Images de page
PDF

De deux choses l'une, ou le placenta a contracté des adhérences morbides avec la surface correspondante de l'utérus, ou ces adhérences n'existent pas. La première supposition ne se présente que très-rarement ; on peut la soupçonner à ce que les contractions réitérées de la matrice sont impuissantes pour opérer la délivrance ; mais, dans cette hypothèse méme, si d'après certains auteurs, la rétention du placenta n'est pas exempte d'inconvénients, et qu'elle ait eu quelquefois des suites fâcheuses ; selon d'autres, un bien plus grand nombre de femmes ont été victimes des violences exercées sur l'utérus, pour opérer l'arrachement du délivre, comme on le dit, sa décortication : et d'ailleurs, alors même que l'expectation a été suivie de la mort, il est toujours permis de se demander si la délivrance violemment opérée n'aurait pas amené les mêmes résultats, comme elle l'a fait tant de fois. Ainsi donc, même dans ces cas, qui sont, je le répète, excessivement rares, s'abstenir de ces dangereuses manœuvres, conseillées et exercées dans le but de délivrer à tout prix ; saisir et extraire sans violence, le placenta en totalité ou par portions , soit à l'aide des doigts, soit avec la pince à faux germe, lors et au fur et à mesure que cela devient possible; surveiller l'état général de la femme, pratiquer des injections émollientes, parfois détersives ; tels sont les principes qui me paraissent devoir diriger l'accoucheur. La seconde supposition, c'est-à-dire celle où il n'existe pas d'adhérences, est, au contraire, un cas extrêmement commun, et dont il n'est pas de praticien qui n'ait rencontré quelques exemples. Ici, il est évident que ce n'est qu'au défaut ou à l'irrégularité des contractions utérines, qu'est dû le retard qu'éprouve la délivrance; mais si, comme je l'ai dit plus haut, elle est un acte fonctionnel, les contractions ne peuvent manquer de se rétablir ou de se régulariser un peu plus tôt ou un peu plus tard, et la matrice saura se passer de nous. C'est ce qu'une longue expérience a montré à des hommes recommandables, et, entre autres, au professeur Desormeaux; c'est ce qui m'est arrivé plusieurs fois, et notamment dans deux circonstances que je vais rapporter succinctement, où la délivrance se faisant attendre sans qu'il se manifestât d'accident , j'aimai mieux en laisser le soin à la nature, qu'exposer les femmes à une métrite en violentant l'utérus. OBs. I. — En 1855, une femme, placée à l'hospice de la Grave, dans le service des vénériennes, auquel j'étais attaché comme interne, se trouvant enceinte, accoucha

pendant son séjour dans cet établissement. Je l'assistai dans l'accouchement, il fut heureux; mais, malgré les frictions sur l'hypogastre, les tractions méthodiques exercées sur le cordon, le placenta demeura dans l'utérus : aucun accident ne me pressant de l'extraire, je fis placer la malade dans son lit ; c'était l'après-midi. Je la revis le soir, son état n'avait pas changé ; le lendemain, à la visite, même état encore : M. Amiel, chef de service, ne jugea pas plus que moi convenable d'agir. Enfin, à la visite du jour suivant, je reconnus que le placenta était descendu dans le vagin, et j'en fis l'extraction avec la plus grande facilité. Cette femme se rétablit comme après l'accouchement le plus ordinaire. OBs. II. — Il y a environ quatre ans, Mme V", de Toulouse, ayant accouché heureusement dans la matinée, le placenta non-seulement ne fut pas expulsé quelques instants après l'accouchement, comme il l'est ordinairement, mais encore il résista, ainsi que dans l'observation précédente , aux moyens habituellement employés pour favoriser son expulsion. Mme V" n'éprouvant pas d'accident, je la fis mettre dans son lit. Je la revis sur le soir, rien n'avait bougé. La journée du lendemain se passa de même, et ce fut seulement la nuit suivante que la malade ressentit quelques douleurs à la suite desquelles eut lieu la sortie du délivre. Rien encore dans cette circonstance ne vint entraver le rétablissement. Mme V" a eu depuis cette époque un autre enfant, la délivrance, cette fois, ne s'est pas fait attendre. Telle était la règle de conduite que je m'étais faite dans ces circonstances, lorsque j'ai eu l'occasion de lire récemment, dans un journal de médecine, un article sur cette question de M. Godefroy, professeur à l'école secondaire de médecine de Rennes. D'après lui, la rétention du placenta peut résulter, soit de l'adhérence partielle de cet organe à l'utérus, soit de son adhérence totale. Dans le premier cas, l'expectation n'est pas permise; car il y a hémorrhagie, et il faut l'empêcher d'agir. Dans le second cas, il n'existe point d'accident; M. Godefroy s'abstient de toute manœuvre, et rapporte, à l'appui de sa conduite, plusieurs observations dans lesquelles il a toujours vu, une fois après sept jours, l'arrière-faix heureusement expulsé par les seules contractions de la matrice ; tandis qu'il a été témoin de la mort d'une femme, chez laquelle, malgré l'absence d'accidents, on voulut, à tout prix, et contre le sentiment de M. Godefroy, opérer la délivrance. Je ne jugerai pas la théorie du professeur de Rennes, relative à la production de l'hémorrhagie ; je crois qu'elle peut ne pas avoir lieu lors même que l'adhérence n'est que partielle ; mais, quoi qu'il en soit de cette étiologie, il reste comme point de pratique que M. Godefroy est

d'accord avec nous pour ne procéder à l'extraction du placenta que lorsqu'il s'y trouve contraint par les accidents, et que, dans les autres cas, il n'a jamais eu à se repentir de s'être confié aux efforts de la nature. (Journal de médecine de Toulouse.)

Chimie mcdicale et pharmaceutique.

RECHERCHEs sUR LEs EAUx MINÉRALEs DE BAGNÈREs-DE-LUCHoN ; par M. FILHOL. — Rapport par une commission composée de MM. ORFILA, PATIssIER et SoUBEIRAN (rapporteur). La ville de Bagnères-de-Luchon a fait exécuter, depuis deux ans, dans l'établissement thermal, de grands travaux de recherche et d'aménagement des eaux sulfureuses, dont elle a confié la direction à un habile ingénieur, M. François. La roche a été exploitée sur place par un système de galerie qui reçoit les eaux sulfureuses au point d'émergence, les isole des eaux froides et ferrugineuses, et les conduit dans l'établissement des bains. Ces galeries sont exécutées déjà sur une longueur de plus de 500 mètres, et l'établissement a pu fournir, dans la saison de 1849 , 500 bains et 200 douches d'eau thermale dans chaque journée. Les eaux sortent du granit ou des points d'affleurement des îlots de granit et et de pegmatite au milieu d'une roche de stéaschiste ou de micaschiste.Ces eauxabondantes diversement sulfurées, à des températures différentes, se prêtent à toutes les modifications d'emploi. Tout est réuni pour que Bagnères-de-Luchon devienne un des plus importants établissements parmi les thermes si remarquables des Pyrénées. Cependant l'administration de la ville de Luchon a parfaitement compris l'importance qu'il y aurait à ce que chacune des sources fût parfaitement connue dans sa composition ; elle a confié le soin de leur analyse à M. Filhol, professeur de chimie à l'école secondaire de médecine de Toulouse. Tant de chimistes se sont déjà occupés de l'analyse des eaux des Pyrénées, que la tâ che semblait se résoudre à suivre leurs traces et à déterminer, suivant les voies qu'ils ont tracées, la composition de chacune des sources des thermes de Luchon. Mais M. Filhol, professeur exercé à peser la valeur des expériences, ne s'est pas trouvé satisfait des travaux de ses devanciers; il était placé d'aillcurs dans une de ces circonstances heureuses et exceptionnelles qui se trouvent

rarement réalisées pour le chimiste investigateur. L'établissement des bains était mis entièrement à sa disposition, il a pu y séjourner à plusieurs reprises pendant des mois entiers et y multiplier les expériences ; l'habile ingénieur, M. François, se montrait empressé à faciliter toutes ses recherches, et lorsque d'autres devoirs le rappelaient à Toulouse, M. Filhol trouvait dans M. François un collaborateur zélé qui continuait les observations thermométriques et barométriques, prenait la température des sources et déterminait leur degré de sulfuration. Nous faisons connaître ces détails à l'Académie, parce qu'ils témoignent de la valeur du travail qui lui est soumis et qu'ils sont un élément de la coufiance qu'elle peut lui accorder. Si elle considère de plus que tous ces moyens d'une investigation sérieuse et approfondie ont été mis aux mains d'un chimiste bien connu d'elle par sa haute intelligence et son habileté expérimentale, elle voudra bien accorder son intérêt à l'analyse d'un mémoire d'autant plus important que les résultats généraux qu'il établit doivent nécessairement éclairer l'histoire des sources thermales dc même nature situées sur les autres points de la chaîne des Pyrénées. M. Filhol a étudié expérimentalement la question de la température constante ou variable des sources; il s'est assuré des changements qu'elles éprouvent dans leur degré de sulfuration, et il a déterminé les circonstances dans lesquelles ils se produisent. Il a fait l'analyse des sources, y a découvert diverses substances, mais surtout il a établi, par des procédés fort ingénieux, la nature du principe sulfureux, et s'est vu conduit à renverser les hypothèses, fruits de recherches incomplètes , qui avaient été émises dans ces derniers temps. Les sources thermales de Bagnères-deLuchon ont-elles une température constante ? La question généralisée a été soulevée et discutée à plusieurs reprises sans être résolue. Elle parait simple au premier abord, et cependant elle ne peut être décidée qu'à l'aide d'observations rigoureuses et difficiles, et suivies avec persévérance. Il faut douter de toute température prise par un observateur qui ne dit pas positivement de quel instrument il s'est servi ou qui n'a pas vérifié fréquemment la graduation de son thermomètre; puis viennent les mélanges des sources les unes avec les autres, des eaux froides avec les eaux chaudes. Telle est la difficulté qu'Anglada , qui a étudié avec tant de soin les sources des Pyrénées, qui avait comparé à ses propres observations les températures prises avant lui et qui, les trouvant différentes, est resté persuadé cependant que la température des sources est invariable ; il a rapporté à des erreurs d'observations ou à des causes accidentelles les différences qu'il était forcé de reconnaître. Le professeur Forbes, dont les observations ont porté également sur les eaux des Pyrénées, est d'une opinion contraire à celle d'Anglada, et à Bagnères-de-Luchon des différences ont été reconnues successivement dans la chaleur des sources par MM. François , Fontan et Gintrac, bien qu'il soit vrai de dire que ces écarts de température ont diminué du jour où l'on a eu mieux isolé les sources. M. Filhol rapporte 550 observations. Elles ont été faites au moyen de deux excellents thermomètres dont le zéro était vérifié de temps à autre. A chaque expérience il observait en même temps la hauteur du baromètre et déterminait pour ce moment même le degré de sulfuration de la source. Il signale une circonstance qui a pu tromper bien des observateurs. Le griffon de l'eau sulfureuse se compose de plusieurs filets d'eau chaude à des températures différentes dont chacune jaillit par une fente particulière, de sorte qu'au même moment et avec le même instrument on peut trouver une température différente, si l'on n'a pas soin d'opérer là où ces divers filets d'eau se sont mélangés et ont pris une chaleur moyenne. De 550 observations prises tant par lui que par M. François, du 1°r avril 1849 au 15 février 1850, M. Filhol conclut que la température des sources de Bagnères-de-Luchon n'est pas invariable. Une partie dessources indépendantes de la pression des eaux froides éprouvent des variations légères qui n'atteignent pas un degré. Les autres varient davantage, et les variations sont liées à l'augmentation et à la

(1) M. Filhol substitue à la liqueur sulfhydrométrique de M. Dupasquier une solution conte1enant pour un litre 2U grammes d'iode fondu, 25 grammes d'iodure de potassium pur fondu et sans excès de base. Quand on opère sur des eaux ehaudes, les vapeurs d'alcool entrainent de l'iode ; u'autre part, la teinture alcoolique se dilate beau

diminution du niveau des eaux froides. Lc volume des eaux thermales suit la même proportion. Le degré de sulfuration des sources est changeant comme la température (1). Il paraît surtout avoir une liaison intime avec l'état barométrique de l'atmosphère ; 80 fois sur 100 le titre de sulfuration s'élève ou s'abaisse quand le baromètre monte ou descend; l'étendue des oscillations varie avec chaque source et dans une limite assez grande pour quelques-unes d'entre elles. Les saisons ont aussi une influence marquée sur le degré de sulfuration des eaux, celle-ci étant plus forte dans les temps froids. Elle varie surtout à l'époque des grandes fontes de neige, lorsque le niveau des eaux froides est plus élevé que de coutume. Les résultats sont de trois ordres. 1° ll y a augmentation considérable du volume de la source sans changement sensible dans la température et le degré de sulfuration. Il semble que l'élévation du niveau des eaux froides ait refoulé tous les filets vagabonds de la source-mère qui habituellement vient s'égarer de tous côtés. 2° Il y a augmentation considérable de la source , avec abaissement peu sensible de température et un abaissement considérable de sulfuration. On peut croire que des filets d'eau chaude ont été refoulés et mélangés avec l'eau sulfureuse. 5° Il y a augmentation légère de la température et une augmentation notable du titre sulfuré. Mais l'ensemble des observations se refuse à constater une loi que l'on avait cru pouvoir établir, savoir, que les eaux les plus chaudes sont aussi les plus riches en principes sulfureux. Nous arrivons à la partie la plus intéressante du mémoire de M. Filhol; mais ici, pour en faire apprécier la valeur, il nous faut retracer en abrégé les travaux des chimistes qui l'ont précédé. Le premier travail par ordre de date, et certainement l'un des plus remarquables qui ait été fait sur les eaux des Pyrénées, est celui de Bayen qui date de 1766. il montre que le sulfure de soude est le principe minéralisateur, découvre plusieurs autres éléments constituants de l'eau minérale et établit avec sagacité les circonstances du blanchiment de l'eau sulfureuse.

coup par la chaleur , ce qui nécessite des corrections dont i'ex§titude est toujours douteuse, tandis que la liqueur aqueuse a un coefficient de dilatation entre 0 et 100°, trente fois moindre que celui de la liqueur de Dupasquier. Il en résulte que l'effet des variations de température est si faibie qu'on peut se dispenser d'en tenir coupte.

A Bayen succêdent Saint-Plancard et Save, qui restent bien inférieurs à leur devancier et qui regardent le gaz hydrogène comme le principe sulfuré de l'eau minérale. Poumier admit un peu plus tard l'existence du sulfure de soude; mais elle fut surtout établie en 1855 par M. Lonchamps pour les eaux de Baréges et de Cauterets, et plus tard pour les autres sources des PyréIl66S. Anglada, en 1827, publia ses belles recherches sur le même sujet; il admit que la matière sulfurée de ces eaux était le monosulfure de sodium, opinion qui plus tard fut aussi celle de M. Orfila. Ce résultat était adopté sans contestation lorsqu'en 1858 M. Fontan avisa que ce n'était pas le monosulfure, le sulfure simple de sodium, qui minéralisait des eaux des Pyrénées, mais bien le sulfhydrate de sulfure sodium, cette combinaison plus complexe dans laquelle le sulfure simple métallique est uni à du sulfure d'hydrogène (gaz hydrogène sulfuré), en proportion telle, que le sulfure de sodium et le sulfure d'hydrogène contiennent l'un et l'autre la même quantité de soufre. Une commission de l'Académie de médecine dont M. Boullay était le rapporteur, n'accepta pas les idées de M. Fontan ; mais plus tard, en 1847, MM. Boullay et Henry reprenant ce travail soupçonnent que la présence des sels alcalins qui accompagne le sulfure dans l'eau minérale peut modifier les réactions et voiler la présence du sulfure simple. Reprenant alors la question par une autre voie, ils tentent de reconnaître et de doser séparément chacun des éléments qui entrent dans la composition de l'eau sulfureuse, puis rendant à chaque base la proportion de chaque acide qui lui revient, ils arrivent à conclure que l'eau contient le sulfure simple de sodium, plus une certaine proportion d'acide hydrosulfurique libre, qui n'est pas en quantité assez grande pour former le sulfure double de M. Fontan. La discussion de ces diverses expériences et les observations nombreuses faites sur les lieux mêmes par M. Filhol ne lui permettent pas d'accepter ces résultats. En même temps que ses analyses lui font reconnaître vingt combinaisons différentes (1) dans l'eau de Luchon, elles lui montrent partout le sulfure simple de sodium comme le minéralisateur de l'eau sulfureuse et comme la seule cause efficace de son alcalinité. Malgré la réserve qui nous impose

(1) Il est fort curieux † la plupart des matières que l'on trouve en solution dans l'eau appartiennent au sol sur lequel elles ont coulé. C'est ce que M. Fontan avait observé déjà; le sulfure de

'être très-sobre de détails d'expériences chimiques, nous ne pouvons nous refuser à rapporter ici deux ordres d'expériences qui ont servi à établir ce fait. Nous devons dire à l'Académie que la commission a répété toutes les expériences à l'aide d'une caisse d'eau de Bagnères-de-Luchon qui lui avait été envoyée accompagnée d'un certificat de puisement en règle. M. Henry a fait voir depuis longtemps que lorsque l'on mêle une dissolution de sulfate neutre de zinc à une dissolution de sulfure de sodium, tout le sulfure est détruit ou précipité à l'état de sulfure de zinc ; mais si la liqueur sulfurée contient en même temps de l'acide sulfhydrique, celui-ci ne précipitant pas le sel de zinc, elle restera sulfurée ; or l'eau de Luchon que l'ou mélange avec un sel neutre de zinc perd toute réaction sulfureuse; donc cette eau ne contient ni hydrogène sulfuré libre, ni hydrogène sulfuré combiné au sulfure de sodium. Mais à côté du sulfure de sodium il y a dans l'eau de Lûchon du carbonate et du silicate de soude, lesquels, dans la pensée de MM. Henry et Boullay, pourraient par leur alcalinité rendre la réaction de l'hydrogène sulfuré pareille à celle du sulfure de sodium ; alors l'eau perdrait tout caractère sulfuré par le sel de zinc, bien qu'elle contint de l'hydrogène sulfuré. M. Filhol prouve par des expériences directes qu'une petite quantité de carbonate de soude (5 centigrammes par litre) ou de silicate alcalin élève considérablement le degré d'une eau rendue sulfureuse par le sulfure de sodium ou le sulfhydrate de sulfure, mais qu'on rend à l'eau son titre primitif en précipitant d'abord le carbonate et le silicate alcalins par le chlorure de barium. Or comme les eaux naturelles des Pyrénées ne montrent qu'une différence très-faible avant et après la précipitation par le sel de barium, il en conclut que la proportion des sels alcalins y est fort minime. Et alors désulfurant ces eaux naturelles par le sulfate de plomb, il constate qu'après la précipitation elles ne sont pas devenues acides, ce qui serait arrivé immanquablement si elles avaient contenu le sulfure double de sodium et d'hydrogène. Ces cxpériences aussi simples qu'ingénieuses prouvent donc en même temps que les eaux de Luchon sont minéralisées par le sulfure de sodium simple, qu'elles doivent presque complétement à ce corps leur réaction alca

sodium attaque les éléments constituants du granit; le silicaie avec excès d'acide chasse un peu d'acide sulfhydrique et remplace une portion de sulfure par du nitrate de soude.

line, que le titre de sulfuration que l'on obtient par l'expérience directe est un peu trop élevé; qu'il faut avant de le déterminer précipiter le carbonate et le silicate de soude par le chlorure de barium.

Les eaux de Bagnères-de-Luchon participent à l'extrême altérabilité du sulfure de sodium qu'elles renferment; à quelques mètres du point où elles ont commencé à couler, déjà leur constitution s'est fortement altérée. L'air en est la cause essentielle, mais il faut l'observer dans des circonstances différentes : si l'eau est conservéc dans des vases bien bouehés, si elle est transportée dans des tuyaux de conduite, ou si elle coule librement au contact de l'air.

M. Filhol a prouvé qu'au Griffon même les eaux de Bagnères-de-Luchon contiennent encore de l'oxygène mélangé à l'azote. Pour le montrer, il faut désulfurer immédiatement l'eau minérale en l'agitant avec du sulfate ou du carbonate de plomb. En la faisant bouillir ensuite dans un appareil approprié, on retrouve l'oxygène dans l'air qui a été recucilli à l'ébullition.

Cet oxygène dissous dans l'eau est une eause inévitable d'altération du principe sulfureux. Son action est fort restreinte. M. Filhol a analysé à Toulouse de l'eau qu'il avait recueillie à la source dans des flacons bouchés à l'émeri qui étaient entièrement remplis. La perte ne s'élevait pas à 1120; mais une fois cette première altération accomplie, l'eau peut être conservée très-longtemps. Les circonstances ne sont pas aussi favorables pour les bouteilles qui sont transportées à Paris pour les besoins des malades. Voici quelques expériences faites sur les eaux qui ont été envoyées à votre commission.

Iode absorbé au moment dupuisem. à Paris. Perte.

Source Bayen. 258,5 milles. 198 25/00 Idem. 258,5 216 15/00 de la Reine. 180 124 5100 — d'Enceinte. 165,5 124 24/00 — la Chapelle. 107 80 25/00 — Bordeu. 221 204 7/00 - du pré no 1. 225 192 14/00 — ferras infér. n° 1. 1745/4 146 16/00

Ces expériences montrent que, dans les bouteilles d'expédition remplies avec le plus de précaution, la perte s'est élevée en moyenne au quart du principe sulfureux, c'est la conséquence de l'air contenu dans l'eau à la source, de celui qu'elle absorbe pendant le remplissage et de celui qui reste dans le goulot de la bouteille entre l'eau minérale et le bouchon.

Si l'eau parcourt des tuyaux qui en sont entièrement remplis, elle éprouve peu de changements dans son parcours ; aussi M.

Filhol a-t-il conseillé de partager les conduits en 2 parties superposées, l'une qui satisfait à l'écoulement au moment où la source est à son minimum de niveau, l'autre qui reçoit une partie de l'eau dans les temps où la source est plus abondante; à cette précaution il faut ajouter le soin de ne pas faire tomber l'eau dans les baignoires, mais de la faire arriver sans chute par leur sond. Mais c'est surtout dans le réservoir que cette déperdition du principe sulfuré est eonsidérable. L'eau agitée par la nouvelle eau qui arrive présente sans cesse de nouvelles surfaces à l'action oxydante de l'air ; l'air se renouvelle sans cesse, et les vapeurs d'aeide sulfurique qui se forment viennent concourir aussi à la décomposer. M. Fontan avait proposé de placer à la surface du réservoir un flotteur en bois léger pour préserver la surface du contact de l'air. MM. Filhol et François ont fermé complétement le réservoir, et l'ont fait communiquer avec un gazomètre. L'air du réservoir et celui du gazomètre sont bientôt transformés en azote, lequel forme à la surface du bain une atmosphère tout à fait préservatrice. Du reste, le gazomètre, par sa mobilité, se prête à toutes les variations qui surviennent dans la hauteur de la colonne liquide du réservoir. Dans ce premier mémoire, M. Filhol n'a pas abordé l'étude des changements de coloration que présente l'eau sulfureuse. Il se propose de reprendre ce sujet dans un nouveau travail dans lequel il traitera en outre de l'analyse quantitative des diverses sources de Bagnères-de-Luchon. Nous désirons que les limites dans lesquelles il nous a fallu restreindre ce rapport n'aient pas affaibli l'impression qu'il doit faire, et n'aient pas diminué la faveur avec laquelle nous pensons qu'il doit être accueilli par l'Académie. S'il est vrai de dire que M. Filhol a été placé dans les circonstances les plus favorables, qu'il a trouvé toutes les facilités qui ont pu l'aider dans ses recherches, il nous faut ajouter qu'il en a profité avec une rare sagacité et qu'il a donné une fois encore une preuve de son instruction profonde et de son talent d'investigation. Son travail restera comme un exemple des soins d'investigation de toute nature et d'exactitude qu'il faut apporter dans l'étude des eaux minérales.

[merged small][ocr errors][ocr errors]
« PrécédentContinuer »