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dans ces trois cas, auxquels on pourrait ajouter le 5", la fièvre grave a précédé l'apparition de la gangrène. Nous avons dit, ci-dessus, que de nombreux écrivains pensent que le charbon malin peut se montrer sous l'influence de la peste, de la variole et d'une fièvre ataxique ou adynamique. Étudions donc, un instant, ce point d'étiologie du charbon. Peste.— Si l'on consulte les ouvrages des médecins qui ont observé la peste, ainsi ceux de Mertens (p. 51), de Lachèze (p. 555), de Aubert (p. 255), de Clot (p. 54), etc., l'on ne pourra douter que si l'anthrax malin est un signe caractéristique de la peste, il n'est pas par lui-même, dans ce cas, un symptôme grave (Aubert, Clot). Ainsi, si nous sommes forcés d'admettre un anthrax malin, comme résultat de la peste, nous sommes encore tenus de reconnaître que celui-ci, n'ayant point la gravité du charbon malin ordinaire, n'a ni la même cause, ni la même nature, ni les mêmes conséquences que ce dernier. Variole. — Voyons, maintenant, jusqu'à quel point les auteurs ont raison de dire que la variole peut engendrer le charbon malin, tel que nous l'avons décrit, ci-dessus, en nous appuyant sur nos observations. Quel est le praticien qui n'a pas eu l'occasion de rencontrer cette sorte de variole, si grave et bien décrite par Sydenham, Dehaen, Haller, J. Frank, etc. ! Un violent lumbago et du délire se montrent; le pouls devient fréquent et serré ; les pustules s'affaissent et prennent une teinte livide ou se remplissent de sang noirâtre et sont entremêlées de taches bleuâtres ou tout à fait noires. Sydenham, dans l'épidémie de 1674, a vu des pustules varioliques noires, accompagnées de gangrène. Mais, en pareille circonstance, on le voit, ce n'est ni le charbon malin local externe, comme dans nos 1r° et 2° observations, ni l'anthrax malin, comme dans notre 6" observation, ni les plaques gangrénées, telles que celles que nous présentent nos 7° et 8° observations. Donc la variole, pas plus que la peste, ne peut produire le charbon malin externe, ni le général interne desquels nous parlons dans ce mémoire. Fièvres ataxique et adynamique. — Pour nous éclairer sur ce point de l'histoire des affections charbonneuses, outre les trois mille observations de fiévre typhoïde, que nous avons recueillies, dans notre clientèle (1), nous avons consulté les ouvrages de Rœderer et Wagler (De morbo mucoso, page 99), de MM. Andral (Clinique médicale, 1850, t. III), Louis (t. II, p. 259), Forget (Entérite folliculeuse, p. 251), de Piorry (Pathologie iatrique, t. V, p. 268 ; t. VII, p. 642), etc. Ces recherches nous ont conduit à admettre que la gangrène véritable des téguments externes est assez rare et qu'elle n'est point uniquement un résultat fatal de l'altération du sang; mais plutôt la conséquence

(1) Voir notre ouvrage Sur la nature et la contagion de la fièvre typhoide, deux fois couronné en 1850. (Journal de la Société des sciences méd. ct nat. de Bruxelles, t. X.)

d'une irritation violente (celle produite par un sinapisme, appliqué trop longtemps)(1); d'une irritation hyposthénisante (celle causée par un vésicatoire cantharidé), ou mécanique (celle résultant d'une pression continue), lesquelles se rencontrent dans d'autres affections chroniques. Ainsi s'expliquent les escarres des sinapismes, des vésicatoires et celles sur le sacrum, les grands trochanters, et, quelquefois, les coudes et les talons. Quant aux organes intérieurs, dans la fièvre typhoïde, dit M. Andral, leur gangrène est encore plus rare que celle de la peau (L. c, p. 649). D'après l'expérience clinique, la plus attentive, il est donc de toute évidence que la gangrène, qui survient dans le cours d'une fièvre grave, de la variole et de la peste, n'a pas le même point de départ que celle que nous avons décrite dans nos observations (spécialement les 6°, 7° et 8°); qu'elle n'a pas non plus les mêmes symptômes, ni la même marche. Ainsi dans les observations 1 et 2, la gangrène est un résultat de l'inoculation d'un virus et, dans les observations 6, 7 et 8, elle est une manifestation ordinaire d'une toxicoémie particulière, caractérisée par la fièvre dite charbonneuse; tandis que dans les fièvres graves la gangrène n'est qu'un symptôme accidentel de la maladie principale, à laquelle est venu s'adjoindre, comme cause déterminante et capitale, un phénomène mécanique, c'est-à-dire une pression continue, ou, etc. Somme toute : sous les points de vue de l'étiologie, des symptômes, de la marche, de la gravité et de la transmission, la gangrène qui se montre comme accident, dans les fièvres graves, ne peut être confondue avec celle qui est un résultat du charbon malin et ne peut donc être rangée au nombre des affections charbonneuses proprement dites. Nous n'avons plus à exposer que quelques considérations sur le traitement du charbon malin, nous réservant d'étudier d'autres points de l'histoire de cette maladie, lorsque nous aurons donné nos observations de pustule maligne. Les détails cliniques, dans lesquels nous sommes entré, en rapportant nos deux premières observations, ne nous laissent que fort peu de choses à dire sur le traitement du charbon malin, local, externe et sur l'essentiel ou idiopathique. En effet, dans ces deux observations, nous avons tracé les règles à suivre dans la thérapeutique qui doit être dirigée, tout à la fois, contre l'affection locale et · contre les symptômes généraux secondaires. Nous n'avons donc plus rien à indiquer sur ce point de pratique, si ce n'est de faire remarquer le succès qu'a obtenu, entre nos mains, cette thérapeutique, que, par ce motif, nous devons recommander. Il va sans dire que si le médecin, appelé à temps, a lieu de croire à une ino

(1) Il y a 15 ans, j'ai refusé de faire l'amputation des deux cuisses, dans leur partie supérieure, à un riche cultivateur, âgé de 24 ans, appelé Didierjean, lequel avait une gangrène, non encore limitée, des deux membres, par suite de l'application, de la duréc de 8 heures, de deux sinapismes aux jambes, pcndant le cours d'une fièvre typhoïde, forme adynamique.

culation du virus charbonneux, par une piqûre, il ne doit point hésiter, un seul instant, à cautériser profondément, celle-ci, soit avec de l'ammoniaque liquide, du nitrate acide de mercure, etc., soit même avec un fer rouge. # Ainsi attaquée, la piqûre des sieurs Evon et Georgel (Observations 1 et 2) n'aurait certes point produit les graves accidents locaux et généraux, que présentèrent ces deux. malades; et celle du sujet de la 5° observation n'aurait peut-être point été mortelle. Je n'ai rien à dire du traitement du charbon général interne, idiopathique ; car que peut le praticien dans des cas semblables à ceux de la 6e et surtout des 7° et 8° observations ! Dès le principe, l'on ignore la nature du mal, et quand on la soupçonnerait, réussirait-on ? Une fois reconnue, l'affection est déjà fatalement au-dessus de la thérapeutique. En pareille circonstance, tout en agissant avec hardiesse, le médecin est forcé de s'incliner et de se rappeler ces paroles de Massillon : Dieu seul est grand !

IIe SECTION .

DE LA PUSTULE MALIGNE.

PREMIÈRE PARTIE.

De la pustule maligne, toujours mortelle quand elle n'est traitée ni à temps voulu, ni convenablement et même quand elle est soumise à un traitement rationnel.

Ici, comme lorsque nous avons parlé des affections charbonneuses proprement dites, nous n'avancerons rien qui ne soit appuyé sur des faits, recueillis par nous-même. Notre intention n'étant pas de faire une monographie complète de la pustule maligne; mais, tout simplement, de nous arrêter sur quelques points, mal étudiés, de l'histoire de cette affection; nous ne rapporterons, avec grands détails, que les observations, sur lesquelles nous devons nous appuyer. Tel est, on le sait, le plan que nous avons adopté, en parlant du charbon proprement dit. OBs. 9° et 10°. — En 1855, j'ai visité, avec deux de mes collègues, à son arrivée dans la ville, une femme de la campagne, atteinte d'une pustule maligne à l'avant-bras droit, lequel était tuméfié et couvert de phlyctènes noirâtres. .Attendu l'état général de la patiente, lequel était celui d'un malade succombant à une fièvre adynamique, un pronostic fâcheux fut porté, et, en effet, le soir de ce jour, cette villageoise était morte. Le lendemain, j'ai vu, à Croismare (village du sujet de la précédente observation), une autre femme, au moment où elle se mourait d'une pustule maligne, située sur le côté gauche du cou. La tête, le cou, la poitrine de cette mallheureuse étaient hideux, par leur couleur et leur tuméfaction.

Ces deux femmes avaient contracté leur affection en dépeçant une vache, qu'on venait d'abattre pour cause de maladie. OBs. 11°. — Au mois de mai 1858, j'ai été appelé à Menil (un des faubourgs de Lunéville), par M. Briot, tanneur, pour donner des soins au nommé Ferdinand Kunh, âgé de 25 ans, apprenti, atteint d'un bouton à un bras. Ce jeune homme portait, au bras gauche, au niveau de l'insertion du deltoïde, une pustule maligne, bien caractérisée. Celle-ci était à la deuxième période ; au centre, une plaque noirâtre, sèche, déprimée et circonscrite par un cercle de phlyctènes, remplies de sérosité foncée. Autour des phlyctènes, la peau était engorgée, tendue, œdémateuse, rouge, luisante, comme érysipélateuse. Le patient accusait de la fièvre, des horripilations, de la soif, de la céphalalgie et, au bras gauche, une douleur tensive et brûlante. Traitement.— Incision doublement cruciale et profonde de l'escarre; puis application, sur celle-ci, d'une boulette de charpie, imbibée de nitrate acide de mercure et renouvelée, trois fois, en une heure. Onctions, avec de l'axonge, sur toute la tuméfaction érysipélateuse du bras ; limonade citrique, potages. Un mois après, le jeune Kunh retournait à Boulay, son village, n'ayant plus qu'une petite plaie, simple, en voie de guérison. OBs. 12°.— Dix ans plus tard , c'est-à-dire en 1848, j'ai donné des soins au nommé Louis Picard, âgé de 54 ans, ouvrier de la même tannerie Briot, pour une pustule maligne, qu'il portait au milieu de la joue gauche. Celle-ci a été cautérisée par le fer rouge, et le malade, comme le précédent, se rétablit, ayant une cicatrice, bleuâtre, ronde, un peu froncée, de la surface de deux centimètres de diamètre. Quoique l'ayant vue et reconnue pendant sa première période, cependant je n'ai cautérisé cette pustule que lorsqu'elle atteignait la troisième, parce que le sieur Picard, persuadé que son bouton n'était rien, s'opposa d'abord à tout traitement, et qu'il ne céda que lorsqu'il vit mon pronostic fâcheux se confirIlleT. Je ferai remarquer que la figure de ce malade n'a pas pris la forme de poire. Le docteur Lafargue (voir le compte rendu des travaux, pendant l'année 1857, de la Société médicale de l'arrondissement de Libourne , à la page 471 de l'Union médicale de la Gironde, de 1858) dit que, deux fois ; une à Paris, dans le service de M. Maisonneuve ; l'autre, dans sa clientèle, il a vu la figure, atteinte d'une pustule maligne, prendre la forme de poire. OBs. 15°. — Le 15 avril 1857, je suis appelé, à 15 kilomètres de Lunéville, dans la commune de Chenevières, par le sieur Gérardin. Cet homme, âgé de 60 ans, d'une bonne constitution, dans l'aisance, porte, à la partie externe de l'avant-bras droit, à la réunion du tiers inférieur avec le tiers moyen, un bouton, de la surface d'une pièce de deux francs, ayant son centre, noir, déprimé et circonscrit par des phlyctènes noirâtres ; produisant une douleur brûlante. Sa main, l'avant-bras et le bras, jusqu'à l'insertion du deltoïde, sont très-tuméfiés. Le toucher indique que ces parties sont dures et œdémateuses. Le malade, dont le facies est profondément altéré, qui accuse une grande soif, dont le pouls, faible, donne 74 pulsations à la minute, se plaint d'une douleur intense à la partie supérieure de l'éminence thénar, où se trouve une phlyctène noirâtre. Voiei les renseignements que j'obtiens : Le 6 avril, à 11 heures du soir , pour rendre service à un sien voisin, le sieur Gérardin, en tuant une vache, qui allait périr de maladie, a introduit tout son avant-bras dans la plaie du cou de cette bête « afin de faire couler le sang, qui s'échappait lentement. » Le 9, Gérardin a ressenti des démangeaisons vives et brûlantes, produites par un petit point violacé, assez semblable à une piqûre de puce, siégeant au lieu ci-dessus indiqué de l'avant-bras droit. Le 10, mêmes démangeaisons ; mais au lieu du point violacé, on reconnaît une dureté brune, du volume d'une lentille, et entourée d'une ampoule noirâtre. Depuis ce jour jusqu'au 14 au soir, la surface de la pustule s'est agrandie, sans produire d'autres phénomènes qu'un sentiment de brulûre , accompagné d'un prurit très-vif et continuel. Dans la nuit du 14 au 15, la tuméfaction de la main , de l'avant-bras et du bras s'est développée et a acquis les dimensions que j'ai signalées. Le 15, à midi, après avoir fendu l'escarre, épaisse d'un demi-centimètre environ, j'ai recours à la cautérisation. Trois fers, rougis à blanc, sont appliqués successivement sur la pustule, de telle sorte que je pense produire une escarre plus large et plus profonde que la plaque gangrénée. Cette cautérisation enlève, à l'instant, toute douleur.Je fais couvrir les parties tuméfiées avec des compresses imbibées d'une décoction concentrée de fleurs de sureau et d'écorce fraîche de chêne ; je conseille une cuillerée ordinaire, toutes les heures, de la potion suivante :

2| Eau de tilleul. . . . . . . . .. 100 grammes.
Extrait mou de quinquina. . . . . 1 id.
Acétate d'ammoniaque. . . . . . 5 id.
Sirop d'éther. . . . . . . . . 50 id.

Le 16, l'escarre a environ cinq centimètres de longueur, sur trois de largeur; de nombreuses phlyctènes sur la surface dorsale de la main, sur l'avantbras et le bras; pouls faible, donnant 99 pulsations à la minute. Traitement.— Continuation de l'usage de la potion et des fomentations; limonade vineuse ; régime tonique. Le 17, même traitement. De plus je conseille un mélange de charbon et de quinquina pulvérisés, pour saupoudrer l'escarre et, par-dessus ces poudres, des compresses imbibées d'eau chlorurée. Le 20, nouvelles phlyctènes sur le dos de la main; trois tubercules violacés, assez semblables à ceux du lupus scrofuleux, sur la face postérieure du pre

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