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constances viennent à exagérer la formation de l'ammoniaque dans l'air atmosphérique, l'aliment permanent de notre respiration, nous nous trouvons intoxiqués, particulièrement si, comme on doit le présumer, il est accompagné d'hydrogène sulfuré ou d'hydrogène carburé; mais il participe vraisemblablement de l'un et de l'autre. Parmi les circonstances qui donnent une prodigieuse activité au développement de ce gaz délétère, nous mentionnerons : les travaux en remblai des fortifications, des chemins de fer et des constructions de canaux ; les extractions de la vase des étangs; les dépôts spontanés des alluvions à la suite des inondations qui n'agissent que localement et le retrait des niveaux d'eau dans le sein de la terre, à la suite des longues sècheresses, qui produit des effets en grand, c'est-à-dire sur un ou plusieurs pays. Le deuxième fait dont je veux entretenir mes collègues et que la chimie a constaté, c'est la formation de l'acide nitrique par les orages; ceux-ci déterminent, comme on sait, la combinaison chimique de l'azote de l'air atmosphérique avec son oxygène. Quand l'étincelle électrique passe au travers d'une certaine quantité d'air, de petites portions des deux gaz se combinent chimiquement, de manière qu'il se forme un peu d'acide nitrique. Un éclair est simplement une forte étincelle électrique; aussi chaque éclair produit dans son passage à travers l'atmosphère une quantité d'acide très-appréciable. Dans les régions où les orages sont fréquents, il doit se produire de cette manière une masse considérable d'acide nitrique. La pluie dans laquelle on l'a fréquemment trouvé l'absorbe et le ramène à la surface du sol. Nous le répétons, ces deux faits sont importants au point de vue de l'étiologie des épidémies qui revêtent un caractère grave ou pernicieux et à celui de l'hygiène comme enseignement prophylactique. En effet, que sont autre chose les miasmes paludéens, que le gaz ammoniacal carburé ou hydrogène sulfuré (1)? Ici gît une hypothèse, mais une hypothèse indispensable dans l'état actuel de la science, et si vraisemblable qu'elle touche logiquement à la vérité. L'avenir en décidera. L'auteur de la nature, en nous donnant le bienfait des pluies orageuses avec la formation d'acide nitrique, n'a-t-il eu en vue que de répandre ce bienfait au profit de la végétation? je ne puis le croire. Il est pour moi impossible de ne point voir dans ce fait, le neutralisant de l'ammoniaque et un large enseignement préservateur des fléaux qui déciment si fréquemment les populations. N'est-ce pas aux grandes chaleurs avec sécheresse et à l'absence des pluies orageuses que la basse Égypte doit si souvent la présence de la peste, après les pluies abyssiniennes qui inondent et fertilisent ce beau pays.

à l'éclairage, devrait être opéré dans des eaux aiguisées d'un acide minéral pour être utilisées ensuite par les cultivateurs.

(1) Ne se présente-t-il pas ici un rapport frappant d'analogie entre les miasmes paludéens et ceux dégagés par des sujets atteints de maladie contagieuse, formant des foyers d'infection ? On sait avec quel succès le chlore et l'acide nitrique gazeux ont été employés

our 11eutraliser ces derniers.

Que nos cultivateurs imitent avec confiance cette sage et intelligente nature en donnant des acides minéraux très-dilués à leurs terrains en exploitations, et les fléaux épidémiques disparaîtront. Je saisis cette occasion pour dire quelques mots sur la durée de l'intoxication ammoniacale ou miasmatique paludéenne, car je considère ces expressions comme synonymes. Une partie des ouvriers tailleurs de pierres de Féluy, d'Arquennes et d'Écaussinnes se rendent au printemps en Hollande pour y faire leur campagne. Souvent après les sécheresses de l'été ils prennent la fièvre intermittente, dont ils guérissent par le traitement ou par le retour dans leurs foyers. S'ils éprouvent un état vague de maladie, pris sur la terre étrangère où après leur retour, état presque insaisissable par le diagnostic, tous les moyens échouent malgré le retour au milieu de l'air natal pour obtenir la guérison, et cet état ne finit que par des accès de fièvre périodique dont les fébrifuges triomphent alors plus ou moins facilement. Lors de la construction du canal de Charleroy à Bruxelles, la majeure partie des habitants des deux rives furent successivement atteints de pyrexies intermittentes. La famille de l'auteur paya, en 1852, un large tribut à ce fléau ; tandis que lui qui, par état, menait une vie pour ainsi dire cosmopolite (qu'on lui en passe l'expression), n'en fut atteint qu'en 1856, après plus de trois ans de navigation sur ce canal; c'est-à-dire, lorsque les miasmes délétères, suite de ces travaux, avaient disparu ainsi que leurs effets depuis deux ans. Ce fait s'accomplit par la prise sur les lieux d'une vie sédentaire. M. X. dirigea comme entrepreneur les travaux de ce canal. Il se livrait à une vie active, visitant les travaux, tantôt en en suivant les contours, tantôt en parcourant une ligne droite pour inspecter plus promptement le lieu où sa présence était nécessaire, et s'éloignant ainsi du grand foyer d'infection; d'autres fois les affaires de la compagnie l'appelaient à Bruxelles, à Charleroy, à Mons, etc., etc. Eh bien, il fut exempt de l'affection intermittente jusqu'à la fin de 1856. Au mois de mai, de juin, de juillet et d'août, M. l'entrepreneur éprouva des malaises vagues, de mauvaises digestions, des douleurs pleurodyniques, etc. Au commencement de septembre je le vis et lui prédis une pyrexie intermittente plus ou moins prochaine, laquelle éclata quelques mois après sous forme de bronchite intermittente. Ai-je besoin de dire qu'il fut rendu immédiatement à la santé. Ces faits paraîtront exceptionnels à quelques-uns de nos collègues, cependant, je les connais fréquents et ils prouvent que cette intoxication est souvent longtemps à s'éliminer ; et considérés au point de vue du choléra asiatique ils élucident la question des cas sporadiques survenus en 1850. Entrons maintenant dans un autre ordre de faits qui prouveront que l'infection miasmatique-paludéenne si l'on veut, mais que je nomme plus volontiers ammoniacale, se traduit dans l'économie vivante par une série de maladies diverses. Les travaux de terrassement du canal de Charleroy commencèrent en mai 1827 et finirent en septembre 1852. Le printemps et l'été de 1828-29 furent déjà marqués à Feluy et dans ses environs par des fièvres intermittentes comme suite de ces travaux. Sur la fin de l'automne de cette dernière année, la fièvre périodique fit place au typhus épidémique qui cessa au printemps suivant, pour laisser cours de nouveau aux pyrexies intermittentes pendant la belle saison de 1830. L'hiver de 1830 à 1831 fut remarquable par le développement d'un typhus varioleux grave où l'on vit se produire le caractère ataxique. Cette affection disparut à son tour au printemps de 1831 pour faire place encore une bonne fois aux maladies intermittentes. Ces dernières cessèrent encore pendant l'automne, et l'hiver de 1831-32 nous présenta le règne d'une violente scarlatine de mauvais caractère. Pendant ces années toutes les autres affections pathologiques étaient empreintes d'un cachet spécial de nature nerveuse. On observa cependant en dehors de l'année du cours du typhus épidémique, quelques typhus sporadiques où des gastro-entérites revêtissant les formes ataxiques. ll se présenta même un cas de l'interminable fièvre lente d'Huxham. Les bords du canal de Charleroy que j'habite furent atteints cà et là au commencement du printemps de 1849, de pyrexies intermittentes qui firent place successivement aux cholérines et à quelques cas du fléau épidémique. Les maladies de l'automne de cette année, rares à la vérité, à moins de donner ce nom à de légères affections pour lesquelles nos robustes campagnards ne vont guère chez le docteur, furent marquées par des symptômes nerveux, tels que vive sensibilité, sentiment de faiblesse, trouble inexprimable de la région épigastrique, irrégularité de la circulation et fréquemment intermittence du pouls. Aussi la fin de l'automne et l'hiver présentèrent des cas de varioles des plus malignes, des varioloïdes vraies, d'un caractère ataxique non équivoque. Le printemps de 1850 nous ramena encore quelques cas de pyrexies intermittentes dans certaines localités voisines et dans d'autres de vrais typhus sporadiques.J'observai même au printemps un érysipèle gangréneux : ces faits confirment encore la longue durée de l'intoxication. Un sujet que je connais particulièrement éprouva, pendant la période des chaleurs que nous venons de parcourir, ces troubles de l'estomac, de la circulation, de la lassitude : cet état céda immédiatement après les dernières pluies diluviennes. Conclusions. — Les fièvres intermittentes, le typhus, les phlegmasies ataxiques ou gangréneuses comme le choléra asiatique, ont leur source dans l'intoxication ammoniacale ou miasmatique paludéenne. La peste, la fièvre jaune, comme les épidémies de dyssenterie, ont la même origine. Les effets de l'intoxication durent plusieurs années sans être éliminés par la chimie vivante de l'économie animale. Le choléra est peut-être le maximum de cette infection. Ce poison est dû particulièrement aux longues sécheresses ou à la rareté des pluies orageuses. Les pluies accompagnées de fortes décharges électriques y mettent fin en formant de l'acide nitrique dans l'air atmosphérique. Serait-ce pousser trop loin nos espérances que de considérer l'emploi sur le sol des acides minéraux très-dilués, comme le préservatif le plus certain de tous ces fléaux qui nous déciment alternativement !

Et notamment l'emploi de l'acide hydrochlorique qui est à si bon marché et dont l'agriculture retirerait des bénéfices usuriers.

RECHERCHES HISTORIQUES sUR LA MÉDECINE ET EN PARTICULIER sUR LEs FIÈvREs; par J. F. DoUvILLÉ, Docteur en médecine à Laneuville-Roy, membre correspond. de la Société, etc. (Suite et fin. V. notre cahier d'octobre, p.500.)

Le professeur Broussais, avons-nous dit, considère toutes les fièvres comme symptomatiques d'une gastro-entérite, et nie, par conséquent l'existence de celles admises comme primitives ou essentielles. Cette proposition nous paraît trop exclusive; et bientôt nous en donnerons les motifs. La plupart des causes qui leur donnent naissance, objecte-t-on, agissent sur l'économie tout entière; donc il doit en résulter un effet général. Les prodromes d'un grand nombre d'entre elles décèlent réellement une maladie de tous les systèmes. Et à l'appui de cette opinion, on dit : voyez comme toutes les fonctions sont troublées, sans que l'on puisse prouver, voici tel organe, voilà telle partie uniquement et essentiellement lésée. Puis on nous fait voir l'accélération et la force des pulsations artérielles, la calorification augmentée, l'altération des traits, les différentes attitudes du malade, ce malaise indéfinissable, cette langueur des facultés intellectuelles et sensitives, ce trouble des fonctions des appareils digestif et respiratoire, la suspension, l'exaspération et la dépravation des sécréteurs et des excréteurs. Tous ces phénomènes morbides ne prouvent-ils pas surabondamment que l'affection est universelle, et qu'il serait insensé de les attribuer à tel organe plutôt qu'à tel autre. Quand bien même la fièvre affecterait une partie circonscrite, on ne pourrait pas pour cela en conclure que ce point constitue le foyer morbifique unique, puisque le principe contagieux de la variole, de la rougeole et de la scarlatine lui-même attaque d'abord toute l'économie pour se rejeter ensuite sur la surface cutanée.Voici assurément de sérieuses objections en faveur de l'existence de l'essentialilé des fièvres, et cependant on ne peut admettre de semblables propositions ainsi formulées; car en examinant attentivement un fébricitant, on ne tarde pas à s'apercevoir, au moins dans l'immense majorité des cas et au bout de quelques jours, qu'un organe est plus spécialement affecté ; les exanthèmes cutanés que nous venons de citer, ne font pas exception à cette règle. La variole fomentée par un levain dont nous ne connaissons pas l'origine débute et a pour prodromes une irritation plus ou moins intense de la partie supérieure de la muqueuse digestive; et les deux autres ont pour invasion une bronchite souvent fort bien caractérisée et qui parfois persiste, même après la disparition de la phlegmasie de la peau. C'est toujours l'organe primitivement lésé, lésion excitée, par je ne sais quoi, qui tient aux causes occultes, qui a éveillé tous les phénomènes sympathiques et secondaires offerts à l'observation.

Pendant le cours d'une seule et même fièvre, rien d'extraordinaire qu'un organe, aujourd'hui fortement surexcité, décharge son excès de superstimulation sur une autre partie, et cela par la voie des sympathies qu'il met en jeu, et que celle-ci finisse même par s'approprier la plus grande dose d'irritation et même la dose entière. Mais alors la maladie change de siége et les symptômes propres qu'elle fait naître la font de nouveau reconnaître. Rien ne doit surprendre non plus, si dans le cours d'une longue pratique, on ne rencontre pas deux groupes de symptômes absolument semblables. Ces différences tiennent, comme chacun le sait, à ce que les organes, dont les signes morbides expriment la douleur ne sont pas ou presque pas affectés au même degré; et, de ce que la susceptibilité de chaque sujet présente des variétés infinies.Au reste, lorsque l'on a à combattre l'affection principale de la partie souffrante, et que néanmoins la fièvre persiste et poursuit la marche qui lui est propre, c'est qu'alors il existe deux ou un plus grand nombre de foyers phlegmasiques qu'il n'a pas toujours été au pouvoir de l'art de juguler. La crise qui souvent termine les fièvres est un mouvement spontané de tout le corps, fort bien; mais il est excité par l'organe souffrant. L'essence de ces maladies n'est pas seulement dans les solides, mais encore dans les fluides. Avouons plutôt que nous n'en savons rien.Lorsque vous dites que les fièvres graves réclament un traitement général et que vous vous fondez sur cela pour les considérer comme idiopathiques, vous avancez une assertion purement gratuite, puisque tous les jours vous appliquez cette thérapeutique à des maladies reconnues essentiellement locales. Et si les moyens locaux, non précédés d'une médication générale, près le siége du mal, l'accroissent dans certains cas, cela tient à des considérations tout à fait indépendantes de la nature des fièvres, et qui peuvent s'appliquer à toute autre maladie que vous avouez être bien et clairement localisée. De ce qu'un état pathologique est survenu tout à coup, a persisté un certain nombre de jours et a cessé insensiblement ou brusquement, on ne peut pour cela en inférer qu'aucun organe en particulier n'ait été atteint, ou que tous aient souffert en même temps. Ici évidemment, a existé une irritation locale, qui fort souvent s'est dérobée à l'œil de l'observateur. Est-ce à dire, toutefois, que toutes les fièvres sont symptomatiques d'une phlegmasie des voies digestives? oh ! non, et la suite fera voir les raisons qui s'opposent à l'adoption de cette proposition que l'expérience journalière repousse.

Une douleur fugistive, mobile, une faible altération des sécrétions d'un ou de plusieurs organes, ne constituent pas une phlegmasie; et nul n'a une pareille prétention. Mais d'un autre côté, on ne peut nier que la rougeur de la langue, la soif, la chaleur âcre de la peau, la sensibilité épigastrique ne soient les signes de la gastrite. Si ces symptômes ne décelaient pas cette phlegmasie, qu'indiqueraient-ils alors ? Sans affirmer que toujours quelques exanthèmes cutanés, un vaste abcès, une brûlure profonde ou étendue, une fracture compliquée ou comminutive, un panaris, etc., donnent naissance à la gastro-entérite ; au moins, est-il constant que souvent ces maladies la déterminent. De ce que l'on observe tous les symptômes de la synoque, par exem

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