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caractères distinctifs de présenter un affaiblissement, une diminution, une abolition de l'irritabilité et de la contractilité musculaires d'autant plus prononcés que la maladie est plus ancienne. Cette altération peut commencer par un muscle, un membre, puis elle envahit successivement toutes les parties, et gagne également la langue. Dans plusieurs cas, l'autopsie, faite avec le plus grand soin, n'a révélé aucun désordre dans le cerveau, la moelle épinière, malgré l'ancienneté de l'affection. Parmi les faits de ce genre, nous citerons sommairement l'observation suivante : Une dame voit d'abord le membre supérieur gauche, puis l'inférieur, et successivement ceux du côté opposé, perdre leur force; les doigts se contractent et il leur devient difficile de tenir les objets; la marche n'a lieu que d'une manière incomplète et ne peut s'effectuer sans le secours d'un bras. La paralysie gagne la langue, et la malade ne prononce plus qu'avec lenteur et hésitation les mots qui se présentent à son esprit. La sensibilité est conservée, l'intelligence est intacte, la maladie remonte à plus d'un an. Les fonctions digestives s'exécutent bien, les urines et les matières fécales peuvent être retenues. L'appareil électrique ne détermine aucune contraction dans les membres inférieurs. Le jambier antérieur, les péroniers, les fléchisseurs restent immobiles sous l'influence du courant. Le phénomène se remarque à un degré un peu moins marqué dans les muscles des membres supérieurs; les muscles du tronc ne se contractent que faiblement. Nous pourrions joindre à cette observation celle d'un malade qui a succombé dans le service de M. Andral, avec tous les symptômes d'une paralysie générale progressive sans aliénation, qui s'était déclarée depuis plus d'un an : chez lui, l'irritabilité et la contractilité musculaires électriques étaient complétement anéanties, quoiqu'il pût encore exécuter des mouvements. La connaissance resta intacte jusqu'à la fin. L'autopsie, faite avec le plus grand soin, sous les yeux de M. Andral ne révéla aucune altération, et l'examen microscopique auquel se livra M. Lebert ne montra aucun dérangement dans les nerfs. En résumant ces faits et beaucoup d'autres analogues, mais qui doivent être rapportés à des causes différentes, on peut établir qu'il y a des paralysies générales progressives sans aliénation qui sont caraetérisées par l'affaiblissement, la diminution, l'abolition de l'irritabilité et de la contractilité musculaires. Il était intéressant d'opposer à ces résultats ceux fournis par l'examen de la paralysie générale pro

gressive des aliénés ; M. Duchenne et moi avons répété en septembre dernier nos expériences sur les malades paralytiques placés dans nos établissements. Les trois individus qui en ont été le sujet étaient paralytiques à des degrés différents ; le premier n'avait que du bégaiement intermittent, le deuxième était à la seconde période, mais considérablement amaigri ; le troisième, paralytique depuis plusieurs années, se tenait difficilement sur les jambes et ne pouvait plus répondre. Chez tous les trois, l'irritabilité et la contractilité musculaires existaient à un degré marqué. Nous avons recommencé ces expériences le 15 novembre, à Bicêtre, en présence de M. Delasiauve, médecin de cet hôpital, et de ses élèves ; des malades ont été pris au hasard parmi les plus avancés, les plus anciens et ceux qui gardaient le lit depuis plusieurs mois; l'irritabilité et la contractilité musculaires ont été constatées chez les six malades examinés ; deux étaient arrivés à un haut degré d'amaigrissement et même d'atrophie, surtout dans les extrémités inférieures. Presque tous ces malades laissaient aller sous eux ; on peut donc avancer, comme un fait constant, que dans les paralysies générales avec aliénation mentale, il y a conservation de l'irritabilité et de la contractilité musculaires. Il se rencontrera sans doute des faits où ces propriétés se manifesteront, quoiqu'il n'y ait pas encore de signes d'aliénation, mais il ne faut pas perdre de vue qu'il existe dans cette maladie trois ordres de symptômes, que, par conséquent, la sensibilité et la motilité peuvent être seules atteintes, et l'intelligence n'être altérée que longtemps après. M. Delasiauve nous a rapporté l'exemple remarquable d'un individu qni resta deux ans à l'hôpital, présentant seulement les signes propres à la paralysie générale, puis les symptômes caractéristiques de la folie apparurent en 24 heures. Enfin, il peut survenir dans les paralysies des aliénés des paralysies progressives qui seront liées à la maladie de la moelle épinière. Relativement au siége de la paralysie générale, il nous est impossible d'admettre qu'il puisse être constamment localisé dans les centres nerveux. Il y a pour nous, d'après l'observation, des paralysies générales qui sont sous la dépendance de la moelle épinière, d'autres du grand sympathique ; quelques-unes qui sont périphériques, plusieurs qui ne se lient à aucune lésion appréciable des centres nerveux ; un certain nombre qui dépendent de la maladie du cervcau. Nous avons insisté sur cès différences dans unc lettre adrcssée à M. le docteur Verga, rédacteur de la Gazette médicolombarde, et qui a paru dans ce journal.

En définitive, on peut donc considérer comme un fait établi dans la science, qu'il existe deux grandes divisions de la paralysie générale, dont l'une, celle des paralytiques aliénés, conserve à tous les degrés l'irritabilité et la contractilité musculaires, tandis que l'autre, celle des paralysies sans aliénation, voit ces deux propriétés s'altérer, s'affaiblir, se perdre à mesure que l'altération fait des progrès.

La paralysie générale progressive des aliénés présente à son tour deux variétés, la première, beaucoup plus nombreuse, est celle qui frappe les individus dans la force de l'âge, et dont le principal désordre intellectuel est caractérisé par la folie ambitieuse, l'exagération du moi ; la seconde plus limitée, atteint particulièrement les individus avancés en âge, et offre pour troubles intellectuels les symptômes de la démence, et spécialement l'affaiblissement et la perte de la mémoire.

Le siége de la paralysie générale ne doit pas être localisé comme il l'a été jusqu'alors ; ce grand désordre fonctionnel peut dépendre de lésions fort diverses du système nerveux dont toutes les parties nous paraissent solidaires.

(Union médicale.)

EMPLoI DU xoUsso coNTRE LE ToENIA, A L'HôPITAL DU KING's coLLEGE; par le Dr BUDD. - Nous avons déjà fait connaître les premiers essais du Dr Budd, dans notre cahier de juin, p. 559; l'article suivant confirmant pleinement les premiers résultats obtenus, nous le communiquons à nos lecteurs envers lesquels nous avions, du reste, pris l'engagement de publier la suite des expériences du Dr Budd.

Le kousso, autrement dit le Brayera anthelmintica parce que c'est le Dr Brayer, qui le premier a fait connaître en Europe les vertus de cette plante, qui croît en Abyssinie, est classé parmi les rosacées ; cette plante atteint la hauteur d'un chêne,et porte de forts bouquets de très-petites fleurs d'un gris pâle ou rose. Les fleurs sont employées par les habitants de l'Abyssinie contre le tœnia, maladie qui est commune dans ce pays. Le kousso est parvenu au docteur Budd, sous forme de poudre brune, ressemblant à du jalap, ayant l'odeur de la scammonée, faiblement amère au goût, et un peu nauséabonde.

On ne peut se procurer cette substance que chez M. Boggio pharmacien, 15, rue Neuve-des-Petits-Champs à Paris, qui demande40 francs pour chaque dose de 4 1l2

drachmes, renfermés dans un flacon bien bouché (1). Neuf doses ont été administrées à neuf malades, affectés du ver solitaire, par MM. les docteurs Marshall-Hall, Todd et Budd. — Chez tous ces malades le ver a été tué et expulsé. Le médicament a été donné le matin, avant le déjeuner, moment le plus favorable, car alors l'intestin grêle où se trouve le ver est moins rempli, le tœnia plus à découvert, et plus exposé à l'action de l'anthelmintique. On a laissé infuser la poudre pendant 10 minutes, dans 5l4 de pinte d'eau chaude. Cette infusion, après avoir été agitée, a été administrée en une seule fois. Un des malades du Dr Todd était unc femme avancée dans sa grossesse, elle rendit à peu près la moitié de la dose, l'autre moitié qui resta dans l'estomac suffit pour tuer le ver. Les deux autres patients auxquels ce médecin avait donné le kousso, n'éprouvèrent que quelques maux de tête, etc. Le docteur Budd fait toujours prendre, la veille, à ses malades une poudre de Sedlitz ou une dose d'huile de ricin, afin de vider les intestins et d'exposer le ver solitaire à toute l'action du remède. C'est une précaution qu'il faut toujours prendre lorsqu'on veut donner des remèdes contre le toenia. lladministre, après l'ingestion du kousso, de l'huile de ricin, pour expulser le tœnia. Il faut agir de même après l'emploi de la térébenthine, qui irrite les reins lorsqu'on la laisse séjourner dans les intestins. La nommée Sarah Wheeler, une de ses malades, qui avait employé différents remèdes contre le tœnia, n'était jamais parvenue à s'en débarrasser complétement; c'est le kousso, qu'elle a pris le 11 avril, qui l'a entièrement guérie, car depuis cette époque elle n'a plus ressenti aucun des symptômes produits par le tœnia. Le D" Budd cite encore un cas curieux dans lequel le tœnia résista à tous les moyens, - le malade rendit plusieurs aunes de ce ver, à la suite du choléra. — Le kousso le débarrassa totalement de ce parasite. Dans tous les cas où le kousso a été prescrit à l'hôpital, la tête du tœnia ou l'anneau de la tête a été recueilli, ce qui fait supposer que l'animal a été tué. Ce médicament est actif ; dans un seul cas, le malade fut deux jours à expulser le ver solitaire;- chez tous les autres malades, l'expulsion eut lieu le même jour, et

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chez plusieurs 5 à 4 heures après avoir pris le médicament. Le résultat de son expérience est que le kousso est un remède actif et sûr contre le tœnia. (The Lancet, 29 juin 1850.)

DE L'oxYDE D'ARGENT coMME AGENT ExPULsIF DU vER soLITAIRE ; par M. H.-T. WHITTELL.—Vu le haut prix du kousso, comme remède spécifique contre le tœnia, le docteur Whittell a cherché à remplacer cette substance par l'oxyde d'argent, qu'il a administré à la dose d'un grain, trois fois le jour, avec une once de mixture contenant six drachmes de bitartrate de potasse par 112 pinte.A la quatrième dose de ce remède, les deux malades auxquels il l'avait ordonné évacuèrent des masses de vers solitaires morts.— Ce médecin ne prétend rien conclure de ces deux observations ; seulement il engage les praticiens à ne pas oublier, dans des cas semblables, de faire l'essai d'une substance qui a produit de pareils résultats.

(The Lancet, 29 juin 1850.)

GARGARIsME PoUR LE TRAITEMENT DEs ANGINEs. — M. le docteur Fleury, chirurgien de première classe de la marine, a communiqué à la Société de médecine pratique de Paris la formule d'un gargarisme qui s'est montré efficace dans plus de 500 cas d'angines de nature variée, et qui est universellement employé depuis plus d'un siècle par les créoles de l'île de France.

Voici la formule de ce gargarisme :

2| Moutarde commune . . . 25 gram. Sel de cuisine . . . . . . 5 — Vinaigre ordinaire. . . .. 10 Eau chaude ou froide . .. 192 Filtrez.

BLENNoRRHAGIE cHRoNIQUE TRAITÉE PAR LEs INJECTIoNs DE sTRYcHNINE. — M. Johnson, de Baltimore, ayant obtenu de nombreux succès des applications locales d'une solution de nitrale de strychnine dans l'ophthalmie catarrhale chronique, pensa que le même remède pouvait être employé dans le catarrhe uréthral, et en effet il se trouva parfaitement bien de son administration. Toutes les fois que l'écoulement n'est point dû à un rétrécissement, il y ajoute l'usage intérieur de la noix vomique, du sulfate de

quinine et de la jusquiame, de la manière SuiVante :

Strychnine . . . . . . . . 2 grains Acide nitrique concentré . . 4 gouttes. Eau. .. . . . . . . . . , 2 onces

Faites une solution ; injectez trois gros trois fois chaque jour après avoir uriné.

Extrait de noix vomique. . .. 12 grains. Sulfate de quinine . . . . . 24 Extrait de jusquiame . . . . 24 Mêlez et faites vingt-quatre pilules

Deux pilules doivent être prises une heure avant chaque repas. Il est nécessaire de se borner à une légère alimentation, et d'éviter les mets salés et épicés. (Journal de méd. et de chir. prat.)

CAs D'ÉCLAMPsIE PUERPÉRALE ; ADMINIsTRATIoN DE L'AMMoNIAQUE LIQUIDE A L'INTÉRIEUR, par le docteur RENÉ VANOYE. Le 8 juillet 1850, vers deux heures de relevée, je fus invité par une accoucheuse à me rendre chez le nommé Louis Nan Nevel, demeurant à cinq kilomètres de chez moi, pour assister sa femme en mal d'enfant, et prise, me disait-on, d'hémorrhagie utérine et d'autres accidents. A mon arrivée, l'accouchement était terminé, mais la femme se trouvait dans un état si grave que je crus son existence très-sérieusement menaeée. Comme j'ai néanmoins été assez heureux pour la sauver, et que je crois devoir attribuer mon succès à un traitement spécial, dont la plupart des auteurs ne font pas mention, et qui pourtant me semble mériter d'être mis à l'épreuve, j'ai cru faire chose utile en faisant connaître cette observation. Je la rapporterai avec tous les détails que j'ai pu recueillir.

La femme Van Nevel, Sophie Vantyghem, âgée de 27 ans, est primipare. Elle est d'une constitution moyenne et a toujours joui d'une excellente santé ; devenue enceinte, celle-ci s'est maintenue jusque vers la moitié de sa grossesse ; à partir de cette époque de légers accidents sont survenus. Les pieds et les jambes ont commencé à s'enfler, la respiration est devenue moins facile, les selles, régulières jusque-là, ont été retardées et une certaine difficulté a accompagné la miction. Ces symptômes pour lesquels on n'a pas jugé nécessaire de consulter un médecin, loin cependant d'augmenter à mesure que le terme de la grossesse approchait, semblèrent diminuer au contraire, de manière que, peu avant l'accouchement, la jeune femme, à part un peu de malaise et l'œdème des extrémités inférieures, n'avait qu'à se féliciter de sa santé.

Ce fut le 8 juillet, à une heure du matin, que les premières douleurs de l'enfantement se firent sentir. Elles marchèrent convenablement et n'offrirent rien de particulier. A 8 heures, la sage-femme fut appelée ; elle trouva Sophie Vantyghem dans un état satisfaisant et constata une bonne position de la tête et une dilatation du col utérin, suffisante pour pouvoir espérer une délivrance prompte et heureuse. ll n'en fut point ainsi. A 10 heures, une légère hémorrhagie se déclara sans cause connue et fut bientôt suivie de quelques légers mouvements convulsifs, dont la sage femme ne comprit point l'importance. L'écoulement de sang, assez peu abondant, se répéta de loin en loin, mais une heure et demie environ plus tard, un accès convulsif beaucoup plus prononcé se manifesta et dura à peu près 10 minutes. La sage-femme , n'ayant jamais vu pareil accident, n'en fut nullement effrayée et se fia à l'expulsion du fœtus qui ne pouvait tarder à se faire. Son espoir fut trompé. A midi et demi une nouvelle hémorrhagie survient et immédiatement après, un accès convulsif si intense que cette fois tous les assistants furent saisis d'effroi. Il fut décidé que je serais appelé. Entre temps la femme perdit abondamment du sang, se plaignit de faiblesse et de fatigue, demanda à dormir, ce qu'on lui refusa. A deux heures elle mit au monde un enfant vivant, du sexe masculin, bien conformé et offrant tous les attributs de la viabilité. Peu d'instants après l'expulsion du fœtus, une nouvelle perte sanguine eut lieu et fut suivie d'une seconde beaucoup plus copieuse. Alarmée au dernier des points, la sage-femme procéda à l'extraction du placenta qui n'offrit pas la moindre difficulté. Nonobstant, un quart d'heure plus tard, il s'écoula une énorme quantité de sang et la femme fut prise immédiatement de nouvelles convulsions,lplus intenses et plus prolongées que toutes celles qui avaient eu lieu jusqu'alors. Un quart d'heure environ après leur cessation, j'arrivai et pus constater ce qui suit : L'accouchée extrêmement affaiblie se trouvait dans un état de somnolence presque comateux ; sa figure était pâle, livide, son air étonné et son intelligence presque entièrement abolie. Le pouls était petit, plutôt lent que rapide; les pupilles dilatées et la peau offrait une moiteur sensible. Mon premier soin fut d'examiner la matrice qui, à ce qu'on me dit, continuait à être le siége d'hémorrhagies fréquentes. Après avoir cherché à en réveiller les contractions, j'y plongeai la main pour en extraire de volumineux caillots qui s'y trouvaient ; en ce moment la femme eut une légère syncope,

au sortir de laquelle elle me reconnut et me parla; mais peu d'instants après, il survint un nouvel accès éclamptique, qui fut des plus terribles. Tout le corps se jeta brusquement et par des mouvements de totalité de l'un côté à l'autre, s'agita par des secousses violentes, puis se raidit; la téte se balança et devint peu à peu immobile en se penchant sur l'épaule gauche; la face se gonfla et prit une teinte livide, tous les muscles se contractèrent convulsivement ; les yeux, après avoir roulé dans leur orbite, devinrent fixes, les pupilles se dilatèrent outre mesure; la bouche, assez fortement déviée à gauche, s'ouvrit irrégulièrement, puis se ferma et se couvrit d'écume; la respiration, devenue saccadée et ronflante, sembla par moment comme interrompue, il s'établit une raideur tétanique générale. Peu de minutes après, ces symptômes s'effacèrent graduellement et firent place à un état soporeux , d'où la malade put cependant encore être tirée. A quel traitement convenait-il de recourir pour combattre cette affection formidable ? Evidemment en présence de la faiblesse toujours croissante, extrême, et de l'hémorrhagie utérine qui n'avait pas encore entièrement cessé, il n'y avait pas à songer à des évacuations sanguines. Des applications froides avaient été faites sur la tête, je les fis continuer et ordonnai des sinapismes chauds sur les extrémités inférieures et sur les seins, qui étaient flasques et ne contenaient que très-peu de colostrum. N'ayant à la main que de la teinture de seigle ergoté et de cannelle, j'administrai quelques doses de la première et fis faire avec la seconde des frictions sur le ventre pour favoriser la contraction convenable de l'utérus, qui offrait toujours de la tendance à se laisser distendre par de nouvelles masses de sang. Malgré ces remèdes, et après une heure environ d'intervalle, un accès plus grave se manifesta et dura plus d'un quart d'heure; je fis prendre du musc et une potion éthéree. En attendant qu'on apportât la médecine, les révulsifs furent entretenus ; mais sans autre effet que la cessation de l'hémorrhagie utérine. Quant aux accès éclamptiques, ils se renouvelèrent régulièrement d'heure en heure, et loin de diminuer, augmentèrent en intensité et en durée. Lorsque je pus enfin administrer les médicaments, la malade paraissait à toute extrémité. Nous parvînmes cependant à lui faire avaler un grain de musc dans une cuillerée de la mixture stimulante. Il lui fut donné de celle-ci une pareille dose tous les quarts d'heure et un grain de musc toutes les heures. Le soir je trouvai l'hémorrhagie suspendue , la matrice contractée, le pouls un tant soit peu relevé ; mais les convulsions poursuivaient leur cours. La malade était plongée pendant les intervalles de celles-ci dans un coma profond, d'où il n'était plus possible de la tirer. Heureusement en écartant légèrement les mâchoires, et en laissant couler doucement un peu de liquide dans la bouche, elle avalait assez bien.Je profitai de cette circonstance pour faire un essai thérapeutique que tout l'insuccès des remèdes employés jusque-là, et la fin très-probablement prochaine de la malade, me semblaient justifier. Il m'était venu en mémoire que des accoucheurs hollandais avaient obtenu, en pareil cas, un excellent effet de l'emploi interne de l'ammoniaque liquide. Je la prescrivis comme suit :

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A prendre toutes les demi-heures une cuillerée. Le lendemain matin, on vint me dire que la malade vivait encore, que la sagefemme était parvenue à lui faire prendre assez régulièrement sa médecine, mais que son état était toujours le même, sauf que les accès étaient un peu moins fréquents et qu'il était survenu de la fièvre. A ma visite je trouvai, en effet, la femme Van Nevel toujours plongée dans le même sommeil comateux, mais menacée de congestion vers l'encéphale. La tête était chaude, la face bleue; le pouls lent et sort, comme si aucune perte sanguine n'avait eu lieu. Ces circonstances me décidèrent, malgré la résistance des assistants, à pratiquer une petite saignée ; mais à peine le sang eût-il coulé quelques instants qu'un accès éclamptique, plus terrible que tous les précédents, survint. Nous crûmes un instant que la malade était morte. Elle revint cependant. La veine, dont le sang avait spontanément cessé de couler, fut fermée aussitôt; des frictions stimulantes furent énergiquement faites sur la moitié inférieure du corps et quelques grains de calomel furent donnés tout en continuant la mixture ammoniacale. Un lavement fut prescrit, mais non donné, parce qu'on s'était aperçu que la malade avait fait une selle abondante pendant l'accès. On s'était assuré aussi que les urines coulaient convenablement. A partir du midi de ce jour, on constata une diminution dans l'intensité et la durée des accès. Ils ne tardèrent pas non plus à être séparés par des intervalles plus longs. La malade donna quelques signes laissant voir que ses facultés sensoriales n'étaient

plus entièrement abolies. (Même traitement.) Le lendemain matin, la femme Van Ncvel reste toujours endormie, privée de connaissance ; mais les accès éclamptiques ne sont plus survenus depuis 10 heures du soir de la veille. Les seins sont moins flasques, et les lochies se montrent. Les urines coulent toujours dans le lit. (Continuation des sinapismes, etc., ainsi que de la mixture ammoniacale, mais à doses plus éloignées. - L'enfant sera mis au sein plusieurs fois dans la journée). Le jeudi, 11 juillet, l'amélioration continue. La malade ouvre de temps en temps les yeux, mais pour les refermer aussitôt. Elle boit facilement. Une légère réaction fébrile survient le soir. (Calomel gr. viii. — Suspension de l'ammoniaque. On continue à mettre l'enfant au sein). Ce n'est que le vendredi 12, que la ma

· lade revient pour la première fois à elle.

Elle a complétement perdu la mémoire et parait très-étonnée de tout ce qui l'entoure. On ménage ses impressions et on lui donne quelques cuillerées de petit-lait. Le lendemain et jours suivants, l'amélioration est de plus en plus sensible. La sécrétion laiteuse s'établit, mais le lait est peu abondant. La malade reconnaît ceux qui l'entourent, et exprime à diverses reprises son étonnement de ne rien savoir des circonstances de sa délivrance. Elle demande à manger; des aliments appropriés sont accordés et on administre pendant quelques jours une petite dose d'huile de ricin pour obvier à la constipation. A partir de la seconde semaine des couches, les forces reprennent très-rapidement. La femme Van Nevel continue à allaiter son enfant. En rapportant cette observation, j'ai eu simplement pour but d'appeler l'attention des praticiens sur un traitement dont ies bons résultats ont déjà été signalés par le docteur Koning , d'Utrccht. L'action de l'ammoniaque dans les cas de convulsions puerpérales peut être rapprochée de celle que produit le même médicament administré, par quelques empiriques, dans certains cas d'apoplexie cérébrale. (Annales de la société médicale d'Emulation de la Flandre occidentale.)

BICHRoMATE DE PoTAssE coNTRE LEs PLAQUES MUQUEUSES ET LEs vÉGÉTATIoNs sYPH1LITIQUEs. — M. Puche, médecin de l'hôpital des Vénériens, annonce avoir réussi très-rapidement à faire disparaître les plaques muqueuses, en les touchant avec une solution saturée de bichromate de potasse.

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