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core faut-il en être sobre et ne le réserver que pour les cas d'inscrtion du placenta sur le col, ou pour les hémorrhagies qui ont lieu après l'accouchement. Encore parvienton presque toujours à les prévenir en désemplissant immédiatement la matrice des portions de placenta ou des caillots qu'elle peut contenir. M. GERDY : je suis étonné des calomnies que je viens d'entendre proférer contre le seigle ergoté. Jamais je ne l'ai vu produire d'accidents; c'est, à mes yeux, le remède le plus souverain qui existe. Sur cent fois qu'on l'emploie, il réussit cent fois. Qu'on me cite, parmi les autres drogues, une seule qui jouisse d'une pareille efficacité. Ce médicament est d'autant plus utile, qu'il y a un grand nombre de cas où l'on ne peut pas attendre plus longtemps sans s'exposer à voir survenir des fistules génitourinaires (M. MoREAU : je n'ai jamais vu cela!...) Tout en convenant qu'il faut l'astreindre à de certaines conditions, je maintiens que le seigle ergoté est un excellent remède et qu'on l'a calomnié. J'approuve, du reste, toutes les mesures qui tendraient à faire exiger plus d'instruction de la part des sages-femmes. M. MoREAU cite des faits de sa pratique qui lui semblent établir d'une manière incontestable, que la mort des enfants a été occasionnée par le seigle ergoté. Dans un de ces cas, en particulier, le seigle avait déterminé de fortes contractions, la tête n'avait pas marché et l'enfant était venu mort, tandis qu'un instant auparavant on avait pu constater, par l'auscultation, qu'il était plein de vie. Le seigle ergoté peut être sans danger lorsque la femme est multipare, que le col est dilaté et la présentation bonne; encore dans ces cas on peut s'en passer; mais chez les femmes primipares, 8 fois sur 10, on déterminera la mort de l'enfant. M. GERDY persiste à ne voir, dans tout ce qui a été dit, aucune preuve, aucun fait qui établisse incontestablement l'influence du seigle ergoté sur la mort des enfants. M. MoREAU ne comprend pas comment M. Gerdy peut nier l'influence du seigle ergoté sur la circulation de l'enfant. Le seigle ergoté arrête les hémorrhagies et il ne voudrait pas qu'il eût d'action sur la circulation ! M. DANYAU résume en quelques mots les objections ou observations faites à l'occasion de son rapport, et termine en disant qu'il consent à introduire dans la dernière conclusion la modification demandée par M. Gibert. Les conclusions, avec cette modification, sont mises aux voix et adoptées.

CHoLÉRA. — M. BoNNAFoNT, chirurgien de l'hôpital militaire d'Arras, envoie un mémoire sur la néccssité de réunir un congrès sanitaire universel pour aviser aux moyens d'arrêter ou de détruire la cause du choléra.

L'auteur propose dans ce mémoire l'application de quelques mesures hygiéniques propres à atteindre le choléra dans son origine, ou du moins dans celle que lui assignent tous les médecins qui se sont occupés de la marche de ce fléau. (Comm. du choléra.)

Séance du 8 octobre.

PILULEs DE BLAUD. — M. BLAUD (de Beaucaire) adresse une lettre dans laquelle il se plaint du rejet qui a été fait par l'Académie de sa demande d'insertion dans le bulletin de ses pilules antichlorotiques. Entre autres considérations qu'il présente à cette occasion, M. Blaud combat comme une erreur capitale l'opinion émise par l'Académie, que les pilules s'altèrent avec le temps, et ne peuvent, par conséquent, constituer un médicament officinal. Pour convaincre l'Académie que ses pilules, lorsqu'elles sont bien préparées, sont inaltérables, M. Blaud envoie un échantillon de ces pilules, faites il y a neuf mois, et qui ont conservé toute leur pureté. VACCINE. M. DELFRAYssÉ, de Cahors (Lot), adresse une lettre sur la vaccine, dans laquelle il dit que, depuis que les vertus prophylactiques du virus ont été mises en doute, sa pratique lui a fourni quelques observations qui tendent à élucider cette question. L'expérience m'a convaincu, ditil, que le fluide vaccin est le préservatif infaillible de la variole dans tous les cas où les boutons sont assez multipliés pour produire une certaine réaction, et qu'il manque assez souvent son effet si cette réaction est trop faible, et surtout si elle n'a pas lieu. Il propose en conséquence, au lieu de pratiquer trois ou quatre piqûres à chaque bras, comme on le fait généralement, d'en pratiquer vingt-cinq à trente sur les diverses parties du corps. ll affirme que tous les enfants qu'il a soumis à ce mode de vaccination ont pu braver ensuite impunément l'infection variolique dans tout ce qu'elle peut avoir de plus actif et de plus dangereux, sans contracter une seule fois la maladie. FoNCTIoNs DU BULBE DE L'URÈTHRE. - M. GUÉRIN (de Vannes), chirurgien du bureau central, donne lecture d'un mémoire dont nous extrayons les passages suivants : Dans une note précédente, j'ai décrit une valvule située sur la paroi supérieure du canal de l'urèthre, derrière la fosse naviculaire, et j'ai établi qu'elle constitue un état normal qui avait été pris à tort par les urologistes, pour une lésion pathologique. La découverte de cette valvule, regardée par M. Serres comme l'analogue de l'hymen de la femme, ayant fixé mon attention sur les fonctions de la portion spongieuse du canal de l'urèthre, je n'ai pas tardé à trouver insuffisante l'explication donnée jusqu'à ce jour du mécanisme de l'excrétion de l'urine, et à me demander quelles pouvaient être les fonctions du bulbe de l'urèthre. Puisqu'il appartient au canal de l'urèthre, le bulbe doit avoir une destination relative à l'excrétion de l'urine. Voilà, me dis-je, un organe auquel les physiologistes n'ont attribué aucune fonction ; d'un autre côté, ils n'ont pas trouvé d'explication suffisante de l'impulsion de l'urine abandonnée dans la portion spongieuse de l'urèthre; ne serait-ce pas à cette excrétion qu'est destiné le bulbe uréthral ? Je commençai alors à examiner ce qui se passe chez un homme qui, comme on le dit assez vulgairement, donne le dernier coup de piston pour chasser les dernières gouttes d'urine contenues dans le canal de l'urèthre; je vis aussitôt que les parois de ce canal se gonflent en ce moment, et que le gland subit un mouvement de propulsion en avant, qu'il est impossible de ne pas reconnaitre. Je constatai aussitôt que ce phénomène est d'autant plus sensible que la contraction du muscle bulbo-caverneux a été plus vive, et qu'en outre la turgescence des parois de l'urèthre et du gland est consécutive et liée intimement à la contraction de ce muscle. Mais comment le muscle bulbo-caverneux peut-il avoir une pareille influence sur le gland et sur les parois du canal de l'uréthre ? Voilà ce qui a échappé aux physiologistes, quoique bien simple assurément ; lorsque le muscle bulbo-caverneux entre en contraction, il presse le bulbe et tend à l'aplanir sur les corps caverneux, où naît une impulsion du bulbe vers le gland, qui pousse l'ondée sanguine en ce sens, et détermine la turgescence signalée plus haut. Cette propulsion du sang accumulé dans le bulbe, étant admise, il est clair qu'elle tendra à rapprocher la paroi inférieure du canal de l'urèthre de sa paroi supérieure, et que le liquide contenu dans la paroi spongieuse sera ainsi lancé plus ou moins loin à l'extérieur. Si cette théorie est vraie, le muscle bulbocaverneux reste bien comme par le passé, un accélérateur de l'urine; mais lorsque

ce liquide, arrivé dans la partie antérieure de l'urèthre , ne subit plus l'influence des contractions de la vessie et des parois abdominales, il ne peut plus être expulsé par le muscle bulbo-caverneux qu'à la condition qu'une colonne sanguine, placée au-dessous de ce muscle, viendra presser l'urine d'arrière en avant tout le long de cette portion du canal, qui est dépourvue d'appareil musculaire. Ainsi, pour que l'action du muscle bulbocaverneux s'exerce sur l'excrétion de l'urine, il faut un intermédiaire qui est le bulbe uréthral, réservoir sanguin d'où le sang est expulsé vers le gland toutes les fois que le muscle accélérateur de l'urine entre en contraction. Une pareille opinion sur le rôle du sang dans l'excrétion de l'urine était trop neuve pour qu'elle n'eût pas besoin d'être démontrée expérimentalement ;aussi n'ai-je voulu en entretenir l'Académie qu'après avoir fait l'expérience suivante, qui, je l'espère, est de nature à satisfaire les esprits les plus exigeants. Ayant ouvert la vessie d'un cadavre, j'y introduisis la canule par laquelle j'injectai une grande quantité d'eau qui, bientôt, commença à couler par le méat urinaire; et ayant incisé le bulbe, je fixai dans une ouverture une petite canule au moyen d'une suture entortillée, et puis injecter du liquide dans le tissu caverneux du canal de l'urèthre. Je constatai alors que le jet de l'eau poussée par la seringue de la vessie était manifestement accéléré, chaque fois que je poussais le piston de la seringue adaptéeau bulbe. Puis, ayant cessé d'injecter avec la première seringue, je vis que l'injection faite alors dans le bulbe, expulsait au dehors, et avec assez de force, le liquide resté dans le canal de l'urèthre. Cette expérience, répétée six ou huit fois, m'ayant toujours donné le même résultat, il n'y a plus pour moi de doute possible sur les fonctions du bulbe : c'est un annexe du canal de l'urèthre destiné à l'excrétion de l'urine contenu dans la partie de ce canal quo est au-devant de la portion membraneuse,eo ce n'est que par cet organe que le muscle bulbo-caverneux est accélérateur de l'intermédiaire de l'urine. La découverte des fonctions du bulbe de l'urèthre et du sang qui remplit les mailles du tissu caverneux uréthral, donne l'explication de plus d'un phènomène incompro jusqu'ici. Ainsi, par exemple, tous les chirurgiens ont remarqué que le gland du pénis * gonfle et devient turgide chez lcs hommes qui font de vains efforts pour uriner, sans qu'on ait pu, jusqu'à ce jour, donner de ce fait une explication satisfaisante. On était porté à croire que cette turgescence du gland devait être comparée à l'état de plénitude où se trouve l'ensemble du système veineux lorsqu'un effort quelconque entrave l'aspiration du sang des veines par les organes thoraciques. On pouvait encore l'attribuer à une irritation sympathique. Voici, Je crois, comment on peut expliquer ce phénomène : Sous l'influence de l'irritation de la membrane muqueuse uréthrale, le muscle bulbo-caverneux se contracte, et pressant le bolbe, il pousse le sang vers le gland et l'y maintient tant que dure sa contraction. Voici une autre application du fait physiologique que je viens de signaler à l'Académie : tout le monde sait que, dans les rétrécissements avec inflammation chronique de la membrane muqueuse uréthrale, les malades, lorsqu'ils pissent, laissent tomber dans leur culotte quelques gouttes d'urine qui séjournent dans le canal de l'urèthre tant que la verge est dans une position horizontale. Eh bien ! l'explication de ce fait nous semble une conséquence naturelle de ce que nous avons dit plus haut. N'est-il pas évident, en effet, que la membrane muqueuse, venant à s'épaissir et à s'indurer, offre une résistance insurmontable à la pression par laquelle le sang du bulbe tend à mettre en contact les deux parois opposées du canal de l'urèthre.

Séance du 15 octobre.

CoNTAGION DU cHoLÉRA. — M. le docteur BRUARD , chirurgien-major de spahis , adresse de Blidah la relation du fait suivant, qui lui paraît militer en faveur de la contagion du choléra.

Dans le mois de septembre 1850, le choléra épidémique existait sur un assez grand nombre de points de l'Algérie; Blidah et ses environs en étaient exempts. A deux lieues de Blidah, dans la plaine de Mitidja, trente spahis avec leurs familles étaient établis sous la tente, réunis en smala. Le 17 septembre, un Arabe étranger, venant du côté de Milianah, où le choléra régnait, reçut l'hospitalité dans la tente de nos spahis. La famille était composée du spahis, de sa femme et d'un fils de 12 ans. L'étranger mourut dans la nuit , après avoir éprouvé de la diarrhée et des vomissements très-forts, des crampes, un froid général et une cyanose bien marquée. Le 18, une femme de la tente voisine fut atteinte et mourut rapidement avec les mêmes symp

tômes. Le 19, le spahis de la tente où était mort l'étranger fut atteint, ainsi que son jeune fils ; ils moururent tous les deux le 20. Des ordres furent aussitôt donnés pour que les tentes fussent éparpillées dans la plaine, à une centaine de mètres les unes des autres. Chaque famille fit dans l'intérieur des fumigations de soufre; depuis ce mOment aucun nouveau cas ne s'est manifesté. (Commiss. du choléra.) AMAURosE NÉPHRÉTIQUE. — M. LANDoUzY annonce l'envoi d'un deuxième mémoire sur l'amaurose néphrétique, qui se termine par les conclusions suivantes : 1° Les troubles de la vue sont un symptôme presque constant de la maladie de Bright. 2° Ces troubles constituent une nouvelle espèce d'amaurose, qu'on peut appeler néphrétique ou albumineuse. 5° L'amaurose néphrétique ne peut être attribuée à la détérioration des forces. 4° Elle annonce souvent la maladie avant l'invasion des autres accidents pathognomoniques. 5° Elle paraît, disparaît et revient, sans suivre exactement les phases du dépôt albumineux des urines et de l'œdème. 6° Elle doit porter à considérer la néphrite albumineuse comme le résultat d'une altération du système nerveux ganglionnaire. TRAITEMENT DE LA PHTHIsIE : NoUvEAU sIGNE oBTENU PAR L'AUscULTATIoN ; sTÉTHosCoPE DIFFÉRENTIEL. — M. GRIsoLLE lit, en son nom et en celui de MM. Louis et Patissier, un rapport sur un mémoire de M. le docteur Goin, relatif à l'inhalation du gaz acide carbonique dans le traitement de la phthisie, à un signe nouveau d'auscultation pour reconnaître la présence des tubercules latents, et à un stéthoscope différentiel. Dans ce travail, l'auteur a eu spécialement pour but de démontrer l'efficacité des inspirations de gaz acide carbonique dans le traitement de la phthisie pulmonaire. ll a indiqué ensuite un signe d'auscultation propre, suivant lui, à faire reconnaître les tubercules commençants, et peut-être même la prédisposition à la maladie ; enfin il a proposé un nouveau stéthoscope qu'il nomme différentiel. D'après M. Goin, l'acide carbonique volontairement inspiré par la bouche seulement, ne serait pas délétère et ne compromettrait pas même l'hématose , mais il déterminerait une excitation particulière du poumon, il imprimerait une activité plus grande au jeu pulmonaire, et cette espèce de gymnastique aurait pour effet ordinaire l'élimination et même la résorption du produit morbide.

M. le rapporteur, après avoir analysé les faits que l'auteur rapporte à l'appui de cette première proposition, conclut en disant que rien, dans le travail de M. Goin, ne démontre que les inhalations de gaz acide carbonique combinées ou non à l'usage intérieur des eaux gazeuses, aient quelque utilité dans le traitement de la phthisie. On comprend pourtant, ajoute M. Grisolle, que l'emploi des boissons gazeuses puisse, dans certains cas, être utile en réveillant l'activité des fonctions digestives, si souvent diminuées ou éteintes dans le cours de la phthisie; mais là se borne leur action. Quant à la question de savoir si les inspirations d'acide carbonique ne sont jamais nuisibles, comme le prétend M. Goin, M. le rapporteur pense qu'il ne saurait être indifférent pour personne et surtout pour un individu dont l'organisation est minée par une lésion grave, de suspendre l'hématose ou de la rendre de temps en temps assez imparfaite pour exciter de l'orthopnée. Il considère donc que proclamer avec M. Goin, d'une manière absolue, l'innocuité du gaz acide carbonique, c'est émettre une doctrine fausse et périlleuse. Dans la deuxième partie de son travail, l'auteur propose un signe d'auscultation propre à faire reconnaître les tubercules à l'état latent et même la simple prédisposition à la maladie. Ce signe consisterait en une crépitation plus ou moins nombreuse qu'on percevrait au moment du réveil dans les premières inspirations, et qui disparaîtrait bientôt pour se reproduire de nouveau le lendemain après un sommeil prolongé et non interrompu. Suivant M. le rapporteur, le phénomène que M. Goin signale comme révélant la tuberculisation latente ou la prédisposition tuberculeuse, serait inexplicable dans cette hypothèse. Cependant ce phénomène est réel , mais M. Goin lui a donné une valeur qu'il n'a pas. Voici comment M. Grisolle en donne l'explication. Les médecins qui ont la louable habitude d'ausculter indistinctement tous leurs malades, constatent souvent, surtout à la partie postérieure et inférieure des poumons, une crépitation sèche et nombreuse qui ne se reproduit plus après la première ou la deuxième inspiration. Ce phénomène doit dépendre de ce que, dans les inspirations profondes que font les malades qu'on ausculte, l'air pénètre dans les vésicules qui, pendant le repos et le calme de la respiration, étaient restées inactives ; le bruit insolite que l'on entend lors de la pénétration de l'air n'est pas à proprement parler un râle, mais un simple bruit de déplissement des cellules pulmonaires. C'est un acte purement physiologique qui ne saurait par con

séquent révéler une prédisposition à la phthisie, ni surtout la présence de tubercules dans le parenchyme pulmonaire. Enfin, le stéthoscope différentiel de M. Goin se compose de trois cônes creux, deux plus petits qui se placent symétriquement sur les parties de la poitrine que l'on veut explorer; le troisième, plus grand, sert à contenir le pavillon de l'oreille. Du sommet des deux petits cônes partent deux tubes en caoutchouc qui viennent se fixer au troisième. On peut, de cette manière, entendre simultanément les bruits qui se produisent des deux côtés correspondants de la poitrine. M. le rapporteur, après avoir signalé les inconvénients et le peu d'efficacité de cet instrument, termine en ces termes : Quoique la commission n'ait pu adopter aucune des conclusions proposées par M. Goin dans son travail, elle n'en rend pas moins entière justice au talent de l'auteur et à son zèle. Elle propose donc d'écrire une lettre de remerciments à ce médecin, et de déposer son mémoire dans les archives. M. PioRRY présente à cette occasion quelques considérations sur des stéthoscopes imaginés dans un but analogue et qui ne lui ont pas paru susceptibles d'une application utile. Il pense que celui de M. Goin ne sera pas plus heureux. Il appuie par conséquent les conclusions du rapport. Ces conclusions sont mises aux voix et adoptées. ETIoLoGIE DE LA TUBERCULIsATIoN EN GÉNÉRAL. — M. PioRRY lit le rapport suivant sur un mémoire de M. le docteur Wanner sur ce sujet. M. le docteur Wanner ayant avancé il y a six ans cette opinion : que les substances calcaires sont la principale cause des tubercules pulmonaires, a poursuivi cette idée, et invoque à l'appui de sa manière de voir que dans plusieurs parties de la Sologne où le sol est entièrement composé jusqu'à la profondeur de 8 mètres de silice et d'alumine, il n'y a pas rencontré de phthisiques, de scrofuleux, ni même de calculeux. Les sels de chaux formeraient, suivant M. Wanner, les noyaux des tubercules, et ceux-ci se rencontrent en abondance et plus que dans d'autres contrées, dans les régions de la Sologne où de la chaux existe en grande proportion. L'opinion empruntée par M. Wanner aurait une grande importance hygiénique et thérapeutique si elle était complétement démontrée. Malheureusement il ne nous a pas paru que les faits sur lesquels l'auteur s'appuie pour la formuler soient assez nombreux. Il nous a semblé que, pour établir une proposition de cette importance, il faudrait recueillir des relevés statistiques dans lesquels on présenterait des tableaux sur les habitants de chaque commune, sur son sol, sur le nombre des tuberculeux qui s'y trouvent, etc., et comparer exactement ce que l'on observerait dans les localités à terrain argileux et dans les lieux où le sol est calcaire. Nous croyons donc devoir encourager les recherches de M. Wanner sur ce sujet et l'engager à les faire sur une grande échelle. Il faut avouer du reste que des causes fort différentes de la présence ou de l'absence des sels calcaires pourraient agir dans la production des tubercules chez les habitants de Sologne qui vivent sur des terrains dans lesquels la chaux est abondante; telles sont les constructions très-insalubres de leurs demeures, l'état de pauvreté dans lequel ils végètent, les privations qu'ils éprouvent, la mauvaise alimentation dont ils font usage. Du reste, M. Wanner ne se dissimule pas que de telles circonstances peuvent contribuer au développement des tubercules. L'auteur admet avec M. Cruveilhier et avec beaucoup d'autres, que des molécules solides inspirées, telles que des poussières de farine, de charbon, de caillou , etc., peuvent devenir le noyau de tubercules ; il cite même le cas curieux d'un ver qui se serait introduit dans les poumons d'un marsouin, et autour duquel se serait formé de la matière tuberculeuse. Nous partageons entièrement cette opinion, à laquelle nous avons depuis longtemps donné de l'extension : car pour nous toute substance inorganisable, mucosités, sang altéré par le contact de l'air, pus, etc., séjournant dans les cellules pulmonaires et s'y introduisant, sont susceptibles, à la longue, de devenir les points de départ de la tuberculisation. Celle-ci est d'autant plus facile que les puissances de la respiration sont plus faibles et que l'expectoration s'opère avec plus de difficulté. Nous nous étendrions davantage sur cette manière de voir, nous établirions les saits nombreux sur lesquels elle repose, si nous n'avions pas surtout à vous parler du travail de M. Wanner. Ce médecin est loin d'adopter l'opinion de M. Boudin qui admet une sorte d'antagonisme entre les phymis ou tubercules, et les affections intermittentes. S'il est vrai que dans les parties de la Sologne où le sol est argileux et siliceux les habitants ont peu de tubercules et sont très-fréquemment atteints de fièvres d'accès tout au contraire, bien que celles-ci

règnent à Cherbourg, à Rambouillet, à Romorantin, à Orléans, on rencontre de nom breux phthisiques dans ces diverses localités. Or, dans ces mêmes pays, on trouve en abondance de la craie. Ce ne seraient donc pas, suivant M. Wanner, les conditions qui donnent lieu aux fièvres intermittentes, ce n'est pas le miasme paludéen (éliose ou miasme des marais), ce n'est pas la splénie ou l'altération du sang, soit primitive, soit consécutive, en rapport avec cette lésion , qui serait la cause du défaut de formation de tubercules ou de phymogénésie, mais le défaut de craie dans certains pays où règnent des fièvres d'accès, qui expliquerait l'absence de phymis qu'il affirme y avoir rencontré. Le traitement que M. Wanner propose pour prévenir la formation de tubercules pulmonaires, consiste dans l'emploi des bicarbonates alcalins; mais il avoue que, chez les malades atteints de pneumophymie déclarée, les accidents marchaient plus vite, alors qu'il administrait des médicaments de cette sorte. Il conseille aux phthisiques l'habitation de pays où la craie n'est pas abondante ou même n'existe pas. Il cite quelques faits, mais sans détails suffisants, à l'appui de l'utilité de ce moyen préservatif. La médication proposée par M. Wanner contre la pneumophymie développée, ne diffère pas, du reste, de celle qui est en général adoptée. Nous avons même éprouvé quelque surprise en voyant l'auteur employer, dans la curation de la phthisie, le lait, qui contient abondamment des sels calcaires, qui est peu d'accord avec sa théorie étiologique. S'il ne craignait de sortir du sujet qui est traité par M. Wanner, le rapporteur de la commission que vous avez appelée à vous rendre compte du travail de cet honorable médecin, aurait l'honneur de vous entretenir de l'action de l'iode en vapeur, en friction et à l'intérieur chez des gens atteints de phthisie fort grave; il vous parlerait de succès assez nombreux obtenus par cet agent médicamenteux; mais il croit plus convenable de mentionner seulemcnt aujourd'hui ces faits, et de ne vous les présenter en détail que si vous le désirez. En somme, nous vous proposons, Messieurs, d'adresser des remercîments à M. Wanner pour son travail, et de l'engager à recueillir des observations nombreuses , exactes, suivies de relevés statistiques, et cela dans le but d'appuyer sur des bases solides l'opinion qu'il défend. Ces conclusions sont adoptées. MALADIEs DU FoIE.—M. MoNNERET lit un

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