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Acné. On a obtenu de bons effets de ce médicament pour l'acné simple et l'acné indurata; on s'en est bien trouvé aussi contre l'acné sebacea et la mentagre.

Pityriasis et ichthyose. — Ces maladies sont heureusement modifiées, mais l'ichthyose ne tarde pas à reparaitre.

Lupus. Cette huile est utile comme modificateur des tubercules du lupus et nuisible dans le lupus érythémateux et le lupus eczémateux.

Favus. — Le médicament a été sans valeur contre cette affection (1).

Tels sont les résultats de la pratique de M. Bazin; nous avons pu constater par nous-même les bons effels de l'huile de cade sur les malades de son service; il serait curieux de rechercher si ces guérisons sont réelles et durables ou seulement une modification passagère.

Nous ajouterons qu'à l'époque (1855) où nous visitions les salles avec M. Bazin dont l'affabilité et la prévenance sont bien connues, ce savant dermatologiste obtenait de bons résultats de l'huile de cade dans le traitement de la couperose. Il faisait frictionner le soir la partie malade avec ce médicament et prescrivait en même temps, à l'intérieur, le sirop de protoiodure de fer.

Dans les maladies invétérées M. Bazin prescrivait, pour l'usage interne, des pilules contenant de l'huile de cade et de l'acide arsénieux.

M. Gibert reconnait aussi à l'huile de cade des propriétés plus actives que celles du goudron; en général, elle est plus utile, suivant lui, dans les affections chroniques que dans les maladies aiguës. Si on l'emploie, lorsqu'il y a encore inflammation franche, il faut bien en surveiller l'effet. Ce médicament est utile dans les affections pustuleuses , tuberculeuses et squammeuses; dans l'eczéma et l'impétigo chronique avec induration, contre le sycosis et le lupus (2).

M. Devergie a aussi expérimenté l'huile de cade dans le traitement des maladies de la peau; mais il parait réserver son emploi pour les affections squammeuses et pour les maladies qui se terminent par une période de désquamation.

« Je l'ai employée, dit M. Devergie, sur une grande échelle, comparativement à l'huile distillée du goudron, et j'ai obtenu des succès de l'une et de l'autre; cependant, je donne la préférence à l'huile de cade, pourvu toutefois qu'elle soit pure. Il faut commencer par de petites doses; à haute dose, l'huile de cade accroit l'intensité de la maladie cutanée, loin de l'améliorer (5).

Dans le traitement de l'eczéma, M. Serre emploie l'huile de cade à toutes les périodes et il en renouvelle l'application tous les jours ou tous les deux jours. M. Devergie né l'emploie qu'à la dernière période, lorsque l'eczéma ne fournit plus que des squammes. Chaque application est suivie d'un sentiment de chaleur,

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(1) Annal. de thérap. 1852, p. 102 et suiv.

(2) Remarques sur l'emploi de l'huile de cade et de divers produits bitumineux empyreumatiques dans le traitement des affections dartreuses, par le docteur Gibert, médecin de l'hôpital Saint-Louis.

(5) Devergre. Traité des maladies de la peau, 1854, p. 63.

de cuisson, d'une irritation dont la durée est de dix minutes à un quart d'heure.

Le goudron et l'huile de cade ne guérissent qu'à la condition d'être employés largement; M. Devergie fait conserver à ses malades la même chemise et les mêmes draps, afin de les placer constamment dans une atmosphère de goudron ou d'huile de cade.

Parmi les maladies de la peau chez les scrofuleux, le lupus et ses différentes formes sont une des plus hideuses et des plus rebelles; M. Devergie a appliqué l'huile de cade au traitement de cette affection; nous donnons ici les résultats de sa pratique personnelle.

« Tous les deux jours, je promenais å la surface des parties malades, et ce dans toutes les formes de lupus, un pinceau imbibé d'huile de cade, et je faisais ensuite essuyer les surfaces touchées avec un pinceau sec de charpie, de manière qu'il restât le moins possible d'huile. C'était le meilleur mode à suivre, car j'avais depuis longtemps observé que si l'on applique une couche épaisse, plus ou moins abondante d'huile sur une surface malade, on l'irrite au lieu d'obtenir le bénéfice d'une résolution.

» Ce moyen employé pendant trois mois consécutifs sur vingt-six malades des deux sexes et de divers dges n'a pas améné de guérison; mais, en thèse générale, il a notablement amélioré le mal, soit qu'il s'agisse du lupus non ulcéreux, soit qu'il s'agisse du lupus ulcéreux. Il est cependant, à cet égard, des différences à établir; l'huile de cade nous a paru avoir plus d'action lorsqu'elle est appliquée sur des surfaces non ulcérées que sur des surfaces ulcérées. C'est un bon modificateur des formes herpétiques du lupus; aussi, dans le résumé thérapeutique qui va suivre, je n'hésite pas à en conseiller l'emploi, comme un adjuvant sur lequel on peut compter (1). ”

Suivant M. le docteur Sully, l'huile de cade jouirait d'une grande efficacité dans le traitement de la teigne la plus invétérée; cet auteur a cité quatre cas de guérison chez des enfants.

L'huile de cade est aussi un excellent insecticide; elle foudroie les parasites; on l'a administrée comme vermifuge avec beaucoup de succès.

S 4. DiscussiON DES PROPRIÉTÉS MÉDICALES. L'huile de cade présente ceci de particulier qu'elle a été appliquée avec succès, si l'on en croit les observaleurs, contre loutes les maladies de la peau ou du moins contre les plus intéressantes. Son action est analogue à celle du goudron, mais elle est plus active et s'adresse à un plus grand nombre de maladies. Elle guérit les affections squanimeuses et se montre aussi efficace dans le traitement de l'eczéma simple. Son efficacité contre plusieurs manifestations de la scrofulose parait bien établie; elle a guéri des ophthalmies chroniques qui avaient résisté aux médications les plus rationnelles.

Son emploi nous paraît devoir se borner à l'usage externe; plusieurs médecius, et entre autres M. Bazin, l'ont administrée, il est vrai, en pilules, mais

(1) Devergie. Ouvrage cité, p. 579.

comme ils l'employaient en même temps à l'extérieur, il est difficile dans ces cas de se faire une idée de la valeur du traitement interne. M. Devergie a cherché à résoudre cette question en administrant l'huile de cade seule à l'intérieur et il n'en a obtenu aucun bon effet.

L'usage externe de l'huile de cade présente cependant un inconvénient; sous l'influence de cet agent, la peau prend une coloration brunâtre, coloration qui pourrait quelquefois inquiéter le malade et l'engager å renoncer au bénéfice de ce traitement. Il est bon alors de suspendre l'emploi de l'huile de cade pendant quelques jours et de lotionner les surfaces affectées avec une solution de sous-carbonate de soude.

Les médecins qui ont employé cette substance ne sont pas d'accord sur les doses à prescrire dans la confection des pommades; M. Devergie craint l'action irritante du médicament et les poussées qu'il peut déterminer; M. Bazin, de son cóté, traite plusieurs affections avec l'huile de cade pure sans y trouver d'inconvénient.

Nous pensons qu'il sera toujours bon d'essayer la susceptibilité du malade c'est, du reste, la marche que nous suivons lorsque nous prescrivons des pommades au goudron; on voit quelquefois, par des doses trop fortes, un médicacament aggraver le mal et faire naître des symptômes qui tourmentent le malade et qui pourraient lui laisser croire que le médecin s'est trompé dans son diagnostic. S 5. FORMES ET DOSES.

L'huile de cade, comme toutes les huiles pyrogénées, a été vantée dans la douleur qui accompagne la carie dentaire; il est d'usage vulgaire de soulager celte douleur par l'emploi d'une goutte de cette huile versée dans la cavité de la dent.

L'huile de cade a aussi été administrée à l'intérieur à la dose de 15 à 20 gouttes comme anthelmintique.

A l'extérieur, on prescrit une pommade d'huile de cade et d'axonge dans les proportions de 1 à 50 pour le début, que l'on élève ensuite jusqu'à parties égales. On peut aussi la dissoudre dans une huile émolliente et particulièrement dans la glycérine.

Formules modèles.
POMMADE CONTRE LA TEIGNE (Sully).
Pr. Axonge

64 grammes.
Huile de cade

45 Essence d'anis

6 gouttes. On en recouvre d'une bonne couche toute la calotte teigneuse.

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Pilules (Bazin).
Pr. Huile de cade.

3 grammes.
Acide arsénieux

0,05 centigr. Extr. de douce-amère. 8 grammes. On mêle l'extrait à l'huile; on dissout à chaud l'acide arsénieux dans q. s. d'eau; on réunit le tout; on ajoute q. s. d'axonge et on divise en 80 pilules.

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Syn. : Naphte, Naphta (Angl. et All.). S 1er. ORIGINE ET HISTORIQUE. Les auteurs ne sont pas bien d'accord sur ce qu'il faut entendre par les mots asphalte, pélrole, naphte, bitume, malthe, etc.; toutes ces substances jouissent de propriétés médicales à peu près identiques et ont été administrées dans les mêmes circonstances. Nous appelons huile de naphte avec M. Guibourt, un bitume liquide, très-fluide, transparent, d'un jaune clair, d'une odeur forte, non désagréable, très-inflammable, même à distance par l'approche d'un corps embrasé, et d'une pesanteur spécifique de 0,836 (1).

L'huile de naphte n'a pas toujours le même degré de pureté; aussi sa couleur peut varier du blanc jaunâtre au brun noirâtre; cette substance s'épaissit et brunit lorsqu'elle demeure exposée au contact de l'air et de la lumière; elle est insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther et les huiles.

« Le naphte est très-abondant dans certains pays, et notamment auprès de Bakou, sur la côte occidentale de la mer Caspienne, dans la province de Schirvan. Dans cette contrée, la terre consiste en une marne argileuse, imbibée de naphte. On y creuse des puits, jusqu'à 30 pieds de profondeur, dans lesquels le naphte se rassemble, comme l'eau dans nos puits. Dans quelques endroits, le naphte s'évapore en si grande quantité par des ouvertures naturelles du terrain, qu'on peut l'enflammer et qu'il continue à brûler en produisant une chaleur considérable que les habitants utilisent pour leurs usages domestiques. En Europe, on recueille une grande quantité de naphte près d’Amiano, dans le duché de Parme, dans une vallée auprès du mont Zibio, dans les environs de Modène et sur le Monte-Ciaro, non loin de Plaisance. Il sert à l'éclairage des villes environnantes (2).

Le naphte, distillé à plusieurs reprises, devient incolore, aussi fluide que l'alcool le mieux rectifié et plus léger, car il ne pèse plus que 0,758 à 19° centigrades. Il a alors une odeur faible et fugace et est presque sans saveur. Il est uniquement composé de carbone et d'hydrogène.

Le naphte naturel est toujours souillé de matières étrangères qui le colorent en brun plus ou moins foncé; lorsqu'il devient noirâtre, on lui donne généralement le nom de pétrole. Par la distillation des bitumes et des asphaltes, on obtient un produit analogue à l'huile de naphte.

D'après les analyses de MM. Blanchet, Sell, Pelletier et Walter, le naphte

(1) Guibourt. Histoire des drogues simples. Paris, 1849, t. I, p.

124. (2) Guibourt. Ouvrage cité, même page.

renferme plusieurs hydro-carbures différents et n'est pas, comme le pensait M. Dumas, un principe unique (1).

Le naphte, ou plutôt l'huile d'asphalte, a été recommandé dans le siècle dernier dans le traitement de la phthisie; de nos jours, on l'a remis en honneur comme moyen curatif de la bronchite catarrhale. Ce médicament a été prescrit dans ces derniers temps contre plusieurs maladies , mais sa réputation la plus grande lui est venue de la Perse et de la Russie, contrées où il a été vanté dans le traitement du choléra asiatique, par MM. E. Cloquet, médecin du schah de Perse et le docteur Andréyosky, médecin de l'armée russe (2).

S 2. PURIFICATION. — M. Dorvault indique le procédé suivant pour la purifi. cation de l'huile de naphte. On dissout 60 grammes de potasse dans 120 grammes d'eau; on verse le soluté dans une grande bouteille contenant un kilogramme de naphte brut; on agite la masse de temps en temps pendant un mois, en la tenant dans un endroit éclairé. On décante et on obtient du naphte très

blanc (3).

S 3. PROPRIÉTÉS MÉDICALES. - L'huile d'asphalte ou de naphte a été vantée, avons-nous dit, dans le siècle dernier et même au commencement de celui-ci, dans le traitement de la phthisie; à une époque où l'ignorance de l'auscultation et de la percussion laissait toujours un doute dans le diagnostic, il n'est pas étonnant

que

l'on ait cru de bonne foi à des guérisous de cette maladie alors que, très-probablement, on n'avait traité que des catarrhes bronchiques. Nous avons à faire ici la mème observation que nous avons faite pour les vapeurs et pour l'eau de goudron ; l'huile de naphte a pu modifier ces sécrétions abondantes mucoso-purulentes qui déterminent des quintes de toux et des accès de suffocation, mais, bien probablement, elle n'a jamais guéri une véritable phthisie. Nous la recommandons du reste au même titre que le goudron; son administration est très facile; on en prend, deux ou trois fois par jour, 10 à 20 gouttes sur du sucre ou dans de l'eau édulcorée avec un sirop quelconque. Voici, suivant M. Léberl, les noms de quelques-uns des principaux partisans de ce médicament: Theden, Vogel, Thilenius, Lentin, Leuthner, Bang, Callison, Sachtleber et Sachs.

L'huile de naphte a été vantée comme antispasmodique à la dose d'une à deux goultes; cette substance possède, comme tous ses congénères, des vertus anthelmintiques à la dose de 10 goulles à 5 grammes et plus.

On l'a préconisée aussi contre la diarrhée; M. Lavirotte, de Lyon, a publié des guérisons de diarrhée persistante par l'administration de l'huile de naphte (Gazelle des hôpitaux, 27 janvier 1849).

(1) MM. Pelletier et Walter ont admis dans le naphte deux huiles : le naphtène et le naphtole, et un produit solide la parafline; ces hydrogènes carbonés ayant des points d'ébullition différents s'obtiennent facilement par la distillation. (2) The Dispensatory of the united states of America; eleventh edition, Philadelphia, P.

579. (3) Dorvault. L'Officine. Paris, 1850, P.

152.

1858,

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