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Le docteur Mavel a cité aussi quatre cas de guérison de diarrhée tenace par l'emploi de 5 à 50 gouttes d'huile de naphte dans l'eau de riz ou dans un lait de poule (Journ. de la Soc. des sciences méd. et nat. de Bruxelles, t. XIV). De même que l'huile de cade, l'huile de naphte a été vantée dans le traitement de la teigne. Chez les individus atteints de teigne faveuse, M. Chapelle fait couper les cheveux ras, puis appliquer des cataplasmes pour faire tomber les croûtes; on recouvre ensuite d'une couche d'huile de naphte par-dessus laquelle on place un morceau de flanelle (Journ. de la Soc. des sciences méd. et nat. de Bruxelles, 1857, t. XXV). En 1849, M. Simpson, d'Edimbourg, si célèbre par la découverte de plusieurs agents anesthésiques, s'est livré à quelques essais d'où il résulte que le naphte artificiel (Coal tar naphta) est un agent anesthésique aussi puissant que le chloroforme et d'un prix bien inférieur. L'anesthésie est aussi rapide et aussi complète qu'avec le chloroforme. Seulement l'odeur de cette substance est infiniment moins agréable. L'huile de naphte doit, suivant lui, ses propriétés à la benzole (Gaz. méd., 1849). Cette dernière observation nous démontre que sous le nom de coal tar naphta ou naphte artificiel, il s'agit ici d'un produit de la distillation du goudron de houille (1). C'est, en 1848, que M. Guthrie a communiqué à la Société médico-botanique de Londres un nouveau traitement du choléra qui a pris son origine, comme nous l'avons dit, en Perse et en Russie. Le docteur Andréyosky, médecin en chef de l'armée russe du Caucase, assure que l'huile de naphte, à la dose de 10 à 20 gouttes dans un demi-verre de vin blanc ou dans une infusion de menthe, est un remède infaillible contre la diarrhée cholérique. Le naphte fait aussi partie de l'élixir de Woronejo, usité chez les peuplades cosaques. Le naphte, préconisé dans le traitement du choléra asiatique, est le naphte pur, blanc ou rosé, qui n'a pas été distillé, mais qui vient de Bakou sur les bords de la mer Caspienne (2). $ 4. DIscUssIoN DEs PRoPRIÉTÉS MÉDICALEs. — Tous les bitumes sont des stimulants généraux; ils exercent sur la muqueuse bronchique une action spéciale qui se manifeste par une expuition plus facile et par une diminution de sècrétion. On peut à peu près les employer tous indifféremment dans le traitement des catarrhes bronchiques et surtout des bronchorrées; leur action bienfaisante se fait aussi sentir chez les malheureux phthisiques et détermine souvent une amélioration légère à leur triste position. Les produits pyrogénés paraissent modifier aussi l'état des sécrétions de la muqueuse intestinale; de là, leur emploi dans le traitement de la diarrhée; pour l'huile de naphte, comme nous l'avons vu, cette idée première a pris une grande

(1) From the tar formed in the manufacture of coal gas, an artificial naphta is obtained, which by rectification is rendered equally light and limpide with the natural substance Dispens. of the Un. States, 1858, p. 579.

(2) Journ. de pharm. ct de chim., 1848, t. XlV, p. 278.— Journ. de pharm. d'Anvers, 1848, t. IV, p.405.

extension puisque MM. Andréyosky et Cloquet l'ont administrée contre le choléra asiatique. Nous n'avons rien à préciser à cet égard ; c'est un médicament qui mérite d'être essayé, mais dans lequel nous n'avons aussi qu'une légère confiance; c'est contre les affections les plus rebelles à toutes les ressources de la thérapeutique que l'on a vanté le plus de médicaments, et, dans ces circonstances, on peut dire qu'un pareil luxe dans le nombre est un signe certain de pauvreté dans la qualité des remèdes.

L'huile de naphte a été peu expérimentée dans le traitement des maladies de la peau; c'est une substance à essayer et qui sans doute procurerait aussi des guérisons; c'est un insecticide et un vermifuge; ces deux mots disent assez quelles sont les affections pour lesquelles on pourrait recourir à son administration.

$ 5. FoRMEs ET DosEs. — L'huile de naphte s'administre à l'intérieur en potions :

A la dose de 1 à 2 gouttes comme antispasmodique.

A la dose de 10 gouttes à 5 grammes comme anthelmintique.

A la dose de 5 à 50 gouttes comme antidiarrhéique.

La dose administrée dans le traitement du choléra était de 20 gouttes dans un peu de vin blanc ou d'eau de menthe.

Dans le traitement du catarrhe, on prescrit ordinairement 10 à 20 gouttes à prendre sur du sucre ou dans une potion quelconque.

On mêle ordinairement l'huile de naphte, pour en masquer la saveur désagréable, avec un sirop aromatique.

Pour l'usage externe on prescrit une pommade contenant de 1 à 4 grammes de naphte pour 50 d'axonge.

Formule modèle.
MIxTURE (Hastings).

Pr. Naphte rectifié. . . . . . . . 52
Laudanum de Sydenham. . . . . 8

15 gouttes, trois fois par jour, dans de l'eau sucrée ou dans un sirop. Contre la phthisie pulmonaire.

ART. 11. — MEDICINAL NAPHTA.

Les Anglais ont beaucoup vanté, dans ces derniers temps, un naphte particulier qu'ils ont désigné sous le nom de medicinal naphta et qui posséderait à on très-haut degré les propriétés des balsamiques et des produits pyrogénés et notamment celles du goudron.

La difficulteé est de savoir quel est le composé chimique qu'ils entendent désior War ce nom ; suivant M. le docteur Hastings, les Anglais appellent naphte Plusieurs substances diverses qui n'ont d'autres caractères communs que leur "olatilité et leur combustibilité (1).

M. Hastings qui se loue beaucoup de l'emploi du medicinal naphta dans le

(!) Pulmonarv consumption successfully treated with naphta. London, 1845, p. 151.

traitement de la phthisie pulmonaire se félicite du hasard, it was my good fortune, dit-il, qui l'a fait tomber sur une bonne espèce de naphte. « Si nous cherchons, dit M. Sales-Girons, l'équivalent de la substance en question, nous trouvons qu'elle doit rentrer dans la famille des méthylènes : ainsi l'esprit pyroxilique étant un hydrate d'oxyde de méthyle, ayant pour formule C'H'O,Aq, le medicinal naphta est le corps qui a pour formule C'H'0. C'est à cause de cette ressemblance de composition, mais d'une grande différence dans les propriétés, que les Anglais distinguent avec soin le medicinal naphta des naphtes non médicinaux (l). » On voit par la formule C'H'O attribuée au medicinal naphta que c'est un composé tout différent de l'huile de naphte précédemment décrite, puisque celle-ci est un carbure hydrique, ou plutôt un mélange de plusieurs hydro-carbures. M. Durand-Fardel est parvenu à se procurer du medicinal naphta et assure en avoir obtenu de bons effets dans le traitement des catarrhes ; ce médicament agit de la même manière que le goudron; cependant, il se met en garde contre les exagérations des Anglais qui lui attribuent une grande efficacité dans le traitement de la phthisie pulmonaire. « Ce médicament est fort rare en France, dit M. Durand-Fardel, où son introduction est entravée par une de ces exclusions ridicules dont le système de prohibition présente de fréquents exemples. Cependant, nous en avons à notre disposition et MM. Cayol et Sales-Girons ont commencé, ainsi que nous, à l'expérimenter dans des cas d'affections catarrhales à tous les âges. L'efficacité réelle de cette préparation, comme du goudron lui-même, paraît ressortir avec évidence de la lecture des ouvrages anglais qui ont été consacrés à leur étude, et des nombreuses observations qu'ils renferment. Cependant l'intérêt de cette lecture est un peu altéré par les prétentions que les fauteurs de cette médication ont d'agir d'une manière curative sur l'élément anatomique de la phthisie pulmonaire, et par leurs théories à ce sujet (2). » En admettant que le medicinal naphta de M. Hastings soit bien le méthylacétyle ou acétone, nous renvoyons pour l'étude de ce composé au chapitre des anesthésiques, dans lequel nous avons consacré un article spécial à la description de ce médicament.

ART. 12. — HUILE DE PÉTROLE.

SYN. : Petroleum; Barbadoes tar; Rock oil (Angl.). — Steinöl (Allem.)-
Petrolio (Ital.). — Petroleo (Espag.) Huile de pierre; Oleum petrœ ;
Huile de Gabian; Pétrole.
$ 1°r. ORIGINE ET HIsToRIQUE. — Le Pétrole est un liquide bitumineux rou-

geâtre ou d'un brun noirâtre, presque opaque, de la consistance de la mélasse,

(1) SALEs-GIRoNs. La phthisie et les autres maladies de poitrine traitées par le medicinal naphta et les fumigations balsamiques. Paris, 1847, p. 478. (2) DURAND-FARDEL, Traité des mal. des vieill. Paris, 1854, p.455.

onctueux au toucher, possédant une saveur bitumineuse et une odeur forte et très-tenace; sa pesanteur spécifique varie de 0,750 à 0,878. Le pétrole, soumis à la distillation, laisse de l'asphalte pour résidu et donne, comme produit distillé, un liquide incolore nommé pétrolène et bouillant à 280°. Exposé à l'air, il passe à l'état de malthe; cette dernière substance est molle et gélatineuse; elle se durcit pendant les temps froids et se ramollit ordinairement pendant l'été. Le pétrole est presque insoluble dans l'alcool, les acides et les alcalis, mais il se dissout dans l'éther, les huiles fixes et volatiles. Ce produit découle naturellement de la terre et son gisement accompagne souvent celui du gaz grisou. On le trouve en France dans le département de l'Hérault, à Gabian (huile de Gabian), et au Puits-de-la-Pège, près de ClermontFerrand; dans ces lieux, il sert à graisser les charrettes et les machines à engrenage. Le pétrole se rencontre aussi en Italie à Amiano, sur les bords de la mer Caspienne, près de Rangoon dans l'empire birman, dans les îles Barbades, de la Trinité et dans plusieurs autres îles des Indes occidentales. Dans les États-Unis d'Amérique, le pétrole se rencontre dans un certain nombre de localités, parmi lesquelles les principales sont sur le Kenhawa en Virginie, près de Scottsville dans le Kentucky, dans la Pensylvanie occidentale, sur le Duck-Creek dans l'Ohio et sur les bords du lac Seneca dans l'État de New-York; dans cette dernière contrée, le pétrole est connu sous le nom d'huile de Seneca (1). Ces sources de pétrole, lorsqu'elles sont accompagnées de gaz inflammables, se sont quelquefois spontanément ou accidentellement enflammées; elles sont alors connues sous le nom de feux sacrés ou perpétuels et un objet de crainte et de respect pour les peuplades avoisinantes. L'huile de pétrole a été vantée jadis pour les mêmes usages que l'huile de naphte; de nos jours, on en a fait quelques applications utiles à la thérapeutique. $ 2. PRoPRIÉTÉs MÉDICALEs. — Le pétrole est considéré comme un stimulant antispasmodique et sudorifique. On le donne quelquefois dans les affections de la poitrine qui ne s'accompagnent pas d'inflammation. En Allemagne, il a été Vanté comme un excellent remède contre le ver solitaire; cette pratique est très-suivie en Égypte où on l'administre contre ce parasite à la dose de 20 à 50gouttes par jour. Schwartz formulait une mixture composée d'une partie dhuile de pétrole avec une partie et demie de teinture d'assa-fœtida; cette mixture s'administre à la dose de 40 gouttes trois fois par jour. En usage externe, le pétrole est employé dans le traitement des engelures, des rhumalismes chroniques, des affections articulaires, contre la paralysie et les malaoies de la peau. Il entre dans la préparation du remède populaire connu sous

(!) Dispens. of the Un. St. Philad., 1858, p. 579.

le nom de british oil qui est un liniment rubéfiant. La dose du pétrole des Barbades est depuis 30 gouttes jusqu'à une cuillerée à café dans un véhicule convenable; celui de Rangoon doit être administré à une dose moitié moindre (1).

BRITISH OIL.
R. Olei terebinth. . . . . . . . 3viii.
Olei lini . . . . . . . . . 3viii.
Olei succini . . . . . . . . 3iv.
Olei Juniperi . . . . . . . . 3iv.
Petrolei Barbadensis. . . . . . 3iii.
Petrolei Americani (Seneca oil). . . 3j.

Misce.

HYDRoPIsIE ENKYSTÉE DE L'ovAIRE DRoIT. — PoNCTION ; RÉCIDIvE; DoUBLE PoNcTIoN AIDÉE DE L'ÉLECTRICITÉ; GUÉRIsoN, par le Dr NAMIAS, de Venise.

(Extrait de l'italien par le Dr E. JANssENs, secrétaire-adjoint de la Société.)

L'observation intéressante qu'on va lire est extraite d'un Mémoire de M. Namias, sur l'électricité médicale, qui a obtenu récemment une récompense honorifique de l'Institut lombard des sciences, lettres et arts. La nommée Predesin, couturière, âgée de 45 ans, est admise à l'hôpital civil de Venise, le 10 février 1858. Cette femme, habituellement asthmatique, éprouve, depuis une quinzaine de jours, une dyspnée intense compliquée de toux, pour laquelle une saignée lui a été pratiquée en ville. La constitution de cette malade est bonne, son teint est pâle, son pouls, accéléré; la menstruation n'a jamais cessé d'être régulière. L'auscultation découvre un bruit de râpe dans le cœur gauche; l'exploration de l'abdomen révèle dans la région ombilicale une tumeur solide, de la grosseur d'une tête de fœtus à terme, et que la malade déclare porter depuis plusieurs années sans en éprouver le moindre inconvénient. La digitale, l'eau cohobée de laurier-cerise, les inspirations de fumée de stramonium réussirent à mitiger l'affection asthmatique, si bien que la malade se disposait à abandonner l'hôpital, lorsque, le 28 février, à la suite d'un effort pour aller à la garde-robe, elle ressentit tout à coup dans la tumeur dont nous avons parlé une douleur aiguë qui le lendemain avait envahi l'abdomen tout entier, et occasionné un mouvement fébrile violent. Le ventre distendu, ne pouvait supporter la plus légère pression. Une application'de 70 sangsues, deux petites saignées, pratiquées pour modérer la dyspnée, qui sur ces entrefaites, s'était fort aggravée, et de larges frictions avec une pommade résolutive, eurent pour résultat de juguler la péritonite commençante. Le 6 mai, on découvre dans la tumeur une fluctuation manifeste qui oblige d'y pratiquer, trois jours plus tard, une ponction à l'aide du trocart. Cette opé

(1) Dispens. of the Un. St., 1858, p. 550 et 546.

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