Images de page
PDF

degrés peu élevés. Généralement les teintures par macération possèdent un degré aréométrique plus élevé que les teintures par lixiviation, les unes et les autres étant préparées avec des matières premières identiques. Toutefois, je le répète, l'aréomètre ne constitue pas un point de repère exact pour juger de la densité ou de la richesse alcoolique et extractive des teintures. Je me bornerai à citer les exemples suivants : A la température de 14° c., la teinture d'herbe fraiche d'aconit marque 52° et renferme 12 ext. sec pour 500 de teinture. A la température de 14° c., la teinture d'herbe fraiche de belladone marque 50o 1/2 et renferme 8 ext. sec pour 500 de teinture. A la température de 14o c., la teinture d'herbe fraîche de digitale marque 48o et renferme 18 ext. sec pour 500 de teinture A la température de 14o c., la teinture de bulbe frais de colchique marque 55o et renferme 10 ext. sec pour 500 de teinture. A la température de 14o c., la teinture d'aconit par lixiviation marque 56o 1/2 et renferme 23 ext. sec pour 500 de teinture. A la temperature de 14° c., la teinture de belladone, par lixiviation marque b2o et renferme25 ext. sec pour 500 de teinture. A la température de 14o c., la teinture de digitale, par lixiviation, marque 49o 1/2 et renferme 58 ext. sec pour 500 de teinture. . A la température de 14o c , la teinture de bulbe de colchique, par lixiviation marque 58o 1/2 et renferme l4 ext. sec pour 500 de teinture. Évidemment, il y a là des anomalies dans les densités qui ne peuvent s'expliquer que par l'influence collective des quantités relatives d'eau, d'alcool et de matières extractives que ces teintures renferment. Au double point de vue pharmacologique et thérapeutique, les considérations générales que je viens de développer méritent une attention sérieuse, et, quoique l'on en ait déjà fait plus ou moins mention, il ne m'a point paru inopportun de les corroborer par des faits catégoriques, afin d'en faire ressortir l'importance et d'en justifier l'utilité pratique. Ainsi, pour ne comparer que quelques faits, l'expérience m'a démontré jusqu'à quel point il n'est pas indifférent, pour préparer les teintures, de se servir de feuilles de digitale trop jeunes ou bien cueillies vers l'époque de la floraison, de feuilles de digitale et de fleurs d'arnica nouvelles ou surannées, des fleurs d'arnica provenant de l'Allemagne ou des bois montués du Luxembourg, de la valériane officinale sauvage et cultivée ou de la valériane des jardins, de la racine d'angélique de Bohème ou de la même racine cultivée, du quinquina jaune et rouge contusés ou bien pulvérisés aux trois quarts. En cffet, pour une quantité déterminée

de teinture équivalent à cent parties de substance sèche, les feuilles de digitale parfaitement développées fournissent sept et sept dixièmes parties d'extrait en plus que celles qui sont incomplètes et les feuilles de digitale surannées onze et deux dixièmes parties d'extrait en moins que les nouvelles. Les fleurs d'arnica d'Allemagne donnent treize et trois dixièmes parties d'extrait en plus que les fleurs récoltées en Belgique ; ces mêmes fleurs surannées fournissent ordinairement à l'alcool cinq parties de matière extractive en moins que les fleurs nouvelles. La valériane officinale sauvage accuse deux parties d'extrait en plus que la même plante cultivée, la valériane des jardins donne la même quantité d'extrait que la valériane sauvage dont l'extrait toutefois est supérieur, à tous égards, notamment, par ses propriétés éminemment aromatiques. La racine d'angélique de Bohême noire et compacte a un rendement supérieur de quinze parties d'extrait sur celle des jardins ou cultivée, qui est blanchâtre et beaucoup moins compacte. Enfin, le quinquina jaune pulvérisé aux trois quarts l'emporte sur le contusé de six parties et demie d'extrait et le quinquina rouge pulvérisé de la même manière fournit dix parties d'extrait en plus que le contusé. Ces faits parlent d'eux-mêmes et témoignent assez de l'influence considérable du climat, du sol, de l'âge, de la vétusté et du mode de division sur les rendements des végétaux en matière extractive capable d'être dissoute par l'alcool plus ou moins concentré, et, par conséquent, sur l'activité médicinale des produits qui en résultent. J'ai dit précédemment qu'une teinture de même genre et espèce, toutes choses étant égales, est d'autant plus active qu'elle contient plus d'extrait et que cette relation n'est pas toujours suivie quand le genre est différent, l'espèce restant la même. Les teintures d'herbes fraiches ou les alcoolatures et les teintures de substances sèches, ou les teintures proprement dites, constituent deux genres différents d'une même forme pharmaceutique. Selon mes essais, les teintures sont beaucoup plus chargées d'extrait que les alcoolatures de la même espèce. Cependant, l'expérience clinique nous enseigne que celles-ci sont plus actives que celles-là. Les observations qui ont été faites, sur ma demande, par MM. Lebrun et Aliv, internes à l'hôpital Saint-Jean, dans les services de MM. Graux et Pigeolet, ne laissent plus aucun doute à cet égard ; elles démontrent que les alcoolatures, quoique renfermant très-peu d'extrait, l'emportent en énergie et en vertu du tout au tout sur les teintures ordinaires qui relativement renferment une proportion considérable d'extrait. Ces observations démontrent clairement que les teintures et les alcoolatures sont des médicaments essentiellement différents, et que l'on ne peut, sous aucun prétexte, substituer les uns aux autres. L'activité médicinale plus grande des alcoolatures dépend de la nature particulière des matières qu'elles tiennent en dissolution et qui représentent à peu près tous les principes actifs de la plante fraîche. Quelques-uns de ces principes se dissipent par la dessiccation ou diminuent par une espèce de fermentation ou d'altération spontanée qui se manifeste dans la plante desséchée. De la, il résulte inévitablement une vertu médicinale inférieure ou distincte pour les teintures de quelques plantes sèches appartenant à la famille des Renonculacées, des Solanées, des Ombellifères, des Térébinthacées, etc. Les alcoolatures, préparées avec le suc des plantes fraîches, ne représentent pas exactement tous les principes de la plante capables d'être enlevés par l'alcool. Beaucoup de chances de variabilité étant inhérentes à ce mode opératoire, il convient de donner la préférence aux alcoolatures préparées avec parties égales d'herbe fraiche contusée et d'alcool à 28° P.B. comme le prescrit la nouvelle Pharmacopée belge. En fait de teintures de substances herbacées, la pharmacologie nous en offre déjà trois genres; ce sont les teintures d'herbe sèche, les teintures d'herbe fraiche et les teintures de suc d'herbes. M. Mouchon, pharmacien distingué à Lyon, dans un article publié dans le Répertoire de pharmacie, vient de faire connaitre (1), pour préparer les alcoolés, une nouvelle manière qui, à mon avis, constitue un quatrième genre de teintures que l'on pourrait appeler teintures d'infusé d'herbe sèche. En effet, M. Mouchon fait agir, à différentes reprises et pendant un temps plus ou moins long, de l'eau bouillante sur les substances , puis il fait évaporer jusqu'à un certain point les dernières infusions, et il en ajoute le produit à la première pour faire un poids donné d'infusé auquel il ajoute, après refroidissement, un poids égal d'alcool concentré. J'ai répété les formules indiquées par M. Mouchon, pour la préparation des tein(l) Voir notre cahier de janvier 1859.

tures de digitale, de fleurs d'arnica et de safran, et, j'ai préparé comparativement les mêmes teintures, par lixiviation directe, avec macération et expression, dans les mêmes termes de rendement, en me servant de parties égales d'eau distillée et d'alcool concentré, afin que le menstrue se trouve à peu près dans les mêmes conditions de force alcoolique que celui résultant du nouveau modus faciendi proposé.

Les teintures obtenues selon l'une et l'autre méthodes présentent beaucoup de dissemblances entre elles. L'arôme et la saveur des teintures d'infusés sont plus ou moins modifiés, moins suaves et moins francs que ceux des teintures obtenues à froid par lixiviation directe. La couleur est à peu près la même pour l'arnica et le safran, mais pour la digitale elle diffère beaucoup : la teinture par lixiviation est brune verdâtre tandis que la teinture d'infusé est brune sans aucune nuance de vert.

Le degré aréométrique de ces teintures a été déterminé à la température de 15° c.

Il se trouve être comme suit : je place en regard la quantité d'extrait sec pour cent de teinture.

[ocr errors][ocr errors][merged small]
[ocr errors]

eint. de fleurs d'arnica indig. 49o 1,500 60 1/2 1,500 Teinture de safran . . . . . . 41 1/2 4,600 41 1/2 4,800 Il est un fait certain, c'est que le degré aréométrique ne peut renseigner exactement sur la densité des teintures, à cause de la nature et de la proportion diverses des corps qui les constituent. Les extraits secs obtenus des teintures d'infusés, se dissolvent entièrement dans l'eau distillée ; il n'en est pas de même des extraits provenant des teintures par lixiviation : une partie de ces derniers se dissout dans l'eau, tandis qu'une autre partie, composée de chlorophyle et d'autres principes résinoïdes, reste à l'état insoluble. Ces deux genres de teintures présentent donc des différences radicales dans leur composition intime, et doivent être distingués non-seulement pour ce motif, mais peut-être aussi à cause de leur activité médicinale différente. Le temps et l'expérience prononceront sur la préférence à donner, sous le rapport thérapeutique, à l'une ou à l'autre catégorie de teintures. Toutefois, il est hors de doute que les alcoolés obtenus par l'action directe de l'alcool sur les substances, doivent représenter beaucoup plus fidèlement la nature intégrale de celles-ci que les teintures résultant de l'action de l'alcool sur les infusés de ces mêmes substances. A ce titre, je n'éprouve aucune hésitation pour me prononcer en faveur des teintures ordinaires obtenues par lixiviation. De toutes les considérations qui précèdent, il résulte pour moi, de la manière la plus évidente, que le procédé de préparation des teintures par lixiviation l'emporte sous tous les rapports sur le procédé par macération. Si je ne craignais de compliquer encore la question des teintures alcooliques, je dirais que, comme la composition des teintures diffère non-seulement suivant les conditions dans lesquelles se trouve la substance, mais d'après le procédé employé, le seul moyen d'avoir des alcoolés de composition et de propriétés médicinales constantes, consiste à prendre toujours une même substance sous la même condition, à en retirer les principes solubles, à l'aide d'un alcool d'une force déterminée et à ramener la solution alcoolique à un contenu constant d'extrait pour chaque substance. On arriverait à ce résultat, soit en dissolvant une quantité donnée d'extrait dans une quantité donnée d'alcool, soit en ajoutant de l'alcool ou de l'extrait alcoolique à une teinture obtenue trop riche ou trop pauvre en principes extractifs. Cette méthode, évidemment, ne serait applicable qu'aux substances qui ne renferment point de principes volatils ou altérables par une très-faible chaleur. La moyenne des rendements obtenus en extraits des teintures pour des substances prises dans des conditions convenables, servirait à fixer la richesse des alcoolés faits par cette méthode. (Mém. de l'Acad. de méd. de Belgique.)

NoTE sUR UN NoUvEL oPIUM BRUT DÉsIGNÉ soUs LE NoM D'oPIUM DE PERsE, par M. DAUSSE ainé, pharmacien. — Cet opium est en pains ronds enveloppés de papier ; chaque pain pèse environ 27 grammes 50 ; en hiver, il est dur, cassant ; extérieurement et intérieurement, il est d'un jaune d'ocre ; la pâte est uniforme, serrée et présente l'aspect d'une pierre jaunâtre ; exposé à l'air, il s'amollit et devient brun à la surface ; il n'a aucune analogie avecl'aspect des opiums de Smyrne ou de Constantinople : il ne contient aucun corps étranger, tels que feuilles de pavot, semence de rumex, épiderme de la capsule du pavot, sable, balles de plomb, cailloux, corps étrangers qui se trouvent toujours en plus ou moins grande quantité dans les opiums ordinaires.

L'opium de Perse est d'une pureté parfaite ; il a une forte odeur narcotique, sa saveur est extrêmement caustique et amère ; concassé grossièrement et mis en contact avec de l'eau distillée froide, il se délaye facilement et forme une bouillie jaunâtre qui s'éclaircit par le repos ; le liquide surnageant filtre facilement, même lorsqu'il est trouble. En considérant sa pureté, sa surface lisse et sa consistance, on lui trouve une grande analogie, à part la couleur, avec le lactucarium ; aussi je suis persuadé que le mode d'extraction de cet opium est le même que celui employé pour obtenir le lactucarium, c'est-à-dire qu'aussitôt que l'incision est faite à la capsule, et que le suc laiteux qui s'en échappe est encore fluide, on l'enlève dans cet état avec le doigt qu'on essuie aussitôt sur le bord d'un vase que porte devant lui un ouvrier chargé de faire cette récolte, ou bien avec une petite éponge qu'on exprime au-dessus du vase, tandis que les opiums de Smyrne et de Constantinople s'obtiennent en laissant figer au soleil les gouttes du suc laiteux ; puis au moyen de la lame d'un couteau, on les enlève en grattant la capsule qui cède une partie de son épiderme qui se mêle au suc, ce qui donne à ces opiums un aspect lamelleux, une couleur brunâtre, et en diminue considérablement la valeur médicaImenteuse. A la vue de cet opium, j'ai désiré me rendre compte de sa valeur, tant en morphine qu'en extrait, afin de m'assurer s'il serait convenable d'en préparer un extrait pharmaceutique, analogue à celui que j'obtiens en traitant les opiums titrant 10 pour 100, fournissant 50 pour 100 d'extrait, ce qui donne un produit contenant fidèlement 1/5 ou 20 pour 100 de morphine. Cet opium de Perse m'avait été remis avec la garantie qu'il contenait 15 pour 100 de morphine, plus les autres alcaloïdes et sels contenus dans les opiums ordinaires. Extrait aqueux. J'ai traité 15 grammes de cet opium par l'eau distillée froide, en suivant exactement le mode d'opérer du Codex; après l'avoir concassé, je l'ai mis macérer pendant douze heures dans l'eau distillée froide, je l'ai délayé entièrement avec les mains, jusqu'à ce qu'il n'y eût plus le moindre fragment ; j'ai passé au travers d'un linge, exprimé, puis filtré le liquide au papier joseph ; j'ai de nouveau delayé le marc à plusieurs reprises, jusqu'à ce que l'eau n'eût plus ni saveur ni couleur. Toutes ces liqueurs, filtrées et réunies, ont été évaporées au bain-marie ; parvenues en consistance sirupeuse et convenablement refroidies, elles ont été dissoutes dans de l'eau distillée froide, puis filtrées. Comme pour les autres opiums, un précipité assez abondant a eu lieu, composé d'albumine végétale, de substances résinoïdes, sels de chaux, etc., etc. Cet extrait fluide a été repris une deuxième fois par l'eau distillée froide et filtrée de nouveau. Cette solution évaporée en consistance pilulaire a fourni 9 grammes 75 ou 65 pour 100 d'un extrait gommeux, d'une couleur brun-clair, très-odorant, d'une saveur forte, brûlante, âcre et amère; il est très-soluble dans l'eau. J'ai dû m'assurer de la quantité de morphine que contenait cet opium. Pour cela j'en ai traité 15 grammes par le procédé de M. Guillermond, procédé extrêmement simple et donnant un très-bon résultat ; il consiste à épuiser l'opium par l'alcool à 70 degrés, à filtrer les liqueurs et à les verser dans un vase contenant 4 grammes d'ammoniaque liquide, etc. Ce procédé m'a fourni 2 grammes 50 de morphine presque blanche ; au moyen de l'éther, j'en ai éliminé la narcotine ; la morphine séchée et pulvérisée pesait 2 grammes 20 ou 15 pour 100 de l'opium employé. Comme on le voit, cet opium titrant 15 pour 100 en morphine et fournissant 65 pour 100 d'extrait, donne en définitive un produit représentant exactement 1/5° de sel de morphine ; ainsi 5 centigrammes de cet extrait contiennent 1 centigramme de ce sel précieux. Si nous pouvions toujours nous procurer cet opium dans cet état de pureté, contenant la même quantité de morphine et d'extrait, le souhait, si souvent fait par les chimistes, le médecin et les pharmaciens serait réalisé ; car, en n'enmployant que "et opium pour faire l'extrait, on serait assuré d'avoir 1 centigramme de sel de #ine par chaque 5 centigrammes d'exrall. Cet opium ne pourrait être employé Pour la préparation du laudanum de Sydenham et de Rousseau, à la dose presorite dans les formules du Codex ; la dose "ans ce cas serait d'un tiers en moins enVIron. 0n a quelquefois rencontré des opiums oe Smyrne contenant 10 pour 100 de orphine et donnant 50 pour 100 d'exoit mais cela se rencontre bien rarement; le plus souvent ils titrent 6 1/2, 7, 8, raoment 9 pour 100, et la quantité d'extrait Voie depuis 40 à 50 pour 100 ; de là la "érence si grande dans l'action des di.

vers extraits d'opium ; il n'en serait pas de même si l'on se servait de ce nouvel opium ; mais il faudrait qu'il ne fût jamais altéré par les négociants. Je suis surpris que MM. les professeurs de l'Ecole de pharmacie ne se soient pas occupés de l'étude de cet opium ; j'ai répété plusieurs fois mes expériences, et ce que je signale est exact et constant. L'Ecole de pharmacie ne pourrait-elle pas, en s'adressant au ministre du commerce, faire indiquer la contrée où cet opium se récolte, afin que nos négociants puissent se le procurer directement? Ne serait-il pas également essentiel que le gouvernement prit sous sa surveillance ce produit, afin que sa pureté et son titre fussent toujours respectés et garantis sérieusement ? Dans les caisses contenant cet opium en pains ronds se trouve également de l'opium en forme de bâtons, comme la cire à cacheter, enveloppé de papier comme le précédent : cette qualité, quant à l'aspect, est entièrement semblable, mais sa saveur est bien moins forte ; essayé comme celui en pains ronds, il ne fournit que 7 pour 100 de morphine et en extrait près de 50 pour 100, ce qui donne un extrait d'opium ne contenant pas une quantité de morphine suflisante. (Journ. des connaiss. médic., 10 juillet.)

MoYEN D'AssURER LA BoNNE coNsERvATIoN DE LA PoMMADE D'IoDURE DE PoTAssIUM. Nous avons déjà indiqué (voir notre cahier de février 1857) l'emploi de la potasse caustique pour prévenir la décomposition de l'iodure potassique et la coloration en jaune-brun de la pommade préparée avec ce composé. Depuis lors on a observé qu'on pouvait empêcher cette pommade de jaunir en y introduisant quelques gouttes de teinture de benjoin. D'après M. H. Muench la teinture de benjoin ne devrait cette propriété conservatrice qu'à la résine qu'elle contient ; aussi, partant de cette idée, obtint-il le même résultat en ajoutant à une once de pommade à l'iodure de potassium deux grains de colophane pure, car, au bout d'une année, la pommade ainsi préparée était encore aussi blanche que le premier jour. Dr D...É. (Vierteljahrreschr.f. practische Pharmacie,

IX Bd 5 Heft.)

HIsToIRE CHIMIQUE DEs BENzoATE ET sILIcATE DE soUDE, par JosEPH BONJEAN, pharmacien à Chambéry (Savoie). — L'utilité des alcalins pour combattre les affections rhumatismales et goutteuses est aujourd'hui incontestable ; s'il reste sur ce sujet quelque chose à résoudre, c'est la supériorité relative de ces agents dans les maladies de ce genre. L'action bien connue de certaines eaux silicatées alcalines dans le rhumatisme et la goutte, fit présumer qu'un silicate de soude soluble pourrait être avantageusement substitué aux autres substances alcalines employées jusqu'alors dans les mêmes cas.A cet effet, des médecins, désireux d'étudier l'action médicale de ce sel, m'engagèrent à en rechercher la préparation, il y a de cela près de quinze ans. Aucun ouvrage de chimie ou de pharmacie, aucun formulaire, aucun ouvrage français, italien, anglais, etc., sur la médecinc, n'ont indiqué avant moi le procédé pour la préparation du silicate de soude; il m'a fallu demander à l'expérience ce que la science n'enseignait pas. Je passerai sous silence les essais infructueux, cent fois répétés, auxquels je me livrai pendant plus d'un an avant de réussir. Il suffit de faire fondre plusieurs fois de la silice et de la soude dans des proportions et des conditions identiques, pour se faire une idée de la mobilité des résultats et des difficultés que j'ai dû rencontrer pour obtenir, comme je le fais aujourd'hui, un silicate de soude cristallisé ct très-soluble. J'en fis alors l'essai sur moi-même, à la dose de 10 à 25 centigrammes par jour. Mes urines, qui déposaient alors une assez grande quantité d'acide urique, devinrent bientôt alcalines, puis ne laissèrent plus rien déposer après quelques jours de l'usage de ce sel. Guidés par ces premiers résultats physiologiques, quclques praticiens réputés, au nombre desquels MM. les docteurs Dubouloz, médecin de l'hospice de Montmeillan (Savoie); Jarrin, Perrotino, à Chambéry, chevaliers des SS. Maurice et Lazare; Pétrequin, Socquet, etc., à Lyon, professeurs de médecine, et autres, essayèrent le silicate de soude, seul d'abord dans la gravelle, le rhumatisme et la goutte, puis associé aux extraits hydro-alcooliques d'aconit et de colchique, et enfin au benzoate de soude, dont l'action sur l'acide urique n'était que présumée, mais non prouvée comme je l'ai fait plus tard, ainsi que pour le silicate de soude, comme je le dirai plus loin. L'ensemble de ces moyens avait pour but d'obtenir une action multiple propre à détruire la prédisposition et à triompher dc la diathèse. Les résultats furcnt satisfaisants et se

continuèrent pendant plus de dix ans, entre les mains d'un petit nombre de praticiens de divers pays, afin d'être sûr de l'efficacité de ce traitement avant de le livrer à la publicité.

C'est alors que, fort des succès obtenus pendant ce laps de temps, je publiai, en septembre et octobre 1856, dans les journaux de médecine français et sardes, un Mémoire sur ce sujet (1), publiant sans réticence mes procédés et mes formules sous le nom de Préparations dialytiques, qui furent expérimentées dès lors sur une trèslarge échelle, mais avec des résultats qui devaient nécessairement varier suivant la pureté et la bonne préparation des substances employées, condition, comme on le verra plus loin, qui était loin d'être remplie d'une manière convenable.

Pour obvier à ce grave inconvénient, j'ai fait de nouvelles études sur la nature, la préparation et la composition de ces produits, afin de rendre leur manipulation plus facile, et je me suis livré à des expériences qui me permettent de reproduire dans le laboratoire l'action dissolvante que les benzoate et silicate de soude exercent sur l'acide urique dans notre économie. C'est le résultat de ce travail que je viens livrer à la publicité.

Considérations générales sur les benzoate et silicate de soude, ct de leur action sur l'acide urique.

Il y a plus de quarante ans que le docteur Ure, médecin anglais, remarqua que, sous l'influence de l'acide benzoïquc ou d'un benzoate alcalin, l'acide urique disparaît et se trouve remplacé par de l'acide hippurique qui forme, avcc les bases ordinaires des fluides organiques (potassc, soude, ammoniaque), des sels très-solubles, tandis que les urates de ces bases le sont à peine. Ce fait, confirmé plus tard par Keller, fut mis à profit en Angleterre d'abord, puis en Allemagne et en France, mais d'une manière très-restrcinte, chez les personnes sujettes à la goutte, à la gravelle, au rhumatisme, aux douleurs névralgiques, et dont les humeurs sont toujours plus ou moins acides.

Dès lors le benzoate de soude fut employé sur quelques points isolés, notamment en France par le célèbre docteur Gensoul, de Lyon, en donnant lieu à des résultats satisfaisants qu'aucune preuve directe n'était venue étayer ni expliquer. — Cette lacune importante n'existe plus.

Désireux de confirmer dans le laboratoire la réaction chimique annoncée dans

(1) Voir notre cahicr de déccmbre 1856.

« PrécédentContinuer »