Images de page
PDF

remcnt et simplement sur la volonté du malade lui-même. Tant que celui-ci veut de son médecin, il y a forfait à chercher à supplanter ce dernier par des manœuvres directes ou indirectes; il y a forfait à prendre sa place, alors que le malade, ignorant ou ingrat, aveugle ou inconstant, n'a pas de motifs légitimes pour répudier son médecin ordinaire. Et pourtant les médecins moralistes de toutes les époques s'accordent à signaler et à flétrir la plaie la plus hideuse de notre profession, ce génie de l'intrigue ténébreuse, cette invidia medicorum pessima qui, plus encore que l'incertitude de l'art et l'ignorance des artistes, avilit la prosession médicale aux yeux du public. « Ne voyez-vous pas tous les jours, dit ZIMMERMANN, de prétendus médecins, indignes de ce nom respectable, crier à haute voix dans la société que telle maladie n'est rien quand ce ne sont pas eux qui la traitent, que cette maladie peut se guérir par le moindre médicament, et cela pour arracher un malade à un autre decin respectable par son mérite ! Si l'artifice leur réussit, ils traitent bien ou mal un malade souvent arraché au danger avant leur arrivée. Ils continuent le même langage pendant le premier jour pour ga» gner la confiance ; mais si la maladie em» pire par son propre caractère ou par leur » mauvaise manœuvre , dès le second jour ils changent de ton ; ils osent pronosti» quer une mort certaine, vu la maladresse du premier médecin ; que le malade se rétablisse, le public dit avec eux que ces médecins l'ont guéri, malgré tous les inconvénients précédents. Mais s'il meurt, c'est le premier médecin qui l'a fait mourir , car le second savait dès le premier jour qu'il n'en reviendrait pas, et s'il n'a rien dit alors, c'était de peur d'alarmer le » malade et la famille. » (De l'Expérience.) Nous rougirions d'exposer ici les mille moyens insidieux, perfides, calomnieux que mettent en jeu certains praticiens pour discréditer leurs confrères et monopoliser la confiance du public. D'autre part, le public n'est rien moins que délicat dans ses procédés envers les médecins. L'homme du monde quitte volonticrs son médecin sans motif raisonnable, sans le prévenir, voire même sans s'acquitter envers lui; on voit tous les jours des malades consulter plusieurs médecins à l'insu les uns des autres, s'exposant ainsi aux perplexités qui résultent nécessairement d'avis plus ou moins dissidents. On en voit même recevoir ostensiblement les soins simultanés de deux médecins ou plus, déterminés à ne suivre que les conseils d'un seul ct n'osant pas congédier les autres.

[ocr errors]
[ocr errors]

C'est la nécessité de soustraire la profession à de pareilles humiliations, ce sont même les intérêts bien entendus du malade qui ont fait admettre tacitement certaines conventions auxquelles tous les praticiens doivent se soumettre, sous peine d'indignité. Ainsi, non-seulement le médecin ne devra rien dire ou faire qui puisse provoquer l'expulsion d'un confrère, mais encore la probité lui commande de s'opposer de toutes les forces de sa conscience à ces actes d'injustice ou d'ingratitude dont le monde est si prodigue. Il devra toujours en user ainsi, dût-il ne pas trouver de réciprocité. S'il se voit obligé d'accepter la substitution, le nouveau médecin exigera que le premier soit congédié et payé de ses honoraires. Au besoin, il le préviendrait luimême, de manière à enlever tout soupçon de félonie. Dans aucun cas, un confrère ne consentira à donner des conseils à l'insu du médecin ordinaire au domicile du malade. Si les circonstances l'empêchent de s'aboucher avec le médecin traitant, il ne donnera sa consultation que sous la condition qu'elle sera communiquée à celui-ci. Quelques médecins, sous prétexte qu'ils exercent une spécialité : chirurgie, accouchement, médecine des femmes ou des enfants, oculistique, maladies des voies urinaires, etc., sc croient affranchis de ces devoirs de bienséance à l'égard du médecin ordinaire. C'est là une erreur, ou plutôt une usurpation dont l'inconvenance ressort de l'universalité même du titre de docteur, lequel implique les notions de toutes les parties de la marche aujourd'hui légale de la médecine, que les obligations doivent être réciproques aussi bien que les droits. Si le public ne comprend pas cela, coiffé qu'il est de ses préjugés à l'égard des spécialistes eux-mêmes qui tiennent à honneur d'être médecins, qu'il appartient de rappeler le public à l'observation des convenances. Enfin, il est superflu d'établir que, sous aucun prétexte, le médecin n'acceptera de conférer avec des confrères, sous la réserve clandestine de diriger seul le traitement. Tous ces préceptes, on le voit, reposent sur les lois imprescriptibles de la probité, de la loyauté, qui imposent aux médecins d'agir au grand jour à l'égard les uns des autI'eS. Par compensation, la délicatesse et la fierté du médecin lui font un devoir de se retirer lorsqu'il s'aperçoit qu'un autre a la confiance de son malade ; de ne pas combattre sa volonté lorsqu'il convient à celuici de lui donner un successeur; de ne pas concevoir de rancune à l'égard du confrère qui le remplace, lorsqu'il est avéré que celuici s'est conduit avec loyauté ; d'agréer sans humeur une consultation donnée par un autre, à condition de lui être soumise ;sauf, dans tous les cas, de faire comprendre avec dignité au client infidèle les torts qu'il peut avoir envers vous. Si les malades n'avaicnt le droit naturel et incontestable de s'éclairer de plusieurs avis, en observant les règles de la bienséance, l'intérêt seul bien compris du decin ordinaire lui prescrirait d'accepter les consultations dans le cas où quelque responsabilité vint à peser sur sa conscience. « Dans les maladies graves, dit FR. HoFF» MANN, il convient de faire appel à un se» cond médecin, quand même il serait d'une » capacité inférieure; on évite par ce moyen » d'être seul garant des événements. » En fait, la consultation provoquée par le malade n'est pas toujours à son profit, car l'auteur ci-dessus a dit encore avec raison : « C'est une mauvaise coutume qui est pour» tant celle de certains malades, d'avoir à » la fois plusieurs médecins, car ils se repo» sent l'un sur l'autre, et le malade est né» gligé. » RAMAzzIN1 place cette circonstance au nombre des calamités de la grandeur, et les anciens avaient vulgarisé ce dicton : « Medicorum turba regem interfecit. » A tort ou à raison, les malades aiment à réunir plusieurs conseils; c'est un fait que, bon gré, mal gré, les médecins sont obligés d'accepter; autant le faire de bonne grâce, quelle que soit, du reste, la qualité de celui qu'on leur adjoint, pourvu qu'il soit honorable. Nous venons de voir qu'un médecin inférieur en renommée offrait au moins l'avantage d'alléger la responsabilité. HUFELAND produit d'autres raisons relatives à l'àge respectif des consultants : « Que le » jeune médecin, dit-il, estime dans un » vieux praticien la maturité de l'expérience, l'étendue des connaissances, le tact pratique... mais que, de son côté, le » vieux médecin honore dans son jeune confrère la fraîcheur et la pureté du coup » d'œil, les idées nouvelles, l'avidité de savoir, l'éducation théorique; qu'il lui fasse cordialement remarquer ses fautes dans » l'intimité, les excuse et les couvre aux yeux du public. » Nonobstant , le refus d'accepter tel ou tel consultant et la prétention d'imposer tel ou tel autre, est un des méfaits les plus communs de la pratique. Le motif de ce refus est moins souvent l'indignité que la bonne renommée du praticien dont on récuse l'assistance. Pas besoin n'est de dire que, dans ce cas, le médecin récusé se trouve affranchi de toute obligation et de tous égards à l'endroit du médecin ordinaire. Pourtant il est vrai de dire que trop souvent il arrive que le médecin

[ocr errors]

consultant supplante son confrèrc, cc qui » lieu, ou bien parce que le consultant a use de moyens illicites pour supplanter son col lègue, et c'est une action honteuse et criminelle qui retombe de tout son poids sur le coupable, ou bien parce que le malade a donné librement et obstinément la présérence au nouveau venu, et c'est un malheur inévitable qui accuse ou l'inconstance et l'injustice du malade, ou l'insuffisance du médecin. Se résigner est alors ce qu'il y a de mieux à faire. L'exactitude est une obligation essentielle dans les consultations : celui qui se fait attendre, le fit-il involontairement , dérobe un temps précieux et manque d'égards à ses confrères. Voici les consultants en présence du malade; c'est une des circonstances les plus délicates où puisse figurer le médecin ; car nous l'avons déjà dit, il suffit d'un mot, d'un geste, d'un regard peu bienveillant pour je ter la défaveur sur un confrère : tactique trop répandue, hélas! parmi les corsaires de la profession. Tout doit se passer loyalement, gravement, silencieusement même, dans cet examen en commun, et ce n'est qu'à huis-clos que les observations mutuelles doivent être échangées, toujours avec bienveillance, et en couvrant les fautes aux yeur du public, suivant l'heureuse expression d'HUFELAND. C'est toujours au détriment des praticiens et à la honte de la profession que se produisent au grand jour ces altercations passionnées que le génie de MoLItno a frappées d'un ridicule immortel. C'est que dans la consultation, les médecins, il faut le dire, se croient obligés de poser comme des gladiateurs dans le cirque, enclins qu'ils sont à voir de dangereux rivaux dans leurs confrères. Quelques médecins, pénétrés de leur supériorité, ont la prétention de convertir ou d'instruire les autres, et s'érigent, dans les consultations, en professeurs improvisés, tandis qu'il s'agit de déduire simplement et brièvement son opinion, de manière à la faire comprendre, tout prêt qu'on est à entrer en composition si la conscience le permet, et à se soumettre, en définitive, à l'avis de la majorité. Dans aucun cas, le médecin n'a le droit de faire un éclat, de proclamer ses dissidences, co d'abandonner le malade, en cas d'oppo tion; ce serait déserter le champ de bataillo avant la fin du combat. S'il a raison seul contre tous, les événements le prouveront bien et lui rendront la prépondérance.0n conçoit que si chacun prétendait imposer exclusivement ses opinions, il n'y auraio pas d'accord possible et le malade en pàli rait. Dans les conférences entre consultants la direction revient au plus ancien, et la parole est donnée d'abord au plus jeune. Les bases du diagnostic et du traitement étant arrêtées, la consultation sera rédigée par écrit, aussi par le plus jeune ou par celui que les consultants s'accorderont à charger de cet office. Dans cette pièce importante devront figurer les éléments du diagnostic et le détail des prescriptions thérapeutiques; elle a pour objet de servir de guide au médecin ordinaire et de rappeler les circonstances du fait si, plus tard, il en était besoin. Cet écrit doit rester entre les mains du médecin traitant, lequel en remettrait copie à la famille du malade, si celleci le désirait. Dans les visites à deux, qui sont, à vrai dire , des consultations journalières, les choses doivent se passer de la même manière. C'est le médecin ordinaire qui est chargé d'écrire les formules. L'un des visiteurs ne doit modifier le diagnostic, tirer des pronostics ou prescrire de nouveaux remèdes, qu'après s'être concerté avec son confrère, sous peine de voir surgir des malentendus, des contradictions, qui inquiètent ou embarrassent le malade et compromettent la dignité de l'art. Le médecin consultant doit cesser ses visites dès qu'il reconnaît que sa présence est superflue, ou que son concours n'est plus désiré. Sous aucun prétexte, il ne doit consentir à voir le malade à l'insu du médecin ordinaire. Nous avons dit qu'il ne pouvait remplacer celui-ci qu'à son corps défendant. Nous devons dire quelques mots des consultations dans le cabinet. La retraite du médecin est un sanctuaire où règne exclusivement le maître du lieu. Tout malade qui en franchit l'entrée a droit aux secours qu'il vient réclamer. Dans le cas où le patient a un médecin en titre, le consultant doit faire ressortir à ses yeux les inconvénients et les dangers d'un traitement en partie double, et l'exhorter à soumettre la consultation à celui qui le traite habituellement. C'est dans le cabinet que le médecin peut, à son gré, faire et défaire les réputations, restituer ou accaparer les malades, agir enfin avec probité ou félonie, selon l'élévation ou l'infimité de son caractère. La consultation de cabinet doit toujours être écrite et relater les circonstances du fait, d'abord parce qu'elle sert de guide au malade, ensuite parce qu'elle peut servir de memento en cas de consultations ultérieures ; enfin, parce que le malade à qui vous ne donnez que des paroles ne sort pas complétement satisfait. La consultation de cabinet doit toujours être une œuvre châtiée, car il arrivc souvent qu'elle est soumise à de nombreuses appréciations, et qu'elle sert de base à l'o

pinion plus ou moins favorable qu'on se fera de la science et même de la moralité du médecin. C'est pourquoi l'on ne devra s'y prononcer qu'avec beaucoup de prudence et de réserve, un premier examen laissant parfois beaucoup de chances à l'erreur. Il arrive souvent aux médecins en réputation d'étre consultés de loin et par écrit ; c'est ce que l'on appelle répondre à un mémoire à consulter, ou traiter par correspondance. Ce genre de consultation est sujet à beaucoup d'inconvénients. Et d'abord, il faut récuser, en général, les détails rédigés par les malades eux-mêmes, en tant qu'ils sont entachés d'ignorance, de fausses appréciations et souvent d'exagération.Il convient d'exiger un rapport du médecin traitant, et encore il arrive souvent que l'on éprouve la privation d'une foule de détails três-importants, relatifs à l'extérieur, aux allures, au genre d'esprit du malade, à mille particularités de fine observation que la plume ne peut rendre. Aussi devra-t-on se montrer encore plus réservé, s'il est possible, dans ce cas que dans le précédent. Nous aurions, pour compléter notre œuvre, à parler des devoirs du médecin dans les diverses conditions particulières, c'està-dire dans les divers emplois médicaux qu'il peut occuper, tels que ceux de professeur, de médecin des armées de terre et de mer, des hôpitaux, des asiles d'aliénés, des eaux minérales, des prisons, de médecin légiste, de médecin communal, etc. Mais indépendamment de ce que les devoirs du médecin, dans ces diverses positions, ne diffèrent pas essentiellement de ce qu'ils sont dans la vie commune, à part les règles disciplinaires et le mécanisme de ces fonctions, ce sont là des attributions spéciales, exceptionnelles, dont quelques-unes même ont leurs codes spéciaux. C'est ainsi qu'il y a des manuels à l'usage des militaires, et que j'ai moi-même écrit un traité de Médecine navale pour les médecins de la maI'lI16, Nous allons ici, sous forme d'appendice, produire quelques considérations sur les devoirs du médecin envers les pharmaciens; sujet très-chatouilleux, sur lequel nous aurons cependant le courage de dire notre pensée. Les pharmaciens ne sont plus des apothicaires, de même qus les chirurgiens ne sont plus des barbiers. Un honorable niveau s'est établi entre toutes les sciences qui tiennent à l'art de guérir. Du médecin au pharmacien, il n'y a donc plus de hiérarchies, il n'y a que des rapports harmoniques, ce qui n'exclut pas les droits et les devoirs réciproques. Le premier de ces droits et de ces dcvoirs, c'est que chacun restera dans les limites de ses attributions. Eh bien! il faut le dire : tous les pharmaciens font de la médecine ; personne ne l'ignore,eux-mêmes en conviennent, et je ne sais trop comment on pourrait y remédier. Non-seulement les pharmaciens font de la médecine, mais encore ils disposent de la réputation des médecins , puissance dangereuse qui pourrait entraîner le praticien à de coupables faiblesses, s'il ne portait haut, comme on dit, le sentiment de ses obligations. « Des médecins, doués des » plus grands talents, qui ont reçu une édu» cation distinguée , voient fréquemment » leurs succès dépendre des apothicaires, et » l'obligation qu'ils ont à ces derniers est » souvent rcconnue d'une manière que » tout homme d'honneur devrait vouer à » l'indignation. » (GRÉGoRY , Devoirs du méd.). Ainsi, quoi qu'il puisse advenir, le médecin devra rester dans les termes d'une bienveillance mutuelle avec le pharmacien, de peur d'encourir, par trop d'intimité, l'accusation de le courtiser ou de pactiser avec lui. J'ai dit pactiser, car il est malheureusement avéré que des médecins ont parfois contracté je ne sais quelles associations dont le but est un lucre coupable, que flétrit la morale et que les lois punissent comme criminel. Ce méfait n'est pas d'invention moderne, et FRÉD. HoFFMANN disait déjà : « C'est un procédé odieux et infâme que de » s'accorder avec un apothicaire et d'en ti» rer une rétribution. » D'autres manœuvres ont quelques rapports avec la précédente ; telle est celle qui consiste à rendre un pharmacien dépositaire d'un remède mystérieux, désigné seulement ou par le nom de l'auteur, ou par une dénomination spéciale, un signe de convention, un chiffre, etc. Dussé-je encourir la disgrâce et l'anathème de la pharmacie tout entière, je me crois obligé de proclamer un principe qui, d'ailleurs, est au fond de la conscience de tous, du médecin, du public, et du pharmacien lui-même : c'est que l'intérêt le plus sacré du médecin étant, avant tout autre, celui du malade, le praticien serait gravevement coupable si, dans l'unique but de complaire aux pharmaciens, il prescrivait des remèdes superflus ct plus ou moins dispendieux. De ce principe, il résulte que le médecin doit connaitre approximativement la valeur vénale des substances qu'il emploie. Le médecin doit tenir expressément à l'exécution scrupuleuse de ses prescriptions, et s'opposer à ce que le pharmacien y substitue des succédanés sans son consentement formel.

En cas de difficultés ou d'obscurités dans l'exécution ou la rédaction des formules, le médecin doit s'entendre avec le pharmacien, et savoir gré à celui-ci des observations qu'il croirait devoir lui soumettre, Le médecin doit laisser au public le libre choix du pharmacien, dont la réputation doit être pour lui chose aussi sacrée que la réputation d'un confrère même. S'il est consulté sur le choix à faire, le médecin désignera le pharmacien le plus voisin du domicile du malade, à moins qu'il n'ait contre ce pharmacien des griefs légitimes, c'est-à-dire fondés uniquement sur son incurie et son incapacité reconnue. Quant aux devoirs du pharmacien envers le médecin, ils reposent sur la réciprocité même ; il ne nous appartient pas de les lui dicter. Ici se borne la tâche que nous nous sommes imposée : c'était uniquement d'effleurer un sujet extensible à l'infini, et qui a déjà fourni matière à de nombreux volumes. Nous n'avons abordé que les points capitaux, et nous en avons omis beaucoup non moins inportants, sans doute. Puissions-nous avoir donné une idée suffisante de l'esprit qui doit diriger le médecin dans sa conduite au sein de la société. Le sens droit et la conscience du praticien lui dicteront le reste. En disant ce que doit être le médecin , je n'ai pas eu la vanité de prétendre esquisser mon propre caractère. Nul ne peut avoir la prétention d'atteindre à ce beau idéal que j'ai voulu définir. Notre unique ambition doit être d'en approcher le plus près possible.

[merged small][merged small][ocr errors][merged small]

M. DANYAU continue : Tantôt on aura méconnu un rétrécissement du bassin, médiocre peut-être, mais néanmoins suffisant pour arrêter la tête et frapper l'utérus d'inertie. Quel bien pourrait faire, ou plutôt quel mal ne fera pas le seigle ergoté dans un cas où l'insuffisance des contractions tient à une pareille cause ! Tantôt la résistance de l'orifice utérin aura été mal appréciée, et loin de céder au seigle ergoté, l'obstacle grandit, quand il aurait suffi, pour le vaincre, d'une saignée faite à propos, d'une fumigation, d'un bain, ou seulement d'une intelligente expectation. Il y aura eu erreur complète sur la présentation, elle était vicieuse, et le seigle n'a fait qu'augmenter les difficultés et les dangers; là il s'agissait d'une présentation naturelle, mais la partie fœtale était défléchie, inclinée, retenue transversalement dans le bassin, et ces détails si importants de diagnostic ont échappé à un observateur superficiel, fort étonné ensuite que le réveil et la suractivité des contractions utérines restent sans effet. Une autre fois, pour citer un exemple encore, ce sera contre un volume excessif du fœtus, contre une hydrocéphalie méconnue, etc., etc., que le seigle luttera vainement au grand préjudice de la Inère ou de l'enfant, sinon de tous les deux. Et qu'on ne croie pas purement gratuites ces suppositions et quelques autres qu'il nous serait facile de produire. Nous pourrions invoquer le témoignage des faits; ils attestent la fréquence des erreurs que nous venons de signaler et leurs fâcheuses conséquences. Il n'est pas d'accoucheur, souvent appelé pour les cas difficiles, qui n'ait maintes fois constaté la légèreté extrême et l'aveugle facilité dont se plaint aujourd'hui M. le préfet de la Seine.

· Qui pourrait mettre en doute la désastreuse influence d'une telle pratique sur la vie des enfants ? Personne assurémcnt , personne surtout parmi les partisans déclarés et éclairés du seigle ergoté. C'est que, malgré leur confiance, ils sont loin de procéder avec cette témérité. Praticiens expérimentés, explorateurs habiles, fidèles observateurs des règles prescrites, ils n'administrentleseigle qu'après un très-scrupuleux cxamen, n'ignorant pas que c'est amener les choses à un point véritablement critique, et qu'une fois le seigle donné, une termimaison prompte, spontanée ou artificielle, importe au salut de l'enfant. Ne perdant jamais de vue la nature des contractions produites par l'ergot, le spasme permanent, l'état tétanique de la matrice qui succède si souvent à l'usage de ce moyen, la gêne, la suspension de la circulation utéro-placentaire qui en est la conséquence, et, comme dernier effet, l'asphyxie possible, complète ou incomplète, du fœtus, ils ne se décident, les conditions fussent-elles favorables, qu'après avoir épuisé les moyens plus simples de remédier à l'inertie utérine et se gardent également d'une précipitation funeste et d'une trop tardive prescription. Familiers avec l'auscultation qui leur révèle d'une manière si sûre l'état de la circulation fœtale, ils l'observent attentivement, et s'ils la trouvent déjà plus ou moins profondément troublée, ils s'abstienn ent, dans l'intérêt de l'enfant comme dans celui du seigle lui-même; le moment favorable est arrivé ; l'extraction immédiate est indiquée. Ont-ils, au contraire, jugé opportun d'administrer l'ergot, et ce ne sera ja

mais sans être sûrs de pouvoir terminer l'accouchement au premier signe d'urgence et sans avoir tout préparé à cet effet, leur oreille vigilante constate, à des intervalles rapprochés, l'état des bruits du cœur fœtal. Ces bruits conservent-ils leur rhythme normal, leur force et leur régularité, l'accouchement est abandonné à lui-même, et la nature continue d'agir sous l'influence du seigle. Leur fréquence devient-elle excessive, ou au contraire s'abaisse-t-elle beaucoup, de 140 à 100 ou 90 p., en même temps leur régularité est-elle troublée, leur force diminuée, résultats malheureusement assez communs et que n'exclut pas absolument l'absence de toute action expulsive bien évidente, le moment d'agir est venu ; une plus longue attente serait funeste, l'enfant est extrait sans retard. Avec cette prudente réserve, sous ce contrôle incessant d'une oreille exercée, quand on est toujours prêt à agir, suffisamment sûr de soi et légalement autorisé, quand d'ailleurs on n'use que de doses modérées à des intervalles convenables, 2 et 5 grammes par exemple, en trois ou quatre prises à vingt minutes ou demi-heure de distance, le seigle ergoté peut être administré sans danger pour la vie de l'enfant. Mais cette innocuité n'est pas constante; on vient de voir à quelles conditions elle peut être obtenue. Elle n'est pas surtout de longue durée ; un temps assez court, un couple d'heures quelquefois, une heure le plus souvent, et dans quelques cas même une demi-heure, suffisent pour rendre son action très-funeste à l'enfant. Nous avons dit comment. Nous ajouterons que l'emploi le plus rationnel ne met pas toujours à l'abri d'un péril qui, une fois déclaré, réclame une vive décision, une prompte et habile intervention. Mais souvent rien n'est prêt, le temps se passe en préparatifs, et cependant de plus en plus compromis, l'enfant succombe ; ou bien, comptant plus sur le seigle que sur l'habileté de sa main, l'accoucheur, jeune encore, espère toujours, hésite, ne réclame que tardivement un avis, ou plus hardi sans être plus adroit, tente, mais sans succès, une application de for-. ceps. Placées dans cette situation délicate, les sages-femmes sortent-elles plus heureusement du pas difficile dans lesquelles elles se sont engagées ? moins bien encore assurément. D'abord il n'est pas douteux que si beaucoup d'entre elles consultent scrupuleusement les indications et les contre-indications et s'y conforment, il en est quelques-unes moins consciencieuses, qui, mues par l'espoir de se suffire à elles-mêmes, abusent singulièrement du seigle ergoté. Une

« PrécédentContinuer »