le point réfléchi du péritoine sur lequel il repose. Dans cet état, le doigt introduit dans le vagin peut souvent, sans beaucoup de peine, refouler le fond de l'utérus, s'il est libre de toute adhérence aux parties voisines, et le remonter jusqu'à la hauteur de l'insertien utéro-vaginale; mais d'une part cette propulsion n'est pas directe, car elle s'exerce par l'intermédiaire gênant de la paroi postérieure du vagin, et d'une autre part, quand l'utérus est parvenu au point que je viens d'indiquer, le fond de cet organe est encore bien au-dessous de son niveau normal ; sans doute une impulsion du doigt, en distendant la partie supérieure du vagin, peut la lui faire dépasser; mais l'extensibilité de cette partie du canal est bornée, et si elle permet que le fond de l'utérus soit poussé un peu plus haut encore, elle ne permet presque jamais qu'il soit réintégré complétement dans sa situation naturelle ; la rétroversion sera sans doute atténuée, mais elle persistera à un degré notable encore.Maintenant il est certain que la déviation se reproduira en partie, si l'instrument qui l'a corrigée abandonne l'utérus, ou si, étant maintenu dans les voies génitales, l'action que cet instrument exerce n'est pas capable de résister à la pression continue des organes supérieurs qui tendent à reproduire le déplacement. Or, cette action propulsive efficace manque aux pessaires généralement employés pour cet usage et qui n'ont pas inférieurement un point d'appui solide; j'ajouterai d'ailleurs que si ce point d'appui lui était donné, l'instrument fortement poussé sur le point même où la présence de l'utérus déplacé était regardée comme une cause de compression douloureuse, devrait réveiller la souffrance qu'il était destiné à guérir. Je ne veux pas affirmer cependant que la réduction partielle d'une rétroversion ne saurait, en aucun cas, devenir une cause de soulagement; les faits cités par M. Hervez, notre collègue, et auxquels j'en pourrais, pour ma part, ajouter un petit nombre, démentiraient cette assertion ; mais ces faits eux-mêmes méritent d'étre étudiés ; car il ne serait pas impossible que quand les pessaires sont utiles dans les cas de rétroversion utérine, ils le fussent moins par les effets qu'on leur prête que par d'autres qui ont été méconnus. Et peut-être trouverait-on, en effet que, si l'on a produit un soulagement réel dans ces cas, ce n'est pas pour avoir réduit un organe déplacé, mais pour avoir soustrait un organesouffrant, en lui donnant quelque fixité, aux mouvements et aux frottements douloureux que j'ai signalés. Quant à l'anleversion, elle se prête beaucoup moins encore que la rétroversion à l'emploi d'un

moyen mécanique intérieur de réduction. Dans ce genre de déplacement, l'utérus n'est pas séparé de l'action directe du doigt ou des instruments seulement par la paroi antérieure du vagin, il l'est encore par la vessie ; il ne serait donc possible d'exercer une action contentive sur l'utérus déplacé qu'en y soumettant aussi des parties qui la supporte difficilement. Lorsque des déviations de cette espèce sont, par exception, la cause de quelque souffrance, je ne sais qu'un appareil qui puisse, en certains cas, les atténuer : c'est une ceinture bien faite, par exemple celle de Hull, modifiée et perfectionnée, ou toute autre. Cet appareil a l'avantage très-réel de soustraire l'utérus dévié à la pression des organes mobiles qui le surmontent ; il ne corrige pas le déplacement, mais il s'oppose, selon toute apparence, à ce qu'il soit accru par le poids des viscères abdominaux, pendant la marche ou la station. Au même titre, la ceinture de Hull perfectionnée, me paraît très-utile dans les phlegmasies utérines chroniques ou subaiguës, en soustrayant l'utérus malade à des pressions et à une mobilité douloureuses; elle a particulièrement le précieux avantage de rendre souvent inoffensif l'exercice à pied, qui me paraît exercer une influence heureuse sur les résultats du traitement. Je n'ignore pas que ces ceintures ne sont pas toujours supportées ; mais elles le sont dans la grande majorité des cas. M. Paul Dubois termine son discours par un examen critique de la nouvelle méthode d'abrasion et de cautérisation de la muqueuse intra-utérine, pratiquée par M. Récamier. Le jugement de l'orateur n'est que peu favorable à ce procédé.

Académie royale de médecine de Belgique.

SUITE DE LA DISCUSSION SUR LE CHOLÉRA ET L'HoMoEoPATHIE (1).

Séance du 27 avril 1850.

M. FALLoT (pour une motion d'ordre) : Messieurs, je suis depuis deux mois sous le coup d'une accusation extrêmement grave : celle d'en avoir imposé à l'Académie. Je crains que si nous abordions maintenant le troisième objet à l'ordre du jour, c'est-à-dire le rapport sur le mémoire de M. Didot, il ne nous resterait pas assez de temps pour reprendre la discussion des questions relatives au choléra. Je vous

(1) Voir notre cahier de juin, p. 598.

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prierai donc, afin de me mettre à même de présenter dès aujourd'hui ma justification, de bien vouloir aborder immédiatement cette dernière discussion. L'honorable M. Varlez est à son banc : il pourra nous communiquer la fin de son factum. Comme vous avez décidé que les discours relatifs aux discussions ne pourront durer plus d'une demi-heure, il aura fini à midi, et M. Raikem ayant eu l'obligeance infinie de me céder son tour de parole, ce dont je lui témoigne toute ma gratitude, je pourrai répondre incontinent, et dissiper les nuages qui pourraient s'être élevés dans vos esprits sur ma loyauté et ma bonne foi. M. SEUTIN : Messieurs, je suis chargé de faire le rapport de la troisième section sur le mémoire de M. Didot ; mais ce que vient de dire notre honorable collègue M. Fallot, me semble trop important pour que je ne m'empresse pas de vous proposer d'ajourner à la séance prochaine la lecture de ce travail. Je suis persuadé que M. Didot souscrira volontiers à cette proposition. M. DiDoT : En ce qui me concerne, je consens avec le plus grand plaisir au désir exprimé par M. Fallot. M. LE PRÉsIDENT : Ainsi, nous passons au quatrième objet à l'ordre du jour, qui est la continuation de l'examen des questions relatives au choléra épidémique. La parole est à M. Varlez; mais je dois lui faire connaître que, dans son dernier comité secret, l'Académie a pris les résolutions suivantes : « 1° Aucun discours écrit ne sera admis dans les discussions; les orateurs ne pourront se servir que de notes. » 2° Aucun discours oral ayant trait à une discussion ne pourra durer plus d'une demi-heure. Dans le cas où l'orateur croira, après l'extinction de la demi-heure, avoir encore des arguments à produire, il demandera l'autorisation de continuer ; l'Académie décidera si la parole doit lui être continuée ou retirée. » 5° Ces mesures d'ordre intérieur seront mises à exécution à partir de la prochaine séance de l'Académie. » M. VARLEz : L'Académie a déclaré, dans une séance antérieure, que je pourrais lire mon discours, et, n'ayant pas assisté au dernier comité secret, je n'ai eu connaissance de la décision qu'on y a prise que depuis deux jours : il me serait donc bien difficile de suivre toutes les idées que j'ai insérées dans mon manuscrit, D'un autre côté , une demi-heure ne pourra me suffire; car, pour réfuter mes adversaires, je serai obligé de consacrer au moins dix minutes à la lecture des arguInents qu'ils ont produits contre l'homœo.

pathie. Je demande, avant d'entrer en matière, que les dix minutes dont je viens de parler ne soient pas comprises dans la demi-heure qu'on a imposée comme limite aux orateurS. L'honorable M. Fallot nie les statistiques. J'en ai produit de concluantes en faveur de l'homœopathie. Je les ai puisées dans les faits, mis en regard d'autres faits, dans les mêmes localités, pendant la même épidémie; et mon adversaire, ne pouvant rien leur opposer, s'écrie : « Qu'y a-t-il de plus menteur que les chiffres ! M. d'Amador, ajoute-t-il, a démontré jusqu'à la dernière évidence, la nécessité d'une grande réserve dans l'admission des chiffres. » Le célèbre professeur de Montpellier a indiqué, il est vrai, cette réserve dans les maladies dissemblables, mais non dans celles qui offrent une grande analogie, et il faudrait d'abord prouver, pour que vos assertions eussent quelque valeur, que dans nos statistiques si heureuses, comparativement aux vôtres, nous n'avons eu à traiter que des maladies légères, vous laissant celles qui offraient du danger. Jusque-là nos statistiques resteront accablantes pour vos doctrines. Mais puisque vous admettez l'autorité du professeur d'Amador pour les statistiques, puisque vous le prenez toujours pour le guide de votre raison dans l'appréciation du numérisme, pourquoi repoussezvous la vérité de ses conclusions lorsqu'il soutient que l'homœopathie est supérieure à la vieille école, lorsqu'il prouve avec tant de puissance et d'éclat que la thérapeutique dynamique est, parmi toutes les thérapeutiques, la plus sûre, la plus rationnelle, la plus efficace et la plus féconde en applications pratiques ? Malgré votre éloignement pour les statistiques, éloignement que nous comprenons à merveille et que nous verrions passer à l'admiration la plus sincère si les statistiques vous étaient favorables, je ne puis résister au désir de faire connaître à l'Académie la relation du révérend père Matton, prêtre et aumônier du refuge de Marseille, qui rend hommage à l'homœopathie et à mon ami le docteur Chargé, de la manière suivante : « Guidé autant par la reconnaissance que par le désir d'être juste, je crois devoir publier ce que je sais : » Une ambulance a existé et existe encore dans notre refuge, sous la direction du docteur Chargé, secondé par M. Couillet, son élève. L'invasion de l'épidémie dans notre maison a été terrible : deux cent soixante et dix personnes, plus ou moins, en ont été frappées ; nous en avons eu jusqu'à cent et soixante alitées en mêmc

temps. Au nombre de ces malades, il s'en
trouvait plus de soixante et dix atteintes de
la manière la plus violente et présentant
les symptômes de l'asphyxie; quinze ma-
lades seulement ont succómbé; et chez la
plupart d'entre elles des causes étrangères
au mal sont venues paralyser les effets du
traitement. Pour les unes, le docteur Chargé
est arrivé à la période d'agonie; pour les
autres, il est constant qu'elles ont commis
des imprudences, sans parler du tempéra-
ment fort débile de quelques-unes de ces
dernières.
» Mais, sans faire l'éloge de l'assiduité
avec laquelle le docteur Chargé a servi ses
malades; sans parler de l'habileté et du
tact avec lequel il savait si bien relever le
moral de nos pauvres patientes effrayées ;
sans rappeler toutes les bontés dont il nous
a comblés sans cesse; et cela, sans aucun
intérêt que le bonheur que sa charité et
son dévouement lui font trouver à nous
soulager, il demeure prouvé que sur deux
cent soixante et dix malades, dont soixante
atteintes des symptômes les plus alarmants,
quinze seulement ont succombé, et que les
soins éclairés de M. Chargé ont seuls empê-
ché le nombre des malades de s'accroître,
au milieu d'un foyer d'infection cholérique
tel qu'il n'en saurait exister, je crois, de
plus dangereux ailleurs. Toutes les per-
sonnes de nos maisons, les religieuses de
Saint-Vincent de Paule, de l'Espérance et
de la Compassion, qui sont venues en aide
à nos pauvres sœurs épuisées de fatigue
attestent que, lorsqu'on avait fait prendre
aux cholériques les remèdes si simples et si
prompts du docteur Chargé, la réaction
s'opérait sans peine. Par ce simple exposé,
je crois accomplir un devoir (1). »
Vous voyez, Messieurs, que je puise sou-
vent mes témoignages dans les déclarations
des ecclésiastiques, investis du devoir sacré
d'administrer les secours de la religion aux
malades, et j'agis de la sorte pour les trois
raisons suivantes : 1° un prêtre est le mi-
nistre de Dieu, il n'est ni homœopathe ni
allopathe; il rend hommage à la vérité,
sans prévention favorable ou contraire aux
doctrines médicales ou à leurs représen-
tants; 2° quand j'invoque le témoignage
des médecins homœopathes, vous le tenez
en suspicion ; 3° enfin, quant aux méde-
cins allopathes, ils ont tant de respect et
d'égards pour la vérité, qu'ils osent à peine
se permettre de l'approcher quand il s'agit
d'homœopathie.
M. Fallot a jeté dans son discours les
noms de Mesmer, de Fontanarose, de la
Pythonisse. Je suppose qu'il n'a pas eu

(1) Extrait du Journal de Provence, du 25 septembre 1849.

l'intention de nous adresser des allusions,
car je lui renverrais ces épithètes avec tout
le mépris qu'elles entraînent. Si c'est pour
le besoin de sa cause qu'il les a employées,
je lui dirai qu'elles ne donnent aucune va-
leur aux faits inexacts, erronés ou faux à
l'aide desquels il cherche à combattre nos
doctrines.
J'ai soumis à l'Académie des questions
auxquelles mon adversaire répond de la
manière suivante :
« Première question. Chaque substance
médicamenteuse n'est-elle pas douée d'une
force propre sui generis, inhérente à sa na-
ture ? n
M. Fallot y répond de la manière sui-
vante : « Oui ; mais, pour qu'il n'y ait pas
malentendu, on doit dire que chaque sub-
stance a au nombre de ses propriétés celle
de modifier l'organisme vivant, d'une ma-
niere propre. »
Je ferai observer à mon contradicteur
que, si chaque substance a au nombre de
ses propriétés celle de pouvoir modifier
l'organisme d'une manière spéciale, elle
est douée d'une force propre sui generis.
Deuxième question : « Ne peut-on pas
dégager cette force par la dynamisation ou
la dilution ? »
Réponse de M. Fallot : « Formulée
ainsi, cette question n'a pas de sens ; dy-
namiser une force est une expression tau-
tologique, etc. »
Avec mon adversaire, il faut être sans
cesse sur ses gardes. Il me prête ici une
opinion qui n'est pas la mienne, et des ex-
pressions dont il sait que je ne me suis pas
servi, car il est persuadé qu'elles n'étaient
pas dans ma pensée. Je n'ai pas demandé
si l'on peut dynamiser une force, comme
M. Fallot voudrait cauteleusement le faire
croire, mais si l'on peut dégager la puis-
sance médicamenteuse par la dilution ; et
il est pénible de devoir perdre son temps
à ramener sans cesse son adversaire dans
les limites de la vérité et de faire de la lo-
gomachie dans une question si grave.
Troisième question : « La matière n'est-
elle pas inerte, incapable de se donner du
mouvement par elle-même ?
Réponse de M. Fallot : « Cela se suppose
assez généralement. »
Je vous avoue, Messieurs, que j'ai tou-
jours cru jusqu'ici à l'inertie automatique
de la matière comme à un axiome fonda-
mental; et ce n'est pas sans étonnement,
ni sans effroi, que je m'aperçois que ce
n'est qu'une supposition. Car si la matière
pouvait se donner du mouvement par elle-
même, ne devrions-nous pas craindre qu'il
prenne un jour fantaisie aux Pyrénées ou
au Caucase de venir nous visiter ? Et je

laisse à juger quels épouvantables ravages ces terribles géants feraient dans leur pérégrination. On a bien raison de dire que rien ne résiste à l'esprit d'opposition, et que si Dieu n'était pas si puissant, les sophistes auraient bientôt replongé l'univers dans le chaos. Quatrième question : « La matière n'estelle pas divisible à l'infini ? Est-il une limite au delà de laquelle elle ne se divise plus ? Quel est le terme de division auquel cette limite s'arrête? » Réponse de M. Fallot : « Ne sachant pas ce que c'est que l'infini, mon esprit ne pouvant le concevoir, je ne sais si la matière est infiniment divisible; si les homœopathes conçoivent l'infini, ils sont plus favorisés que moi. » Sans me croire aussi favorisé que M. Fallot, je lui répondrai que nous concevons tous l'infini sans le comprendre. Nous le concevons, dis-je, car nous en avons le mot, et le mot suppose nécessairement l'idée. « On ne connaît le fini, dit Fénélon, qu'en lui attribuant une borne, borne qui n'est que la négation d'une plus grande étendue. » L'infini supprime la borne et voilà tout. l'Étre suprême est infini, si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer, mais l'inventer infini. Or, ne serait-il pas absurde de supposer que c'est pour une chimère que nous mesurions toutes les réalités mystérieuses de la nature? L'homme ne peut pas expliquer tout ce qu'il conçoit. Mais si nous nions l'infini, tout disparaît dans une indifférence absolue et dans une négation profonde. Platon ne prouve-t-il pas qu'il a conçu l'idée de l'infini dans son admirable définition du temps, traduite avec tant de bonheur d'expression par le poëte, dans ces deux vers :

Le temps, cette image mobile De l'immobile éternité?

Mais je n'ai pas demandé à M. Fallot s'il sait ce que c'est que l'infini, ni si son esprit peut le comprendre; je me suis adressé à un Corps savant, le priant de me dire si la science reconnaît une limite au delà de laquelle la matière ne se divise plus, et quel est le terme de division où cette limite s'arrête. La réponse de mon adversaire n'est qu'une fin de non-recevoir que l'Académie doit répudier.

Cinquième question : « L'action d'une substance n'est-elle pas d'autant plus puissante que sa divisibilité est plus grande ? »

M. Fallot altère encore ici ma pensée en me faisant dire : L'action d'une substance n'est-elle pas d'autant plus grande que sa divisibilité est plus grande. Mais passons

sur cette nouvelle subtilité, et consignons la réponse de mon adversaire; la voici : « Si je n'avais pas tant d'estime pour M. Varlez, je dirais que sa question est une escobarderie. » Cette expression, Messieurs, est peu bienveillante; elle n'est même pas académique. On l'a substituée dans la langue française au vieux mot falot, qui, d'après le dictionnaire de l'Académie, signifiait fraude, mensonge, tromperie. Je ne devrais pas être forcé de la relever, et elle ne devrait pas trouver sa place dans nos discussions, car elle dépare au lieu d'orner l'argumentation de mon adversaire. Après tout ce que M. Fallot a avancé contre l'homœopathie, après avoir proclamé tant de fois qu'elle est absurde, il veut, sans doute pour rester conséquent avec lui-même, s'opposer à l'adoption de la proposition de M. Lombard. Cependant l'homœopathie est une vérité ou elle n'est rien du tout : si elle est une vérité, tout ce qu'on pourra faire pour la combattre sera vain et impuissant; si elle n'est qu'un rêve, pourquoi laisser l'erreur se répandre et nuire aux malades ? Je vous avoue, Messieurs, que je ne puis pas comprendre mon adversaire quand il veut laisser exercer librement et sans entraves un empirisme aveugle, un paracelsisme bizarre, un fouillis, un cailloutis mal assemblé d'opinions incohérentes et contradictoires. Il est vrai que je ne le comprends pas davantage quand il affirme que l'allopathie devrait faire son profit de ce parangon d'absurdités. Pour moi, je pense qu'un decin homme de cœur et de conscience ne doit jamais faire des concessions à de faux principes, ni à d'aveugles empiriques; sa mission lui impose le devoir de se vouer au culte de l'humanité : Vitam impendere vero. Quand il a des convictions, il doit les soutenir; et si ses opinions ne sont pas assez mûries, il doit attendre que le temps et l'expérience l'aient suffisamment éclairé pour qu'il puisse prendre part à la lutte. Je n'ai jamais cru, avant de venir ici, qu'il fût possible qu'un médecin pût s'évertuer pendant une heure pour prouver qu'une doctrine médicale est absurde, ridicule et impuissante, afin d'aboutir à adopter pour conclusion qu'on doit en autoriser le libre exercice. Respice finem est un vieil adage bien sage et bien profond ; quand on le prend pour base de sa conduite et de son raisonnement, on ne dévie jamais de la ligne droite; il nous enseigne à nous appuyer sur des principes positifs et à sonder le terrain inconnu sur lequel nous voulons marcher. Nous avons, comme vous, flotté dans

notre jeunesse entre l'opinion médicale du jour et celle de la veille; désirant, comme les mages de l'Orient, rencontrer l'étoile de l'espérance, nous l'avons vainement cherchée ensemble avec ardeur pendant les plus belles années de notre vie, et vous conveniez alors qu'elle se cachait dans une obscurité impénétrable. Eloigné de vous, je l'ai vue s'élever sur les débris de vos systèmes, scintiller à travers les ténèbres de vos hypothèses; je vous la montre aujourd'hui, elle resplendit tout entière dans la pathogénésie, et vous ne voulez pas la prendre pour boussole. Je vous ai cependant convié à visiter mon dispensaire, à vous convaincre par les faits, et vous détournez vos regards de tout ce qui peut entraîner votre conviction ! Cela ne m'étonne pas; l'homme est ainsi fait, puisque le divin Sauveur du monde a dit, dans une de ses paraboles, en parlant de ceux qui, comme vous, repoussent le témoignage de la vérité : « Un mort ressusciterait qu'ils ne le croiraient pas ! » Je vais maintenant dire quelques mots du discours de M. Martens. Lorsque j'ai vu l'honorable M. Martens entrer dans la lice pour prendre part à nos débats, j'ai cru qu'il allait sérieusement examiner l'homœopathie et venir, dans une question toute pratique, nous communiquer le résultat de ses observations et de son expérience, et j'avoue que j'ai vu avec peine que l'honorable professeur n'a rien observé ni rien expérimenté sur la doctrine de Hahnemann ; mais en réfléchissant à la eritique toute scientifique de M. Martens, je me suis rappelé que c'est un savant, et les savants, dit Jacotot, sont de véritables •nachines à objections. Ce sont des obstacles qui s'opposent partout à la propagation des découvertes, car ils rayonnent toujours et ne creusent jamais. Ce sont les praticiens qui creusent, qui de l'os, comme dit Rabelais, sucent la médule, et qui vont droit au fait pour l'approfondir. Les savants ont toujours mille objections à faire contre ce qui n'est pas compris dans les limites scientifiques; ils ne veulent pas admettre qu'on ne prouve pas la vérité, qu'elle se vérifie, qu'elle est, et qu'il n'y a que les opinions qui ont besoin d'arguments et de preuves. Loin donc d'aller aux faits, M. Martens les nie, les biffe et les met hors de cause, de la manière suivante : • Je crois que l'Académie ne peut accor* der une grande confiance aux faits de * guérison homœopathiques, à moins que * ces faits n'aient été observés par un cer* tain nombre de médecins impartiaux, et * je pense que la seule discussion qu'elle * puisse engager au sujet de la doctrine

» homœopathiquc, c'est celle des principes » de cette doctrine. » M. Martens ne prend pas de détours : des millions de faits sont produits en faveur de l'homœopathie, il les écarte ; ils n'ont pas été observés par un assez grand nombre de médecins impartiaux. Cependant, je lui ai dit qu'il y a plus de trois mille médecins qui ont constaté ces faits, et tous ont le droit de se proclamer aussi impartiaux que lui. Je lui ai cité les expériences de la clinique de Naples, rapportées par le noble et véridique père d'Elzio, l'ecclésiastique le plus respectable, et qui n'était mû par aucun motif de partialité, puisqu'il n'était pas médecin ;je lui ai cité cent preuves en faveur de la vérité des faits, et j'ajouterai qu'à Leipzig, berceau de l'homœopathie, d'où son fondateur , comme le sauveur du monde, a dû fuir, elle a aujourd'hui des cours publics et un hôpital ; qu'à Darmstadt, les Chambres ont voté la création d'une chaire d'homœopathie; que l'empereur d'Autriche, obligé d'intervenir dans les débats violents, qui s'étaient élevés entre deux doctrines ennemies, rendit un arrêt favorable à l'homœopathie, basé sur les services qu'elle avait rendus. Depuis, on compte à Vienne plus de trente médecins homœopathes, il y a une chaire homœopathique à la faculté de médecine, et un hôpital exclusivement servi par un médecin homœopathe. C'est l'hôpital des Sœurs de la charité, auquel l'archiduc Maximilien a consacré une somme de trente mille florins. En outre, il y a encore un service de cent lits dans un autre hôpital desservi par un autre médecin homœopathe. En 1828 , on fit déjà, par ordre de l'Empereur, des expériences à Vienne dans le grand hôpital de l'Académie Joséphine, et voici ce que le comte de Fiquelmont, ambassadeur d'Autriche, éerivait à un decin de Lyon sous la date du 14 septembre 1828 : « La méthode a subi de la » manière la plus brillante l'épreuve à la» quelle elle a été soumise; c'est pour ce » motif que les allopathes mettent des dif» ficultés à la publication du rapport. » Mais que peuvent prouver les témoignages des ambassadeurs , des maréchaux, des médecins qui ont traité les malades, etc. ? M. Martens n'y fait pas attention, et MM. Lombard, Fallot et Verheyen, qui ont apparemment le don de seconde vue, nient tout ce qui a été constaté par les témoins oculaires les plus dignes de foi. Quoi qu'il en soit, les gouvernements de Bavière, de Saxe, de Cœthen, de Gotha, de Wurtemberg, de Prusse, etc. , ont publié des ordonnances et des lois pour

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