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» Il en résulte donc que le sulfure noir de mercure exerce, outre son action purgative, une action topique sur l'éruption intestinale, qui a pour effet d'empêcher son développement ou de l'arrêter, et de remédier par suite à deux symptômes très-graves de la maladie, la diarrhée qui produit la perturbation et le ballonnement qui, joint à la bronchite consécutive, amène l'asphyxie. » Mais ces résultats ne sont pas les seuls que produit l'administration intérieure de l'éthiops minéral. » Si nous examinons attentivement l'action qu'il exerce sur l'ensemble de l'organisme, nous voyons qu'il y en a une autre plus générale qui montre qu'elle s'étend plus loin, et qu'elle paraît atteindre la cause elle-même de la maladie. » En effet, sous l'influence de l'éthiops, la fièvre tombe, la fréquence du pouls diminue, le délire et la céphalalgie se modèrent, et cela d'une manière tellement manifeste, qu'il est impossible de ne pas voir dans ce résultat l'effet du médicament. » Par cette méthode, on n'abrége point la durée de la fièvre entéro-mésentérique; elle dure, comme avec les autres méthodes, de trois à quatre septénaires, mais le plus souvent quand elle est prise au début, on la réduit à un statu quo, qu'elle parcourt sans accident. » Tel est le résumé du travail de M. Serres. M. le docteur Becquerel a communiqué à l'Académie de médecine (1) un mémoire sur les heureux effets du sulfure noir de mercure et des frictions mercurielles dans le traitement de la fièvre typhoïde. Les conclusions de M. Becquerel sont on ne peut plus favorables à la méthode de M. Serres, et sont comme la reproduction de celles du travail de ce dernier : la seule différence entre ces deux observateurs, c'est que M. Becquerel annonce l'abréviation de la maladie par le traitement mercuriel, circonstance niée par M. Serres. Voici comment s'exprime M. Becquerel : « Le traitement de la fièvre typhoïde par les mercuriaux abrége la durée de » la maladie. Douze jours ont été la durée la plus courte et vingt-trois la durée » la plus longue; la moyenne a été de seize jours. » M. le docteur Cambrelin, médecin de la maison de sûreté de Namur (2) a également employé la méthode de M. le professeur Serres et s'en est bien trouvé. Ce qui a surtout frappé M. Cambrelin, c'est la tolérance remarquable des individus atteints de fièvre typhoïde, pour cette substance. Certains malades ont été en un court espace de temps, frictionnés avec plusieurs onces d'onguent mercuriel et ont avalé tous les jours quatre-vingts centigrammes de sulfure noir de mercure, sans éprouver même un commencement de salivation ni le plus léger gonflement des gencives.

(1) Séance du 10 septembre 1850.

(2) De l'indication de la méthode de M. Serres, dans le traitement de la fièvre typhoïde (Archives belges de médecine militaire, 1850).

M. Cambrelin a observé que cette médication ne donnait pas de brillants résultats, lorsque la maladie revêtait la forme adynamique. M. le docteur Édouard Petit (de Corbeil) dit s'être bien trouvé de la médication de M. le professeur Serres (1) et en a proclamé les bons effets. Enfin, un ancien interne de l'hôpital de la Pitié, M. Dagincourt, a aussi vanté les merveilleux avantages des préparations de sulfure noir de mercure et d'onguent napolitain dans le traitement de la fièvre typhoïde (2). Ces deux exposés n'offrent rien de spécial, je ne fais que les mentionner. En présence de l'engouement que le monde médical manifestait à propos de la médication de M. le professeur Serres, j'aurais cru manquer à mon devoir et à ma corfscience, si je n'avais expérimenté cette méthode. Je me suis donc mis à l'œuvre, et j'ai suivi de point en point les préceptes du maître. Voici ce que j'ai noté : 1° La durée de la fièvre typhoïde n'a pas été abrégée. La maladie a suivi son cours ordinaire ; 2° Il n'y a point eu de salivation; 5° L'effet purgatif a été tellement incertain, qu'il a fallu en plusieurs cas recourir à des lavements émollients ou laxatifs, et même administrer de l'eau de Sedlitz ou de l'huile de ricin ; 4° La circulation n'a pas été ralentie; 5° Le ballonnement du ventre n'a jamais été très-prononcé; 6° J'ai observé chez les trois premiers malades que j'ai soumis à cette médication des hémorrhagies intestinales excessivement graves, auxquelles aucun d'eux n'a heureusement succombé. Cette complication effroyable m'avait singulièrement refroidi et je suis resté quelque temps sans recourir à cette méthode thérapeutique. Je me suis cependant décidé à l'expérimenter derechef, et sur neuf nouveaux malades que j'ai soumis au traitement mercuriel, six sont morts, quoique la fièvre typhoïde fût plutôt chez eux de moyenne intensité que grave. Depuis lors, j'ai renoncé à cette méthode de traitement, et je m'en tiens aux évacuants vantés par M. de Larroque. On a bien dit que la médication de M. Serres agissait : 1° comme évacuante; 2° comme spécifique.Je conteste le premier point, le sulfure noir de mercure purge mal et d'une manière infidèle. vQuant au second point, je n'ai pas assez de faits puisés dans ma pratique pour croire ou pour ne pas croire : aussi ne me prononcerai-je pas. Voici quelques-unes des observations que j'ai recueillies sur ce mode de trailement. OBs. 15°. — Fièvre typhoïde légère; emploi du sulfure noir de mercure et des frictions mercurielles; hémorrhagie intestinale; guérison. — V... (Alexandre), tuilier, âgé de vingt-huit ans, d'une bonne constitution, blond, celibataire, n'a jamais été malade. Il gagne sa vie, mais en travaillant péniblement.

(1) Gazette médicale de Paris, p. 27, 1848. 2) Gazette médicale de Paris, 1848, p. 142.

Le 2 mars 1848, à l'issue d'une journée très-fatigante, il fut pris de douleur , dans les reins, de faiblesse dans les jambes et d'une violente céphalalgie. ll se mit au lit et ne tarda pas à être en proie à un frisson assez intense; des vomissements bilieux survinrent et la diarrhée se manifesta. La nuit fut très-mauvaise, très-agitée, la soif vive. Ces accidents restèrent à peu près stationnaires pendant trois jours, mais comme le 6, il n'y avait pas de mieux, je fus appelé. Voici ce que je constatai à mon arrivée. V... est couché sur le dos, il est très-abattu; il y a beaucoup d'étonnement dans l'expression du visage ; la voix est un peu altérée, la céphalalgie frontale est des plus vives; la chaleur de la peau est élevée, âcre et sèche; le pouls, trèsplein et très-fort, marque 96 pulsations par minute. L'intelligence est nette; la langue est blanchâtre, la soif ardente, les nausées continuelles, les vomissements ont cependant cessé. Le ventre est souple, il y a du gargouillement dans la fosse iliaque droite et une diarrhée séreuse assez abondante.— Éméto-cathartique composé de sulfate de soude, 55 grammes, et de tartre stibié, 1 décigramme ; à faire fondre dans un demi-litre d'eau d'orge miellée, et en prendre un verre toutes les demi-heures. Le 7, trois vomissements bilieux très-abondants ont eu lieu à la suite de l'ingestion de l'éméto-cathartique, et il y a eu cinq évacuations alvines. Le malade n'a pu dormir que dans la matinée. La céphalalgie est toujours vive, l'abattement est aussi prononcé qu'hier, la langue est blanchâtre, humide, la soif ardente, le pouls fort et vibrant à 92 pulsations; le ventre est souple et il y a du gargouillement dans la fosse iliaque droite.—Éthiops minéral, 80 centigr., en quatre pilules, une toutes les heures; trois frictions avec 12 grammes d'onguent napolitain pour les vingt-quatre heures; eau d'orge pour boisson. Le 8, deux évacuations alvines ont eu lieu; le ventre est très-souple, indolent et cependant il y a encore un gargouillement considérable dans la fosse iliaque droite. Le malade a pu reposer pendant quelques heures, principalement de trois à sept heures du matin, et pendant ce sommeil il y a eu des rêvasseries pénibles; le pouls est plein, moins vibrant et bat quatre-vingt-seize fois par minute. La céphalalgie tend à disparaître. La langue est humide, mais toujours blanchâtre. — Tisane d'orge; deux bouillons coupés; deux frictions avec 8 grammes d'onguent napolitain pour les vingt-quatre heures. Le 9, la nuit a été moins mauvaise, le malade a assez bien dormi, mais il a été tourmenté par des rêves très-pénibles; il y a eu une épistaxis assez abondante dans la matinée; la céphalalgie a cessé; la langue est humide; la soif un peu moins vive; peu de douleur à la région épigastrique, ventre souple ; gargouillement dans la fosse iliaque droite; un peu de toux et de râle muqueux à grosses bulles à la base des deux poumons en arrière ; pouls plein, assez fréquent à 96 pulsations. — Éthiops minéral, 80 centigrammes, en quatre pilules ; une friction avec 4 grammes d'onguent napolitain; cataplasmes ; bouillon coupé.

Le 11, rien de remarquable, si ce n'est l'apparition de quelques sudamina à la région du cou. L'éthiops n'a donné lieu à aucune garde-robe. — Huile de ricin, 45 grammes. Le 12, semblant d'amélioration ; il y a eu encore dans la matinée, une épistaxis assez abondante ; la langue est humide, la soif modérée ; le malade demande des aliments plus substantiels que du bouillon coupé. Trois évacuations alvines ont eu lieu hier; gargouillement dans la fosse iliaque droite; ventre souple et aplati.— Bouillon de bœuf; une tasse de lait; eau de pain. Le 14, état de mieux-être assez prononcé. V... n'a pas eu depuis le 11 de garde-robe; il y a beaucoup de gargouillement dans la fosse iliaque droite et un peu de météorisme de l'abdomen ; langue humide, rosée à la pointe, encore un peu saburrale à la base; pouls fort à 90. Apparition de quelques taches rosées lenticulaires sur le thorax et sur l'abdomen. — Éthiops minéral, 80 centigrammes en quatre pilules; orgeat; deux frictions avec 8 grammes d'onguent napolitain; bouillon. Le 15, la nuit a été excellente, le malade a parfaitement dormi ; il n'a pas été purgé par l'éthiops, mais à six heures du matin, il a tout à coup éprouvé un frisson, puis une colique très-violente; il a éprouvé le besoin d'aller à la garderobe et a rendu une énorme quantité de sang noir, répandant une odeur infecte. On est venu me chercher en toute hâte. A mon arrivée, j'ai trouvé le malade froid, pâle, excessivementinquiet : j'ai fait tous mes efforts pour remonter son moral; le pouls était faible, petit et battait 112 fois par minute.—Limonade sulfurique pour boisson; 4 grammes d'acide sulfurique pour un demi-litre d'eau sucrée; deux cuillerées à bouche toutes les demi-heures. — Potion :

Eau gommeuse . . . . . .. 125 grammes.
Extrait de ratanhia. . . . . 4 -
Ergotine . - - - - - - 2 -
Sirop de grande consoude . . . 45 -

Une cuillerée toutes les heures.

Le 16, dans la journée d'hier, il y a eu encore quelques évacuations insignifiantes, contenant une petite quantité de sang noir excessivement fétide, mais les coliques n'ont pas cessé; pouls plus plein et battant 96 fois par minute. Même prescription.

Le 17, mieux-être. Il n'y a pas eu de nouvelles évacuations; pouls à 100. Même prescription.

Le 19, le mieux se soutient. Constipation ; pouls à 96. —Un lavement froid. Cesser la limonade sulfurique et la potion astringente.

Le 20, V... a eu une garde-robe qui ne contenait pas de sang. La convalescence par suite de cet accident se trouve reculée de quelques jours : je ne suis pas encore sans inquiétude; je recommande au malade et aux personnes qui l'entourent la plus grande prudcnce, la plus grande circonspection.-Trois bouillons.

Le 25, le mieux est tellement prononcé que l'on peut regarder la convalescence comme établie. — Deux potages; bouillons; une tasse de lait. Le 1er mai, V... était parfaitement guéri, et avait recouvré ses forces et sa vigueur primitives. OBs. 14°. — Nouvelle fièvre typhoïde de moyenne intensité survenue chez le même sujet à treize mois d'intervalle; traitement par le sulfure noir de mercure, et par les frictions mercurielles; nouvelle hémorrhagie intestinale; guérison. — Le 16 avril 1849, ce même homme qui venait de se marier, fut pris après sa noce, peut-être par suite de quelques excès, de courbature et de malaise; la fièvre se déclara, des vomissements bilieux survinrent, et la diarrhée se manifesta. Cet état, qui s'accompagna de céphalalgie sus-orbitaire trèsvive, alla pendant quatre jours sans cesse croissant; et malgré la diète à laquelle V... crut devoir se soumettre, trouvant que le mal faisait des progrès, il me fit appeler le 21. Le 21, je le trouvai le visage animé, la figure hébétée, les yeux cernés; la céphalalgie était des plus intenses; la soif dévorante; les nausées continuelles, les vomissements avaient cessé depuis deux jours, l'épigastre était douloureux à la pression; le ventre était dur et tendu, il y avait de la diarrhée, et du gargouillement dans la fosse iliaque droite. Le pouls fort et dur à 96 par minute.

Éméto-cathartique composé de tartre-stibié. 1 décigramme.
Sulfate de soude. . . . . . . . - 40 grammes.

Faire dissoudre dans un demi-litre d'eau d'orge miellée, et administrer une verrée toutes les demi-heures. — Limonade ordinaire pour boisson.

Le 22, six vomissements bilieux ont eu lieu, et trois évacuations alvines ont été provoquées par l'éméto-cathartique; le malade se sent notablement soulagé ; la céphalalgie est supportable, le facies est moins hébété, la langue est humide, mais toujours très-saburrale; la soif est ardente, l'appétit nul; le ventre est un peu plus souple; gargouillement dans la fosse iliaque droite; urines rares et difficiles. — Tisane de chiendent pour boisson : trois frictions avec 12 grammes d'onguent napolitain; cataplasmes sur l'abdomen.

Le 25, les dangers auxquels l'administration des mercuriaux avait peut-être exposé ce malade ne m'encourageant pas à renouveler chez lui l'application de cette méthode, je m'abstins de prescrire l'éthiops minéral, mais j'y fus presque contraint par les instances qu'il fit pour que je recourusse au même mode de traitement, car il avait reconnu qu'il avait la même maladie qu'il y a treize mois et il me demandait des pilules purgatives.

J'accédai donc à sa demande et à celle de sa jeune femme; et ce même jour, je prescrivis :

Éthiops minéral. . . . . . . 80 centigrammes.

En quatre pilules.

Deux frictions sur l'abdomen avec 8 grammes d'onguent napolitain; cataplasmes; tisane de chiendent; bouillon coupé.

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