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impropre que je n'ai conservée ici que par l'inutilité de créer un nouveau nom pour un corps de passage qui varie à chaque instant dans sa composition. Le terreau charbonneux se fait par l'action de l'air sur le bois, quand cette action n'a pas été assez loin encore pour produire l'humus. L'effet continuant, l'humus apparaît à son tour ; et voilà pourquoi le terreau épuisé, puis abandonné à l'air, donne de nouveau de Thumus soluble après un certain temps. L'humus est, avons-nous dit, la partie du terreau soluble dans les solutions alcalines. Quant au pourri, son existence me paraît être tout à fait hypothétique. Nulle expérience n'a démontré l'existence dans le terreau de ce corps plus carboné que l'humus, et qui aurait la singulière propriété de remonter la série des décompositions en fournissant, au contact des alcalis et de l'air, un corps moins riche en carbone que lui (l). J'ai fait mes premières expériences sur un terreau qui m'a été remis par M. Neumann, jardinier en chef du Jardin des Plantes. C'était un de ces terreaux de troisième année, usés, dont les maraichers ne veulent plus parce qu'ils manquent de chaleur, mais dans lesquels il se fait une végétation vigoureuse. L'alcool ne lui a enlevé que quelques matières grasses ou résinoïdes sans importance. Il colorait l'eau en jaune, et, pendant très-longtemps, il a fourni ainsi des solutions colorées. Elles contenaient une petite quantité de nitrates, de sulfates, de chlorures, et des traces de phosphates, sels qui pouvaient bien être la cause de la dissolution de la matière organique. L'ammoniaque étendue ou concentrée, mise en contact avec le terreau, quand on le tient à l'abri de l'air, ne donne qu'une liqueur faiblement colorée, dans laquelle les acides forment un léger précipité ; mais au contact de l'air, et surtout à chaud, il se fait une liqueur colorée en brun, que les acides précipitent en abondance. Cette expérience indique la présence d'un peu d'humus libre dans le terreau. Elle laisse entrevoir la formation abondante de ce corps sous l'influence de l'air et des alcalis. Une portion plus grande d'humus est toute formée dans le terreau, et s'y trouve en combinaison avec la chaux. On le prouve en traitant le terreau par un acide étendu, en le lavant avec soin et en le mettant en contact avec de l'eau ammoniacale.

(1) Je n'entends pas parler ici du pourri qui se fait sous l'eau quand l'oxygène vient à manquer. Je l'ai rencontré dans du terreau formé dans le

Cette fois, on obtient directement, et hors de l'influence de l'air, une solution trèsfoncée que les acides précipitent fortement. Mais voici une expérience capitale à ce sujet. J'ai préparé de l'humate de chaux, en précipitant, par le chlorure de calcium, une dissolution ammoniacale d'humus. L'humate de chaux , après avoir été lavé, a été traité par l'ammoniaque caustique.A froid ou à chaud, la liqueur a pris à peine une teinte jaune, ce qui prouve que l'ammoniaque, qui se colore immédiatement au contact du terreau, le fait en dissolvant de l'humus libre, et non en enlevant de l'humus à l'humate de chaux. Dans cette expérience, en remplaçant l'ammoniaque par le carbonate d'ammoniaque, on obtient, soit avec l'humate de chaux pur, soit avec le terreau, des liqueurs très-colorées ; excellente expérience qui nous apprend le rôle que joue le carbonate d'ammoniaque dans les engrais, pour rendre soluble l'humus qui a été fixé par la base calcaire. Le terreau qui a été épuisé par l'eau, par l'acide chlorhydrique et par l'ammoniaque, reprend, par son exposition prolongée au contact de l'air, la propriété de donner de nouveau une liqueur colorée avec l'ammoniaque. Sa transformation se fait beaucoup plus vite en présence d'un alcali. En opérant dans une cloche sur le mercure , j'ai constaté directement l'absorption de l'oxygène de l'air, et la formation de l'humus soluble dans l'ammoniaque. Dans une autre expérience , le terreau épuisé a acquis en peu d'instants, au contact de l'air et de l'ammoniaque , la propriété de colorer l'eau en brun. En le lavant et renouvelant l'expérience, j'ai pu, un grand nombre de fois, voir se reproduire le même résultat. La formation de l'humus sous l'influence des alcalis est donc incontestable; les carbonates alcalins, et surtout les alcalis caustiques possèdent cette propriété à un degré plus élevé que l'ammoniaque. On a révoqué en doute l'identité de l'humus extrait par les alcalis avec l'humus tel qu'il existe dans le terreau. Cependant, si l'on tient compte de petites quantités d'acide que l'humus précipité retient, on n'est fondé en rien à établir une distinction entre ces corps. Qui plus est, ce n'est jamais directement, mais après avoir été rendu soluble par les alcalis, que l'humus pénètre dans la plante ; de sorte que l'humus qui lui sert d'aliment a subi la même

ied des arbres. Il se trouve dans le fumier quand p# n'a pu pénétrer dans le tas.

influence que celui que l'on prépare directement par l'ammoniaque et le terreau.

Avant d'aller plus loin , je dois dire quelques mots de ce que l'on a appelé l'extrait de terreau. L'extrait de terreau, c'est, pour quelques-uns, la partie de l'humus qui se dissout quand on traite le terreau par l'eau froide. Ce n'est véritablement que de l'humus dont la dissolution a été facilitée par les sels calcaires ou alcalins. On a appelé encore extrait de terreau la portion qui se dissout dans l'alcool, lorsque, après avoir précipité une dissolution alcaline d'humus, on reprend le précipité par ce véhicule spiritueux. Cette fois ce n'est pas l'humus qui se dissout, mais une combinaison de l'humus avec l'acide qui a servi à le précipiter. J'ai été mis sur la voie, en voyant de l'humus, qui avait été précipité par l'acide sulfurique, se dissoudre en abondance dans l'alcool, et en me rappelant ce fait bien connu, qu'une dissolution d'humus dans un alcali ne peut être précipitée par l'acide acétique. J'ai précipité de l'humus par l'acide chlorhydrique; j'ai lavé le précipité pendant très longtemps avec de l'eau distillée; la liqueur se nuançait à peine par le nitrate d'argent ; peut-être même ne devait-elle ce caractère qu'à un peu d'humus dissous. A ce moment, j'ai repris le précipité par l'alcool, d'abord à froid, puis à chaud. J'ai recherché alors la présence du chlore dans la liqueur alcoolique et dans la partie insoluble. J'ai opéré par la dessiccation et la calcination de chacune d'elles avec du carbonate de potasse ; le liquide a donné un résidu riche en chlorure ; l'humus, épuisé par l'alcool, n'en contenait pas.

On ne peut espérer de déterminer avec une exactitude absolue la composition de l'humus. Lorsque, après l'avoir dissous par l'ammoniaque, on le précipite au moyen d'un acide, il peut rester mêlé avec certainesmatières qui l'accompagnaient dans le terreau, et qui, comme lui, se dissolvent dans les alcalis et sont précipitées par les acides. L'expérience peut cependant nous éclairer sur sa composition. Après avoir lavé le terreau avec l'acide chlorhydrique étendu et avec l'eau, je le traitais par l'ammoniaque, et je précipitais l'humus par l'acide chlorhydrique; puis après l'avoir purifié par des lavages à l'eau distillée, je l'épuisais successivement par l'alcool et par l'éther.

Polydore Boullay a trouvé dans l'ulmine artificielle :

56,92 carbone.
45,08 eau.

M. Péligot admet que l'ulmine contient

véritablement 72,5 pour 100 dc carbone. Il croit que Polydore Boullay a brûlé incomplétement le charbon ; c'est supposer que cet habile chimiste a pu faire une erreur de 15 pour 100 sur l'eau, ce qui est inadmissible. J'expliquerai bientôt comment ces deux chimistes ont pu arriver à des résultats si différents. L'analyse de l'ulmine retirée du terreau ne donne aucun nombre fixe; toujours on y trouve de l'azote, toujours la proportion des autres éléments y est variable. Étonné des discordances que je trouvais dans des analyses dont je ne pouvais soupçonner l'exactitude, j'ai fini par reconnaître que la composition de l'humus , extrait du terreau , varie, que le charbon y prédomine d'autant plus que l'air a agi pendant plus longtemps pendant sa formation.J'ai trouvé de 52 à 56 pour 100 de carbone; jamais plus de 57. Il semble que, dans ces circonstances de formation où l'alcali est étendu et la température est toujours modérée, il n'est pas possible d'arriver à la limite extrême que M. Péligot a assignée à l'ulmine artificielle. Je me suis assuré cependant que la proportion du carbone augmente réellement sous l'influence prolongée de l'air et d'un alcali. J'ai dissous, dans une faible liqueur de carbonate de soude, de l'humus qui contenait 55 pour 100 de carbone ; j'ai tenu en ébullition pendant quatre heures, puis j'ai précipité l'humus pour analyser de nouveau; cette fois, il contenait 57 pour 100 de carbone. L'humus soluble dans les alcalis est donc un corps variable dans sa composition. ll arrive un moment où le bois est changé en humus soluble, mais à partir de ce moment, le rapport du carbone peut y augmenter encore, sans que le corps formé perde les propriétés nouvelles qu'il a acquises et qui le rendent propre à la nutrition du végétal. Il n'y a pas pour lui de proportions absolument définies ; de même que tous les corps organiques qui se transforment par des actions lentes, il a une série de passages insensibles dans lesquels l'esprit se refuse à établir des espèces distinctes. (La suite au prochain N°.)

RÉsUMÉ DE LA MÉTHoDE D'IMPREssIoN DEs TIssUs DE M. Ch. BROQUETTE.—Un œuf que je fais cuire dans un bain coloré se teint aussitôt de la couleur de ce bain.Tout le monde connaît cette opération qui est vulgaire et qui se pratique surtout en cette saison (œufs de Pâques), mais personne quc je sache n'en a donné la théorie. .

Pourquoi la coquille de l'œuf se teintelle ? pourquoi, de même, les os des animaux prennent-ils la couleur de la garance dont ces animaux se nourrissent ? Tel est le problème que s'est posé M. Broquette, chimiste manufacturier, à qui l'industrie des tissus est surtout redevable des plus grands progrès qu'elle a faits depuis vingt aIlS. Il y a dans l'œuf et dans les os deux matières distinctes, l'élément minéral et l'élément organisé, le mortier et la charpente ; l'action de ces matières peut être considérée isolément. Le principe minéral de l'œuf est le carbonate de chaux , celui de l'os est le phosphate de chaux mêlé d'un peu de carbonate. Si vous essayez de teindre ces sels minéraux, qu'ils proviennent des coquilles d'œuf ou des os en nature, ou que vous les ayez produits artificiellement , vous n'y réussirez pas. Ni l'une ni l'autre matière organique ne pourra servir de mordant à votre couleur. Cela posé, si vous essayez de la même manière le principe organique de l'œuf ou celui de l'os, vous remarquerez que l'un comme l'autre se teignent, prennent la couleur du bain. Vous concluez de cette expérience que la propriété de se teindre que possèdent l'œuf et les os d'animaux n'appartient pas à la matière minérale, mais bien à la matière organique, qui agit ainsi qu'un véritable mordant : c'est un mordant organique. De cette conclusion à l'application, il n'y a qu'un pas. De même que le coton revêtu d'un mordant minéral peut s'unir en teinture avec les couleurs attirées par ce mordant minéral, de même le coton revêtu de ce mordant organique pourra s'unir en teinture avec les couleurs attirées par ce mordant organique. Reste à trouver le moyen de fixer sur le coton les matières organiques de l'œuf ou de l'os, ou mieux d'autres substances de nature analogue, l'albumine, le gluten, la fibrine, le caséum qui sont autant de mordants organiques. Le choix de M. Broquette s'est fixé sur le caséum. Pour appliquer le caséum sur coton, il faut le rendre soluble, afin qu'il pénètre le tissu, puis alors le rendre insoluble, afin qu'il ne s'en échappe pas. Braconnot a démontré que le caséum se dissout dans l'ammoniaque et que la combinaison de caséate d'ammoniaque se dédouble par la chaleur en caséum et en ammoniaque. M. Broquette met à profit l'observation de Braconnot, il imprègne son coton de caséate d'ammoniaque, puis chauffe; l'ammoniaque est chassée par la chaleur et le coton reste imprégné de caséum insoluble, il est MoRDANCÉ au caséum.Ce coton, ainsi animalisé, placé

dans les mêmes bains de teinture que la laine, filament animal, se teint de la même manière. Toutefois, cet apprêt du coton n'est pas solide, les couleurs qu'on emploie sont alcalines, et comme le caséum est soluble dans les alcalis, le mordant peut se détacher et se dissoudre ; il importe donc de le fixer, de le rendre insoluble dans la lessive comme il l'est dans l'eau. Bachelier avait eu l'idée d'unir le fromage à la pie avec la chaux pour former le badigeon qui porte son nom. Il avait vu que la chaux ramollit et dissout le caséum, et puis peu à peu le rend dur et insoluble. M. Broquette combine le caséum à la chaux qu'il emploie seul ou simultanément avec l'ammoniaque. Au lieu de caséatc d'ammoniaque, c'est de caséate de chaux qu'il imprègne le coton. Par la chaleur il fait ce que le temps ferait seul, il rend le caséate insoluble, le mordant est fixé, mais cette fois d'une manière plus complète, il résiste aux lavages alcalins. Cependant l'apprêt donne au tissu une telle roideur que le coton qui s'est rapproché de la laine par son aptitude à se teindre, s'en est éloigné d'autant par sa rigidité et son manque d'éclat. On sait quel parti on peut tirer de l'emploi des huiles dans la préparation des cotons pour les teintures rouge turc. Le corps gras pénétrant le tissu et s'y fixant lui donne de la transparence et de la souplesse. M. Broquette applique ce procédé, il ajoute de l'huile émulsive (tournante) à son mordant organique; l'huile, le caséum et la chaux forment un mélange indivisible, pénètrent le tissu, y deviennent insolubles et lui donnent les qualités nouvelles : d'attirer en teintures les mêmes couleurs que la laine, et de les retenir par une égale adhérence; de se rapprocher de la laine par le brillant et la souplesse. Il restait une dernière difficulté à vaincre. On fait des tissus de laine et coton, et c'est surtout pour ceux-ci que le mordançage organique peut être d'un grand secours. Mais comment admettre que pour favoriser le coton on ne nuise pas à la laine ? Un mordant appliqué sur tout le tissu imprégnera et la laine et le coton, et outre qu'il fera perdre à la laine de son lustre et de sa beauté, il ne teindra pas le coton d'une manière intime. Pour éviter cet écueil, M. Broquette applique son mordant avant le tissage; son mordant remplace le parement, il imprègne le coton en le filant, et le coton, ainsi imprégné, peut être tissé et blanchi comme la laine, et avec elle, sans que l'huile ct le caséum retenus par la chaux puissent s'échapper, sans que la propriété du mordant perde son intensité, sans que le coton perde de sa souplesse : Le tissu laine et coton est devenu tissu de laine. J'ai dit plus haut que la dissolution du caséum avec la chaux, le badigeon de Bachelier, devenait insoluble dans l'eau même alcaline. M. Broquette a mis à profit cette propriété pour fixer sur le tissu les poudres colorées, l'outremer, les ocres, etc. Il méle ces poudres avec son apprêt liquide et imprime le mélange comme on imprimerait de l'encre, de la couleur à l'huile. Tant que l'apprêt est liquide, la couleur peut être enlevée par l'eau ; mais sitôt que le caséum s'est solidifié, s'est coagulé, sitôt, si je puis dire ainsi, que la main est fermée, l'apprêt restant adhérent enferme la couleur qui reste avec lui. Ce phénomène s'explique. Prenez un œuf frais, piquez-le de deux trous, un au gros bout, un au petit bout, le liquide va s'échapper ; faites la même opération sur un œuf dur et rien ne s'échappera. L'enveloppe de l'œuf est la fibre du tissu. Celle-ci retient le caséum coagulé dans ses pores, celle-là embrasse et retient l'œuf devenu dur et insoluble. A cause de cette propriété du caséum, M. Broquette l'appelle le caséogomme. Cette application n'est pas nouvelle. Ce qu'on fera désormais avec le caséum on le ferait avec le blanc d'œuf ; je me hâte de dire que ce premier procédé, qui date de 1829, était également dû à M. Broquette. L'application des couleurs minérales par l'albumine ou le caséum simplifie singulièrement le travail de l'impression des tissus, il supprime les opérations de mordançage, de teinture, de lavage, etc., et assimile la fabrication des tissus imprimés à une fabrication de papiers peints ; seulement les genres sont bornés, il est impossible d'utiliser de cette manière des coulenrs végétales, qui sont si vives et si nuancées. M. Broquette a vaincu cette nouvelle difficulté; il imprime sur tissus de laine ou sur tissus de coton, pourvu que ceux-ci soient convertis en laine par le mordant organique, il imprime toutes les couleurs végétales. Rien de plus simple que son procédé. Il précipite les principes colorés à l'état de laque d'alumine ou d'étain, selon la nature des substances, et porte sur le tissu , sans autre préparation, ce précipité chimique qui représente la partie la plus pure de la couleur. L'impression terminée, il enveloppe le tissu imprimé dans un linge légèrement

mouillé pour l'humidifier, l'amortir, puis il l'expose pendant une demi-heure à la vapeur humide. Dans ces conditions de température et d'humidité extrême, la couleur que l'on croirait insoluble, pénètre peu à peu le tissu, comme le charbon pénètre le fer, s'y unit et y adhère comme aurait fait la couleur d'un bain. Cette double condition d'un air chaud et d'humidité extrême est indispensable ; si on se bornait à chauffer simplement le tissu, la laque se sécherait, puis tomberait, et l'on ne teindrait pas. Certaines couleurs, l'orseille par exemple, qui ne s'employaient que par exception avant l'introduction de ces nouveaux pr0cédés, ont reçu une impulsion extraordinaire. La consommation s'en accroîtra encore par une nouvelle application fort ingénieuse que vient de faire M. Broquette. C'est à l'aide de l'orseille que l'on produit cette magnifique couleur parme, qui n'est autre que la couleur même de l'orseille modifiée par l'action de la chaux. On comprend que la nécessité de tremper le tissu dans un bain de chaux, pour obtenir le résultat désiré, limite l'emploi de cette substance qui ne peut se trouver sur le tissu avec d'autres principes colorés que la chaux modifierait. M. Broquette élude cette difficulté, il se dispense du passage en chaux en substituant la magnésie à la chaux. La magnésie insoluble joue le rôle de base, qu'on demande à la chaux, sans présenter, comme elle, l'inconvénient inhérent à sa nature alcaline. Ces applications de couleurs minérales par l'albumine ou le caséogomme, de couleurs végétales à l'aide du procédé des laques permettent d'obtenir sans teinture, les dessins les plus riches de couleurs, auxquels on ne peut reprocher qu'un défaut, que la chimie cette fois ne peut corrigeri ils ne présentent ni ombres ni demi-teintes. Ce n'est pas à la chimie, c'est à la mécanique que M. Broquette s'est adressé pour perfectionner son œuvre. Quand un dessin est imprimé fraichement, il place le tissu sur une surface sèche d'une matière absorbante (un tissu de coton), et à l'aide de la pression opérée par une surface plane qui s'adapte au dessin et dont l'artiste a marqué le contour, il chasse du tissu une partie de la couleur et produit ainsi des ombres. Il peut de même obtenir des demi-teintes en substituant des surfaces courbes aux surfaces planes. Je n'entrerai pas plus avant dans la description de ces deux procédés d'impression chromasténique et skiatypique qui complètent si bien la méthode dont M. Broquette es* l'auteur, et qui attacheront son nom d'uno manière si honorable à l'histoire de la chimie et à celle de la fabrication des tissus imprimés. Je ne terminerai pas cet article sans rappeler le nom de Haussman, manufacturier distingué, qui le premier a ouvert la voie, et imaginé l'animalisation du coton. Ses travaux n'ont amené aucun résultat et sont restés stériles; mais comme préface de ceux de M. Broquette, ils trouveront dans les annales des sciences et de l'industrie une place méritée. Note. A propos du travail de M. Broquette, qu'il me soit permis de rappeler un fait bien connu et qui trouve une explication naturelle. Je veux parler de la décoloration du vin rouge par la mie de pain. Je citerai également le fait curieux d'une fraude en matière de droits de douane qui consistait à déclarer sous le nom de Porto du vin de Xérès coloré avec de l'orcanette, qu'on décolorait ultérieurement avec du caséum (du lait.) (Journal de pharmacie et de chimie.)

FAITs scIENTIFIQUEs ExTRAITs D'UNE THÈsE

DE M. ScHAEUFFELE ; par M. BUIGNET.— Dans une thèse soutenue devant la faculté de Besançon , pour acquérir le grade de docteur, M. Schaeuffele vient d'établir plusieurs points de la science encore ignorés, quoique très-importants.

Lorsqu'on met une dissolution saturée de sulfate de magnésie en contact avec du sulfate de zinc en poudre, on obtient un sel double dont la composition diffère de celui qui résulte de l'opération inverse. Dans le premier cas, les cristaux renferment 12,59 pour 100 de magnésie , et 11,60 d'oxyde de zinc, tandis que dans le second on y rencontre 27,84 d'oxyde de zinc pour 0,27 seulement de magnésie.

Le même fait se remarque à l'égard du sulfate de fer dans sa combinaison avec le sulfate de zinc. Si on prend le premier de ces deux sels en poudre et le second en dissolution saturée, les cristaux du sel double obtenu renferment 15,80 pour 100 d'oxyde de zinc et 12,10 d'oxyde de fer ; tandis que si, au contraire, on prend le sulfate de fer en dissolution saturée, et le sulfate de zinc en poudre, on trouve dans le sel double produit, 14,65 d'oxyde de fer et 12,05 seulement d'oxyde de zinc.

Les deux sels, en se combinant, obéissent donc à une autre influence qu'à celle de leur affinité réciproque ; c'est cette influence nouvclle que M. Schaeuffele désigne sous le nom d'effet des masses.

Effectivement, on ne peut méconnaître que la masse relative des sels composants

ait une action propre sur le produit définitif, puisque c'est toujours le sulfate qui a servi à former la dissolution saturée qui prédomine dans le sel double obtenu, de même que c'est toujours lui qui imprime sa forme au produit dérivé. Ainsi se généralise un fait qui avait pendant longtemps échappé aux chimistes, et sur lequel M. Gerhardt a le premier appelé l'attention. Ce qui se passe dans les expériences précédentes peut être assimilé à ce qui se produit dans la réaction de deux dissolutions suivant qu'on verse l'une dans l'autre, ou réciproquement. Dans une autre partie de sa thèse, M. Schaeuffele s'est livré à des recherches sur l'arsenic des zincs du commerce. Il n'est pas nécessaire d'insister sur l'importance d'un pareil sujet. Depuis que le zinc a pénétré, non-seulement dans les ateliers industriels, mais encore dans les cuisines, depuis qu'il a acquis une si grande utilité dans les recherches médico-légales , il est devenu nécessaire de connaître les proportions relatives d'arsenic qu'il peut contenir. Plusieurs analyses avaient bien été publiées sur des zincs pris à l'état brut ; mais on y chercherait vainement une indication relative à l'arsenic qui pouvait s'y trouver COntenu. En comblant cette lacune , M. Schaeuffele a donc rendu un véritable service à l'industrie et à la science. Ses expériences ont porté sur quatre espèces de zinc d'origine bien connue, et il a soumis chacune d'elles à l'épreuve des deux méthodes généralement appliquées à la recherche de l'arsenic : celle de Villain, qui consiste à faire passer le gaz hydrogène arséniqué à travers un tube de verre chauffé au rouge , et à peser l'anneau métallique qui résulte de sa décomposition ; et celle de Jacquelain dans laquelle le gaz traverse des tubes à boules remplis d'une solution de chlorure d'or, qu'il décompose en donnant lieu à de l'or métallique, de l'acide hydrochlorique et de l'acide arsénieux. La méthode de M. Villain lui a donné les résultats suivants pour la quantité d'arsenic renfermée dans 1 kilogramme de chacune de ces quatre espèces :

Gr. Zinc de France. . . . 0,004260 — Silésie. . . . . 0,000970 — Vieille-Montagne. . 0,000620 Corphalie. . . . 0,000058

M. Schaeuffele a examiné en outre dix autres espèces de zinc pris dans le commerce , mais sans désignation d'origine

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