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sant point à la cause qui est l'embarras gastrique et qui entretient toujours l'engorgement pulmonaire, les effets n'en persistent pas moins. Dans l'année 1754, Tissot remarqua que tous ceux qui eurent la péripneumonie bilieuse et chez lesquels la saignée fut réitérée, périrent; plus on tirait de sang et plus la fréquence et la faiblesse du pouls devenaient prononcées, le poumon s'engorgeait enfin en totalité. Après chaque saignée la respiration devenait plus difficile, le cerveau s'affectait et le malade dépérissait. Si le lecteur nous a compris, pour nous comme du reste pour tous les physiologistes, la phlegmasie est le résultat d'un accroissement local de l'attraction du parenchyme pour le sang; ce fluide ne possède point cette force. La congestion est due à la dilatation des capillaires. Les saignées remplissent admirablement l'indication dans ce cas. Dans la phlogose il faut s'adresser, après l'emploi des émissions sanguines, à l'émétique qui rompt l'attraction du parenchyme pour le sang. Nous avons pris la pneumonie pour type, parce que c'est l'inflammation la plus commune de notre climat. Cette théorie s'applique à toutes les phlogoses des autres organes, et l'on y est autorisé à employer les saignées et l'émétique à haute dose. Si ce traitement ne réussit pas toujours dans les pleurésies, les méningites, etc., c'est que ces affections sont très-souvent de nature rhumatismale, dont nous ne connaissons que les effets. Les suppurations de longue durée seules peuvent être considérées comme des phlegmasies chroniques. Dans les autres cas, l'attraction du parenchyme pour le sang a été combattue, mais ses produits restent ; l'exsudation, le plasma du sang qui s'est infiltré dans les éléments histologiques des organes, peut se convertir en fibrine, en graisse, en kyste, ou bien augmenter la masse du parenchyme et produire ainsi l'hypertrophie. De là, dans ces circonstances, l'emploi et parfois les heureux effets des médicaments qui ont la réputation d'être altérants.

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LETTRES SUR LA SYPHILIS, par le écrites, et pour lesquelles je réclame tous les bénéfices de la forme épistolaire, c'estDocteur RICORD. à-dire la liberté du genre et la spontanéité

de la pensée.Aussi, ce que je n'aurai pas dit dans ma précédente lettre, je le dirai DEUXIÈME LETTRE. sans façon dans celle qui suivra, sans un

trop religieux respect du plan , de la méJe n'écris pas un ouvrage didactique ; thode et des autres artifices de composition j'en aurais bien le désir, mais , vous le sa- ailleurs si utiles. vez, je n'en ai pas à cette heure le pouvoir. Ainsi, pour que ma première lettre fût Je vous adresse des Lettres familièrement complète dans la rapide indication des es

sais tcntés dans la voie de l'expérimentation, j'aurais dû ne pas omettre de rappeler le fait des tentatives d'inoculation de la syphilis de l'homme aux animaux. Soit pour se soustraire aux inconvénients qui pouvaient résulter de l'inoculation pratiquée sur l'homme lui-même, soit pour résoudre le curieux problème de la transmission de la syphilis aux espèces animales, Hunter et Turnbull avaient déjà tenté, mais vainement, cette inoculation de l'homme aux animaux. J'avais répété toutes ces expériences, et j'étais arrivé aux mêmes résultats négatifs. Cependant, dans ces derniers temps, un jeune et laborieux confrère , M. Auzias-Turenne, a repris ces expériences, il les a variées, il a employé d'autrcs procédés que ceux qui étaient connus, et il a cru être arrivé à la démonstration expérimentale de la transmissibilité de la syphilis de l'homme à certaines espèces animales. J'ai dû, dès lors, reprendre ces expériences, et je me suis convaincu de nouveau que la syphilis n'était pas décidément communiquable aux animaux, et que les faits invoqués par M. Auzias étaient illusoires. M. Cullerier, à l'hôpital de Lourcine, a étudié ce sujet avec beaucoup de soin, et est arrivé aux mêmes conclusions que moi. Mon collègue, M. Vidal (de Cassis), a expérimenté à son tour, et ses résultats, je crois, ne diffèrent pas des Iniens. L'observation directe, l'expérimentation sur le malade lui-même, étaient donc les seules ressources auxquelles je pusse avoir recours; à elles seules aussi je résolus de m'adresser. Il fallait d'abord chercher une source sûre à laquelle je pus aller puiser la cause vers la recherche de laquelle je voulais diriger toutes mes investigations. ll ne s'agissait plus de se fier aux récits des malades ; il fallait aussi éviter les objections justement opposées aux expériences de Hunter, d'Harrisson, aux faits rapportés par Bell, aux expérimentations de Hernandez, et, pour cela, je cherchai d'abord à bien constater l'état des tissus auxquels j'allais emprunter la cause réputée spécifique. Il ne pouvait plus me suffire, en effet, que, comme le disait autrefois Petronius, une femme fût réputée gâtée; il ne s'agissait plus de prendre au hasard une sécrétion morbide venant des organes génitaux de la femme et d'en fairc, selon l'expression pittoresque d'Alexander Benedictus, une teinture vénérienne répandant une couleur uniforme sur tous les accidents qui pouvaient en résulter. Non, les tendances scientifiques des esprits de mon temps et les exigences de ma propre raison me commandaient l'emploi d'une méthode plus

probante et de procédés plus rigoureux. Je ne veux pas m'appesantir sur la facilité avec laquelle on concluait des effets à la cause. Mais qui pourrait n'être pas surpris que dans une question comme celle des maladies vénériennes , où l'ignorance et la fraude, selon les expressions de Hunter, sont des causes si fréquentes d'erreur, que dans une maladie, qui après tout et presque toujours est une preuve flagrante d'immoralité, les observateurs, même les plus judicieux, s'en rapportent si souvent au dire des malades et invoquent sans cesse la considération morale du témoignage. Le témoignage ! mais, en pareille matière, est-il rien de plus décevant ? et surtout à l'égard des femmes !.... Que je vous en cite deux petits exemples où vous verrez un observateur des plus rigoureux pris au piége du témoignage féminin. Babington veut détruire cette loi posée par Hunter, que lorsqu'il n'y a ni pus ni sécrétion puriforme, la maladie ne peut être communiquée; de sorte que l'infection n'est point possible avant l'apparition d'une gonorrhée, ou après la cicatrisation d'un chancre. « Cette conclusion n'est pas sans dangers, s'écrie Babington, comme on peut le voir par les faits suivants qui sont loin d'être rares. » Une femme mariée fut prise des symptômes ordinaires de la gonorrhée, ce qui la surprit beaucoup, car son mari était exempt de toute maladie. Toutefois le mari ayant été questionné, avoua qu'il avait eu commerce avec une femme suspecte, huit jours environ avant que la femme se sentit malade, mais il affirma positivement qu'il n'avait eu aucun écoulement ni aucune sensation morbide, et certainement alors il n'offrait aucun signe de maladie. Au bout de quatre jours, c'est-à-dire à peu près une quinzaine après le commerce impur, et une semaine après l'époque où il avait dû communiquer la maladie à sa femme, il se manifesta chez lui un écoulement gonorrhéique. » Un voyageur s'exposa aux chances d'une infection syphilitique, et arriva chez lui au bout de trois jours. Quatre jours environ après son arrivée, sa femme fut atteinte de gonorrhée; ce ne fut que dix jours après l'infection qu'il s'aperçut, pour la première fois, d'un écoulement, et qu'il fut pris des autres symptômes de gonorrhée. » (John Hunter, OEuvres complètes, tome II, page 167; notes de Babington, traduction de M. Richelot.) Si, en présence de faits semblables, Babington eût cherché, non pas à obtenir des aveux plus complets (il est des aveux que les femmes ne font jamais, même, comme je n'ai eu que trop d'occasions de le voir, sons l'imminence des plus graves dangers), mais à s'assurer par une inspection sérieuse du véritable état des choses, il aurait certainement vu que, dans ces cas, la cause infectante n'était pas dans les organes génilaux de ces candides maris. Il n'était donc plus possible de penser à fonder une vérité pathologique quelconque, en fait de syphilis, sur la moralité du témoignage des malades; je n'avais plus confiance aux doctrines et aux faits basés sur des récits de cette nature. Il fallait s'éloigner des mystères de l'alcôve pour mettre au grand jour de l'expérimentation la cause que je voulais trouver. Cette cause, où devais-je d'abord la chercher ? A sa source méme, c'est-à-dire dans les organes génitaux de la femme, dans leurs parties externes, comme dans leurs replis les plus profonds. L'occasion était pour moi propice. L'hôpital du Midi recevait alors dans ses salles les malheureuses créatures que le dispensaire y envoyait. lci, vous me permettrez de rappeler, mon cher ami, qu'avant mon entrée à l'hôpital du Midi, la manière d'examiner une femme consistait à la faire asseoir sur le bord d'une chaise, à écarter les organes génitaux externes, et si on ne trouvait là aucune lésion de tissu , toute sécrétion morbide venant de plus haut était banalement rapportée à un écoulement blennorrhagique; à l'anneau vulvaire mes prédécesseurs semblaient avoir placé les colonnes d'Hercule du chancre. Je ne pouvais ni ne devais me contenter de cet examen superficiel et incomplet. Nous n'étions pas éloigné de l'époque où M. Récamier avait si heureusement exhumé le speculum de l'armamentarium chirurgical. On sait les belles applications que ce praticien célèbre en fit au diagnostic des maladies de l'utérus. Mais cet instrument précieux n'avait pas encore servi au diagnostic des maladies syphilitiques ; son emploi, même dans ces cas, paraissait et était réputé être une contre-indication.Je ne tins pas compte de cette opinion trèsrépandue. Je généralisai, au contraire, l'emploi du speculum sur toutes les femmes du service. Je ne sais si la postérité partagera l'opinion de l'un de mes savants critiques qui réduit à peu, à bien peu de chose ce qu'il m'a été donné de fairc en syphilopathie. Cependant, mon cher ami, quand je me ouviens des obscurités profondes qui enveloppaient le diagnostic des maladies syphilitiques avant I'application du speculum,

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quand je compare les embarras des praticiens de cette époque pour fixer leur opinion à la facilité vraiment merveilleuse des praticiens actuels pour poser un diagnostic irrécusable; quand se représente à ma pensée le souvenir de tous les services que le speculum a déjà rendus à cette partie de la pratique , je crois qu'alors même que là se bornerait ma participation au progrès, je crois, dis-je, que cette opinion pourra paraître un peu sévère. L'emploi du speculum me permit d'examiner avec le plus grand soin toutes les surfaces vénériennement affectées, et de constater avec précision l'état des tissus qui fournissaient les sécrétions. Ces conditions établies, je dus étudier tous les accidents réputés vénériens, et comparativement d'autres sécrétions morbides. Je commençai par la blennorrhagie. Vous comprenez, mon cher ami, que je dois supposer parfaitement connu de mes lecteurs, l'état de la question concernant la blennorrhagie à l'époque où j'entrepris mes expériences. Encore une fois, je n'écris pas ici des volumes avec historique complet, mais une simple et rapide exposition des faits qui me sont propres. Je cherchai à résoudre par l'expérimentation ce problème déjà diversement résolu par l'observation que vous savez : La blennorrhagie reconnaît-elle une cause spécifique ? Hunter avait appris que le pus du chancre inoculé produit le chancre. Si la blennorrhagie reconnaît une cause spécifique, me disais-je, le muco-pus qu'elle sécrète venant à être inoculé, produira sans doute des phénomènes semblables à ceux que produit l'inoculation du pus chancreux. Mais pour bien préciser le résultat, pour l'isoler de toute complication et le soustraire à toute cause d'erreur, je dus d'abord inoculer le muco-pus provenant de blennorrhagies parfaitement simples, je dus puiser ce muco-pus sur des tissus complétement exempts de toute ulcération, et vous voyez combien l'emploi du speculum me fut précieux ; sans lui ces expériences n'étaient pas possibles. Or, ces premières expériences faites en grand nombre, longtemps continuées avec persévérance, me conduisirent à ce premier résultat fondamental que je formule ici en proposition : PR0P0SITION : ToUTEs LEs FoIs QUE LE MUco-PUs A ÉTÉ EMPRUNTÉ A UNE MUQUEUSE NoN ULCÉRÉE, LEs RÉsULTATs DE L'INoCULATIoN oNT ÉTÉ NÉGATIFs. Tous les expérimentateurs qui m'ont

suivi dans cette voie sont arrivés à la même conclusion, et cela quelle qu'ait été la période de la blennorrhagie où l'expérimentation a été faite. Aussi, est-ce avec une grande surprise que j'ai lu dans votre journal le passage suivant, où M. Vidal , dans ses lettres sur les inoculations syphilitiques, reproche à l'inoculation d'être restée le plus souvent impuissante à l'endroit de la blennorrhrgie : « En effet, dit mon savant collègue, un » élève interne distingué, M. Bigot, a tenté, sous les yeux de M. Puche, médecin de l'hôpital du Midi, soixante-huit inoculations avec du muco-pus uréthral, et ces soixante-huit inoculations ont été sans aucune espèce de résultat! » Je m'étonne de l'étonnement de M. Vidal ; ces soixantc-huit inoculations négatives sont entièrement conformes aux faits que j'avais précédemmcnt avancés ; elles confirment et corroborent mon opinion sur la rareté de la blennorrhagie syphilitique; et lorsque mon contradicteur vous demande: « Croyez» vous que sur ces soixante-huit blennor» rhagies, aucune n'était avec virus, au» cune ne portait le germe d'une vérole ? " Répondez-lui hardiment : non, et précisément parce que l'inoculation a été négative. Un dialecticien aussi habile, un logicicn aussi sévère que M. Vidal ne pourra pas s'empêcher de reconnaître que les résultats de l'expérimentation sur quelque sujet qu'elle s'exerce, sont toujours ou positifs, ou négatifs, mais que, scientifiquement, les résultats négatifs n'ont pas moins de valeur que les résultats positifs. L'inoculation du vaccin ne donne lieu à aucun phénomène sur des sujets qui ont déjà eu la variole, est-ce que ce résultat négatif est sans importance et sans conséquence ?

Mais, dans l'espèce, nous verrons bientôt combien ces résultats négatifs de l'expérimentation ont pris de valeur et de force par les résultats positifs de l'inoculation. Je signale en passant une première objection qui trouvera plus tard sa réfutation complète. Des syphilographes ont pensé avec Hunter que la blennorrhagie était une forme de la syphilis propre aux membranes muqueuses.Je me borne, pour le moment, à faire remarquer que les expériences précédemment indiquées ruinent de fond en comble cette opinion ; nous verrons plus tard que le pus virulent du chancre porté sur une muqueuse y produit parfaitement le chancre.

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Des expériences indiquées je tirai cette conclusion :

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La conclusion qui tcrmine ma dernière lettre : — La blennorrhagie dont le mucopus inoculé ne donne lieu à aucun résultat, ne reconnait pas pour vause le virus syphilitique, — cette conclusion, déduite de faits irréfragables, replace l'histoire de la blennorrhagie au même point où elle nous a été transmise par le Lévitique. Vieille comme l'homme, plus vieille que lui, car les animaux , créés avant lui, sont sujets à la blennorrhagie et ne le sont pas à la vérole, cette maladie, à son état de simplicité, n'a rien de commun avec l'infection syphilitique. En dépit de ceux qui, depuis Paracelse, Bethencourt et Fallope, ont voulu faire de la blennorrhagie, non symptomatique du chancre, une maladie nouvelle, identique à la syphilis, les recherches que j'ai faites , corroborant les descriptions si précises d'Alexander Benedictus et de Cataneus , ont donné aux doctrines de Balfour, de Tode et de Duncan la valeur ct la solidité que Bell leur aurait données lui-même, s'il eût pu comme nous le pouvons aujourd'hui, expliquer les faits prétendus exceptionnels. Mais la blennorrhagie, de la manière que je l'entends, absolument étrangère à la syphilis dans ses causes, dans sa forme, dans ses conséquences, tient-elle à un virus particulier? ll ne répugnerait pas d'admettre une cause spéciale, pouvant spécifiquemcnt et constamment produire la blennorrhagie et ses conséquences. Rien n'est plus propre, en effet, à déterminer une blennorrhagie que le muco pus fourni par certaines muqueuses enflammées. Mais lorsqu'on remonte de la manière la plus rigoureuse et par l'observation la plus sévère aux causes déterminantes des blennorrhagies les mieux caractérisées, on est forcé de voir et de convenir que le virus

blennorrhagique fait le plus ordinairement défaut. Rien de plus commun que de trouver des femmes qui ont communiqué des blennorrhagies des plus intenses, des plus persistantes, aux conséquences blennorrhagiques les plus variées et les plus graves, et qui n'étaient affectées que de catarrhes utérins quelquefois à peine purulents. Dans d'autres cas, le flux menstruel paraît avoir été la seule cause de la maladie communiquée. Dans un grand nombre de cas, enfin, on ne trouve rien, ou de simples écarts de régime, des fatigues, des excès dans les rapports sexuels, l'usage de certaines boissons, — la bière, — de certains aliments, — les asperges. — De là cette fréquence dans la croyance des malades, croyance très-souvent légitime, qu'ils tiennent leur chaude-pisse d'une femme parfaitement saine. Sur ce point, je connais assurément toutes les causes d'erreur, et j'ai la prétentention de dire que personne plus que moi ne se tient en garde contre les fraudes de tout genre semées sur les pas de l'observateur ; mais c'est avec connaissance de cause que je soutiens cette proposition :

PROPOSITION.

FRÉQUEMMENT LES FEMMES D0NNENT LA BLENNoRRHAGIE sANs L'AvoIR.

La blennorrhagie, telle que quelques personnes s'obstinent à la comprendre, e'est-à-dire comme conséquence d'une contagion, est aussi rare chez la femme que eommune chez l'homme. Je ne crois pas trop m'avancer en disant que les femmes donnent vingt chaude-pisses contre une qu'on leur rend. Et cela se comprend, car les femmes, si sujettes aux écoulements des organes génitaux qu'on ne saurait rattacher aux causes syphilitiques, sont la source la plus fréquente des écoulements chez l'homme, qu'on ne saurait considérer chez eux comme un effet de la contagion.

ll m'a été impossible de prendre au sérieux la doctrine de mon savant collègue M. Cazenave, qui reconnaît très-bien que beaucoup de femmes, sous l'influence de catarrhes utéro-vaginaux chroniques, peuvent avoir des relations sexuelles sans rien rommuniquer, pourvu qu'elles ne soient pas échauffées au taux de la virulence, qu'elles ne soient pas élevées, pour ainsi dire, au rouge virulent.

N'est-il pas simple de comprendre et plus rationnel de dire, qu'avec un degré moindre d'excitation, les sécrétions sont moins irritantes, et que l'habitude mêmc de ces sécrétions pour quelques personnes,

peut produire une immunité, et comme une sorte d'acclimatement. C'est ainsi, comme je l'ai vu fréquemment, qu'une femme mariée peut cohabiter avec son mari sans rien lui communiquer ; mais un amant survient-il, ce dernier contracte la blennorrhagie. Le mari était acclimaté, l'amant ne l'était pas. Quand on étudie la blennorrhagie sans prévention, sans idée préconçue, on est forcé de reconnaître qu'elle se produit souvent sous l'influence de la plupart des causes qui peuvent déterminer l'inflammation des autres muqueuses. L'expérience de Swediaur est là pour le prouver. Cet observateur injectait de l'alcali volatil dans l'urèthre, et il produisait une blennorrhagie. Cette expérience veutelle dire que l'on puisse à volonté et toujours produire la blennorrhagie par des injections irritantes ? Non , sans doute, pas plus qu'on ne produirait toujours le coryza par les mêmes moyens, pas plus que l'ophthalmie, etc. Pour la blennorrhagie, comme pour toute autre inflammation, il faut la préexistence de la prédisposition, cette immense inconnue qui domine toute la pathologie. Ce qui le prouve, c'est que la blennorrhagie ne se prend pas toujours dans les eonditions mêmes où elle est le plus évidemment communicable. Sans cette heureuse immunité que donne l'absence de la prédisposition, la blennorrhagie, déjà trèscommune, le serait encore beaucoup plus. Une expérience de vingt ans m'a appris, et me permet d'affirmer, qu'en dehors des écoulements blennorrhoïdes symptomatiques du chancre, il est souvent de toute impossibilité de reconnaître la cause d'un écoulement. Je sais que plusieurs de mes collègues se refusent obstinément à admettre cette opinion; en face de toute blennorrhagie, ils se préoccupent de la syphilis, et leurs prescriptions thérapeutiques ne sont que lu conséquence logique de leurs préoccupations. Ici, mon cher ami, je dois vous faire une confession, et je la ferai publique. Cette persistance de quelques-uns de mes honorés et savants collègues à considérer et à traiter toujours la blennorrhagie comme un accident de nature syphilitique, m'a plusieurs fois ému. Aussi, plusieurs fois, m'estil arrivé, non pour satisfaire un frivole intérêt de curiosité, bien moins encore pour céder à une excitation coupable de dénigrement, mais pour éclairer et rassurer mn conscience; plusieurs fois, dis-je, il m'est arrivé d'avoir recours à un stratagèmc dont

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