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vue, quoi que l'on en ait dit, que de couvrir la Bavière; sa position était délicate : l'armée de Rhin-et-Moselle était de 6o,ooo hommes, celle de Sambre-et-Meuse de 5o,ooo ; c'était donc 1 1 1,ooo hommes qu'il pouvait considérer déjà comme réunis devant Ratisbonne, à cheval sur le Danube ; il n'avait à leur opposer que 9o,ooo hommes. La bataille de Neresheim avait empiré sa position; elle avait été avantageuse aux Français. Il fut rassuré lorsqu'il sut que Moreau , qui était resté plusieurs jours inactif, montrait la plus grande hésitation, se portait sur Donawerth, rétrogradait sur Aischett, n'envoyait pas même des coureurs sur l'Altmülh ; qu'enfin les généraux français manœuvraient comme s'ils eussent réciproquement ignoré qu'il existait une autre armée française en Allemagne ; que les 4oo hussards hongrois qui observaient l'Altmülh y étaient toujours, et envoyaient des partis jusqu'aux portes de Nuremberg et sur la Warnitz. C'est alors qu'il conçut l'idée de son beau mouvement, passa, le 17 août, le Danube avec 28,ooo hommes, et se porta contre l'armée de Sambre-et-Meuse. On rapporte que lorsqu'il en parla au général Latour, qu'il laissait avec 3o,ooo hommes sur le Lech, ce général, effrayé des dangers qu'allait courir ce faible corps, lui fit quelques observations : « Comment

« lui serait-il possible de faire tête à une armée « française victorieuse et double de la sienne ? » A quoi le prince répondit : « Qu'importe que « Moreau arrive sous Vienne, si pendant ce « temps je bats l'armée de Jourdan ?» Il avait raison, mais il eût dû rassurer ce général en le postant en avant de Ratisbonne, avec ordre de se placer sur la rive gauche du Danube; par ce moyen Moreau n'eût rien pu tenter sur la rive gauche. 8° L'archiduc n'attaqua Bernadotte à Neumarch que le 22 août, c'est-à-dire cinq jours après avoir passé le Danube ; il l'attaqua mollement et ne lui fit aucun mal ; c'était mal exécuter une belle pensée; Bernadotte aurait dû être cerné, attaqué vingt-quatre heures après le passage du Danube avec une telle impétuosité et supériorité de forces, que sa ruine. totale en eût été le résultat. - 9° Il se porta sur Amberg le 24 août, mais avec peu de troupes ; il employa la plus grande partie de ses 28,ooohommes à des objets secondaires; il n'eût dû envoyer que quelques escadrons à la suite de Bernadotte, et tomber · sur les derrières de Jourdan avec tout son corps, l'attaquant tête baissée; il eût décidé de la campagne sur les bords de la Naab. 1 o° Lorsque, le 2o septembre, Jourdan dis- . loqua son armée, et repassa sur la rive gauche du Rhin, l'archiduc eût dû se porter sur Ulm avec 4o,ooo hommes, ordonner au général Latour de passer sur la rive gauche du Danube au pont d'Ingolstadt pour le venir joindre à tired'aile. Il serait arrivé à Ulm en même temps que l'armée française, qui alors eût dû faire tête à 7o,ooo hommes; sa retraite fût devenue vraiment difficile. Mais au lieu de cela, l'archiduc ne ramena sur le haut Rhin que 12,ooo hommes, laissant, sans raison, beaucoup de troupes sur le bas Rhin au général Wernech; il employa mal une partie de ces 12,ooo hommes à des objets secondaires, de sorte qu'il n'arriva près de Kehl qu'avec 8 à 9,ooo hommes. 1 1° Il eût dû ordonner à Latour, Froelich et Nadastie de manœuvrer sur la rive gauche du Danube, débordant l'armée en retraite; ils eussent été là en position de recevoir Petrasch et tous les détachements. 12° L'archiduc a manœuvré, cette campagne, sur de bons principes, mais timidement, comme un homme qui les entrevoit, mais ne les a pas médités : il n'a pas frappé de grands coups, et jusqu'au dernier moment, comme nous l'avons dit, les généraux français ont toujours pu rétablir leurs affaires, tandis que dans le combat de la Murg l'archiduc eût dû décider de la campagne. 5e observation. A la fin de décembre les armées françaises étaient en repos depuis deux mois ; elles étaient réorganisées, recrutées, parfaitement remises et supérieures aux armées autrichiennes qui leur étaient opposées. Cependant le prince Charles osa, devant elles, ouvrir la tranchée à la fois devant les têtes de pont de Kehl et de Huningue. Si toute l'armée du Rhin, renforcée d'un détachement de Sambre-et-Meuse, eût débouché par Kehl ou par Huningue, elle pouvait à la pointe du jour attaquer les camps du prince Charles avec des forces doubles des siennes, enlever toutes les lignes de contrevallation, prendre toute l'artillerie, les parcs, les magasins, obtenir une victoire éclatante qui eût réparé les désastres de la campagne , rétabli l'honneur des armes françaises, compromis la sûreté de l'Allemagne et lui eût permis d'hiverner sur la rive droite du Rhin. Si l'armée française n'avait été composée que de soldats de nouvelles levées et sans instruction ni moral, supposition qui est juste l'opposé de ce qui existait, sans doute que le général français n'eût pu hasarder de faire lever des siéges par une bataille , mais alors même, ayant plus de bras, plus de moyens, une position plus avantageuse que l'ennemi, il devait entasser ouvrages sur ouvrages, batteries sur batteries; cheminer par des lignes de contre-attaque appuyées par les positions de la rive gauche et par les îles; et alors même ces siéges devaient tourner à la confusion de l'ennemi, entraîner la ruine de ses équipages et de ses troupes, et l'obliger par lassitude à entrer dans ses quartiers d'hiver. Ces deux siéges ne font pas honneur à la prudence du prince Charles, mais sont extrêmement glorieux et témoignent de la bravoure et du bon esprit de son armée; ils seront toujours considérés par les militaires comme des faits peu honorables aux armées françaises. La possession des deux têtes de pont était en effet très importante pour la France; le Rhin est un grand obstacle; elle obligeait l'ennemi à abandonner toute la vallée du Rhin, jusqu'aux montagnes Noires, à l'armée française, ce qui eût été à la fois avantageux sous les points de vue | militaire et de finances; les alarmes de l'Allemagne n'eussent pas permis aux Autrichiens de porter tant de troupes en Italie. Les ôfficiers français ont dit, pour leur excuse, que le gouvernement les laissait dans le plus grand dénûment, que la solde n'était pas payée; qu'ils étaient mal nourris; que le génie et l'artillerie n'avaient aucun fonds pour pourvoir à leurs besoins. Mais ces raisons n'ont point été goûtées ;

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