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stoire. La disposition de tant de faits qui se croisent de la sorte, est difficile, sur tout quand on est obligé d'en couper quelques-uns, pour ne pas laisler trop loin les autres; & il faut principalement observer,quand on reprend ceux qu'on a commencez sans les finir,de rappeller en general dans une transition l'idée de ce qu'on en a déja dit, pour remettre le Lecteur sur les voyes, & lui faire reprendre sans peine le fil de la narration qu'on a esté contraint d'interrompre.

Après tout on ne peut donner sur ce point une regle & une méthode generale. Il faut avoir toûjours en vûë la clarté de l'Histoire & la satisfaction du Lecteur,se mettre,comme je l'ai déja dit, à la place,en composant;& juger par là ce qu'il faut dire en tel endroit, & ce qu'il faut dire en un autre.

Ut jam nunc dicat , jam nunc debentia dici, C'est beaucoup que d'avoir le talent de donner à sa matiere cet arrangement qui rassemble une si grande multitude de differens objets avec ordre , & met chacun dans la place qui lui convient; mais ce n'est pas assez de les bien ranger , il faut les orner. L'ordonnance d'un Tableau peut estre fort belle, & le coloris mauvais, les figures estropiées ou mal proportionnées, & ne presenter aux yeux rien que de secou de monstrueux ; c'est ce qui arrivera à tout Ecrivain dans une Histoire, s'il n'a pas de stile, ou s'il ne sçait pas prendre celui qui eft propre de ce genre d'Ouvrage.

On peut dire de presque tous les Historiens qui ont écrit nostre Histoire generale en François, & on le peut dire sans leur faire injustice, qu'ils ne sont rien moins qu’estimables par cet endroit. Tout homme qui aura un peu de goût, ne lira pas deux pages de suite de leurs Ouvrages , qu'il ne re

Tome I.

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toriens semblent s'estre fait une loy de commencer chaque livre, & quelquefois chaque chapitre de leur Histoire par quelque semblable trait. Rien n'impatiente plus un Lecteur que ces préambules qu'il ne cherche point, & qu'il n'attend point. Il faut qu'ils soient beaux & courts, pour ne point produire cet effet ; mais il est certain qu'ils doivent estre rares.

Les Exordes en matiere d'Histoire, encore plus qu'en matiere de Discours Académiques, ne doivent point estre tirez de loin. Un plan court & net de la fcéne qu'on va ouvrir , si elle a quelque chose de grand, communément est le meilleur & le plus beau début qu'on puisse faire. Au défaut de cela une réflexion judicieuse & solide sur ce qui a déja efté dit par rapport à ce que l'on va dire qui tienne lieu d'une pure tranfition, suffit pour commencer le Livre ou le Regne suivant, souvent même la continuation toute simple de la narration n'a pas mauvaise grace. Le sujet dont on a l'efprit rempli, fournit de lui-même mille differentes maniéres : il faut pour varier, user tantôt des unes , & tantôt des autres.

Le stile doit estre naturel, c'est-à-dire sans nulle affecta- der er gratis on tion. L'art & l'esprit doivent regner dans tout l'ouvrage; imefani.com mais sans se montrer , pour ainsi dire. Une Histoire semée os fidem Fab. par tour d'antichéses & de cours ingénieux éblouit par tant de brillans. Elle plaist d'abord, & fatigue dans la suite. Foramine Nous voulons qu'on nous entretienne dans un livre veritatis comme dans une conyersation, c'est-à-dire , d'une ma- de Orale niere naturelle. On prend plaisir à entendre un homme qui raconte bien ; & ce bien consiste dans cette maniere naturelle. Il deviendroit insupportable , si son discours marchoit toûjours en cadence. En un mot, ce n'est point ainsi qu'ont écrit César & Tite-Live. Virgil

loris, perderet

Fab Quint, L.9 Co

Non dicere or.

at. Cic.

qu'on peut regarder comme le plus excellent modéle de la narration, n'a pas crû, tout Poëte qu'il estoit , qu'il lui fût permis de faire dans son Enéïde cette grande & continuelle dépense d'esprit, & le bon sens la moderé dans ce point comme dans tous les autres. Ces traits vifs ont un bon effet, quand on ne les entasse pas les uns sur les autres. Ils animent une narration, ils donnent la pointe à une réflexion mise à propos , ils relévent un caractére & la peinture qu'on fait d'un personnage. En cela, comme en toute autre chose,il ne faut ni du trop, ni du trop peu.

Ceux qui ont écrit de l’Art Oratoire, après avoir fait le partage du Discours de l'Orateur en Exorde, en Narration, en Confirmation & en Peroraison, donnent pour les principales qualitez de la Narration d'estre courte & nette; & ces qualitez conviennent aussi à la Narration dans l'Histoire.

La brieveté de la Narration ne consiste pas à ne lui donner que peu d'étendue, mais à ne lui donner qu'une juste étenduë ; sans cette juste étenduë elle ne seroit pas courte ,

mais estropiée.Le retranchement des digressions, des circonCircumcisa stances ou inutiles ou peu importantes, des réfiéxions trop Segons el superua fréquentes, des raisonnemens politiques fans beaucoup de Fab, bit coin fondement, une expression serrée sans phrases, sans peri

phrases, sans certains tours forcez que prend un Auteur qui cinas e cical nest point maistre de son stile, c'est là ce qui en fait la brie

veré & la précision.

La nerteré vient encore d'une expression bien rangée, exempte d'équivoques, qui n'est point interrompuë par des parentheses, ni embarrassée par des phrases entorrillées , ni par des periodes trop longues. C'est ce qui fair encore estimer la traduction de Plutarque d'Amiot. Son fiecle ne pro

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vitate de la cius, Cic, in Brut.

fita pas de son exemple. Ceux mêmes, qui sous le Regne de Louis XIII.& de nostre temps, ont d'abord travaillé à perfectionner nostre Langue, nont pas évité tous ces défauts dont je viens de parler : mais aujourd'hui le bon goût a prévalu dans ce point comme dans les autres,& non-seulement dans l'Histoire, mais encore dans quelque ouvrage que ce soit ; jusques dans les Livres de Philosophie & de Theologieon veut de la netteté, sous peine pour l'Auteur de n'estre lû de personne.

L'art des transitions qui font la continuité de la Narration, n'est pas le plus aisé à attraper : elles sont dans un corps d'Histoire comme les jointures & les ligamens dans le corps humain. Des faits mis bout à bout comme des membres approchez les uns des autres sans liaison ne feroient point un tout, mais un amas informe.

Comme la transition est pourlier ce qui précede avec ce qui suit, elle doit avoir rapport à l'un &à l'autre. C'est, s'il m'est encore permis d'user de cette comparaison,comme un pont qui doit toucher aux deux rivages. La transition sera d'autant meilleure, que ce rapport sera plus naturel & moins recherché. Il y a mille manieres de passer d'un sujet à un autre; il faut éviter celles qui sont usées & triviales ou du stile familier : onen voit beaucoup de.cette sorte dans les Ecrivains de nostre Histoire generale. Celles-cy, par exemple, * Ne vous travaillez donc pas à débroüiller toutes ces menuës fa- Mezoray Etions que les Auteurs de ces temps-nous ont laisées bien con- gris de Chile fuses; mais remarquez,&c.Dous ne lirez, plus ci-après des crual te biederic Idea tez si frequentes. Mais avant que de passer à la seconde ( Race,) de bonnaire voyons un peu quel fut l'estat de la France sous les Merovingiens. Chauve Vous avez na gueres comme le Neustrien er le Germanique Je faisoient la guerre. Ces especes de colloques de l'Historien

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dans les Rés

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per c, de Clotaite I I. de Chilteric III. de Louis le Débonnaire, de Charles le

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