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re aux Allemans, qui s'estoient jettez sur une partie de l'Italie, & ils se rendirent maistres de leur Païs. Après toutes ces expeditions Childéric mourut la vingt-quatriéme année de son regne , vers l'an

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Turon. C'est-là à peu près ce que raconte de ce Prince le premier de nos

Historiens. Il fut enterré auprès de Tournay en un lieu qui est maintenant renfermé dans la Ville , où l'on trouva son tombeau l'an 1653. Voyons maintenant si de la narration de Gregoire de Tours, on peut conclure que Childéric ait regné en-deçà du Rhin.

En le voyant s'avancer jusqu'à Orleans & à Angers , il seroit afsez naturel de croire que son Royaume estoit en-deça du Rhin, li on en jugeoit par la maniere dont on fait aujourd'hui la guerre. Mais ce n'est pas sur ce pied qu'il faut juger des expeditions des François de ce temps-là, non plus que de celles des autres Barbares. Sans parler des Huns, des Alains, des Vandales, des Gépides, & des autres, dont les Armées innombrables ont parcouru une grande partie de l'Europe, il n'estoit point extraordinaire aux Peuples de la Germanie de faire des excursions à deux & trois cens lieues de

leur Pais; & l'Histoire Romaine nous apprend en plus d'un enAurel. Vi&or, droit, que les François forçant les passages du Rhin, se répandoient &c.

quelquefois jusqu'aux extrêmitez des Gaules. On les avoit vûs sous l’Empire de Gallien aller porter la désolation jusqu'en Espagne: & telle fut l'expedition de Childéric , quand il alla jusqu'à Angers.

Cet Odoacre Roy ou Duc des Saxons, que Gregoire de Tours dit s’estre rencontré en même temps que Childéric, à Orleans, & à Angers , n'est-il pas une preuve de ce que je dis ? Avoit-il son Royaume en-deçà du Rhin? N'estoit-il pas venu de la Germanie ? Garda-t-il ce qu'il avoit pris ? Enfin ce qui confirme que ce n'estoit là qu'une excursion de Barbares, c'est que Childéric ne garda ni Orleans, ni Angers, ni aucune Place entre la Seine & la Loire , ni entre la Seine & la Somme; puisque selon ceux-là mêmes , qui lup

posent Childéric établi dans les Gaules, la premiere conqueste de In Vitå fan&i son fils Clovis , fut le Païs d'entre la Somme & la Seine. In diebus

illis , dit Hincmar , dilatavit Rex Clodovicus regnum suum usque Sequanam.

Mais ce qu'il y a sur tout à remarquer ici, c'est qu'après le pillage d'Angers, Childéric & Odoacre repasserent le Rhin, & firent ensemble ligue contre les Allemans qui s'estoient jettez dans l'Ita

lie, & les subjuguerent. Odoacrius , dit Gregoire de Tours, cum 1. 2.6.-9. Childerico fædus iniit , Alamannosque qui Italiam pervaserant , fubjugarunt. Car il est manifeste que cela ne se fit pas en-deçà du Rhin. Childéric mourut quelque temps après. His ita geftis mortuo Childerico , c.

Ainsi donc le regne de Childéric dans les Gaules, n'est pas mieux prouvé que celui de les Prédecesseurs. On ne peut l'appuyer ni sur l'autorité d'aucun Historien contemporain , ni même sur celle de Gregoire de Tours, dont le texte estant bien examiné, fait plustost concevoir tout le contraire. Il paroist donc vrai qu'avant Clovis, nul Roy des François ne s'est établi dans les Gaules. C'est tout ce que j'ai prétendu conclure.

Je vais appuyer toutes ces réflexions par les témoignages de quel- Autres Arguques anciens Historiens, qui nous marquent assez clairement l’E- mens politifs. poque du regne des François dans les Gaules ; ce seront les dernieres preuves de ma proposition.

Le premier est Procope de Césarée qui vivoit sous l'Empire de Justinien; c'est-à-dire, peu d'années après Clovis : il estoit Secretaire du Grand Bélifaire , qu'il accompagna dans ses expeditions Cap. sz militaires, dont il a laissé l'Histoire à la posterité. Ce que je vais dire est tiré du premier Livre de la Guerre des Gots.

„Le Rhin, dit-il, se jette dans l'Ocean. Il y a aussi dans ces „ quartiers-là beaucoup de Marais où les Germains denieuroient „ autrefois : c'estoit une Nation barbare, & alors peu considerable, Et initio parum fpectata , ce sont ceux à qui l'on donne aujourd'hui le nom de François,qui Franci nunc vocitantur.

(Cela s'accorde parfaitement avec ce que nous en a dit Sidonius, dans les Vers que j'ai déja citez.

Sic ripa duplicis tumore fracto
Detonsus Vabalim bibat Sicamber.....
Francorum & penitissimas paludes
Intrares venerantibus Sicambris. )

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„ Après ces Germains , vers l'Orient, sont les Thoringiens au„ tres Barbares, à qui Auguste César permit de s'habituer dans cet ,, endroit. Assez pres delà en tournant vers le Midy, estoit le Pais „, des Bourguignons. Burgundiones.

(Avant qu'ils fussent entrez dans les Gaules.)

„Et puis les Suéves & les Allemans, Nacions courageuses & peu- piées, tous gens libres, & qui deineurent depuis long-temps en „ ces lieux-là. Dans la suite du temps, les Visigots ayant forcé les „, frontieres de l'Empire Romain, se jetterent dans les Espagnes & », dans la partie des Gaules, qui est au-delà du Rhône , & s'en ren„ dirent les maistres. Il faut sçavoir que les Arboriques combat„toient alors pour les Romains. Les Germains, c'est-à-dire les „François, vouloient les assujettir , parce qu'à cause du voisinage „, ce Pais estoit à leur bien-séance, & que les habitans avoient quit„, té leurs mæurs & leurs coustumes anciennes. Les François fai„, soient continuellement des courses sur eux, & les attaquoient „ même avec toutes leurs forces : mais les Arboriques , gens braves , & affectionnez aux Romains, se défendirent toûjours vigoureu„, sement, & ne pûrent jamais estre forcez. Cumque his vim inferre » Germani non poffent.

(Voilà les excursions des François sous nos premiers Rois clairement marquées , & les tentatives qu'ils firent inutilement tant de fois pour s'emparer du Païs.).

„ Les Germains donc ne pouvant venir à bout de ces genereus „ voisins par la force des armes, ils les prierent de vouloir bien les , regarder comme leurs amis, & même que les deux Peuples pûs. „ sent s'unir par des mariages. Les Arboriques accepterent ces of„fres sans beaucoup de peine. Quas non inviti condiciones Arborichi > mox accepere.

(La raison que Procope va apporter de l'union des deux Peuples, marque évidemment le temps où elle se fit.)

„Les Arboriques, dit-il, accepterent volontiers ces conditions, , parce que les uns & les autres estoient Chrétiens ; Erant enim w utrique Christiani.

Or les François, comme personne ne l'ignore, ne furent Chrétiens que sous le regne de Clovis: donc certe union ne se fit que sous le regne de Clovis. Jusqu'alors les Arboriques fideles aux Ro. mains, avoient arresté les François , quand ils avoient voulu fortir des marécages, où ils habitoient au-delà du Rhin, où, quand ils avoient forcé cette barriere, & fait quclques courses dans le

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