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fois entrées, sans conseil et sans coutrôle, dans cette voie périlleuse, elles vont jusqu'au bout, soit qu'elles répugnent absolument à toute intervention étrangère, soit que, pleines d'une aveugle confiance, elles attendent tout du remède et ne se lassent pas d'attendre, soit que chez elles à un mauvais sentiment se joigne l'ignorance des effets délétères du seigle et de l'auscultation qui permet de les constater et de les suivre. L'enfant est expulsé sans doute après un temps plus ou moins long, et le mérite de cette expulsion leur appartiendra tout entier; mais il a cessé de vivre ou naît dans un état d'asphyxie dont il est impossible de le tirer. Les sages-femmes plus instruites et mieux pénétrées de leurs devoirs, celles-même qui ne donnent le seigle ergoté qu'à propos, réussiront sans doute dans bon nombre de cas; mais placécs dans des conditions moins favorables que les accoucheurs, elles seront exposées à perdre des enfants qu'ils auraient sauvés. En effet, l'unique voie de salut ne leur est-elle pas fermée ? La loi, précise à cet égard, ne leur interdit-elle pas l'usage du forceps ? En supposant qu'elles aient vu le péril et qu'elles se soient hâtées de réclamer les conseils et l'assistance d'un accoucheur, auront-elles la certitude que le secours, qui ne peut être efficace qu'à la condition d'être prompt et quelquefois immédiat , leur arrivera en temps opportun? Ainsi périront des enfants qui, sous une direction entièrement libre et maîtresse d'elle-même, seraient nés vivants. Pourquoi dès lors, dans leur intérêt comme dans celui des femmes confiées à leurs soins, les sages-femmes, avant d'administrer le seigle ergoté, ne réclameraientelles pas, si les circonstances le permettent, l'avis d'un accoucheur qui, appelé au partage d'une responsabilité qu'il aurait acceptée, se tiendrait prêt à agir à la première manifestation du danger ? Nous n'avons jusqu'ici répondu qu'à la première partie de la question qui est adressée à l'Académie par M. le préfet de la Seine. Encore n'avons - nous pas touché quelques points contestés sur lesquels nous reviendrons plus tard. Avant de les aborder et pour compléter ce que nous avons à dire des résultats de la pratique ordinaire, nous examinerons quelle peut être l'influence du seigle ergoté sur la santé des mèrcs. A dose médicamenteuse ou, si je puis ainsi dire, obstétricale, c'est-à-dire à petitites doses et prises convenablement espacées, le seigle ergoté ne produit d'autre effet général sur la mère qu'une diminution plus ou moins marquée dans la fréquence du pouls. Encore ce résultat est-il loin d'être

constant. Si quelques expérimentateurs ont observé sur eux et sur d'autres des symptômes d'empoisonnement avec des doses qu'on ne peut pas considérer comme toxiques, administrées d'ailleurs en une seule fois et non pendant une série de jours, si le docteur Cusack a vu chez trois femmes auxquelles le seigle avait été donné à la dose de 1 gramme 112, de la stupeur, des épistaxis, etc., etc. ; si Fleetwood Churchilla observé dans plusieurs cas, pour des doses de 5 grammes en trois fois d'heureen heure, une violente céphalalgie, du délire, une demi-stupeur et un ralentissement très-notable du pouls, ces résultats n'en sont pas moins des exceptions, et doivent même être considérés comme des exceptions trèsrares. Quant à l'ergotismc complet succédant à l'usage obstétrical du seigle, il semble presque impossible, quelles que soient les quantités ingérées; suivant la remarque de M. Arnal, une bonne partie de la substance, quand la dose est considérable et prise dans un très-court espace de temps, ne fait que traverser le canal intestinal et n'est point absorbée. Aussi le fait de M. Levrat Perroton, relatif à une femme en travail chez laquelle l'ergotisme fut porté jusqu'à la gangrène des extrémités, à la suite de plusieurs gros de seigle administrés par une sage-femme, est-il fort remarquable. Mais, unique peut-être, cette exception confirme mieux enrore que les autres la règle générale. D'ailleurs quelques cas assez concluants, dans un autresens, pourraient lui être opposés ; en particulier celui de J. Paterson, qui, pour provoquer l'accouchement avant terme, fit prendre impunément, à une femme, plus de 100 grammes d'ergot dans l'espace de quelques jours. Tout en tenant compte de quelques faits très-exceptionnels, nous pouvons donc redire ici, avec tous les accoucheurs, que l'usage du seigle ergoté dans la pratique des accouchements, même à des doses un peu fortes et quelquefois de beaucoup supérieures à celles qui sont généralement em ployées, n'expose les femmes à aucun accident toxique. Il ne s'ensuit pas malheureusement qu'il soit pour elles d'une complète innocuité. Les violentes contractions qu'il produit ne sont pas seulement funestes à l'enfant; elles peuvent aussi avoir de bien graves consé quences pour la mère. Dans les cas où le seigle a été administré à contre-temps et à contre-sens, quand le bassin est rétréci, par exemple, n'a-t-on pas vu l'utérus su° rexcité, luttant de toute son énergie et sans succès contre un invincible obstacle, se rompre tout à coup?La continuité prolongée de ces contractions peut produire sur

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les organes maternels des lésions d'un autre genre, moins graves sans doute, mais pourtant bien tristement fâcheuses. Si le long séjour de la tête du fœtus dans l'excavation pelvienne suffit, dans quelques cas, pour mortifier plus ou moins profondément les parties molles, que ne doit-on pas craindre du spasme permanent produit par le seigle et de la pression incessante qui en résulte? Ne serait-ce pas à cette cause, bien plus qu'à toute autre, qu'il faudrait attribuer le nombre beaucoup plus considérable qu'autrefois des fistules vésico-vaginales ? Si cette plus grande fréquence signalée par un illustre chirurgien est réelle, si une certaine affluence dans les hôpitaux ne tient pas uniquement aux efforts heureux faits dans ces derniers temps pour guérir ces fistules, et à l'espoir si avidement embrassé par les malheureuses qui en sont affligées, de trouver enfin la guérison d'une infirmité autrefois réputée incurable, en un mot si le seigle joue ici, comme nous le pensons, un rôle funeste, n'est-ce pas un motif de plus d'être très-réservé dans l'administration de ce médicament et particulièrement attentif sur ses effets ? ll ne faut pas, toutefois, assombrir le tableau. Les accidents que nous venons d'indiquer tiennent moins au seigle luimême qu'à la manière de l'administrer et au choix des cas dans lesquels on l'administre. N'en est-il pas au reste de même de la plupart de nos moyens thérapeutiques? Un bon diagnostic, un à propos bien saisi, une indication bien remplie, assurent des succès aux uns, tandis que les autres ne rencontrent que des revers, faute de connaissances suffisantes, de tact et d'attention. En tous cas, le seigle donné pendant le travail, dans l'intention d'accélérer l'accouchement ou pour remplir tout autre but, est absolument sans influence, je veux dire sans influence fâcheuse, sur les suites de couches. Rendrait-il même les accidents puerpéraux plus rares, ainsi qu'on l'a prétendu, et assurerait-il aux femmes un rétablissement plus prompt ? nous n'oserions l'affirmer. Qui pourrait dire, en effet, quelle est ici la part des simples coïncidences, et, cette part faite, ce qui resterait de la prétendue influence préventive de l'ergot ? Quoi qu'il en soit de ce doute, il est au moins bien démontré que les femmes, une fois accouchées, n'ont rien à redouter de l'usage qu'elles auraient fait du seigle en accouchant. Forts de cette conviction, les accoucheurs sont un large et fréquent emploi du seigle pour prévenir ou arrêter les hémorrhagies qui compliquent ou suivent la délivrance. Son action, presque souveraine en pareil

cas, suffirait pour faire bénir la découverte des propriétés obstétricales d'une substancc qui n'a été si longtemps connue que par ses propriétés toxiques. Avant la naissance de l'enfant, le seigle, à côté de ses avantages, a ses inconvénients, ses dangers; ici l'action bienfaisante demeure seule et tout entière, le péril a disparu. La délivrance est-elle accomplie, le seigle est donné sans retard à doses et à distances convenables. Ne l'est-elle pas, au contraire, s'il y a urgence et que le cas soit de ceux qui ne requièrent pas quelque opération préalable, sans retard encore ce médicament est administré. L'enfant vient-il de naitre et s'agit-il, non d'une hémorrhagie à arrêter, mais d'une prédisposition à combattre, d'une action préventive à obtenir, on attend le décollement du placenta et un commencement d'engagement dans l'orifice avant de donner une première dose. Cette opération, recommandée par beaucoup de praticiens, suivie à l'hôpital d'accouchement dc Dublin et à la Maternité de Paris, a pour but de prévenir une complication qui pourrait résulter de l'administration un peu prématurée du seigle ergoté, à savoir la rétention du placenta. Si toutefois on tient compte des heureux résultats obtenus tant de fois avec le seigle donné plus tôt encore, et pourtant à une époque très-rapprochée de l'accouchement, les craintes d'une rétention du placenta diminuent beaucoup si elles ne s'évanouissent pas tout à fait. Il est heureux, parce qu'il est beaucoup plus sûr pour le but qu'on se propose d'atteindre, qu'on puisse, sans crainte d'un fâcheux effet, faire prendre une première dose d'ergot quelques instants, un demi-quart d'heure avant l'expulsion désormais assurée de l'enfant. Que de fois n'a-t-on pas eu à se féliciter d'en avoir agi ainsi, soit qu'on eût affaire à une femme qui avait plus ou moins abondamment perdu à un accouchement antérieur, soit qu'on eût à diriger un accouchement qu'on prévoyait devoir être extrêmement rapide, soit au contraire que le travail, près de finir, eût considérablement traîné en longueur et qu'on voulût se prémunir contre une inertie ultérieure de l'utérus. Dans de telles circonstances, en présence d'un pareil danger, quand le remède, et un reinède si puissant, est là, tout prêt, sous la main, n'est-ce pas le devoir le plus impérieux et le plus pressant d'une sagefemme de l'administrer sans retard ? Les moments sont précieux; si elle ne peut les mettre à profit, s'il lui faut attendre l'arrivée d'un médecin, l'hémorrhagie, qui n'était qu'imminente, se déclarera, celle qui était médiocre deviendra grave, celle qui était grave déjà sera menaçante pour la vie. Lui faudra-t-il assister désarmée aux progrès incessants du mal ? Sera-t-elle condamnée à voir laisser entre ses mains, graduellement et à chaque minute perdue, la puissante vertu de l'ergot ? Le remède, en effet , agit d'autant mieux qu'il est employé plus tôt. Est-il donné de bonne heure, son action est prompte et sûre; plus tard, elle devient incertaine et lente; trop tard, nulle ou presque nulle. Nous ajouterons qu'au dire de quelques praticiens, elle pouvait même cesser d'être bienfaisante. S'il devait, en effet, produire un ralentissement très-prononcé du pouls, il aggraverait, loin de l'amender, l'état d'une femme qu'une hémorrhagie abondante aurait plongée dans un grand état de faiblesse. Les considérations qui précèdent démontrent la nécessité de laisser aux sages-femmes une grande liberté d'action dans les cas d'hémorrhagie, que ces hémorrhagies d'ailleurs succèdent à l'accouchement ou compliquent une fausse couche. Restreindre en pareil cas le droit de prescription et d'administration dont elles ont joui jusqu'à ce jour, serait exposer aux plus grands dangers les femmes confiées à leurs soins. Si, pour de tels accidents, le droit doit être entier et sans réserve, sera-t-il facile, possible même, de le limiter quand il s'agira de donner le seigle pour accélérer l'accouchement ? Comment permettre dans un cas et interdire dans l'autre ? Une sage-femme ne pourra-telle pas toujours arguer d'une hémorrhagie Aqui lui paraissait à craindre et qu'elle a voulu prévenir ? Les restrictions, les entraves seraient donc presque toujours illusoires. Mais d'ailleurs seraient-elles bien légales ? La loi du 19 ventôse an xI, qui n'a pas cessé d'être en vigueur, dispose, art. 52, que les sages-femmes devront être examinées sur les accidents qui peuvent précéder, aecompagner ou suivre l'accouchement et sur les moyens d'y remédier, ce qui implique sans doute que le libre emploi de ces moyens leur est accordé. Si un doute pouvait exister sur le droit qui leur est conféré par cet article, le soin pris dans le suivant d'établir une exception, une exception unique relativement à l'application des instruments trancherait la question d'une manière nette et précise. En présence d'une législation qui ne fixe point de limites aux prescriptions des sages-femmes , qui, par conséquent, leur laisse, en ce qui concerne le seigle ergoté, une si grande latitude, le devoir le plus impérieux des personnes chargées de les instruire, n'est-il pas de leur exposer de la manière la plus minutieuse l'ensemble des règles que nous avons rappelées plus haut,

de leur en faire sentir toute l'importance et de s'efforcer de les rendre prudentes et réservées ? Celui des sages-femmes elles-mêmêmes n'est-il pas de se bien pénétrer de ces préceptes et de les appliquer religieusement? Si la loi est imparfaite, c'est ainsi seulement qu'on remédiera à ses imperfections. Ne laissât-elle rien à désirer, c'est encore aussi par de vives et sérieuses instructions d'une part, et la plus scrupuleuse réserve de l'autre, qu'on parviendra à neutraliser les dangers d'un médicament d'une si délicate administration. Qu'il nous soit permis, avant de conclure, d'ajouter quelques mots sur deux points plus obscurs de son histoire, et qui se rattachent d'ailleurs à la première partie de la question qui a été posée à l'Académie, à savoir sa propriété abortive et son action toxique sur le fœtus. Au premier rang des motifs qui ont rendu, dans le principe, le seigle suspect aux médecins et à l'autorité, il faut placer la crainte du criminel emploi quel'on pourrait en faire. N'était-ce pas un nouveau moyen abortif offert à la perversité, moyen plus redoutable encore que ceux jusqu'alors mis en usage, puisque les coupables, moins retenus par la crainte des accidents et assu rés de l'impunité d'un crime qui ne devait pas laisser de traces, auraient le champ libre et ne connaîtraient plus de bornes à leurs entreprises. Ces appréhensions étaient au moins exagérées. Le seigle excite, réveille la contractilité de l'utérus, quand, fatiguée, épuisée, elle sommeille; il l'éveille difficilement ; on a même cru longtemps qu'il ne pourrait l'éveiller quand elle n'a pas encore été mise en jeu. La rareté des avortements pendant les épidémies d'ergotisme n'était-elle pas un suffisant motif de sécurité! Mais, plus tard, cette propriété qu'on avait longtemps déniée au seigle, il se trouve qu'il la possédait au moins à une époque avancée de la grossesse. C'est en lo mettant à profit que, dans un assez grand nombre de cas déjà, l'accouchement a élo provoqué avant terme. Ce que les maitro de l'art ont opéré dans l'intérêt de la mere et de l'enfant, d'autres n'ont-ils pas puk faire dans de criminelles intentions?Cetle question paraît encore préoccuper l'auto rité; c'est ce qu'on peut au moins inséro d'un passage de la lettre de M. le préso qui ne mentionne pas, à la vérité, des faio bien précis. Nous ne pensons pas que l' seigle puisse, sans aucun travail commenco sans impulsion étrangère, sans manœuvre préalable, à lui seul enfin, mettre enjeu !o contractions de l'utérus dans la premiero moitié de la grossesse qui est celle pendao laquelle le crime d'avortement est le pl"

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souvent commis. Mais ce qu'il ne saurait accomplir tout seul, il peut au moins concourir à l'opérer, et nul doute que dans ces ténébreuses manœuvres, il ne fasse partie des moyens employés sinon à la destruction , du moins à l'expulsion du fœtus. Combien, dès lors n'est-il pas regrettable qu'on ne puisse pas le rendre absolument inaccessible aux mains qui en font un si criminel usage ? Ce regret s'accroît encore à la pensée qu'à cinq mois révolus, par exemple, et à plus forte raison à six mois, une mère coupable, spéculant sur la nonviabilité de son enfant, pourrait peut-être obtenir du seigle fourni par un complice, ce qu'elle n'oserait pas demander à des manœuvres dont elle redoute pour elle les conséquences. Les faits signalés à M. le préfet seraient-ils de ce genre ? L'ergot qui tuerait l'enfant dans ce cas, en le détachant prématurément de sa mère, ne peut-il pas lui être fatal d'une autre façon ? On s'était demandé, dès l'origine, si cette substance ne serait pas toxique pour le fœtus ; de tous côtés, à part quelques dissidents bientot ralliés, la réponse avait été négative, et elle reste telle encore pour la plupart des accoucheurs. ll en est quelques-uns pourtant dont les convictions ont été ébranlées par les résultats, très-peu favorables pour l'enfant, de l'accouchement prématuré provoqué à l'aide du seigle. Fr. Ramsbotham, sur 26 cas, ne sauve que 4 enfants, tandis que la rupture des membranes lui donne 19 succès sur 57 opérations.Des 22 enfants de sa première série qui n'ont pas vécu, 14 étaient nés morts; des 12 nés vivants, 1 était mort presque aussitôt, après version faite pour présentation de l'épaule, 5 une heure après sans convulsions, six, dix, quinze et trente-six heures après leur naissance. Hoffmann, produisant, en 1847, une statistique plus étendue qui comprend d'ailleurs la précédente, donne le résumé de 45 cas sur lesquels 58 fois l'état des enfants est mentionné. Sur ces 58, 15 sont nés morts, 25 vivants. Parmi ces derniers, il en est 5 dont le sort ultérieur n'est pas indiqué; des 18 autres, 12 n'ont pas vécu au delà de trente-six heures. En résumé, 27 morts au moins sur 58 cas ! Quant aux mères, il y a eu absence d'accidents chez toutes celles observées par Ramsbotham, et Hoffmann assure qu'il en a été de même chez les autres, circonstance fort remarquable assurément, et d'après laquelle l'accoucheur anglais croit pouvoir conclure que le seigle pris en grande quantité peut être toxique pour le fœtus sans produire aucun symptôme d'empoisonnement chez la mère. Aussi absolue cette conclusion nous paraît au moins préma

turée. Elle ne nous semble pas suffisamment motivée et ne pourrait prendre place dans la science que basée sur des faits plus nombreux et surtout plus complets; dans tous ces cas, la part des influences étrangères n'est pas faite, et en particulier, il est difficile de démêler ce qui est produit par l'action toxique de ce qui peut ne tenir qu'à l'effet ordinaire du sujet. Ramsbotham donnait sans doute de fortes doses; il est allé jusqu'à 56 grammes. Mais ces fortes doses qu'Hoffmann condamne vivement, et de plus considérables encore, sont souvent nécessaires pour amener les contractions utérines à un degré d'énergie tel, que le travail franchement déclaré ne se suspende plus et s'accomplise régulièrement. Quelle que soit l'explication qu'on cherche aux résultats fâcheux communiqués par Ramsbotham, les faits sont trop graves pour ne pas faire naître de sérieuses réflexions et même quelques doutes. Les observations de Beatty, qui signale la raideur particulière des membres des enfants morts après l'administration du seigle pendant le travail; les remarquables expériences de Wright sur des femelles pleines dont les portées ont été plus ou moins fâcheusement atteintes par i'ergot à haute dose, sans que l'action de l'utérus ait été mise en jeu, montrent que la question doit être reprise. L'étude de l'action des médicaments et des poisons sur le fœtus à travers l'organisme maternel, est un des plus importants sujets de la pathologie et de la thérapeutique intra-utérine. Ce qui concerne l'ergot ne pourrait manquer d'y trouver place. Mais les matériaux d'une telle histoire sont malheureusement épars, peu nombreux et tout est encore doute et incertitude dans le chapitre qui devrait être consacré au seigle. Nous nous contentons donc, pour ne rien omettre de ce qui a trait aux effets de ce médicament sur le fœtus, de la simple mention d'une action toxique qui, tour à tour admise et rejetée, sera peut-être reconnue un jour, mais est encore loin, quant à présent, d'être démontrée.

Nous avons l'honneur de proposer à l'Académie de répondre à M. le préfet de la Seine.

1° Que le seigle ergoté, quels que soient d'ailleurs les avantages attachés à ce précieux médicament, peut, quand il est imprudemment administré , déterminer la mort de l'enfant et des lésions plus ou moins graves chez la mère.

2° Que, dans l'état actuel de la législation, il n'est pas possible d'interdire aux sages femmes le droit que la loi leur donne d'administrer le seigle ergoté, et que cetto

interdiction aurait d'ailleurs de graves inconvénients dans certains cas. 3° Qu'il serait à désirer que la nouvelle législation, si impatiemment attendue, en même temps qu'elle élèverait le degré d'instruction exigé des sages-femmes, fixât leurs droits d'unc manière plus précise, et vit s'il y a lieu d'assigner des limites aux prescriptions qu'elles sont appelées à faire. 4° Que l'Académie, ne disposant pas des journaux de médecine, ne peut donner satisfaction à M. le préfet au sujet de la publication par laquelle il voudrait qu'on rappelât aux jeunes médecins et aux sagesfemmes la réserve dont ils ne devraient jamais se départir, et qu'elle doit, en conséquence, se borner à exprimer le désir de voir reproduire, par les principaux organes de la presse médicale, les parties de ce rapport qui leur paraitront les plus propres à remplir le but que l'autorité se propose d'atteindre. M. GIBERT désirerait que M. le rapporteur voulût bien modifier la dernière conclusion, en répondant au préfet que , conformément au vœu qu'il exprime, l'Académie donnera à ce rapport la publicité dont elle dispose dans son Bulletin. M. VELPEAU : Il nous semble avoir entendu autrefois M. Moreau s'élever contre les abus du seigle ergoté; je m'attendais à le voir prendre la parole aujourd'hui à l'occasion de ce rapport. Puisqu'il ne le fait pas, je demande à présenter quelques réflexions. Dans le rapport de M. Danyau, j'ai entendu ceci : que le seigle ergoté, entre les mains des sages-femmes, pouvait causer ou même avait causé la mort de beaucoup d'enfants. Je partage cette opinion. Il a été publié en Belgique une statistique d'après laquelle la mortalité des enfants nouveaunés serait d'un tiers plus élevée depuis qu'on fait usage du seigle ergoté. ll en est de même enfin en France, où l'on fait aussi un grand abus de seigle ergoté. Mais il faudrait ajouter encore que par malheur cet abus n'existe pas moins dans la pratique des médecins que dans celle des sages-femmes. J'ai vu employer le seigle ergoté lorsque le col était à peine entr'ouvert et dans des cas où l'on n'avait pu s'assurer encore de la présentation de l'enfant. Je crois qu'il eût été utile d'insister sur ce point. Dans les cas même où le seigle ergoté est donné dans de bonnes conditions d'ailleurs, si le travail doit durer plus d'une heure après son administration, il y a du danger. Si l'on insistait sur ces règles ainsi que sur celles qu'a formulées M. Danyau , il arriverait à l'avenir beaucoup moins d'accidents.

Il y aurait eu aussi un autre point important à faire ressortir. Les sages-femmes, aux termes de la loi, ont le droit de traiter les suites de couches. On ne peut pas leur enlever ce droit-là; mais il est évident qu'il a de graves dangers, car il s'ensuit qu'une sage-femme peut avoir à traiter une métro-péritonite, un trumbus. Saura-t-elle saisir le moment où il conviendra d'appeler un médecin ? Autre chose encore. Les sages-femmes se croient le droit de traiter les maladies des organes génito-urinaires. On comprend les graves inconvénients qui peuvent en résulter. Mais comment faire pour les en empêcher ? Elle croient être dans leur droit en traitant ces maladies comme des suites de couches. Ce sont là des points de pratique délicats que je voudrais voir signaler à l'administration , en spécifiant ce qu'il faut entendre par suites de couches; sans quoi les modifications que l'on introduirait dans la loi, relativement à l'emploi du seigle ergoté dans les accouchements, seraient sans avantage. M. MoREAU : Il y a longtemps, effective ment, ainsi que vient de le rappeler M. Velpeau, que je me suis expliqué très-catégoriquement à l'égard du sujet en discussion, et tous les ans j'ai l'occasion de rappeler mon opinion sur cette question dans mes cours. Je ne puis donc qu'approuver le rapport de M. Danyau. Cependant j'ajouterai que je ne suis pas aussi partisan que lui du seigle ergoté. Depuis plus de quarante ans que je pratique exclusivement les accouchements, je n'ai pas employé peutêtre dix fois le seigle ergoté pendant le travail. Est-ce que je le considère comme inefficace ? Non, certainement; mais c'est à cause de ses dangers. J'ai fait remarquer, dans le temps, que la mort du fœtus n'est pas due à une action toxique, mais bien à une action mécanique. La mort, dans ce cas, est la conséquence du mode d'action du seigle ergoté sur les contractions utérines qui diffèrent des contractions normales en ce que, tandis que celles-ci ont lieu par intervalles, les premières sont presque permanentes avec e1acerbations ; de là, arrêt de la circulation fœtale , syncope et la mort. Voilà les opinions que j'ai émises, il y a plus de vingt ans, et je ne crois pas que les faits soienl venus les infirmer. J'ai toujours le soin de recommander de n'employer jamais le seigle ergoté dans les accouchements primipares; car c'est surtout dans ces accouchements que le seigle exerce la plus funeste influence. . Sous le rapport des hémorrhagies, c'est assurément un bon médicament ; mais en

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