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L'autopsie révéla une dégénérescence complète des tubes gastriques. Le docteur Fenwick avait diagnostiqué la maladie avec précision. Ce cas ne présente pas la décoloration de la peau particulière à la maladie d'Addison; mais indépendamment de ce symptôme, que peut-il y avoir de plus concluant que le parallélisme entre les phénomènes morbides des deux affections dont il s'agit? Dans l'un et dans l'autre cas langueur, faiblesse, pouls petit, débilité physique et mentale, anémie, tous symptômes trahissant une nutrition imparfaite par suite d'un défaut de digestion. La perte d'appétit, le malaise et la douleur à l'épigastre, les nausées et les vomissements sont directement et indubitablement dus à une lésion stomacale. Quant à l'absence de relation entre ces accidents symptomatiques et l'état de l'embonpoint, elle s'explique. L'estomac digère les aliments albuminoïdes, tandis que les graisses et les farineux, facteurs de la génèse de la cellule adipeuse, sont rendus assimilables en aval de cet organe. Il est plus difficile de se rendre compte de la différence de couleur à la peau, qui se présente dans nos cas typiques. L'état actuel de nos connaissances ne permet pas d'établir, d'une manière certaine, le mode de formation de l'élément pigmentaire. Cependant nous savons que les capsules surrénales ne sont pas essentiellement chargées de cette fonction; les 5°, 4e et 5e propositions établies plus haut nous le prouvent. D'un autre côté, nous sommes autorisés à revendiquer pour l'estomac le pouvoir de déterminer ces phénomènes. L'état morbide et l'examen microscopique des tubes gastriques dégénérés démontrent qu'il y a une certaine relation entre cette dégénérescence et la dégénérescence pigmentaire. Handfield Jones établit que « le caractère de la dégénérescence des glandules tubuleuses de l'estomac consiste dans un dépôt de pigment noir et de granules graisseux.

Voici maintenant, à l'appui de tout ce qui précède, notre observation personnelle :

En janvier 1870, je fus requis auprès de mistress V..., âgée de 36 ans. Je trouvai la malade se plaignant de nausées, de vomissements, de douleurs épigastriques et de diarrhée lientérique. La couleur noirâtre de la peau me frappa. La membrane muqueuse des lèvres, de la bouche et des yeux était excessivement pâle. Yeux très - brillants. Pouls petit, faible. État mental déprimé. Débilité corporelle. Pas d'émaciation. La patiente, sans pouvoir préciser l'époque du début de sa maladie, la faisait remonter à quelques années. Les aliments graisseux et farineux étaient parfaitement digérés, mais les substances albumineuses traversaient non digérées le tube intestinal.

Après mûr examen, nous diagnostiquâmes que l'estomac se trouvait exclusivement lésé et notre conviction devint d'autant plus profonde, qu'après l'essai de remèdes variés, la pepsine seule nous fournit quelque bénéfice. La malade s'affaiblit progressivement, les vomissements devinrent incessants et la mort ne tarda pas à mettre fin à ces souffrances. L'autopsie ne fut pas faite, mais il

n'en est pas moins évident que nous avons eu affaire à une incapacité digestive, due à une dégénérescence des glandules sécrétoires de l'estomac et accompagnée de la coloration du tegument externe, caractéristique de la maladie d'Addison. Que les capsules surrénales présentent souvent des altérations morbides dans la maladie bronzée, est un fait aussi incontestable qu'inexpliqué. Sans doute il n'est pas plus étrange que l'inflammation des glandes de Brunner dans les cas de brûlures de la peau, ou que les lésions de la rate et des glandes de Peyer dans les fièvres paludeuse et typhoïde. Ces questions doivent rester sub judice jusqu'à ce que des recherches ultérieures les aient éclaircies. Comme conclusion, nous ne pouvons mieux faire que de citer la phrase finale du travail du docteur Flint : « Je ne me permettrai de revendiquer quelque mérite pour mon idée, que lorsque des études difficiles et laborieuses l'auront établie sur une base certaine. (The medical and surgical Reporter.)

MALADIE D'ADDISON; par le docteur DE BRUYNE.

« Le docteur J.-M. Rossbach, de Wurzburg, a rassemblé un certain nombre d'observations, qu'il publie dans le Virchow's Archiv. Il établit que la maladie d'Addison a des rapports évidents avec l'hystérie. L'une et l'autre affection présentent des symptômes prédominants du côté du système nerveux et du côté du cerveau.

» Ici c'est l'utérus qui est ordinairement affecté, là ce sont les capsules surrénales. Il est clair, dit le docteur Rossbach, que la maladie d'Addison est aussi une névrose, c'est-à-dire une maladie fonctionnelle affectant tout le système nerveux et qui n'est pas encore anatomiquement reconnaissable. Elle peut, mais ne doit pas nécessairement aboutir à une lésion des capsules surrénales. Des troubles psychiques, une extrême anémie, des symptômes morbides extraordinaires, et fréquemment une pigmentation anormale de la peau, tels sont les caractères de cette affection, qui rentre, comme l'hystérie, dans le cadre des névroses diffuses sans base anatomique perceptible.

» L'observation publiée récemment dans le Med. Press and Circular, par le professeur William Moore, établit que la connexion entre la maladie bronzée et l'altération des glandes surrénales n'est pas invariable; dans le cas en question, la mélanodermie était plus profonde qu'on ne l'a jamais observée, et l'examen post mortem fit découvrir les capsules intactes. ›

(The medical and surgical Reporter.)

Il n'est pas sans intérêt de rapprocher de l'opinion du docteur Rossbach celle d'Averbeck. Ce dernier considère la maladie d'Addison comme le résultat d'une intoxication générale, semblable à l'empoisonnement paludeux, qui léserait les capsules surrénales de préférence à tout autre organe (Dictionn. encyclop. des sciences médicales). Or, l'impaludisme se traduit par une série de symp

tômes dits essentiels, qui le rangent dans le cadre nosologique des névroses.

Dans l'ordre d'idées où nous placent les opinions de ces deux noms autorisés, on peut conclure que l'hystérie, la fièvre intermittente et la maladie bronzée, ces trois entités morbides si disparates dans leur étiologie, leurs symptômes, leur marche, leur traitement, ont une pathogénèse commune. Elles ont, d'ailleurs, la même fin, une cachexie caractérisée par tous les signes d'une anémie particulière, qui se rapproche elle-même de cette autre névrose, la chlorose, par une altération dans la couleur du tégument cutané. Cette cachexie, constatons-le en passant, peut conduire à la tuberculisation.

Au point de vue anatomo-pathologique, on comprend mieux une certaine identité entre la maladie d'Addison et la fièvre palustre qu'entre ces affections et l'hystérie. Les deux premières, en effet, frappent, l'une les capsules rénales, l'autre la rate, tandis que les accidents nerveux hystériques n'aboutissent pas à une semblable localisation. Les lésions de la matrice et de ses dépendances, qui pourraient en tenir lieu, sont plutôt considérées comme causes déterminantes que comme conséquences pathologiques. Le docteur Chairou, médecin en chef de l'asile du Vésinet, se basant sur des études sérieuses et de nombreuses observations, établit, dans un récent ouvrage, que l'hystérie a toujours sa source dans une lésion des ovaires, surtout de l'ovaire gauche (Études cliniques sur l'hystérie, par le docteur Chairou. Paris, 1870). Mais ces lésions, admises comme point de départ de la maladie, sont-elles bien prouvées et bien exclusives? Sans compter que l'hystérie peut être indépendante de troubles organiques appréciables, certaines affections utérines, les déplacements de l'organe, par exemple, semblent développer et entretenir la névrose, tandis qu'il arrive que c'est l'éréthisme nerveux général qui détermine ces perturbations. Nous avons eu dernièrement l'occasion de recueillir une observation des plus intéressantes relative à ce fait; les auteurs, croyons-nous, n'en ont pas signalé de semblable. Il s'agissait, chez un sujet éminemment nerveux, d'une antéversion complète de la matrice; une élasticité particulière, constatée pendant les tentatives de réduction, nous fit soupçonner que nous avions affaire à un état spasmodique plutôt qu'organique, et, en effet, une thérapeutique appropriée eut radicalement raison, en peu de temps, de cette effrayante complication. Les divers troubles hystériformes généraux n'en persistèrent pas moins pendant environ un mois. Sans le vrai diagnostic et sans le vrai traitement, nous aurions incriminé, sur la foi de nos souvenirs cliniques et de nos auteurs, cette antéversion comme primitive et notre intervention eût été plus nuisible qu'utile. Aussi nous n'hésitons pas à conclure de ce fait que, dans un cas donné, en présence de troubles pathologiques des organes utérins, nous devons avoir des raisons très-légitimes pour distinguer la cause de l'effet.

Si, en réalité, les analogies évidentes qui existent entre les trois maladies en question, permettent de conclure à une identité pathogénique, il ne serait pas

invraisemblable que le processus morbide atteignît l'utérus ou ses annexes dans l'hystérie, à la manière dont s'entreprennent la rate et les capsules surrénales dans l'impaludisme et la négritie d'Addison. C'est là l'opinion du docteur Rossbach. Elle est logique, d'ailleurs, avec la théorie allemande (Hasse, Niemeyer), qui admet pour base des maladies nerveuses un trouble de la nutrition du système nerveux dans sa totalité, c'est-à-dire une variété de diathèse qui, à l'instar des diathèses classiques, frappe de préférence certains organes déterminés, suivant la nature de la maladie.

Nous ne pousserons pas la témérité jusqu'à tirer des conclusions de ces réflexions que nous suggère le travail du docteur Rossbach. Nous avons simplement voulu prouver que, sous des apparences presque paradoxales, ses idées sont basées sur des données scientifiques et, à ce titre, nous signalons la question comme digne d'une étude complète et approfondie.

Une des plus récentes et des plus remarquables observations de maladie d'Addison est celle présentée l'année dernière à la Société anatomo-pathologique de Bruxelles, par le docteur Sohet. Ce travail, publié dans le Bulletin de la Société et dans la Presse médicale du 1er mai 1870, a été reproduit par la plupart des journaux médicaux du pays. Il s'agit d'un malade, qui est mort dans le service du docteur van den Corput, à l'hôpital Saint-Jean. L'histoire clinique de ce cas, d'après les conclusions du docteur Sohet, donne, en tous points, raison à l'opinion professée par Addison, Jaccoud, van den Corput, mais contestée par Forget, Monneret, Virchow, qui n'admettent pas les lésions des capsules comme caractéristiques. Le sujet était sous l'influence d'une triple cause de cachexie l'impaludisme, la maladie d'Addison, la tuberculose pulmonaire au premier degré et évidemment acquise; en effet, à l'autopsie, on trouva un développement considérable de la rate, une atrophie graisseuse des capsules surrénales et des dépôts tuberculeux dans les poumons. Nous appelons d'autant plus volontiers l'attention sur cette observation, qu'elle vient sinon confirmer, du moins appuyer, par plusieurs détails, les idées émises plus haut et que nous livrons au verdict de l'appréciation du lecteur.

LE SYSTÈME DE TRAITEMENT ANTISEPTIQUE du docteur Joseph Lister, professeur de clinique chirurgicale à l'université d'Edimbourg. Traduction libre et abrégée d'un discours sur ce sujet, prononcé par l'auteur à la 59me réunion annuelle de l'Association médicale britannique (août 1871), par le docteur Charles DelstanchHE (fils), membre effectif de la Société. (Suite.—Voir notre cahier d'octobre, page 297.)

Je vais passer maintenant en revue les principales ressources dont nous disposons pour satisfaire à toutes les exigences de notre méthode de traitement. L'agent que nous utilisons de préférence aujourd'hui, en vue de prévenir

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l'accès des ferments de putréfaction sur les plaies, est celui que nous désignons sous le nom de gaze antiseptique.

1

C'est un tissu de coton très-lâche dont les fils sont imprégnés d'acide phénique, mélangé à une résine insoluble. L'addition d'un peu de paraffine à ce mélange d'acide phénique et de résine en corrige la viscosité. Il faut avoir soin de ne pas boucher les mailles du tissu, afin que celui-ci puisse, grâce à sa porosité, absorber convenablement les matières.

La gaze est chargée d'une forte proportion d'acide phénique, mais cet acide y est fixé avec tant de ténacité par la résine, qu'aucune irritation à la peau n'est à craindre, même au début de l'application d'un pareil tissu et qu'à moins d'une sécrétion extrêmement abondante, celui-ci conserve ses propriétés antiseptiques, pendant plus d'une semaine, à la température du corps humain.

Supposons que je veuille me servir de cette gaze dans un cas où je m'attends à une suppuration abondante, comme par exemple, immédiatement après l'ouverture d'un grand abcès du psoas. Je prendrais beaucoup de gaze (autant que j'en pourrais tenir commodément entre les mains largement ouvertes), et je la plierais de façon à en former huit couches superposées. Mais il ne me serait d'aucun avantage d'employer une aussi grande compresse de gaze, si je n'avais pas recours à quelqu'expédient, capable d'obliger les matières à se répandre uniformément dans toute l'étendue du pansement. A cet effet un tissu imperméable doit être placé entre celui-ci et l'air extérieur. Ce que nous avons trouvé de mieux en ce genre, c'est une espèce de mackintosch, peu coûteuse et légère, que les marchands de caoutchouc nomment doublure de chapeau hat-lining ». J'en coupe un grand morceau, presqu'aussi grand que la gaze pliée, et le place au-dessous de la couche destinée à être tournée vers l'extérieur. Dès lors les humeurs sécrétées par la plaie qui correspond au centre de la compresse de gaze, au lieu d'en percer directement toute l'épaisseur, se trouvent obligées de parcourir toute l'étendue du pansement antiseptique.

«

Grâce à ces dispositions vous pouvez être convaincus que si vous ne laissez pas d'élément de putréfaction dans la plaie ou l'abcès, aucun n'y pénétrera quelqu'abondante que puisse être la suppuration dans les premières 24 heures. C'est un point très-important de gagné.

A mesure que l'écoulement diminue, vous pouvez espacer davantage les pansements, pour ne plus les renouveler que toutes les semaines quand la sécrétion est devenue insignifiante.

La gaze se prête fort bien aussi à la confection d'un bandage que l'on utilise pour maintenir en place les pièces du pansement, dont il accroît encore, à chaque tour de bande, l'efficacité antiseptique; il possède, en outre, un léger degré de viscosité qui le rend moins sujet à se déranger que le simple bandage de coton.

Tels sont les moyens par lesquels, dans les cas ordinaires, nous mettons la

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