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Sous l'influence de cet agent , la peau se resserre, et les plaques muqueuses s'affaissent avec rapidité. De même pour les végétations syphilitiques, M. Puche préfère, aux moyens recommandés généralement contre ces végétations, même à la poudre de sabine et d'alun (à parties égales), employée avec succès par M. Vidal de Cassis, la solution de bichromate de potasse. Sous l'influence du contact de cette solution, la peau se corrode autour des végétations, celles-ci se flétrissent et tombent. Le contact de la peau avec le chromate de potasse est marqué par une douleur plus vive que celle qu'occasionne la poudre escarrotique de M. Vidal, et il en résulte un épaississement avec induration de la peau qui pourrait entraîner des erreurs de diagnostic, si l'on n'était prévenu. Dans certains cas où la poudre de M. Vidal avait échoué ou n'avait agi qu'avec lenteur, M. Puche s'est bien trouvé de la remplacer par la solution de bichromate de potasse. On sait que le bichromate de potasse a été proposé pour raviver certains ulcères scrofuleux. Quant à son application au traitement des végétations et des plaques muqueuses, M. Puche la tient de M. Bouneau, médecin à l'hôpital des Enfants. (Bulletin de Thérapeutique.)

DE L'EMPLoI DU TANNIN DANs LEs AFFEcTioNs ocULAIREs; par M. HAIRION. — Cette substance, à peine connue en ophthalmologie, n'a été conseillée, à ma connaissance, que dans l'ophthalmie catarrhale, en solution très-étendue (tannin 1 p., eau distillée 120 p.); mais le peu d'efficacité dont elle jouit sous cette forme, l'a fait bientôt tomber dans un oubli presque complet. J'ai employé le tannin, en pommade, dans un mucilage épais, en poudre fine, et surtout en solution concentrée (tannin 1 p., eau distillée 5 p.). Les affections dans lesquelles j'en ai obtenu le plus de succès, sont les blennorrhagies aiguës et chroniques, le boursoufflement des conjonctives, les granulations végétantes, les kératites vasculaires et ulcéreuses, surtout le pannus, dont la guérison a été obtenue, dans quelques cas, avec une rapidité étonnante.J'ai eu moins à me louer de son emploi dans les granuIations vésiculeuses à leur période d'état. Le tannin constitue, on l'a dit avec raison , le styptique par excellence; son action mécanico-chimique locale le rend d'une grande utilité en ophthalmie, soit pour tarir les écoulements mucoso - purulents de la conjonctive, combattre le relâchement de cette membrane, obtenir l'aflais

sement des productions cellulo-vasculaires, le retrait des vaisseaux dilatés ou de nouvelle formation, soit encore, en produisant la coagulation des liquides plastiques, pour accélérer la cicatrisation des ulcères de la cornée, raffermir son tissu ramolli et prévenir sa propulsion ou sa déchirure. Je n'ai reconnu jusqu'aujourd'hui à ce topique aucun des inconvénients que présentent, à des degrés différents, les autres astringents dont on fait usage en ophthalmologie : son application n'est aucunement douloureuse, jamais il ne donne lieu à ces réactions vives dont j'ai signalé ailleurs les nombreux dangers; enfin, l'on n'a à craindre de son usage ni effets caustiques, ni incrustations indélébiles. En résumé, le tannin a été employé dans les divers cas indiqués plus haut, souvent avec un succès signalé, quelquefois inutilement, jamais avec désavantage. (Arch. belges de méd. militaire.)

RECHERCHEs sUR LEs PRoPRIÉTÉs PHYsIoLOGIQUES ET THÉRAPEUTIQUES DU BROMURE DE PoTAssIUM; par M. HUETTE. — A une époque récente, le prix élevé de l'iode apportant de fâcheux obstacles à son emploi chez les malades pauvres, on lui chercha un succédané et on crut l'avoir trouvé dans le brôme. On substitua dès lors le bromure de potassium à l'iodure de potassium. Des expériences furent faites en grand nombre avec cette préparation. M. Ricord en fit de son côté, M. Puche du sien. Ce sont les observations de ce dernier chirurgien que M. Charles Huette, ancien interne distingué des hôpitaux, a réunies et d'où il a tiré des conclusions qui font de sa thèse inaugurale un sujet d'étude intéressant pour les praticiens, Malheureusement, il résulte des faits observés à l'hôpital du Midi que le bromure de potassium ne saurait en aucun cas remplacer l'iodure du même métal comme antisyphilitique. M. Huette le déclare d'une complète impuissance dans les affections vénériennes secondaires et tertiaires ; car, bien que M. Puche ait continué l'administration du bromure pendant deux mois et porté la quantité donnée chaque jour à la dose énorme de trente grammes, il est toujours resté sans effet sur la marche des accidents quand il ne les a pas réveillés ou exaspérés.A petite dose il n'est pas plus efficace, en sorte qu'il ne faut pas attribuer exclusivement aux bromures qu'elles contiennent les avantages qu'on a retirés des eaux iodo-bromurées d'Allcmagne dans les différentes périodes de la syphilis constitutionnelle. Mais, si le bromure de potassium a, sous ce rapport, trompé les espérances qu'avaient fait naître quelques succès obtenus dans le service de M. Ricord et signalés d'ailleurs avec réserve par ce chirurgien, il n'en constitue pas moins un médicament qui prendra place dans la thérapeutique en raison de certaines propriétés singulières qu'on ne lui connaissait pas jusqu'ici. Ainsi, par exemple, quand on administre pendant trois jours le bromure de potassium à la dose d'un gramme, on voit les érections disparaître chez les malades. Quelques-uns d'entre eux sortis des salles et encore sous l'influence de cet agent eurent même le chagrin d'avoir à lui reprocher, dans des circonstances impérieuses, une paresse intempestive des organes génitaux et des mécomptes sans exemple dans leur passé. Cette influence, du reste, ne persista pas 5 mais on en tira parti, et elle rendit de grands services dans la chaude-pisse dite cordée. M. Huette présume qu'elle pourrait être également utilisée dans le priapisme, dans la nymphomanie et les pertes séminales qui, suivant M. le docteur Lallemand, dépendent des contractions spasmodiques des vésicules. Ce qu'il y a de certain, c'est que dans trois cas le bromure a fait cesser des contractions spasmodiques du col de la vessie et permis à une sonde de pénétrer dans ce réservoir quand auparavant la pointe de l'instrument venait s'arrêter à l'orifice. Enfin, le bromure exerce une action anesthésique locale extrêmement curieuse, en produisant, dès le second jour de son administration, une insensibilité si complète de l'arrière-gorge qu'on peut toucher la paroi postérieure du pharynx et titiller la luette sans provoquer de nausées ni de vomissements. Ce phénomène persistant, il serait donc possible d'en tirer profit, soit pour pratiquer la staphyloraphie, soit pour enlever les amygdales ou les polypes du pharynx et des fosses nasales. (Journ. de méd. et de chirurg. prat.)

Du coLLoDIoN DANs L'ÉRvsIPÈLE ; par le Dr LUKE (London hospital).

Les bons résultats obtenus par le collodion dans l'érysipèle sont hors de doute. Déjà on l'avait employé pour arrêter les hémorrhagies chez les enfants, après l'application des sangsues. M. Luke croit que le collodion appliqué sur une surface enflammée, agit sur la surface de la peau en comprimant les capillaires qui se trouvent alors protégés. — Il s'en est servi suivant la méthode du Dr Bird. Plusieurs cas d'érysipèle ont été traités, tant à l'hôpital que dans sa pratique, avec le meilleur résultat.

Voici un fait qu'il rapporte ainsi que le mode de pansement. Une femme, âgée de 40 ans, entra à l'hôpital avec une inflammation aiguë du col, qui, une semaine après, se termina par un abcès, lequel, ouvert, donna beaucoup de pus, etc. Six jours après, une inflammation d'un caractère érysipélateux avait envahi la partie supérieure du dos, s'étendant du col, y compris les deux omoplates, jusqu'à la première vertèbre lombaire. Il appliqua de suite du collodion avec les doigts sur toute la surface malade, et un peu au-delà de la partie enflammée. La peau se rida et la malade se plaignit de l'effet de resserrement du collodion.Vu l'état de débilité de la patiente, on lui accorde un peu de vin. Il est bon de dire qu'à cet hôpital la plupart des cas d'érysipèle sont traités par de fortes doses de stimulants, tels que eaude-vie, vin, etc., etc., et que les résultats de ce traitement sont généralement heureux. Le jour suivant, le collodion fut de nouveau appliqué et le troisième jour l'érysipèle avait presque disparu dans les endroits où il s'était montré en premier lieu. Cependant la maladie parut vers le nez, aux lèvres et aux paupières, puis s'étendit sur toute la poitrine. La malade eut un peu de délire la nuit. Le collodion fut appliqué sur toutes ces parties,— la tête fut tenue froide par des lotions spiritueuses. Ces moyens joints aux stimulants produisirent du bien, l'état de la malade s'améliora rapidementLe collodion fut journellement appliqué pendant une semaine, et le 2 juin, dix jours après la première apparition de l'érysipèle, l'inflammation avait tout à fait disparu, la malade était convalescente. (The Lancet.)

SUR L'EMPLoI DE L'oPIUM CHEz LEs ENFANTs AFFECTÉs DE HERNIE ÉTRANGLÉE ; par le D" JosEPH REID. — Les opérations de hernie étranglée chez les enfants sont dangereuses à pratiquer, et on est heureux de connaitre un moyen qui permet de les éviter.—Sous ce rapport, le cas suivant est des plus intéI'eSSantS.

Le docteur Reid fut appelé le 29 avril pour visiter un enfant, âgé de 11 mois, atteint d'une hernie inguinale oblique. Les tissus environnants étaient rouges et enflammés, la tumeur dure, etc. Un confrère avait vu l'enfant le matin de bonne heure, il lui avait prescrit une potion qui contenait beaucoup d'opium , afin de narcotiser le petit patient; — des compresses froides furent appliquées sur la tumeur. Au bout de quelque temps il essaya de réduire la

hernie par l'opération du taxis, ce fut en vain ; alors la potion fut continuée, on passa un lavement, le malade fut mis au bain chaud. —Le but de cette expectation était d'attendre les effets de la potion.

Ce fut avec une vive satisfaction, que les médecins s'aperçurent à leur visite, que toutes les parties herniées étaient rentrées dans l'abdomen. Cette observation milite fortement en faveur de l'opium dans des cas semblables.

M. Reid croit que l'opium est encore plus utile chez les enfants que chez les adultes affectés de hernie étranglée. L'opium calme la douleur et les vomissements chez l'un et l'autre, mais chez l'enfant les cris et les sanglots convulsifs pressent les intestins de plus en plus vers la hernie, ce qui est un grand obstacle à l'opération du taxis, et nécessite une opération dangereuse qui est évitée par l'emploi de l'opium (1).

(The Lancet N° 11.)

RÉTENTIoN D'URINE; PoNcTIoN DE LA vEssIE PAR LE RECTUM; par le Docteur GAY ( Royal free hospital). — Il y a quelques points dans la pratique chirurgicale sur lesquels les opérateurs ne sont point d'accord. Les rétentions d'urine offrent souvent des sujets de contestation ; d'abord il est bien compris que tout chirurgien commence dans un cas semblable à faire, médicalement parlant, tout ce qui doit étre fait pour soulager le patient, mais lorsque le médecin ni le chirurgien ne parviennent pas à faire uriner, il faut bien en venir à une opération sanglante. Faut-il alors faire la ponction de la vessie par le rectum, par la portion membraneuse de I'urèthre ou au travers du périnée. M. Gay est de la première opinion. Il a parfaitement réussi dans un cas de rétention d'urine. Ce cas est des plus intéressants. Un campagnard, âgé de 41 ans, fut amené à l'hôpital avec une rétention d'urine qui s'était empirée à la suite d'une débauche. Des rétrécissements existaient depuis plusieurs années, il avait fait usage de bougies différentes époques ; le jet de l'urine était devenu de plus en plus mince, et à la fin il rendait l'urine, goutte à goutte. La vessie était énormément dilatée, le patient offrait des symptômes alarmants de rétention d'urine : langue chargée, pouls précipité, soif extrême, chaleur très-grande

(1) Il est fâcheux que le docteur Reid n'ait pas indiqué la dose d'opium que cet enfant de onze

à la peau. Un purgatif actif fut administré en une seule fois, des sangsues placées au périnée , et le malade fut mis dans un bain chaud. L'aide-chirurgien essaya alors de passer un cathéter, il ne put y parvenir quel que fut le numéro employé. Après l'action du purgatif, une bonne dose d'opium fut donnée, on essaya encore, mais en vain, d'introduire une bougie. Vers une heure de l'après-dîner, la vessie était distendue outre mesure. Alors le docteur Gay se décida, sans plus perdre de temps, à faire la ponction de la vessie par le rectum : une grande quantité d'urine s'échappa par la canule qui fut ensuite retirée immédiatement ; après l'opération, le malade tomba dans un profond sommeil. On donna toutes les quatre heures une potion saline antimoniée avec la teinture d'opium. Vers le soir le patient éprouva le besoin d'uriner, ce qu'il fit, comme d'habitude, avec difficulté et pendant la nuit il lâcha les urines à différents intervalles. Dès ce moment sa santé se rétablit rapidement, et quatre jours après il quitta l'hôpital pour se mettre à l'ouvrage. Tels sont les cas de rétention d'urine qui se présentent le plus souvent à l'hôpital. Le docteur Gay est grandement d'avis que ce traitement est préférable à celui d'inciser le rétrécissement. L'état de l'urèthre, dans des cas comme celui cité plus haut, n'est que momentané, il survient presque toujours à la suite d'excès; on y remédie en employant les moyens qui diminuent l'inflammation qui est combinée au spasme. Mais quelquefois on n'a pas le temps d'attendre, la vessie doit être vidée. Alors quelle est la moins dangereuse des méthodes à employer pour évacuer l'urine ? Le docteur Gay établit que, malgré les objections qui ont été soulevées contre le mode de ponction de la vessie par le rectum, il n'a pas eu dans sa pratique de résultat défavorable. Il a opéré des personnes dc tout âge, dont une était dans de mauvaises conditions de santé, et cependant il n'a vu aucun aecident en résulter : c'est pourquoi il patronise, comme supérieure à toute autre méthode, celle d'opérer par le périnée. Et s'il arrivait que le rétrécissement fût des plus opiniâtres, qu'après la ponction de la vessie, elle se remplît de nouveau, il ne reculerait pas devant une nouvelle ponction, pour autant toutefois que tout autre traitement préalable n'eût rien changé à

mois a pris'en si peu de temps, le fait pratique n'en aurait eu que plus de valeur.

l'état du canal : les cas sont rares où on ne parvient pas, après l'opération, à pénétrer dans la vessie avec des bougies, etc. Les autres méthodes de ponction offrent beaucoup de dangers et les suites sont souvent fatales, surtout lorsque ces opérations sont pratiquées sur des individus dont la constitution est détériorée par des excès de tout genre (et ce sont ces personnes qui sont le plus exposées à subir ce traitement). Le docteur Gay pense que le temps viendra, et cela bientôt, où la scction du périnée sera rarement pratiquée, tandis que la ponction par le rectum deviendra la règle dans la pratique. Dans l'observation citée, l'urine n'a pas coulé par le rectum, après la sortie de la canule, cela a toujours été ainsi dans toutes ces opérations. La piqûre du trocart ne produit aucune perte de substance; il se forme trois valves à la cloison rccto-vésicale qui ferment l'ouverture lorsque l'instrument est retiré. (The Lancet.)

MoYEN sIMPLE D'INTRoDUIRE LE NITRATE D'ARGENT DANs L'INTÉRIEUR DU LARYNx ET DE LA TRACHÉE ; par le Dr C. THOMAS, de Baltimore.

Si l'on maintient un morceau de nitrate d'argent, contre une meule qui tourne rapidement, on voit alors une grande quantité d'une fine poussière se répandre dans l'air. En tenant la bouche ouverte à quelques pouces de la pierre, on peut inspirer la dose voulue de cette poudre. M. Thomas ne laisse faire que 4 à 5 inspirations par séance.

Un mécanicien quelque peu ingénieux pourrait facilement construire un petit appareil portatif : il suffit d'avoir une pierre de 5 à 6 pouces de diamètre, d'un demipouce d'épaisseur, qui serait facilement mise en mouvement par le mécanisme le plus simple. Le caustique qui doit être pur, sans cuivre ni nitrate de potasse, pourrait être tenu contre la pierre, soit avec la main soit au moyen d'une vis. Ce praticien a obtenu d'excellents effets de ce moyen dans les catarrhes récents, dans les toux chroniques et dans les différentes affections du larynx.

(The Lancet, 1850. N° 11.)

FRACTURE DU CRANE ; ÉPILEPsIE; DELIRIUM TREMENs ; GUÉRIsoN; par le docteur ADAMS. — Observation intéressante de compression du cerveau avec inflammation

dans laquelle l'emploi des stimulants a été suivi de succès. Le sujet de cette observation est un ouvrier âgé de 28 ans, adonné fortement à la boisson : étant occupé à nettoyer une chaudière il glissa et tomba d'une hauteur de six pieds et donna de la tête contre le rebord d'une cuve. Etourdi au premier abord, il se releva bientôt de cette secousse au point de pouvoir se rendre seul à pied à l'hôpital. A l'inspection de la blessure, on trouva le crâne dénudé dans une étendue de quatre pouces et demi, et au fond on découvrit une fissure se dirigeant supérieurement en travers du pariétal gauche. Une forte hémorrhagie eut lieu par la plaie dix heures après l'entrée du patient; les vaisseaux divisés furent liés ; la plaie fut pansée, etc., etc. Au bout d'un quart d'heure un léger assoupissement se déclara et fut bientôt suivi d'un délire partiel : le malade voulait retourner à son travail. Une des pupilles était dilatée et l'autre contractée. Une heure après le pansement le garde vient dire que le malade avait une attaque d'épilepsie dont il fut vite débarrassé. On lui administra de suite 5 grains de calomel. la tête fut rasée et arrosée avec une lotion alcoolique. Le jour suivant, le patient eut de nouveau un accès épileptique vers l'après-diner, qui ne dura que peu de temps; ensuite il tomba encore dans un assoupissement, dont il fut facile de le retirer. De petites doses de calomel et d'antimoine dans une mixture saline furent prescrites; on purgea le malade avec des purgatifs aetifs. Le docteur Adams remarquant le second jour des symptômes de delirium tremens sur le point de se déclarer, prescrivit l'opium; et comme le pouls faiblissait, on donna l'ammoniaque et l'acide nitrique dans une mixture camphrée. Le délire devint bientôt violent au point de devoir séquestrer le malade et de lui administrer 40 gouttes de teinture d'opium. 24 heures après, la violence du délire était un peu calmée. La plaie guérissait bien, mais le pouls restait faible; la langue tremblante. On ajouta à l'ammoniaque 4 onces de vin. Huit jours après son admission on aperçut un commencement d'érysipèle vers l'œil et autour de la plaie. Le malade était alors plus tranquille. Le soir, le délire avec tremblement de tout le corps revient de nouveau ; l'érysipèle fait des progrès, vers la face; le pouls est toujours très-faible. Applications froides sur la tête, on accorde deux onces de genièvre au malade. L'érysipèle s'était étendu sur le col ct sur la poitrine. Le patient divague beaucoup, se plaint de douleur de tête et désire le sommeil. Pendant les cinq jours de cet état précaire on administra souvent l'opium, l'ammoniaque et l'eau-de-vie (cet homme était un grand buveur). Cependant ces symptômes alarmants commencent à céder; le malade évacua une grande quantité de sang, l'érysipèle disparut rapidement, le pouls se raffermit, la langue se nettoya. Le quinquina , l'ammoniaque et l'acide nitrique furent continués et les stimulants graduellement remplacés par le porter joint à un régime analeptique. Les forces reviennent tranquillement ; la plaie se cicatrisa, il n'y resta qu'un conduit fistuleux, qui communiquait avec une pièce d'os nécrosé et 57 jours après son entrée le malade était convalescent. On voit par cette intéressante observation, que les symptômes extraordinaires qui survinrent commandaient ce traitement malgré la nature de l'accident , et que les habitudes et les idiosyncrasies des malades doivent constamment être observées dans des circonstances semblables. (The Lancet, 6 juillet 1850.)

RÉFLExIoNs sUR LA DÉLIvRANCE ; par le docteur BUTIGNOT. On a souvent dit que le meilleur accoucheur était celui qui savait le mieux attendre : ce conseil, toutefois, a besoin d'être interprété d'une manière intelligente. Savoir attendre, ce n'est pas attendre toujours, c'est attendre à propos, et si je voulais parcourir les détails de l'art obstétrical, je pourrais signaler, en esfet, un grand nombre de circonstances dans lesquelles le salut de la mère et celui de l'enfant dépendent de la promptitude que l'accoucheur met à les secourir ; mais ce sont là des exceptions, et plus souvent, au contraire, trop d'empressement peut tout compromettre. L'accouchement est une fonction, elle s'exécute avec plus ou moins de lenteur, et, de l'avis de tous les accoucheurs, on doit, hors les cas exceptionnels dont je viens de parler, l'abandonner à la I1ature. Ce que je dis en général de la pratique des accouchements, n'est pas moins vrai Iorsqu'on en fait l'application à la délivrance en particulier. La sortie du placenta fait aussi partie de l'acte de la parturition. Plus ou moins longtemps après l'expulsion de I'enfant, l'utérus se débarrasse également de cet autre produit de la conception, et ici encore, hors les cas exceptionnels, la nature peut et doit se passer de notre intervention.

Les accoucheurs, néanmoins, ne sont pas unanimes à cet égard. Plusieurs , sans attendre que la matrice, graduellement revenue sur elle-même, se contracte enfin sur le délivre et l'expulse, se hâtent, immédiatement après la sortie de l'enfant, d'introduire la main dans la cavité de l'organe gestateur, pour saisir le placenta et en opérer l'extraction. Cette conduite me paraît imprudente ; la matrice peut se trouver dans un état d'inertie , et l'ablation intempestive du placenta déterminer une hémorrhagie que sa présence aurait prévenue. Voilà ce que dit la théorie. La pratique, selon les chirurgiens dont je parle, ne serait pas d'accord avec elle, et ils n'éprouveraient pas plus d'accidents que ceux qui tiennent une conduite différente. Quoique mon intention ne soit pas de m'occuper précisément de cet objet, j'ai voulu dire en passant, que, dans ces circonstances, la temporisation, moins expéditive, il est vrai, est à mes yeux le parti le plus sage; c'est celui que prend le plus grand nombre des praticiens , et je ne connais point d'auteur qui, de nos jours, soit d'un avis contraire.

Mais s'ils sont tous d'accord sur ce point, ils cessent de l'être lorsqu'il s'agit d'assigner des bornes à cette temporisation, et de déterminer quel est le laps de temps au delà duquel le soin de la délivrance ne doit pas être abandonné à la nature. Néanmoins, si l'expulsion du placenta est un acte fonctionnel, ce qui, ai-je dit, n'est contesté par personne, et que cet acte ne réclame, par conséquent, l'intervention de l'art que dans certains cas particuliers, il semble que la question dont je m'occupe ne saurait en être une : de même que l'on n'a jamais songé à fixer le temps que la nature doit mettre à l'expulsion de l'enfant, il n'y a pas de raison pour qu'on doive déterminer celui qui est nécessaire à la délivrance, et, dans un cas comme dans l'autre, le péril qui menace la mère ou l'enfant, peut seul justifier l'emploi des moyens artificiels. Ainsi, par exemple, dans le cas d'hémorrhagie, point d'hésitation sur la conduite à tenir, et c'est ce que j'ai fait deux fois avec succès chez la même femme ; l'introduction de la main dans la matrice et l'extraction du placenta avec tous les ménagements commandés par la prudence, sont des moyens toujours incertains, sans doute, mais les meilleurs que nous possédions d'exciter les contractions utérines et de faire cesser l'accident. Hors cette circonstance, celle de l'éclampsie, lors enfin qu'un danger actuel ne commande pas d'agir, qu'avons-nous à craindre en nous renfermant dans une sage expectation?

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