Images de page
PDF

REcHERCHEs sUR L'IoDE DEs EAUx DoUcEs ; PRÉSENCE DE CE CORPS DANS LES PLANTES ET LEs ANIMAUx ; par M. CHATIN. Nous avans déjà rapporté dans notre cahier de mai, page 471 , que M. Chatin avait , comme M. J. Lindley , constaté l'existence de l'iode dans un grand nombre de plantes d'eau douce. Poursuivant ses recherches, il a trouvé que ce métalloïde existait encore dans un grand nombre de corps, tant du règne végétal que du règne animal, et il a présenté à ce sujet à l'Académie des sciences (séance du 26 août), un mémoire dont nous donnons ici les conclusions. I. L'existence de l'iode chez diverses plantes aquatiques de l'Europe, de l'Asie, del'Afrique, de l'Amérique et de la NouvelleHollande, confirme ce que nous avions déduit de l'analyse d'espèces des environs de Paris, savoir, la présence de ce corps dans la masse du globe et la généralité des eaux douces. lI. L'état de la terre aux époques des végétations anciennes pourrait se déduire de la proportion de l'iode dans leurs restes fossiles. La houille, riche en iode, dut provenir de plantes développées sur une terre encore baignée par les eaux ; à l'anthracite, moins iodurée que la houille, on reconnaît que des végétaux terrestres sont venus se mêler aux cryptogames des houillères, et les lignites peu ou point iodés annoncent que les espèces terrestres dominent enfin sur la croûte du globe sortie du sein des eaux. L'iode reparaît dans la lessive des tourbes, et son abondance dans le graphite semble enfin devoir classer cette substance parmi les produits d'origine organique et aqueuse. Bien antérieur à la formation houillère, le graphite représenterait la végétation la plus antique du globe. III. Les animaux d'eau douce (spongilles, limnées, sangsues, écrevisses, goujons, grenouilles, foulques, rats d'eau, etc.) contiennent de l'iode; ils sont même plus iodurés que les plantes venues dans la même eau. IV. La présence de l'iode dans les eaux · douces peut être directement constatée. Des recherchcs faites à cet égard sur environ trois cents rivières, fontaines et puits, on peut conclure, en général : 1° Que l'iode existe, en proportion variable, dans toutes les eaux qui sourdent du globe ; 2° Que la richesse des eaux en iode peut être présumée d'après la nature plus ou moins ferrugineuse des terrains qu'elles lavent ; 3° Que la proportion de l'iode croît ordinairement dans les eaux avec celle du fer, de telle sorte que les eaux dites ferrugineu

ses peuvent être tout aussi bien nommées eaux iodurées ; 4° Que les eaux des terrains ignés sont plus iodurées, en moyenne, et surtout plus uniformément, que celles des terrains de sédiment ; 5° Que les eaux de la craie verte et des oolithes ferrugineuses tiennent le premier rang parmi celles-ci ;qu'elles peuvent même se placer avant celles des terrains ignés ; 6° Que tout en étant riches en iode, les eaux de la formation houillère viennent après celles de certains terrains ignés ou de gissement ferrugineux ; 7° Que les eaux des terrains essentiellement calcaires et magnésiens sont très-peu iodées ; 8° Que l'iode est surtout rare dans les marnes irisées, gangue habituelle du sel gemme ; 9° Que les iodures ne sont pas nécessairement proportiônnels aux chlorures ; 10° Que les rivières alimentées par les glaciers (Rhin, Rhône, Isère, Durance, Tet, Garonne, Adour, etc.) sont peu iodurées, surtout à l'époque de la grande fonte des neiges ; 11° Que les eaux de puits sont à la fois les plus calcomagnésiennes et les moins iodées. V. Le rapport qui existe entre le fer et l'iode des eaux, la facile décomposition de l'iodure de fer, et la décomposition complète de l'iodure des eaux dans l'évaporation sans addition de potasse, rendent probable que l'iode s'y trouve à l'état d'iodure de fer. VI. L'iode existe dans les plantes et les animaux terrestres. VII. Les potasses du commerce et la plupart des sels dont elles font la base sont iodurés; mais le nitrate de potasse, la crème de tartre, l'émétique et le tartrate double de potasse et de soude sont privés d'iode. Les sels ammoniacaux et les soudes sont aussi iodurés, ainsi que le chlorure de sodium des marais salants réputé pur. Le sel gemme et le sel des salines de l'Est sont presque complétement privés d'iodures. VlII. Les liqueurs fermentées contiennent de l'iode. Le vin, le cidre et le poiré sont plus iodurés que la moyenne des eaux douces. Les vins varient, comme les eaux , suivant la nature du terrain. Parmi ceux observés, les plus riches en iode venaient des côtes granitiques du Mâconnais, du Beaujolais, et de l'oolithe moyenne de Tonnerre ; les plus pauvres, de la craie blanche de Champagne. Le bordeaux du sol tertiaire de la Gironde est moins iodé que le vin de la grande bande de craie verte qui s'étend des environs de Cahors jusqu'à ceux de la Rochelle. IX. Le lait est encore plus riche en iode que le vin, et le lait d'ânesse l'est plus que celui de vache. Abstraction faite du sol, avec lequel elle varie, on peut admettre que la proportion de l'iode est dans le lait en raison inverse de l'abondance de cette sécrétion. Les œufs (non la coquille) sont trèsiodés. Un œuf de poule (pesant 50 grammes) est plus ioduré qu'un litre de lait de vache; il l'est autant que deux litres de vin ou de bonne eau (celle de la Seine à Paris). X. L'iode existe dans la terre arable ; abondant dans le soufre, les minerais de fer et de manganèse, le mercure sulfuré, il est rare dans le gypse, la craie blanche, les calcaires grossiers et siliceux, etc. XI. C'est sur les plantes des eaux ferroiodées que devront porter les essais ayant pour but l'extraction économique de l'iode des eaux douces. XII. Une proportion trop minime d'iode dans les eaux potables de certaines contrées paraît être la cause principale du goître. Le changement d'eau et tout au moins l'usage du vin, des eaux ferro-iodées, du cresson de bonne eau, d'une nourriture animale, des œufs surtout, sont rationnellement indiqués contre cette affection. Il serait encore utile que le sel des marais salants fût substitué, dans les contrées à goîtreux, au sel de roche qui s'y trouve habituellement et s'y consomme. La plupart des corps regardés par les thérapeutistes comme pectoraux et antiscrofuleux sont riches en iode.

NoUvELLEs RECHERCHEs sUR LA PRoDUcTIoN DE L'ACIDE sUccINIQUE AU MoYEN DE LA FERMENTATIoN ; par M. DESSAIGNES. — « Lorsque j'ai fait connaître sommairement la transformation du malate de chaux par la fermentation spontanée, je me proposais d'ajouter à cette première observation les faits que l'analogie pourrait me révéler. Cette recherche était déjà bien avancée lorsque M. Liebig a fait paraître un mémoire sur le même sujet. J'aurais abandonné mon travail, si dès lors je n'avais trouvé quelques faits qui n'ont pas été observés par le célèbre chimiste de Giessen. » Je me sers de la caséine brute comme ferment, je la mêle intimement à l'eau, tenant en dissolution ou en suspension la matière mise en expérience, et j'abandonne le tout à la température ordinaire de l'été pendant trois semaines ou un mois. Mes essais ont porté sur le malate de chaux

neutre et parfaitement pur, le malate acide de chaux, l'aspartate de potasse et celui de chaux, le fumarate de chaux, le maléate de même base et l'aconiate de chaux extrait de l'aconit napel. Tous ces sels se convertissent facilement en succinate sous l'influence de la fermentation de la caséine. L'asparagine, sous la même influence, commence à se changer en aspartate d'ammoniaque, qui lui-même se transforme en succinate. En effet, si l'on interrompt la fermentation quand elle est loin d'étre achevée, on trouve dans la liqueur une grande quantité d'acide aspartique en même temps que de l'acide succinique. « Le corps non isolé encore qui existe dans les semences de la famille des légumineuses et s'y convertit par la germination en asparagine, est aussi susceptible de se transformer en acide succinique. En effet, si l'on délaye dans l'eau de la farine de pois pendant douze heures, et si l'on abandonne à la fermentation, après y avoir ajouté de la craie, la liqueur filtrée, on y trouve une notable quantité de succinate de chaux. J'ai fait fermenter séparément la légumine, la liqueur d'où elle avait été précipitée, et aussi un corps azoté précipitant le tannin, et qui a été signalé par M. Braconnot. J'espérais ainsi découvrir le corps qui produit l'acide succinique. Toutes ces fermentations donnent pour résultat de l'acide succinique en quantités, il est vrai, inégales, mais cette partie de mes recherches n'est pas encore terminée.J'ai aussi produit le même acide par la fermentation de l'émulsion d'amandes douces, séparée de son huile et mélangée de craie. Il paraît donc que la fermentation succinique se rencontrero aussi fréquemment dans la nature que les fermentations acétique, métacétique, bulo rique et valérianique. J'ajouterai maintenant un mot sur lo acides isomères de la formule.

[ocr errors]

Comme on l'a vu plus haut, les acido fumarique, maléique et aconique se co vertissent également en acide succiniquoi cette similitude de transformation est o" marquable, car, d'une part, les citrates de chaux ou de soude fermentés avec de lao séine ne donnent pas d'acide succiniquoo de l'autre, les deux acides dérivés de l'o malique se distinguent très-nettement de l'acide aconitique par une autre mélomo phose. En effet, j'ai trouvé que le bifumarate et le bimaléate d'ammoniaque souo à la distillation sèche donnent une malo très semblable par la plupart de ses ro tions, mais non identique à celle que le" malate d'ammoniaque produit dans les mêmes circonstances. Cette matière, par l'action prolongée de l'acide chlorhydrique, se convertit en acide aspartique, qui est absolument le même que l'on obtient avec l'acide malique. Or le bicarbonate d'ammoniaque et le biéquisétate d'ammoniaque, soumis au même traitement, ne produisent pas d'acide aspartique. Le maléate ammonique neutre ne précipite pas le chlorure ferrique, tandis que l'aconitate et l'équisétate neutres d'ammoniaque précipitent le même sel. Dans l'étude comparative que j'avais commencée de ces trois acides, j'avais pu facilement me convaincre de la complète identité des acides aconitique et équisétique, de la non-identité de ce dernier acide et de l'acide maléique; mais les détails que je pourrais donner à cet égard deviennent inutiles par la publication récente de M. Baup sur ce sujet. Je terminerai enfin en indiquant un moyen d'obtenir avec l'asparagine un acide aspartique cristallisant sous la même forme que l'acide aspartique tiré du bimalate d'ammoniaque. On chauffe à 200 degrés jusqu'à ce qu'on ne sente plus d'odeur ammoniacale de l'aspartate d'ammoniaque provenant de l'asparagine; il reste une matière brune peu soluble qui, traitée par l'acide chlorhydrique, reproduit de l'acide aspartique cristallisant en prismes courts et durs, tels que ceux de l'acide dérivant des acides malique, maléique et fumarique. (Journ. de pharm. et de chim.)

RECHERCHEs sUR LA coMPOsITIoN DE QUELQUEs BAsEs oRGANIQUEs NATURELLEs; par M. A. DE PLANTA.—Les recherches d'un grand nombre de chimistes ont donné dans ces dernières années une grande impulsion aux études relatives à la composition des alcalis végétaux. Dans ce champ si cultivé, il reste cependant des lacunes à remplir. L'étude de certaines bases naturelles comme I'atropine, la daturine et l'aconitine a été un peu négligée, et l'auteur a pensé qu'il serait intéressant de faire quelques recherches sur la composition de ces bases. Voici les résultats auxquels il est arrivé.

L'atropine qu'il a soumise à l'analyse et qui avait été préparée par M. Merck de Darmstadt se présentait sous forme de petites aiguilles très-fines, inaltérables à l'air et plus pesantes que l'eau. A la température ordinaire 1 partie d'atropine exige 5O0 (299) parties d'eau pour se dissoudre. L'alcool la dissout en toutes proportions, I'éther moins facilement.

A 90° l'atropine fond en un liquide incolore et transparent et se prenant par le

refroidissement en une masse cassante, dans laquelle, après une fusion longtemps prolongée, on remarque souvent des agglomérations de petites aiguilles groupées en étoiles.A 140° elle se volatilise en partie, tandis que la plus grande portion se décompose. Chauffée sur une lame de platine, elle fond facilement, se boursoufle en émettant des brouillards blancs, s'enflamme ensuite et brûle avec une flamme très-éclairante en laissant un charbon noir et brillant. La dissolution aqueuse d'atropine possède une forte réaction alcaline. Cette base se combine avec les alcalis pour former des sels neutres et incristallisables. Évaporés dans le vide, ces sels se dessèchent en un sirop incolore. lls se dissolvent très-facilement dans l'eau et dans l'alcool, moins facilement dans l'éther. Le chlorhydrate d'atropine se comporte avec les réactifs de la manière suivante : La potasse, l'ammoniaque et le carbonate de potasse donnent, dans des dissolutions très-concentrées de ce sel, des précipités pulvérulents facilement solubles dans un excès de réactif. Le carbonate d'ammoniaque , le bicarbonate de soude et le phosphate de soude ne donnent pas de précipités. Le chlorure d'or donne un précipité cristallin d'un jaune de soufre et peu soluble dans l'acide chlorhydrique. Le chlorure de platine y forme un précipité pulvérulent qui s'agglutine facilement en une masse résineuse, et qui se dissout dans l'acide chlorhydrique. Le chlorure de mercure ne précipite que des dissolutions trèsconcentrées de chlorhydrate d'atropine. L'iodure double de mercure et de potassium y forme un précipité blanc et épais, qui s'agglutine sortement lorsqu'on ajoute de l'acide chlorhydrique. L'iodure de potassium et le sulfocyanure de potassium n'y forment pas de précipité. La teinture d'iode précipite en brun la dissolution de chlorhydrate d'atropine. L'acide iodique ne la colore pas ; la teinture de noix de galle et l'infusion de noix de galle ne la précipitent qu'après l'addition d'acide chlorhydrique. L'acide picrique y forme un précipité jaune de soufre et l'acide nitrique ne l'altère pas. M. De Planta a analysé l'atropine libre et le chlorure double d'atropine et d'or. Ses analyses ont conduit pour ce sel à la formule

[ocr errors][merged small][ocr errors]

Cette formule a été contrôlée d'ailleurs par une autre expérience dans laquelle l'auteur a déterminé la quantité d'acide chlorhydrique gazeux absorbée par un poids donné d'atropine. ll a trouvé que 100 parties d'atropine absorbent 15,85 p. de gaz chlorhydrique, ce qui s'accorde assez bien avec l'équivalent déduit de l'analyse du sel d'or. M. De Planta a en outre déterminé la quantité d'acide sulfurique exactement nécessaire pour saturer un poids donné d'atropine. L'équivalent calculé au moyen de cette dernière expérience s'accorde également bien avec l'équivalent théorique.

Daturine. —La daturine extraite en 1855 par MM. Geiger et Hesse du Datura stramonium se présente sous la forme de petites aiguilles brillantes et réunies en aigrettes. Elle est incolore, inaltérable à l'air et plus dense que l'eau.

M. De Planta fait la remarque intéressante que par l'ensemble de ses propriétés aussi bien que par sa composition, cet alcaloïde se confond avec l'atropine. Le chlorure double de daturine et d'or peut être obtenu sous la forme d'une masse cristalline d'un beau jaune doré.

Sa composition est exprimée par la formule

[ocr errors]

Aconitine. — On doit également la découverte de cette base à MM. Geiger et Hesse qui l'ont retirée en 1855 de l'aconit napel. Avant d'étudier les propriétés et la composition de cette base, M. De Planta a purifié par le procédé suivant celle que l'on peut se procurer dans le commerce. Après l'avoir dissoute dans l'éther il a évaporé le liquide éthéré; le résidu sirupeux a été redissous dans l'alcool absolu et cette dissolution a été versée peu à peu dans de l'eau froide que l'on avait soin d'agiter continuellement. Il a obtenu ainsi un précipité dense et floconneux qui a été exprimé entre du papier et desséché dans le vide. L'aconitine ainsi préparée se présente sous la forme d'une poudre incolore et inodore, complétement inaltérable à l'air. Chauffée sur une lame de platine elle entre facilement en fusion et prend feu en laissant un résidu de charbon facile à incinérer. Il est impossible de la volatiliser en partie, comme l'atropine. L'aconitine est plus pesante que l'eau et se dissout à peine dans ce liquide. Elle se dissout très-facilement dans l'alcool, moins facilement dans l'éther. Elle fond à 80° et se prend par le refroidissement en une masse vitreuse et transparente. A 120° elle commence à brunir. Elle possède une réaction fortement al

caline et sature les acides complétement.Ses sels sont incristallisables. Le chlorhydrale d'aconitine possède les réactions suivantes : La potasse, l'ammoniaque et le carbonate de potasse y forment un précipité blanc et floconneux d'aconitine peu soluble dans un excès de réactif. Le carbonate d'ammoniaque, le bicarbonate de soude et le phosphate de soude n'y forment pas de précipité. Le chlorure d'or donne un pré. cipité épais d'un jaune blanchâtre, peu soluble dans l'acide chlorhydrique. Avec le chlorure de mercure et le sulfocyanure de potassium on obtient des précipités blancs caséeux ; avec la teinture d'iode, un précipité couleur de kermès. La teinture de noix de galle et l'acide gallique précipitent l'aconitine après l'addition d'une goulle d'acide chlorhydrique. L'acide picrique y forme un précipité dense d'un jaune de souffre. Les analyses de l'auteur ont conduit pour l'aconitine à la formule.

[ocr errors][merged small][ocr errors][merged small][ocr errors][merged small]

RECHERCHEs sUR LA QUANTITÉ D'AMMo NIAQUE coNTENUE DANs L'URINE ; par M. BOUSSINGAULT. — Dans le cours de ses travaux sur la constitution de l'urine de herbivores, M. Boussingault avait recono qu'en versant une dissolution de polao dans l'urine fraîche du porc, du cheval,o de la vache, il n'obtenait pas un dégogo ment sensible d'ammoniaque, et considerant que dans ces urines qui doivent leur alcalinité au bicarbonate de potasse, l'ao moniaque se trouvait nécessairement * l'état de carbonate, il avait conclu que* carbonate ammoniacal ne se rencontraito en quantité notable dans les urines qu" avait examinées. Cependant de nouvelo recherches lui paraissaient indispensabo pour être autorisé à se prononcer soit so l'absence complète de ce sel, soit sur * proportion. Ce sont ces recherches quio le sujet du mémoire dont nous allons rendre compte. La détermination de l'ammoniaque appartenant aux sels de l'urine est une opération difficile, car, soit que l'on agisse sur l'urine avec un alcali énergique, soit que l'on se borne à la faire bouillir, on est exposé, d'après les idées actuellement admises dans la science, à transformer l'urée en ammoniaque et à confondre celle qui se produit ainsi avec celle qui est fournie par les sels. Il est permis cependant de douter que l'urée se transforme en ammoniaque à la température de l'ébullition, si l'on considère que c'est seulement lorsqu'elle est chauffée à 14° dans un tube de verre scellé à la lampe que cette substance dissoute dans l'eau peut être entièrement décomposée.Aussi avant de procéder à la recherche spéciale qu'il avait en vue, M. Boussingault a-t-il voulu étudier l'action des alcalis sur l'urée et les modifications qu'elles éprouvent lorsqu'on chauffe sa dissolution étendue. 1 gramme d'urée dissout dans 100 grammes d'eau , et soumis à une ébullition vive et continue jusqu'à ce que le volume de la dissolution fût réduit à moitié, n'a pas subi de modification appréciable; c'est seulement lorsque le liquide a été réduit au cinquième de son volume que l'ammoniaque a commencé à se produire d'une manière évidente. Cette expérience ayant démontré qu'une dissolution d'urée très-étendue n'était pas détruite par une ébullition rapide et de peu de durée, il restait à examiner l'action des alcalis sur cette même dissolution. Or, M. Boussingault a reconnu par des expériences très-précises : 1° Que la magnésie, la chaux et la potasse, à la température de l'ébullition décomposent l'urée en plus ou moins grande proportion, suivant l'énergie alcaline qui est propre à chacune de ces bases, mais toujours avec une très-grande lenteur et d'une manière très-incomplète, alors même que pendant l'opération on fait traverser le liquide par un courant d'air, au moyen d'un aspirateur, pour favoriser le dégagement d'ammoniaque. 2° Qu'à la température de 40 degrés I'urée résiste entièrement à l'action de la chaux. 5° Qu'à cette même température l'ammoniaque d'un sel ammoniacal en dissolution dans l'eau, lorsqu'elle est mise en liberté par la chaux, ne peut pas être entièrement dégagée dans l'espace de cinq

heures, alors même qu'au moyen d'un aspirateur on fait traverser le liquide par un rapide courant d'air. 4° Qu'en évaporant à siccité dans le vide et à la température de 55 à 40° une solution d'un sel ammoniacal additionné de chaux caustique, on peut recueillir la totalité de l'ammoniaque contenue dans le sel. Une autre expérience exécutée dans les mêmes conditions, avec une dissolution de chlorhydrate ammoniacal, et du bicarbonate de soude, a fourni exactement toute la proportion d'ammoniaque contenue dans le sel. Le phosphate ammoniaco-magnésien, qui fait ordinairement partie de l'urine humaine, a été aussi décomposé avec une grande facilité par la chaux, le bicarbonate et le carbonate de soude , après avoir été toutefois préalablement dissous dans l'eau acidulée. De l'ensemble de ses expériences, M. Roussingault a conclu que le dosage de l'ammoniaque, au moyen de la chaux et de l'ébullition dans le vide, pouvait parfaitement s'appliquer à la recherche de l'ammoniaque dans les urines, et se fondant sur l'exactitude de ce procédé d'analyse, il a immédiatement abordé son sujet. Urine de l'homme.— Dans les conditions ordinaires du régime, l'urine est acide. D'après l'analyse de Berzélius, elle contient, en négligeant le lactate d'ammoniaque, dont la proportion n'a pas été déterminée, 0,0008 d'ammoniaque à l'état de biphosphate et de chlorhydrate. Après avoir rappelé ce fait observé il y a quarante ans, et admis encore aujourd'hui dans la science, M. Boussingault s'est occupé de doser l'ammoniaque et l'azote contenus d'abord dans l'urine humaine prise dans des conditions diverses, et ensuite dans l'urine et les excréments de différents animaux. Les résultats qu'il a obtenus sont résumés dans le tableau suivant, où se trouve indiqué le rapport existant entre la totalité de l'azote de chaque urine et l'ammoniaque constatée dans cette même urine par l'analyse. Cette comparaison était d'autant plus opportune, comme le fait remarquer l'auteur, que la quantité de principes fixes étant très-variable dans les urines, il pourrait arriver que l'alcali ne semblât plus être en dose aussi faible, si, au lieu de le rapporter au liquide, on le rapportait aux substances azotées qui y sont dissoutes.

« PrécédentContinuer »