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MAJEST'E'. Je la supplie d'agréer la protestation publique que je fais de ce zele, da du très - profond respect avec lequel je prends la liberté de me dire,

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* Livre in titulé, Supplés ment desTraitez de la con. noi Torse ries livres.

N N AUTEUR fort zelé * pour la gloire de

la France , après avoir déploré la dilecte, où il croit qu'elle est de bons Historiens, donne cet avis à ceux qui penseroient à travailler

. de nouveau à nôtre Histoire. „, Ceux , dit-il, „ qui veulent mettre l'Histoire de France dans un meil. „ leur estat , doivent d'abord faire present au Public de„ quelques discours, où ils découvrent les défauts de tou-. „ tes nos Histoires , pour montrer le sujet qu'on a de s'en: „ plaindre, & pour détromper les gens qui les croyent fort „ accomplies.

Je ne décide point sur la necessité, ou sur l'utilité de cet avis : mais je trouve qu'il seroit un peu dangereux pour moi de le suivre , au moins dans toutc, son étenduë. Quelque droite que fût mon intention dans une telle Critique , on me soupçonneroit toûjours de vouloir establir ma réputation aux dépens d'autruy ; & de plus il faudroit que je fusse d'un autre rang que je ne suis dans la Republique des Lettres, pour m'y ériger en Juge des Auteurs , pour les citer ainsi tous à mon Tribunal , & pour entreprendre de prononcer sur leur mérite.

Mais je crois qu'il ne sera ni contre les loix de la bienféance, ni contre celles de la modestie , en traçant l'idée d'une bonne Histoire, telle que je me la suis formée pour me regler dans la composition de celle-cy; de faire remarquer certains défauts, qu'on doit éviter dans des Ouvrages de cette nature, & d'en apporter quelquefois des exemples tirez de nos Historiens , pour faire mieux comprendre ma pensée.

Nous avons dans les Anciens & dans les Modernes pluficurs Dissertations sur la maniere d'écrire l'Histoire. J'ai profité de leurs lumieres pour m'instruire moi-même ; je ne ferai ici guéres autre chose, que de mettre dans un autre ordre leurs judicieuses réflexions , & de leur donner quelquefois un peu plus d'étenduë.

La premiere qualité qu'ils demandent dans un Historien, est la sincerité & la verité : c'est en effer son devoir le plus essentiel. Dès-là que c'est une Histoire, c'est un tissu & une suite de faits veritables, ou du moins qu'on a droit de regarder comme tels, suivant certaines regles, où malgré qu'on en ait, onest obligé de s'en tenir sur les choses passées.

Une de ces principales regles , est le témoignage unanime, ou presque unanime des Auteurs contemporains ; & cette unanimité se rencontre d'ordinaire sur certains faits publics & connus, fur une bataille donnée , fur une victoire remportée, sur la prise d'une Ville, sur la conquesta d'une Province , sur la mort d'un Souverain. Quand ce consentement des Auteurs est tel sur ces fortes de faits qui fe sont passez à la vûë de tout un Royaume, on a droit de les rapporter comme indubitables , & nul homme de bon sens n'oseroit les contredire.

Tomel.

· Mais il n'en est pas de même des détails & de toutes les circonstances de ces faits , ni souvent des ressorts qu’on à fait jouer , pour produire certains évenemens : c'est à cet. bgard que ce qu'on appelle le Pyrrhonisme de l'Histoire peut eftre permis. Peu d'Ecrivains ont esté témoins des intrigues du Cabinet ; peu ont eu part aux Négociations ; ils rapportent ce qu'on pensoit communément dans le Public, ce qu'on disoit à la Cour, ce que ceux qui passoient pour les plus clairsvoyans s’imaginoient avoir découvert ; fondemens souvent peu folides pour prendre son parti sur les causes des évenemens.

Les Historiens qui écrivent d'après eux, s'ils n'ont pas découvert de plus sûrs Memoires, font obligez de s'en tenir à ceux qu'ils leur fournissent , & d'adopter leur policique, quand ils n'ont point de raison particuliere de s'en écarter. En cela ils peuvent manquer contre la verité, en suivant de tels guides ; mais ce n'est pas leur faute. On peut dire le faux, sans cesser d'estre sincere, quand on ne le connoist pas pour tel ; & c'est en cette matiere tout ce qu'on peut souhaiter d'un Historien, qui écrit ce qui s'est passé plusieurs siecles avant lui. Il suffit pour sa justification qu'il ait pour garants les Ecrivains les moins suspects parmi ceux qui l'ont précedé.

Ce que je dis touchant les veritables causes des évenemens, on le doit dire à proportion de la pluspart de leurs circonstances. Combien voit-on de relations de Batailles, même de celles qu'on a données de nostre temps, qui s'accordent sur tout ? On peut hardiment affûrer qu'on n'en trouvera pas deux semblables, fussent-elles faites par les personnes mêmes qui y auroient eu le plus de part, & qu'on peut çiter comme des témoins oculaires,

Nous avons un exemple remarquable en cette matiere dans la fameuse Bataille de Jarnac, où Louis Prince de Condé fut tué sous le Regne de Charles IX. Le Sieur de Castelnau-Mauvislieres , dont nous avons d'excellens Memoires , & quiestoit à la Bataille , dit que l'Amiral de Coligny & d’Andelot son frere sçachant que le Prince revenoit sur ses pas pour les foûtenir, reçûrent avec beaucoup de résolution le Duc de Montpensier qui les chargea vivement, & qu'il ne les rompie entierement, que par une seconde charge, après qu'ils se furent ralliez. Au contraire dans les Memoires de M. de Tavannes quieftoit aussi dans l'Armée, il est dit que l'Amiral & d'Andelot agirent fort mollement cn cette occafion; & qu'estant venus à la longueur des lances, ils tournérent à gauche, & laissérent tomber tout le poids du combat sur le Prince de Condé qui y périt.

Auquel de ces deux témoins, dont l'autorité doit estre d'un si grand poids, un Historien s'en rapportera-t'il ? Je crois qu'en cette rencontre & en d'autres semblables , où la chose le mérite, il doit se contenter de remarquer la contrarieté des deux Relations opposées, sans suivre l'une plûtôt que l'autre.

Il est hors de doute que pour la suite d'un Siége, pour l'arrangement d'une Armée sur le point qu'elle est d'en ve nir aux mains, un Historien qui cherche la verité , doit préférer les Mémoires des gens du métier , quand on ena, & on en a plusieurs ; qu'il doit, dis-je, les préferer à tous les autres qui n'ont pas le même titre pour estre crûs , qui souvent embellissenr l'objet pour divertir les Lecteurs , & qui quelquefois n'ont pas même en spéculation les connoissances necessaires pour traiter ces sortes de sujets. Mais c'est-là, pour le dire en passant, un point sur lequel il est

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