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avait tellement agacé l'urèthre, qu'il y éprouvait des douleurs continuelles , et qu'au lieu de dormir pendant la nuit, il criait à empêcher toute la maison de reposer. Je le fis voir à M. Récamier, qui fut d'avis qu'il s'agissait d'une névralgie vésicale; et, comme tous les moyens connus, sauf l'électricité, avaient été employés, nous le soumîmes aux courants galvaniques. J'employai, comme dans l'opération précédente, l'appareil de Clarck. Je lui fis placer, au périnée, la boule que j'ai décrite tout à l'heure, puis je promenai sur tout le bas-ventre, au-devant de la vessie de préférence, la plaque conductrice attachée au fil opposé. —J'ai obtenu, je ne dirai point une guérison complète ; mais, au bout de huit ou dix séances mon malade était tellement soulagé qu'il abandonna tout remède. Retombé un peu plus tard dans l'état maladif antérieur , l'électricité, employée de la même manière eut encore un succès égal. Je n'ai point revu le malade depuis. OBs. XI. Sciatique, électro-puncture, insuccès. — M", de Soissons, gagna, à la suite de chasse au marais et de refroidissement, une sciatique qu'il fit longtemps traiter par le médecin de sa famille. Ennuyé de ne trouver aucun changement à sa position, las de n'éprouver aucune amélioration de tous les remèdes employés, il arriva à Paris. J'usai d'abord et des vésicatoires et de la méthode endermique, mais je n'obtins aucun soulagement. C'est alors que j'appelai à mon aide M. Récamier, qui proposa l'électro-puncture. J'ai placé l'une des aiguilles au tronc sciatique, et j'ai promené l'autre sur les différents filets du nerf sciatique. Je me servis encore de la pile à auge, j'ai poussé neuf courants jusqu'à la force de vingt-cinq couples, et au bout de trente séances de vingt minutes, j'ai abandonné ce moyen, parce que je n'avais obtenu aucune amélioration. OBs. XII. Tremblement sénile; insuccès. — Deux ou trois fois déjà, j'avais essayé des courants électriques sur cette maladie des vieillards, qu'on appelle tremblement sénile. Je me disais : les nerfs n'ont plus assez de force; en les tonifiant par les courants galvaniques, je vais, sans doute, arriver à un bon résultat.J'avais été trompé dans mon attente. Dernièrement se présente à la consultation de M. Récamier, un homme de 54 ans, atteint d'un tremblement sénile anticipé, et je crus l'occasion favorable de faire une nouvelle expérience; j'employai l'appareil de Clarck, je mis d'abord dans les deux mains du malade des cylindres de cuivre communiquant aux conducteurs ; le tremblement n'en fut que

plus exagéré; je promenai les plaques le

long de la colonne vertébrale, je n'obtins

aucune amélioration.
( La fin au prochain No.)

DE LA TnÉRAPEUTIQUE DU CRoUP; par M. le professeur TROUSSEAU (1).—Avant de traiter le croup, il faut être bien fixé sur le résultat de l'expcctation dans cette maladie. Or, l'observation démontre que sur cinquante individus atteints d'angine maligne, il n'en guérit pas un seul quand le mal est abandonné à lui-même. On doit dès lors établir ce point capital, qu'en présence d'une affcction qui ne pardonne pas, une médication, quelle qu'elle soit, ne saurait avoir de pires effets que l'expectation, et par conséquent qu'il est du devoir de l'homme de l'art de tout tenter pour mettre une chance en faveur de la guérison. Ceci posé, voyons, a dit M. Trousseau, ce qu'on peut essayer de mieux dans ce but.

En 1828, le curé d'un village que ce médecin visitait pendant le cours d'une épidémie d'angines malignes, lui dit quc tous les habitants de sa paroisse qui étaient pris du mal de gorge, succombaient, excepté ceux traités par la mère Tessier. Il ajoutait que lui aussi en avait guéri quelques-uns. M. Trousseau s'assura du fait. La mère Tessier était l'aubergiste chez laquelle il était descendu; il la vit, causa médecine, et apprit qu'elle traitait les malades comme on traitait les porcs quand ils avaient le chancre ou le muguet, c'est-à-dire avec du miel et de l'alun. Elle ne guérissait pas tout le monde, mais elle en guérissait beaucoup. Elle avait guéri , entre autres, ses enfants d'une diphthérite labiale. La mère Tessier faisait donc, sans s'en douter, ce que faisait Arétée de Cappadoce; seulement Arétée insufflait l'alun, au lieu de l'incorporer dans du miel. Quant au curé, il se servait d'esprit de sel ou acide chlorhydrique fumant, encore un remède très-employé dans la médecine des animaux domestiques. Il avait guéri, à l'aide de cet agent, une petite fille en douze cautérisations. C'était, comme on sait, cet esprit de sel que préconisaient, dans les mêmes circonstances , Boerhaave, Van Swieten et Marteau de Granvillers. Mais depuis que Home avait obscurci la question en faisant du croup une maladie distincte de l'angine maligne, on y avait renoncé, et c'est à M. Bretonneau qu'on doit sa réintégration dans la thérapeutique du croup. Cet éminent praticien a imité les anciens, qui ne faisaient contre cette maladie que de la médecine topique. Et, en ef

(!) Voir dans notre cahier précédent, page 551, ses Considérations pratiques sur le croup.

fet, en voyant ces fausses membranes qui vont envahir les canaux aériens, que voulez-vous, dit M. Trousseau, que fassent les émissions sanguines et, en général, toutes les médications indirectes ? Est-ce qu'elles empêcheront la surface d'un vésicatoire de se couvrir de pellicules diphthéritiques ? Non. Eh bien ! raisonnez par analogie, et concevez que, bien qu'il y ait là une phlegmasie, cette phlegmasie a des caractères spécifiques en vertu desquels se sécrète non du mucus, mais une fausse membrane de nature essentiellement envahissante. Dans ce cas, si vous agissez avec le nitrate d'argent, l'acide chlorhydrique ou l'alun, l'action est directe, et bien autrement efficace. Donc, c'est à la médication topique qu'il faut avoir recours de la manière la plus énergique. Pour cautériser l'arrière-gorge avec la solution de nitrate d'argent ou l'acide chlorhydrique, il est indispensable de s'armer d'une baleine très-rigide, parce qu'au moment où vous voulez pénétrer dans le pharynx , la contraction des muscles de la langue et du voile du palais oppose une vive résistance à vos efforts. De plus, cette baleine doit être recourbée à angle droit à son extrémité. Voici d'ailleurs comment on peut la préparer. On prend une baguette de fusil , de pistolet, de corset, ou, ce qui vaut mieux encore, une baleine de parapluie dans sa partie la plus forte; on en arrondit les angles avec un couteau ; ensuite, pour la courber, on la fait chauffer à la flamme d'une bougie , et quand elle frit , on la courbe à angle droit à un pouce de son extrémité. Plongée dans l'eau, elle refroidit et conserve sa forme. Cela fait, on pratique une encochure à l'extrémité, et on fixe dessus une éponge avec un fil et de la cire. Une fois l'instrument fabriqué, vous abaissez la langue avec une cuiller ; puis, tenant votre baleine chargée du liquide caustique, vous l'introduisez horizontalement, hardiment et résolûment. Que se passe-t-il alors ? L'éponge relève l'épiglotte, et les muscles du pharynx se contractant sur l'éponge, le liquide est exprimé et va se mettre en contact avec les ligaments aryténo-épiglottiques. ll y a seulement, à cet instant, un accès de suffocation qui se comprend; mais, après deux ou trois minutes, il ne reste plus rien de cet orage. La cautérisation ainsi faite n'est pas difsicile. On la répète trois fois par jour les premiers jours, puis deux fois, puis une fois, jusqu'à ce qu'on n'aperçoive plus de fausses membranes. M. Trousseau préfère l'acide chlorhydrique fumant au nitrate d'argent, dont la saveur est des plus désagréables; mais celui-ci n'est pas moins avan

tageux, surtout lorsqu'on se sert de la s0lution au quart. Quel que soit d'ailleurs le caustique auquel on ait recours, il faut lui donner des auxiliaires. On emploiera, comme adjuvant, l'alun d'Arétée. Vous pourrez l'insuffler avec une tige de sureau ou de roseau, ou bien avec des plumes d'oie. Vous chargez votre tube de cinquante centigrammes à un gramme d'alun, vous abaissez la langue, et vous soufflez. S'il y en a trop, peu importe. Lorsqu'on est sur les lieux, on peut faire cette opération plusieurs fois par jour; sinon les parents se chargent de ce soin, ou bien on fait porter l'alun sur les parties malades par l'enfant lui-même. A cet ellel, M. Trousseau prescrit :

Alun. . . . .. 10 à 15 grammes. Miel . . . . . 40 grammes.

Il fait donner, toutes les heures, une cuillerée à café de cet électuaire, qui va forcément toucher les parties malades; car, pour avaler, il faut que les amygdales se touchent; que le pharynx se serre et se moule sur le bol : il est donc matériellement impossible d'obtenir un contact plus exact et plus général.Aussi est-ce la meilleure manière d'administrer l'alun quand l'enfant veut bien se décider à le prendre ainsi.

Un autre élément de la médication topique est le calomel. Indépendamment de l'action qu'on lui attribue sur la crase du sang, et sur les sécrétions muqueuses de la bouche et du pharynx, il exerce une in° fluence locale qu'on ne saurait nier. Prenez, par exemple, une diphthérite cutanée; vous la guérissez en vous bornant à lasaupoudro avec du calomel et du sucre. Eh bien! il n'est pas moins avantageux d'employer co agent dans l'angine maligne. On peut très bien prescrire l'électuaire suivant :

Calomel. . . . .. 1 gramme;

Miel . . . . . . 40 grammes; et donner, une heure, une cuillerée à calé de ce mélange ; l'autre heure, une cuillerée à café de l'électuaire aluminé, et ainsi de suite alternativement. Il y a ici seulement un inconvénient : c'est que, pendant l'hiver, le calomel peut produire la stomatite mrrcurielle, qui est périlleuse. Il convient donc d'administrer ce médicament avec beaucoup de réserve, et s'il paraît nuisible, de s'entenir à l'alun qu'on peut donner impunément. On a vanté depuis huit ans le sulfate de cuivre comme spécifique. M. Trousseau ne voit dans cette substance qu'un agent de substitution qu'on peut conserver à ce titre, mais qui n'est pas supérieur aux précédenls. Quant aux vomitifs en général, ils n'ont, suivant ce médecin, aucune puissance pour

arrêter l'extension de la fausse membrane. comme preuves à l'appui, une décoction A cet égard, ils sont d'une efficacité aussi aqueuse de couenne et des couennes consernulle que les saignées et les sangsues. Ce- vées depuis 1842 par son procédé dans l'eau pendant ils peuvent être utiles dans le trai- éthérée. tement du croup ; mais c'est quand la mé- Ce principe immédiat, ajoute-t-il, qui, thode substitutive est restée insuffisantc, et hors du corps vivant, contribue à la formaque le mal a gagné les cananx aériens. Dans tion, dans le sang, de pseudo-membranes ce cas, les efforts de vomissement peuvent si compactes et si remarquables, ne doit se faciliter l'expulsion des fausses membranes. trouver dans le fluide nourricier d'un homVoilà le seul rôle dévolu au vomitif. Comme me à la diète que dans des circonstances moyen de s'opposer à la propagation de la assez exceptionnelles pour caractériser un diphthérite, M. Trousseau le répète, le vo- état que nous appellerons inflammatoire ou mitif n'a aucunement la propriété qu'on lui phlegmasique. L'existence, dans le sang suppose. Il en est ainsi du vésicatoire, qui d'un homme à la diète, du principe qui possède en outre l'immense inconvénient donne par ébullition de la gélatine, sera le d'offrir un nouveau champ aux fausses signe physique de l'élément phlegmasique membranes, et de constituer quelque chose ou infiammatoire. Dans aucune maladie, il de sort gênant, s'il faut en venir à l'ouver- ne se révèle avec plus de netteté que dans ture de la trachée. le rhumatisme articulaire aigu. (Journ. de méd. et de chirurg. prat.) Mais ce n'est pas à dire pour cela que l'élément phlegmasique soit isolé et indépendant de tout autre élément morbide iniCoNsIDÉRATIoNs sUR LA PATHoGÉNIE ET LA tial dans le rhumatisme articulaire. Ainsi THÉRAPEUTIQUE DU RHUMATIsME ARTIcULAIRE que l'a rappelé M. Martin-Solon, les maniAIGU ET sUR LA coUENNE INFLAMMAToIRE; par festations de l'élément rhumatismal peuvent, M. BOUCHARDAT. — Il existe dans la à différentes périodes de la vie d'un rhumamaladie qu'on désigne communément sous tisant, se montrer parfaitement isolées. Ce le nom de rhumatisme articulaire aigu, des qu'il importerait donc, ce serait de pouvoir éléments morbides très-distincts qui peu- préciser, par des expériences, l'influence : vent exister simultanément ou isolément, des divers éléments morbides sur la marche qui peuvent alternativement dominer ou et la terminaison des phlegmasies; c'est ce être amoindris. Dans certaines conditions que M. Bouchardat a cherché à faire pour du rhumatisme articulaire aigu, l'élément le rhumatisme articulaire. phlegmasique se révèle par des signes in- Voici comment il s'exprime sur ce sujet : contestables. L'un des plus importants est On peut donc, dans le rhumatisme comme l'existence de la couenne inflammatoire. dans une autre maladie inflammatoire, séC'est sur l'importance de ce caractère que parer, peser l'élément phlegmasique existant M. Bouchardat appelle l'attention de l'Aca- dans la couenne inflammatoire fournie par démie. le sang. Mais comment pourrait-on caractéLa couenne inflammatoire renferme trois riser l'élément rhumatique ? Doit-on désiprincipes immédiats, suivant M. Bouchar- gner sous ce nom une matière qu'on puisse dat : 1° une matière identique avec l'albu- inoculer et peser, ou un état particulier de mine pure qui se dissout dans de l'eau certains organes ? Pour la forme la plus oracidulée à un millième et qu'il désigne sous dinaire du rhumatisme articulaire aigu, le nom d'albuminose; 2° une substance in- c'est à cette dernière opinion qu'il faut s'arsoluble dans cette eau acidulée, présentant rêter. une grande analogie avec la substance ca- Adoptant ce résultat de l'observation, que ractéristique de l'épiderme et des produc- le rhumatisme articulaire aigu, comme la tions épidermiques ; 5° enfin la matière qui, pneumonie et comme d'autres maladies aipar son ébullition dans l'eau, fournit de la guës des membranes, peut être déterminé gélatine; c'est elle qui caractérise la couenne par un refroidissement subit, M. Boucharinflammatoire, qui la différencie de la fi- dat se pose cette question : Quel peut être brine, qui ne renferme que les deux pre- l'effet sur l'économie vivante d'un refroidismières substances, et qui lui donne une sement subit ? grande importance pathologique. Des sécrétions ou générales ou partielles, M. Bouchardat rapporte une série d'ex- parmi lesquelles il faut placer en première périences qui lui paraissent ne devoir lais- ligne celle des différentes parties de la peau, ser aucun doute sur l'existence, dans la peuvent être immédiatement supprimées ou couenne inflammatoire du rhumatisme arti- modifiées par un refroidissement subit. Les culaire aigu, du principe qui, par son ébul- éléments principaux ou caractéristiques de lition dans l'eau, donne naissance à la gé- l'exhalation cutanée, peuvent se développer lati11e. Il met sous les yeux de l'Académie, anormalement dans d'autres tissus ou sur

d'autres membranes, ou seulement ne pas se produire. Ces innombrables appareils qui fonctionnent continuellement dans l'économie vivante, et dont les sécrétions, alternativement acides ou alcalines, nous révèlent l'existence, peuvent être considérées comme des piles dont les pôles peuvent se renverser sous l'influence d'une vive perturbation ou seulement cesser momentanément leur action régulière. On comprend alors sans peine comment certaines membranes, qui sont continuellement lubréfiées par des liquides alcalins, peuvent se trouver en contact avec des liquides dont l'acidité ne dépasse pas celle de la sueur ou celle même du tissu musculaire. Eh bien! à la température du corps de l'homme, cette modification, qui paraît n'avoir aucune importance, suffit cependant pour que les tissus qui donnent, à l'ébullition , de la gélatine, soient profondément modifiés. J'ai, en effet, établi que des membranes étaient pour ainsi dire dissoutes à la température de +-58 degrés, lorsqu'on les plongeait dans de l'eau n'ayant pas une réaction acide aussi grande que celle de la sueur. Suivant les constitutions individuelles, ces perversions de sécrétions pourront se produire habituellement chez le même individu , soit dans les membranes des articulations, soit dans celles de l'appareil respiratoire, et le refroidissement alors donnera lieu, suivant les conditions, soit au rhumatisme articulaire, soit à une pleuro-pneumonie ; et ce seront ces conditions spéciales, cet état particulier, qui constituera ce que nous nommons l'élément rhumatique. Examinant ensuite les cas où l'élément rhumatique, parfaitement distinct, comme on vient de le voir, de l'élément inflammatoire, peut se trouver compliqué d'un ou de plusieurs autres éléments morbides, M. Bouchardat cherche à déterminer à quels signes on peut distinguer l'élément goutteux, par exemple, de l'élément rhumatique. Le caractère de l'élément goutteux, pour lui, sera un excès d'acide urique dans l'économie, qui se révèle souvent par la présence de concrétions spéciales dont la nature chimique et la pathologie sont faciles à déterminer, et qui se révèle aussi par l'efficacité d'un traitement bien dirigé. La deuxième partie de l'argumentation de M. Bouchardat est relative à la valeur comparée des principaux traitements préconisés pour combattre le rhumatisme articulaire aigu. Voici en quels termes il résume son jugement sur chacune des principales méthodes en usage : EMIssIoNs sANGUINEs. — On comprend sans peine combien les émissions sanguines pourront être utiles dans une maladie qui

est surtout caractérisée par la présence dans le sang d'un principe organique qui lui communique des propriétés plastiques si prononcées, que la formation de fausses membranes doit être aussi facile que le jeu régulier des fonctions doit se trouver entravé. Toutes choses égales d'ailleurs, les larges saignées , répétées à de courts intervalles, devront être beaucoup plus efficaces que de faibles émissions sanguines. Mais ce qui paraît moins solidement établi, c'est : 1° la parfaite innocuité pour l'avenir des malades, de ces larges saignées répétées à de courts intervalles ; 2° leur utilité pour s'opposer aux graves complications qui menacent un malade atteint fortement de rhumatisme articulaire. SULFATE DE QUININE. Le sulfate de quinine, administré contre le rhumatisme articulaire aigu , est un grand et puissant remède qui, bien manié, peut être aussi efficace qu'aucune autre méthode thérapeutique ; mais son administration n'est pas aussi facile qu'on serait tenté de le croire. A doses altérantes , son utilité n'a jamais paru évidente ; à doses élevées, l'influence toxique du sulfate de quinine ne saurait aujourd'hui être mise en doute. Pour administrer le sulfate de quinine avec sécurité et efficacité contre le rhumatisme articulaire aigu, voici les règles et les précautions qu'il conviendrait d'adopter. La dose doit être assez élevée pour produire un trouble passager dans l'économie vivante, et ne pas atteindre les limites où il y a un danger réel à courir. De 1 à 2 grammes dans les vingt-quatre heures, voilà la quantité qui convient le plus généralement à un homme adulte. Il faut fractionner avec soin les doses et surveiller attentivement, à l'aide du réactif des alcalis végétaux, si la quinine est régulièrement et convenablement éliminée par l'appareil urinaire. La préparation qui doit être préférée est le sulfate soluble, mais sans acide en excès. Le sulfate de quinine, convenablement administré, abrége la durée et diminue l'intensité des douleurs du rhumatisme articulaire aigu. Est-il aussi efficace pour prévenir les complications ? On manque de doeuments suffisants pour résoudre cette question. DIGITALE. SCILLE. - CoLCHIQUE. La digitale, la scille et le colchique modifient la marche du rhumatisme en causant une vive perturbation dans l'économie, et particulièrement dans l'appareil circulatoire; mais comme leur supériorité n'est pas encore démontrée, comme leur administration est beaucoup plus difficile à régler que celle du sulfate de quinine, parce que ou leurs préparations ne sont pas uniformes, ou leur élimination ne peut être régulièrement suivie, etc., nous n'en dirons pas davantage. NITRATE DE PoTAssE. — Le nitrate de potasse, convenablement administré, est, comme M. Martin-Solon l'a établi, d'une incontestable utilité dans le rhumatisme articulaire. Dans quelles conditions et à quelle dose le nitre est-il un poison pour l'homme ? quelles sont les précautions qui doivent diriger son administration à haute dose? ll résulte des expériences et des observations rapportées par M. Orfila, et de mes recherches propres, que la présence, dans le sang d'un homme, du nitrate de potasse en quantité suffisante (de 20 à 50 grammes), peut déterminer la mort. Cependant l'expérience démontre qu'on a pu utilement et sans aucun danger, administrer 40 et même 60 grammes et plus de nitrate de potasse à un rhumatisant dans les vingt-quatre heures. Mais trois conditions sont nécessaires pour que la sécurité soit complète : la première, que le sel soit dissous dans une grande quantité d'eau (2 ou 5 litres); la seconde, que les doses soient également réparties dans les vingt-quatre heures; la troisième, que l'appareil sécréteur de l'urine fonctionne bien, et que le nitrate de potasse soit facilement éliminé de l'économie : ce qui revient à dire qu'il n'en faut pas plus de 20 grammes à la fois dans l'appareil circulatoire. TARTRE sTIBIÉ. — (Au point de vue de la tolérance) est-il vrai que, dans certaines conditions morbides, l'économie animale puisse supporter sans danger des doses êlevées de médicaments énergiques qui, dans d'autres circonstances, pourraient déterminer des accidents?Les expériences des contre-stimulistes à cet égard , ont été mal exécutées et plus mal interprétées. Quand on fait prendre à un malade une substance énergique, si on veut agir avec vigueur, il faut déterminer avec soin les conditions de l'absorption et de l'élimination ; il faut, en un mot, connaître la quantité qui peut, dans un moment donné, exister impunément à l'état soluble dans la circulation. Il se peut qu'un rhumatisant puisse supporter dans la circulation, sans accident, de plus grandes doses de nitrate de potasse, de tartre stibié, qu'un homme en santé; mais aucune expérience précise ne le démontre, et c'est un ordre de recherches entièremcnt neuf, malgré les affirmations de l'école italienne. OPIACÉs. - Pour certains sujets, les opiacés constituent un ordre de moyens très-utiles pour combattre la douleur, et ils peuvent avoir une influence heureuse sur

la marche de la maladie; on peut même arriver vite à en faire supporter à un rhumatisant des doses assez élevées. Cependant il ne faut pas insister trop longtemps sur leur usage, pour ne déterminer aucun dérangement durable du côté de l'appareil de la nutrition.

VÉsIcAToIREs. — Les grands vésicatoires, appliqués sur les articulations, paraissent, théoriquement surtout, efficaces dans le rhumatisme articulaire aigu, lorsqu'on peut remplir ces deux indications : 1° les appliquer à l'époque la plus rapprochée possible du début de la maladie; 2° leur donner une étendue et une activité suffisantes pour que la révulsion soit proportionnelle au mal que l'on veut combattre.

(Abeille médicale.)

DU DIAGNosTIC DIFFÉRENTIEL DES DIVERSEs EsPÈcEs DE PARALYsIEs GÉNÉRALEs, A L'AIDE DE LA GALvANIsATIoN LocALisÉE; par M. A. BRIERRE DE BOISMONT. — La paralysie générale des aliénés si bien décrite par MM. Bayle et Calmeil paraissait avoir définitivement pris place dans le cadre nosologique, lorsque les travaux de MM. Baillarger et Lunier sont venus jeter le doute dans les esprits, en établissant que la paralysie générale était une affection indépendante du désordre de l'esprit, qu'elle pouvait exister seule, et que le plus ordinairement elle se montrait la première dans les cas d'aliénation. Tout en reconnaissant qu'il fallait faire deux divisions de la paralysie générale des aliénés dont l'une, plus nombreuse et réellement caractéristique, comprendrait les paralytiques avec délire ambitieux, ou portant sur l'exagération du moi, et l'autre, beaucoup plus restreinte, renfermerait les paralytiques avec démence simple; j'ai soutenu avec MM. Calmeil, Foville, Parchappe, Bayle, etc., que la paralysie générale des aliénés, par ses symptômes, sa marche, ses causes, sa nature, l'âge et le sexe des individus qu'elle attaquait, n'en constituait pas moins une maladie spéciale. Désirant élucider cette question, j'ai entrepris une série de recherches de concert avec mon ami, le docteur Duchenne, de Boulogne, et je n'ai pas tardé à acquérir la conviction qu'il y avait eu de singulières confusions sur ce sujet.Un premier résultat, auquel nous ont conduits nos expériences à l'aide de la galvanisation localisée, c'est qu'il y a deux espèces de paralysie générale, qui doivent différer complétement par leur nature et leur siége.

La première espèce de ces paralysies générales progressives sans aliénation a pour

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