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Clodion & ses successeurs ont regné en deçà du Rhin. Venons au fait du Manuscrit.

Ce Manuscrit l'emportera-t-il contre l'autorité de tant d'autres, où l'on voit tout le contraire ? Ceux qui ont fait valoir cette dé. couverte, ont-ils fait une réflexion ? sçavoir que depuis plus de mille ans que Gregoire de Tours a écrit,on a coûjours lû Toringiam en cet endroit , & jamais Tongriam.

Frédégaire qui écrivoit peu de temps après Gregoire de Tours, dit, en le servant des paroles mêmes de cer Historien dont il fait l'Epitome , que Clodion demeuroit in termino Toringorum. L'Auceur du Livre, qui a pour titre, Gefta Regum Francorum , parle tout de même , & ajouste expressément que Clodion passa le Rhin pour venir dans le Païs d'Artois. Le Moine Roricon, Hincmar dans la Vie de Saint Remy, & tous les autres Copistes de Gregoire de Tours, employent le même terme. Ils ont donc lû dans les manufcrits qu'on avoit de cet Auteur , il y a mille ans, il y a huit cens ans, il y a lix cens ans, de la même maniere qu'on lit aujourd'hui dans nos Livres imprimez.

Ainsi le manuscrit de Morel, où l'on voit Tungriam , n'a ce mot que par la correction de quelque demi Svavant, que le passage de Gregoire de Tours embarassoit.

Mais, dira-t-on, peut-on croire que Gregoire de Tours n'ait pas {çû que pour venir de Pannonie en Turinge, il ne falloit pas passer le Rħin. Monsieur de Valois, pour éluder cette difficulté, fait une autre corre&tion au passage, & dit qu'il faut lire dans Gregoire de Tours, Dehinc tranfa&to Mæno, & non pas Rheno , aprés avoir passe le Mæin; cela vaut mieux ; mais après tout, c'est deviner & contredire encore tous les manuscrits : Pour moi , voici ma pensée làm dessus.

Je dis que Gregoire de Tours rapporte là une tradition sans l'examiner, ni sçavoir ce qu'il y avoit de vrai ou de faux ; & que cette tradition avoit quelque fondemenr , même en ce qu'elle avoit de faux.

Vignier, dans son Traité de l'origine des anciens François, rapporte une inscription trouvée dans les ruines de la vieille Bude en Pannonie, où il est dit qu'une legion de Sicambriens fonda en ce lieu-là une Ville qu'elle appella Sicambrie de son nom.

Il y avoir au rapport de Corneille Tacite, * des Sicambres dans * L. 4. AG: ces quartiers-là au fervice de l'Empereur Tibére. Il y avoir des Bataves dans le même Pais au service de l'Empereur Hadrien, selon le

témoignage de l’Historien Dion. On voit dans les anciens Geogra. phes, un Peuple proche de là appellé Brenci, Les Sicambres & les Bataves estoienc compris sous le nom de François comme les Bruchtéres, les Camaves , & les autres qui habitoient le long des bords du bas Rhin & du Vahal. Le mot Brenci a beaucoup de rapport à Franc.

Voilà ce qui a pû estre le fondement de la tradition qui faisoit venir les François de la Pannonie, toute fausse qu'elle eltoit en ce point-là. La multitude des Nations barbares qui inonderent l’Empire au cinquiéme siecle de l'Eglise, la diversité , & la multiplicité de leurs noms, & l'obscurité de leur origine donnoient alors occasion à toutes ces conjectures que l'on faisoit sur leurs anciennes deineures.

Pour l'autre point , sçavoir que les François fussent venus vers la Turinge en pallant le Rhin, c'est ce qui paroist difficile à comprendre; & c'est pourtant ce qu'il y avoit de vrai dans cette tradition ; & ce qui estoit arrivé trois cens ans avant que Gregoire de Tours écrivilè fon Histoire.

Euménius dans le Panegyrique de Constance, & Zozime sur la fin du premier Livre de fon Histoire, racontent que l'Empereur Probus ayant vaincu les François, agréa la proposition qu'ils lui firent de leur donner des terres pour habiter : qu'il leur en accorda sur le bord du Pont-Euxin, où ils furent transportez; qu'ausli-toft après leur arrivée s'estant revoltez, ils s'emparerent de quantité de Navires, qu'ils trouverent au bord de la Mer; que ces Avanturiers s'e mbarquerent, & ravagerent toutes les costes d'Asie, de Grece, d'Afrique, de Sicile, prirent & pillerent Siracuse, pénétrerent dans l'Ocean, & s'en revinrent enfin dans leur Païs.

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les avant Clou

Italie sous la conduite d'Enée, qu'une autre partie au nombre de dans les Gautdouze mille, alla s'establir vers les Palus-Meotides , où elle bastit vis. une Ville appellée Sicambrie; que les François demeurerent là jufqu'au regne de Valentinien; & que ce fut du temps de cet Empereur, qu'ils s'approcherent du Rhin ; après quoi fuit l'Histoire de l'établissement de Clodion dans les Gaules.

Le commencement de cette Histoire est une pure fable, & eft plein d'absurditez, Le temps du départ des François de Sicambrie, & de leur arrivée sur le Rhin du temps de Valentinien, est une fauł seté visible; l'Histoire Romaine faisant mention des François,comme d'habitans de la Germanie , dès le temps de l'Empereur Gallien. Peut-on après cela faire fond sur ce qui suit de l'établissement de ces mêmes François dans les Gaules sous Clodion , que l'Histoire Romaine dit expressément en avoir esté chassez par Aëtius General de l'Armée de l'Empire.

En un mot tous ces Ecrivains ont glofé fur Gregoire de Tours, qui parle de l'entrée de Clodion dans les Gaules, & qui passant sous lilence la défaite de ce Prince par Aëtius, que nous apprenons par l'Histoire de i’Empire, leur a donné lieu de croire, qu'il s'y estoit établi. A cette faussecé ces Ecrivains, plusieurs siecles après Gregoire de Tours, en ont ajousté une infinité d'autres dont tout le monde convient , & qui doivent faire compter pour rien leur autorité sur le point dont il s'agit.

Au sujet de mon nouveau systéme, il y a eu des gens qui se font imaginé que je retranchois quatre de nos Rois de la premiere Race, sçavoir Pharamond, Clodion, Mérovée & Childeric, & ils ont presque regardé ce retranchement comme un attentat. C'est ainsi que l'on prononce, quand on juge sans avoir donné la moindre artention aux chofes dont on entreprend de juger. Je n'ai point osté à la premiere Race les quatre Rois donc il s'agit; mais je les fais regner dans la France au-delà du Rhin. Qu'ils ayent regné dans cette France, ou dans les Gaules, ils n'en sont pas moins Rois des François, & n'appartiennent pas moins à la premiere Race. Siceux qui, comme la plupart de nos Historiens, font regner Pharamond sur les François au-delà du Rhin, ne sont pas censez l'oster à la premiere Race, pourquoi m'accusera-t-on de le lui ofter,, parce que je le fais regner comme eux au-delà de ce fleuve aussi-bien que les premiers Successeurs ? . Voilà, ce me semble, mon opinion assez solidement établie, selon laquelle Clovis est le premier des Rois des François qui ait fixé

Teme 1.

la demeure de la Nation dans les Gaules, où tous ses Prédécesseurs n'avoient fait que des excursions, sans pouvoir s'y établir , ayant toûjours esté repoussez par les Romains: & c'est la raison pourquoi en entreprenant d'écrire l'Histoire de France depuis l'établissement de la Monarchie dans les Gaules , je la commence par Clovis.

Ceux qui ont trouvé mauvais que je ne commençasse pas mon Histoire par Pharamond, comme ont fait les autres qui ont écrit avant moi l'Histoire de France, auront encore de quoi se satisfaire sur un point; c'est que dans ce premier Article de ma Préface Hiftorique, & dans le suivant , ils trouveront tout ce qu'il y a de plus considerable & de non fabuleux dans les regnes de Pharamond, de Clodion , de Mérovée & de Childéric ; car jy ai touché tous les faits les plus importans & les plus seurs des regnes de ces quatre Princes; & je n'y ai rien omis que les fables qui ne servent qu'à gaster une Histoire.

ARTICLE SE CON D. De la déposition du Roy Childéric pere de Clovis, eg de l'élecsion du Comte Gilles General de l'Armée Romaine , pour estre

mis en la place sur le Trône des François.

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- „ Les François, dit Gregoire de Tours, après avoir chassé Chil„ déric à cause de ses excellives débauches, élûrent d'un commun „ consentement le Conite Gilles pour leur Roy , c'estoit celui qui „, commandoit l'Armée Romaine dans les Gaules.

Je n'ai presque contre ce fait que des conjectures & des argumens negatifs; mais peut-estre feront-ils sur l'esprit des Lecteurs, quand ils les auront examinez , le même effet qu'ils ont fait sur le mien, je les toucherai en deux mots.

On ne peut gueres voir rien de plus extraordinaire que cette section d'un General de l'Armée Romaine par des François, cels qu'eltoient ceux dont je parle, Payens, jaloux de leur liberté & de la gloire de leur Nation, aussi differens des Romains par leurs m urs, leur Police, leurs Coustumes, que par leur Religion, leurs Ennemis declarez, & qui ne cherchoient depuis long-temps qu'à leur enlever une partie des Gaules. Une telle élection considerée en elle-même paroist quelque chose à peu près d'aussi bizarre, que nous l'auroit paru, il y a quelques années, la conduite des Turcs , li après

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