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la mort de la comtesse est le résultat d'un incendie ordinaire. De son côté, la majorité conteste la réalité et la possibilité de la combustion spontanée par les raisons suivantes : 1° Les faits de combustion spontanée n'ont pas un caractère d'authenticité suffisante et historique. 2° La combustion spontanée est en contradiction avec la production de la flamme et la combustion. 5° Le développement et l'origine de la combustion spontanée ne sont pas compatibles avec les lois de la vie humaine à l'état de santé et à l'état de maladie. MM. les D" Büchner, Leydecker et de Siébold, convaincus par la discussion, se sont ralliés à cette opinion émise par MM. de Liebig et Bischoff. M. le Dr Bischoff fit plus tard sur ce sujet un rapport oral détaillé qui fut écouté par la cour d'assises et le public avec l'attention la plus soutenue, et que l'on retrouvera à la fin de ce mémoire.

DEUXIÈME QUEsTIoN. Dans les circonstances présentes, est-il possible, vraisemblable ou certain, que la comtesse de G.... ait succombé aux effets d'un feu existant en dehors, et qu'elle ait été exposée à ces effets, soit par un accident malheureux, soit à dessein de son fait ou par le fait d'une personne étrangère ?

A cette question les experts répondent également non. Il était impossible, dans les circonstances actuelles, que la comtesse de Goerlitz ait succombé à un feu venant du dehors.

1o Une pareille mort par le feu ne parait possible que si l'individu tombe dans un foyer très-actif, qu'il se trouve cerné comme dans l'incendie d'une maison, ou qu'il soit blessé de facon à ne pouvoir se sauver, ou enfin lorsque le feu se communique aux vêtements, aux robes surtout, ce qui permet la propagation de la flamme. Aucune de ces circonstances ne s'est présentée dans le cas actuel, où tout le contraire a eu lieu. Les vêtements et la partie supérieure du corps étaient de laine, et si le feu s'était communiqué à la coiffure, aux cheveux ou à la partie supérieure des vêtements, on ne peut pas supposer que le feu ait agi avec assez de violence et de rapidité pour rendre toute tentative de salut impossible.

2° Nous croyons également impossible qu'une personne jouissant de ses facultés se soit livrée volontairement à la mort par le feu, la plus lente et la plus cruelle.

5° Nous croyons également difficile qu'une personne puisse faire périr quelqu'un par l'action d'un feu lent. Nous n'avons du reste aucun fait qui puisse faire supposer qu'un semblable meurtre ait été commis sur la comtesse de G... Les phénomènes produits par une brûlure sur le vivant , alors que la circulation persiste, manquaient ici, car les phlyctènes, qui, au dire d'un témoin, existaient à l'une des jambes, ont été imparfaitement constatées ; et d'ailleurs on ne sait s'il ne s'agissait pas d'un simple soulèvement de l'épiderme tel qu'il peut s'en produire par le seu, même après la mort.

(La suite au prochain Numéro.)

III. BIBL10GRAPHIE.

REGIE TERME D'AcQU1; par M. le docteur TROMPEO (br. in-8°). — L'opuscule du docteur Trompeo concerne les eaux minérales d'Acqui et a été inséré dans le n° 15l de la Gazette piémontaise, année 1850.

Acqui est une petite ville très-ancienne du Montferrat, en Piémont, à peu près située à égale distance de Gênes et d'Alexandrie. Elle possède des sources d'eaux minérales sulfureuses et c'est de là qu'elle tire SOIl IlOIIl.

Les caux sont ou thermales ou froides et jouissent toutes d'une grande réputation contre les rhumatismes chroniques, les maladies articulaires et surtout contre les affections cutanées.

Les eaux thermales procèdent de plu

sieurs sources.

Celle qui se trouve au centre de la ville, nommée l'eau bouillante, et qui présente 68° 5110 à 75° cent., est un peu amère, sulfureuse et saline. Elle contient des hydrochlorates de soude et de chaux, et dc l'hydrosulfate de chaux. C'est celle dont parle surtout le docteur Trompeo.

Les autres, moins chaudes, 58 à 50° c., sont moins actives et se trouvent à 114 de lieue de la ville, sur le penchant du MonteStregone, où a été construit un établissement thermal très-fréquenté. M. Lesne en a donné la description.

L'eau froide dc Ravanesco ou eau puante,

qui se trouve dans le voisinage des eaux du Monte-Stregone, est moins limpide qu'elles et contient beaucoup plus d'hydrogène sulfuré : c'est la plus renommée contre les maladies de la peau; l'on ne s'en sert qu'en boisson. Malacarne, en 1778, Bonvicino et Mojon ont donné l'analyse de ces eaux. (Mojon, Analyse des eaux thermales et sulfureuses d'Acqui, Gênes, 1808, in-8°.)

Viotti, dans son ouvrage de Balneorum naturalium viribus libri quatuor, de 1555, en fait mention.

Le docteur Trompeo donne, dans sa notice, la description des bâtiments élevés par Charles Albert en 1845, et qui peuvent recevoir 120 indigents; ensuite, après avoir signalé tous les avantages des eaux thermales d'Acqui, il donne la statistique des malades traités dans les divers établissementS.

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IV. VARIÉTÉS.

DEs DEvoIRs DU MÉDECIN, par le professeur FORGET. (Suite et fin. Voir notre cahier de novembre, p.488.)

Il arrive tous les jours qu'on accuse le médecin alors qu'on a mal exécuté ou même complétement omis ses prescriptions ; injustice dont SYDENHAM se plaint en ces termes : « Dans certaines occasions où l'on » n'avait rien fait de tout ce que je disais, » on n'a pas laissé de mettre sur mon » compte la mort des malades, quoique » leurs amis et les gardes les eussent tués » à force de les échauffer. » (Lettre à G. Cole.) Assurez-vous donc de l'exécution de vos ordonnances, et pour cela formulez par écrit plutôt que verbalement, donnez toutes les instructions nécessaires, inspectez et goûtez les remèdes, inspectez les pansements, etc.

Visitez vos malades avec exactitude, quant aux jours et aux heures convenus. Cherchez à vous éclairer par quelques apparitions imprévues. Multipliez vos visites juste autant que le demande la maladie. Si le malade en exigeait plus ou moins, rappelez-lui que vous seul êtes juge à cet égard. Que si vous soupçonnez un motif d'économie, faites-lui comprendre qu'il conservera toute sa liberté à l'endroit des honoraires. Soyez à toute heure à la disposition de vos malades, à moins qu'ils n'abusent manifestement de votre complaisance. Souvent il nous arrive d'être cruellement dérangés par des gens qui n'ont que le mal de la peuri

c'est ce qui fait que les vieux praticiens ne se pressent jamais, instruits et blasés qu'ils sont par ces déceptions réitérées. A moins d'urgence démontrée, ne manifestez pas trop d'empressement. L'extrême obséquiosité altère au moins le respect dû au médecin, si elle n'engendre le mépris. Ne mettez pas non plus trop d'affectation à vous faire désirer. Pas n'est besoin de flétrir ici ce procédé charlatanesque qui consiste à se faire longtemps attendre, sous prétexte de nombreuses occupations. Si vous rencontrez, ce qui n'est pas rare, de ces malades ostensiblement et radicalement réfractaires aux conseils de la sciencc et dont, pour cette raison, l'existence s'en va en périclitant, l'intérêt de votre réputation serait peut-être de les abandonner définitivement, si cet abandon ne recevait toujours dans le public de fâcheuses interprétations. On ne manque pas, en effet, de ranger ces cas dans la catégorie de ceux où il y aurait réellement crime de lèze-humanité à éconduire ou délaisser de pauvres malades, pour ce seul motif qu'ils sont incurables ou qu'ils vont mourir. Dans ce dernier cas, d'ailleurs, la nature a tant de fois démenti les prophéties de la science, qu'il y a prudence autant que résignation à persister jusqu'au bout. Nous devons une mention particulière aux relations du médecin avec les femmes et les enfants. A l'égard du sexe, redoublez, s'il se peut, de mansuétude, sans jamais sacrifier les exigences de la santé. Tenez compte, dans l'établissement du diagnostic, de l'instinct de retenue, de dissimulation même qui caractérise la plus belle moitié du genre humain ; faites la part des exagérations et de la mobilité nerveuse : « Ce » sexe délicat, dit FRÉD. HoFFMANN, donne » dix fois plus d'embarras de corps et d'es» prit aux médecins que le masculin. » N'omettez jamais d'interroger les femmes sur l'état de leurs fonctions menstruelles, sous peine d'être soupçonné d'inexpérience à l'endroit des maladies du sexe. Vous obtiendrez d'elles tous les sacrifices de la pudeur, si vous savez leur persuader qu'un médecin n'a pas de sexe, si vous traitez sérieusement et sans affectation les détails relatifs aux secrets sexuels. Armez-vous donc de froideur et de dignité au sujet de ces matières délicates. Trop d'occasions vous seront offertes de manquer à la chasteté pour peu que vous soyez fragiles; et pour vous fortifier, rappelez-vous toujours qu'un instant de faiblesse peut vous valoir toute une vie de regrets et de honte. « Il y a deux choses embarrassantes dans » la pratique, dit encore FRÉD. HoFFMANN, » c'est de traiter les femmes grosses et les » enfants. » La raison de ces difficultés gît d'abord dans l'obscurité qui enveloppe souvent les maladies des uns et des autres, puis dans l'extrême circonspection qu'il importe d'observer quant à l'emploi des modificateurs appliqués à ces organisations délicates. La médecine des femmes et des enfants ne diffère pas fondamentalement de la médecine ordinaire ; seulement les malades de ces catégories doivent être considérés comme étant doués d'une idiosyncrasie particulière, d'une susceptibilité fondamentale qui se rencontre parfois accidentellement chez les hommes et les adultes. La médecine, dit-on, est un sacerdoce. Or, s'il est juste d'établir un parallèle entre le prétre et le médecin, c'est surtout en ce qui concerne le secret qui doit être aussi sacré pour l'un que pour l'autre. Si j'avais à préciser les cas où le médecin peut être autorisé à violer les secrets qui lui sont confiés, je dirais que ce sont ceux-là même où il est permis au prêtre de divulguer les secrets du confessionnal. Après tant de sollicitude, de labeur et d'abnégation, il arrive souvent que celui qui vous doit la santé et la vie vous en récompense par l'ingratitude et l'infidélité, et presque toujours alors, pour justifier son manque de cœur et de constance, il aura recours à la diffamation. Ces retours, pourtant si prévus, sont toujours pour le médecin un sujet de cruelle amertume, car il ne s'agit pas seulement ici d'intérêts compro.

mis, d'amour-propre froissé; le coup pénètre plus avant au fond de l'âme : le médecin est comme une mère, dont la tendresse s'accroît par les peines, les soucis et les sacrifices; il couve d'un amour quasi paternel celui qu'il a ravi aux angoisses de la douleur, aux étreintes de la mort, et la répudiation de pareils sentiments lui brise le cœur à l'égal d'un parricide. Tel est certainement un des côtés les plus hideux de l'humanité, celui qui justifie le mieux les élans de misanthropie qui se révèlent dans les œuvres de nos grands hommes, et cette espèce d'insensibilité à laquelle viennent aboutir la plupart des vieux praticiens : insensibilité, misanthropie surabondamment légitimées par l'expérience du monde, mais que rien ne peut excuser aux yeux de la morale et de la haute philosophie. Le médecin n'a le droit de mépriser les hommes que pour rendre plus méritoire la grandeur d'âme dont il fait preuve en continuant de les servir. Tant de perversité pardonnée le relève à ses propres yeux et peut hausser son orgueil jusqu'à le porter à se poser en émule de la Divinité; c'est qu'en effet, dans le rôle respectif du public et du médecin, il y a souvent quelque chose d'analogue au drame ineffable du Calvaire. Graviora tuli (SÉNÈQUE), telle doit être la devise et telle est fréquemment la destinée du vrai praticien. Nous touchons à un des points les plus délicats de notre tâche, à l'article des honoraires, terme imaginé pour exprimer ce qu'il y a de relevé dans le salaire du médecin : « Ce qu'on donne aux médecins pour » le bien qu'ils font est honorarium et non » pas merces », dit GUY-PATIN. Nous avons déjà fait observer que le lucre ne devait être que le but secondaire de l'art médical: « Ne parler que d'argent et de faire fortune » sont des conditions très-pernicieuses en » un médecin », a dit encore le spirituel auteur que je viens de citer. « Gardons» nous d'imiter ceux qui gagnent leur for» tune, non à la sueur, mais à la rougeur » de leur front », répète son ingénieux commentateur (RÉvEILLÉ-PARIsE). Neanmoins il faut vivre; mais, ainsi qu'on la dit encore, la vie humaine n'est pas tout entière dans la satisfaction des intérêts mo tériels, et chez les organisations complètes la voix de l'âme ne parle pas moins haut que celle du corps. VoLTAIRE a dit avec raison : « Un mo » decin promet ses soins et non la guérisoni » il fait ses efforts, et on les lui paie " (Diatr. du docteur AKAK.) Le poète latio avait dit avant lui :

» Non est in medico semper releventur ut agro » Interdum docta plus valet arte malum.*

On ne paie le médecin que de ses peines, et nullement du service qu'il a rendu ; car la vie et la santé sont sans prix équivalent,

« Medicus enim philosophus Deo "† habetur.» IPPOCRATE,

« Homunes ad deos nulla re propius accedunt quam salutem hominibus dando. » CICÉRoN.

surtout pour celui qui a été menacé de les perdre; d'où suit qu'après les honoraires persiste toujours la dette de la reconnaisSaI1C0• Quel que soit l'événement, le malade doit donc rétribuer le médecin. Il doit le saire en raison composée : 1° De son aisance propre, car il est un principe social et chrétien qui veut que le riche dédommage le médecin des soins que celui-ci donne gratuitement aux pauvres; 2° de la gravité de la maladie, car un mal qui menace la vie donne plus de peines et de soucis, impose plus d'efforts d'intelligence au praticien qu'une maladie légère; 5° de la position du médecin dans la hiérarchie de la science et de la renommée, car des travaux recommandables, une réputation dignement acquise font supposer plus de capacité; or. le salaire doit être proportionné au talent de l'ouvrier. Si le malade ne s'exécute pas conformément à ces principes, mieux vaut accepter ce qu'il offre que de marchander avec lui, comme s'il s'agissait d'un vil objet de commerce. Si ce qu'il propose est complétement indigne de lui et de vous, ou bien si après un certain temps il ne songe point à s'acquitter, vous êtes autorisé à réclamer avec des formes convenables. En cas d'insuccès, vous aurez à voir si c'est impuissance ou mauvais vouloir de la part du débiteur : dans le premier cas, vous attendrez patiemment des temps meilleurs ; dans le second, personne n'aurait droit de vous blâmer de recourir aux tribunaux. Heureux pourtant si vous êtes d'humeur ou en position de vous abstenir de ce moyen extrême qui porte toujours atteinte à la pureté du caractère tout philanthropique du médecin. Acceptez de bonne grâce le denier du pauvre, si vos refus devaient l'humilier. On raconte que le médecin DUMoULIN recevait d'une main le petit écu de l'indigent et de l'autre déposait six francs sur son grabat pour fournir aux frais de la maladie. On gagne parfois beaucoup en refusant de gagner : je ne sais quel célèbre médecin avait inscrit au seuil d'un cabinet rempli d'objets précieux : « Lucri neglecti lucrum. » Nous n'avons pas besoin de dire combien il serait indécent d'imposer préliminairement des conditions au malade ; il n'y a que les charlatans avérés qui se rendent coupa

bles d'un tel méfait. On n'a pas craint d'accuser quelques médecins de prolonger sciemment la durée de la maladie, dans le but de grossir leurs honoraires. MoRToN rapporte que des praticiens de son temps s'opposaient à l'introduction du quinquina dans le traitement des fièvres, sous prétexte que les bénéfices de la profession s'en trouveraient diminués (et medicorum lucrum eripietur) ; ce qui lui fournit le texte d'une éloquente imprécation contre une si coupable cupidité. Le fait est que si pareil crime pouvait être constaté, il relèverait directement de la cour d'assises. Mais il est des praticiens qui, sans se livrer à ces odieuses spéculations, se montrent pourtant, comme on dit, âpres à la curée. Il leur faut de l'or, et beaucoup. Cela s'observe notamment parmi les vieux médecins, ceux surtout qui jouissent d'une renommée. « Quand j'étais jeune, dit GUY-PATIN, je » rougissais de ce qu'on m'offrait de l'ar» gent ; aujourd'hui je rougis quand on ne » m'en présente pas. » Cette tendance est, comme on sait, plus familière à la chirurgie qu'à la médecine, et personne n'ignore que certains spécialistes élèvent sur ce point des prétentions scandaleuses. On ne saurait trop flétrir l'insatiable et barbare vénalité de ces hommes qui, après avoir rendu au malade la santé ou la vie, la lui font regrettcr en le réduisant à la misère. La profession serait plus honorée si ces actes d'avidité se produisaient moins fréquemment. ll n'est pas interdit de profiter des occasions favorables pour s'assurer le juste prix de ses services. FR. HoFFMANN recommande expressément de recevoir ce que le malade vous offre pendant la maladie ; car lorsque la guérison est achevée, il arrive souvent que le médecin est un objet désagréable et importun. Ce précepte a été traduit sous forme d'aphorisme latin par M. A. PETIT, je crois : « Recipe dum dolet, nam sanus solvere nollet. » Peu de malades, en effet, ont la mémoire du cœur et se croient encore vos débiteurs lorsqu'ils vous ont gratifié de quelques écus; il en est peu qui se disent : « Hoc debeo, quod solvo adhuc debco. » Les malades les plus reconnaissants nc sont pas les plus riches et les plus haut placés dans la société. Tout médecin a pu vérifier cette remarque. Le petit bourgeois, comme on dit, connaît le prix du temps et du travail; il sait que toute action mérite salaire; il a pour son médecin une vénération bien sentie, et parfois il arrive que celui-ci se voit consciencieusement obligé d'imposer des bornes à l'expression matérielle de sa gratitude; moins exigeant, plus docile, il est aussi plus généreux que le riche et le puissant, lesquels vous imposent un cérémonial fort gênant, vous font supporter le poids de leur hnmeur inégale, sèment d'interminables difficultés les applications de la science, et finalement vous rétribuent souvent de manière à vous faire rougir pour eux-mêmes. Beaucoup de gens comme il faut ne font du médecin leur ami que pour se dispenser de solder des honoraires; d'autres imaginent s'acquitter par quelques politesses ou par quelques menus cadeaux. D'autres, plus généreux, craignent de vous offrir de l'argent et vous font des présents de grand prix Inais à peu près inutiles, si bien que, riche en bijoux, il pourrait vous arriver de ne pouvoir couvrir les dépenses de la maison. La munificence des grands, ainsi qu'on les appelle, est souvent un acte d'ostentation ou de frayeur plutôt qu'une pure inspiration de la reconnaissance. On rapporte que Louis XI, ce monarque ombrageux qui tremblait sans cesse à l'idée de la mort et du poison, combla de trésors CoYTIER, son médecin, dans l'espoir de vivre plus long

temps et de le soustraire à la tentation de,

servir ses ennemis. En raison de cette inclination du public pour l'ingratitude, les praticiens calculateurs ont adopté certains axiomes justificatifs tels que ceux-ci : « Le peuple nous estime » ce que nous nous estimons nous-mêmes ; — Les hommes n'attachent du prix qu'à ce qui leur coûte beaucoup. — Si tu veux avoir le respect de tes semblables, mets un haut prix à tout ce que tu fais, car le , monde ne te saura aucun prix de ton dés» intéressement, etc. » Rien de plus vrai que ces sentences ; rien aussi de plus juste, surtout au point de vue des représailles ; mais il est un noble sentiment de générosité qui commande au médecin de répudier toutes ces maximes et de se montrer désintéressé après avoir été humain, de peur de ternir, en quelque sorte, la pureté du bienfait. La plupart des malades exigent que vous sixiez vos honoraires, d'autres se chargent de ce soin. Dans l'un et l'autre cas, l'esprit d'ordre commande d'inscrire régulièrement les visites journalières, pour en savoir le nombre au besoin. Il en est quelques-uns qui préfèrent ce qu'on appelle un abonnement ; c'est-à-dire la fixation d'une somme annuelle pour les soins donnés par le médecin. Si ce procédé lie plus étroitement le médecin au client, il a, selon nous, l'inconvénient d'être peu juste, en ce sens que le client ou le médecin pourra se trouver dupe au bout de l'an. Pour éviter d'être victime de la mesquinerie du public et aussi de cette concurrence

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au rabais souvent établie par les confrères au bénéfice des malades. il serait bon que tous les praticiens d'une localité convinssent d'un tarif approximatif auquel chacun prendrait l'engagement de se conformer. Cette innocente coalition , cette société d'assurance mutuelle existe déjà pour certaines professions, et notamment pour les phar. maciens de notre propre cité. Quoi qu'il en soit, il conviendra toujours de s'en référer d'abord à la libéralité ou plutôt à l'équité des clients, et de recevoir d'un air digne et naturel, sans joie comme sans humeur, le produit, quel qu'il soit, de vos labeurs ; et lorsque vous avez reçu le prix de vos œuvres, il convient encore de faire preuve de désintéressement en visitant le malade ou plutôt le convalescent une fois de plus, à titre de sollicitude pure et simple. Les honoraires dus aux médecins appelés en consultation ont dû être fixés à l'avance ou doivent l'être postérieurement par le médecin ordinaire, qui est censé connaitre les facultés pécuniaires du malade. Il est d'usage dans les grandes villes de rétribuer les consultants au moment où ils seretirent. Si cette habitude, qui n'a rien d'inconvenant, existait partout, les médecins éprouveraient moins de pertes par l'oubli, l'ingratitude ou l'improbité des clienls. Il appartient au médecin ordinaire de veiller à ce que cette dette soit acquittée, sans qu'il en soit responsable, bien entendu. Les consultations dans le cabinet sont 0rdinairement acquittées séance tenante, et l'expérience apprend aux médecins le peu de fonds qu'ils doivent faire sur les clients qui s'abstiennent en promettant de revenir. Aussi ne doivent-ils jamais, par une fausse délicatesse, refuser ce qui leur est offert : il est une foule de gens oublieux ct d'aulres qui ne se font pas scrupule de frustrer du fruit de ses labeurs celui qui ne dépense que son temps et son génie. Il est convenu, de par un sentiment de légitime bienveillance, que les médecins ne se doivent point d'honoraires entre eux. Cette convention s'étend à la famille, mais elle cesse ordinairement à l'égard des collo téraux auxquels on laisse apprécier ce qu'ils ont à faire. Lorsqu'il s'agit de relations entre confrères, on entend parler de relations pro fessionnelles, de ces rapports qui mettent en jeu presque toujours l'intérêt et l'amour propre médical, l'appréciation des droits respectifs des praticiens soulève une question préalable : c'est celle de savoir jusqu'o quel point le malade peut être considéro comme la propriété du médecin traitant fh

.bien ! la propriété, dans ce cas, repose po

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