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bouchure de la Rench avec moins de 9 mille hommes. Le 15 octobre même, lorsque Moreau fut arrivé dans la vallée du Rhin, il pouvait encore tout réparer; en remontant rapidement sur Kehl, il eût chassé l'archiduc de la Rench, et eût empêché sa jonction avec les corps de Nauendorf et de Latour ; en communication avec l'armée de Sambre-et-Meuse, il l'eût infailliblement décidée à marcher en avant. Enfin, il pouvait encore tout réparer, même pendant le siége de ses têtes de pont. S'il eût débouché par le camp retranché de Kehl avec 5o mille hommes, il eût écrasé l'armée de siége du général Latour, qui était au plus de 35 mille hommes, et eût pu prendre encore ses quartiers d'hiver sur le Danube. 4° Observation. 1° Les armées françaises et autrichiennes étaient égales en nombre, mais l'archiduc avait 2 mille hommes de cavalerie de plus que son ennemi. Cet avantage eût été décisif chez une autre nation. Mais les Allemands ne savent pas se servir de leur cavalerie; ils craignent de la compromettre, ils l'estiment au-delà de ce qu'elle vaut réellement; ils la ménagent trop. L'artillerie à cheval est le complément de l'arme de la cavalerie. Vingt mille chevaux et cent vingt bouches à feu d'artillerie légère équivalent à 6o mille hommes d'infano terie ayant cent vingt bouches à feu. Dans les pays de grandes plaines, comme en Égypte, dans les déserts, en Pologne, il serait difficile d'assigner qui finirait par avoir la supériorité : deux millehommes de cavalerie avec douze pièces d'artillerie légère équivalent donc à 6 mille hommes d'infanterie avec six pièces d'artillerie ; en ligne de bataille, ces divisions occupent une ligne de cinq cents toises, douze fantassins, ou quatre chevaux par toise.Un coup de canon qui tuerait tout ce qui existe sur une toise de solidité tuerait donc douze fantassins, ou quatre cavaliers et quatre chevaux. La perte de douze fantassins est bien plus considérable que celle de quatre cavaliers et quatre chevaux, puisque c'est une perte de huit fantassins, plus seulement quatre chevaux. L'équipage de quatre cavaliers et de leurs chevaux n'équivaut pas à l'équipage de douze fantassins; ainsi, sous le point de vue même des finances, la perte de l'infanterie est plus coûteuse que celle de la cavalerie. Si l'archiduc eût commandé une nation qui fût dans les habitudes d'employer hardiment la cavalerie, et eût eu des officiers dressés à l'encourager et la faire battre, il eût été impossible à une armée française de pénétrer en Allemagne avec une infériorité de 2o mille hommes de cavalerie. On s'en convaincra, si l'on songe à ce que fit Napoléon avec de la cavalerie contre de l'infanterie russe et prussienne, à Vauchamp, Nangis, etc. 2° L'archiduc, lorsqu'il apprit en juin que l'armée française avait passé le Rhin à Kehl, partit des bords de la Lahn pour secourir le géné· ral Latour; il laissa le général Wartensleben avec 36,ooo hommes sur le bas Rhin, et 26,ooo hommes au camp retranché d'Hechtsheim devant Mayence. L'archiduc eût dû laisser seulement 8,ooo hommes en garnison à Mayence avec quelques milliers de malingres, et seulement 25,ooo hommes à Wartensleben, et se porter alors avec 6o,ooo hommes au secours de son armée du haut Rhin; il eût réuni sur l'Alb 9o,ooo à 1oo,ooo hommes. Qui eût pu lui résister ? Le 9 juillet, il eût battu Desaix, l'eût rejeté sur la rive gauche du Rhin et se fût emparé de Kehl et du pont du Rhin ; il n'avait rien à redouter de l'armée de Sambre-et-Meuse, puisqu'elle était disloquée; mais quand bien même elle eûtrepris l'offensive, et fût arrivée sur le Mein du 1o au 15 juillet, qu'est-que cela lui eût fait, si alors il se fût trouvé maître de Kehl et que l'armée de Moreau eût été rejetée en Alsace ? 3° S'il eût réuni, dans un seul camp, sur sa droite, les 5o,ooo hommes qu'il avait sur l'Alb qu'il eût, le 9 juillet, débouché en trois co

lonnes sur la Murg, il eût tourné Desaix par sa droite, par sa gauche, l'eût percé par le centre ; il l'eût écrasé, jeté en Alsace, et se fût emparé du pont de Kehl. Saint-Cyr, coupé du Rhin, eût été rejeté sur le Necker, et Férino sur Huningue. Quand deux armées sont en bataille l'une contre l'autre; que l'une, comme l'armée française, doit opérer sa retraite sur un pont ; que l'autre, comme l'armée autrichienne, peut se retirer sur tous les points de la demi-circonférence, tous les avantages sont à cette dernière; c'est à elle à être audacieuse, à frapper de grands coups, à manœuvrer les flancs de son ennemi ; elle a les as, il ne lui reste plus qu'à s'en servir. 4° L'archiduc devait armer, approvisionner, jeter une bonne garnison dans Ulm, cette clef du Danube. " 5° La bataille de Neresheim était la seule ressource qui lui restât pour empêcher la réunion des deux armées françaises sur l'Altmülh ; vainqueur, il eût jeté l'armée de Rhin-et-Moselle dans les Alpes wurtembergeoises et sur le Necker; ayant battu l'armée principale, celle de Sambre-et-Meuse qui n'était que secondaire, aurait été obligée de se retirer sur le Mein : à la bataille de Neresheim, l'armée française était disséminée sur une ligne de huit lieues, dans un pays difficile, ses flancs étaient en l'air; l'archiduc était maître de tout le cours du Danube, toute son attaque eût dû être par la gauche; il eût dû prendre une ligne de bataille parallèle au Danube : sa retraite était assurée sur Ulm, le pont de Güntzbourg et celui de Dillingen; s'il eût manœuvré ainsi, il eût obtenu un grand succès. Les Français eussent payé cher la sottise de ne pas appuyer leur droite au Danube, et de ne pas avoir fait occuper Ulm par Férino. 6° N'ayant pas réussi à la bataille de Neresheim , l'archiduc renonça à s'opposer à la jonction des armées françaises ; s'il eût voulu l'empêcher encore, il eût opéré sa retraite sur la Warnitz et l'Altmülh, se maintenant sur la rive gauche du Danube ; en laissant 3o,ooo hommes sous le général Latour, derrière la Warnitz, il eût gagné les cinq, six marches dont il avait besoin pour se porter contre Jourdan; au lieu de cela, il passa le Danube, la Warnitz et l'Altmülh. Wartensleben, de son côté, manœuvra pendant tout le mois d'août pour s'éloigner du Danube et couvrir la Bohême. Rien ne s'opposait donc plus à la réunion des deux armées françaises. * - - - - 7° En passant le Danube et le Lech après la bataille de Neresheim, l'archiduc n'eut plus en

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