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Beaulieu, consterné, s'était retiré au-delà du Pô, pour couvrir Milan; il comptait défendre le passage du Pô, vis-à-vis de Valence, et celui-ci forcé, celui de la Sesia et du Tésin. Il plaça ses troupes sur la rive gauche de la Cogna, au camp de Valeggio ; il y fut renforcé par une division de réserve de dix bataillons, ce qui lui donnait une armée égale à l'armée française. Dans toutes les dispositions politiques et militaires, Valenza avait été désigné comme le lieu où les Français devaient opérer le passage du Pô. Dans les conférences de Cherasco, on

avait laissé percer mystérieusement cette inten

tion. Dans la conclusion de l'armistice, un article prescrivait la remise de cette ville aux Français, pour qu'ils y effectuassent le passage du fleuve. Masséna, à peine arrivé à Alexandrie, poussa des partis dans la direction de Valenza. Augereau partit d'Alba, et campa à l'embouchure de la Scrivia.Serrurier se rendit à Tortone où Laharpe était arrivé par la route d'Acqui. Les grenadiers de larmée y avaient été rassemblés au nombre de 3,5oo ; ils formaient dix bataillons : avec ces troupes d'élite, la cavalerie et vingt-quatre pièces de canon, Napoléon se porta à marches forcées sur Plaisance, pour y surprendre le passage du Pô ; le passage une fois démasqué, toutes les divisions françaises

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abandonnèrent leurs positions, et marchèrent en toute hâte sur Plaisance. Le 7 mai, à neuf heures du matin, il arriva devant cette ville, ayant fait seize lieues en trente-six heures. Il se rendit au bord de la rivière, où il demeura jusqu'à ce que le passage fût effectué, et l'avantgarde sur la rive gauche. Le bac de Plaisance portait 5oo hommes, ou cinquante chevaux, et faisait la traversée en une demi-heure. Le colonel d'artillerie Andréossy , directeur des ponts, et l'adjudant-général Frontin avaient pris sur le Pô, de Castel-Saint-Joane à Plaisance, dix bateaux chargés de cinq cents blessés et de la pharmacie de larmée autrichienne. Le colonel Lannes passa le premier avec 9oo grenadiers. Deux escadrons de hussards ennemis tentèrent vainement d'empêcher le débarquement. Peu d'heures après, toute l'avant-garde était de l'autre côté. Dans la nuit du 7 au 8, toute l'armée arriva; le 9, le pont fut achevé. Le soir même du 7, le général Laharpe, commandant les grenadiers, établit son quartier-général à Emtri, entre Fombio et le Pô. Ce fleuve à Plaisance est très rapide ; sa largeur est de deux

· cent cinquante toises. Les passages des rivières de cette importance sont les opérations les plus critiqûes de la guerre.

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La division autrichienne de Liptay, forte de huit bataillons et huit escadrons, partie de Pavie, arriva dans la nuità Fombio, à une lieue du pont de Plaisance. Le 8, après midi, on s'aperçut que les clochers et les maisons du village étaient crénelés et remplis de troupes; que les chaussées, qui traversaient des rizières, étaient occupées par du canon : il devenait de la plus haute importance de déloger l'ennemi de Fombio. Il pouvait recevoir de grands renforts; il eût été par trop dangereux d'être obligé de livrer bataille avec une aussi grande rivière à dos. Napoléon ordonna les dispositions qu'exigeait la nature du terrain.Lannesattaqua par la gauche; Lanusse sur le centre; Dallemagne sur la droite : en une heure de temps le village fut enlevé; la division autrichienne qui le défendait fut culbutée ; elle perdit ses canons, 2,5oo prisonniers, trois drapeaux. Les débrisse jetèrent dans Pizzighittone, et passèrent l'Adda. La forteresse de Pizzighittone n'était pas armée peu de jours auparavant, elle était encore si loin du théâtre de la guerre et de tout danger, que Tennemi n'y avait pas songé; mais Liptay eut le temps de lever les ponts-levis, de placer du canon de campagne sur les remparts. L'avant-garde française s'arrêta au village de Molleo, à la nuit close, à une demi-portée de canon de Pizzighittone. Laharpe rétrograda pour se placer en avant de Codogno, couvrant les routes de Pavie et de Lodi. On savait, par les prisonniers faits à Fombio, que Beaulieu était en marche, pour camper avec son armée derrière Fombio. Il se pouvait donc que quelques-uns de ses corps, ignorant ce qui s'était passé dans l'après-midi, se portassent sur Codogno, pour y cantonner; les troupes en furent prévenues. Après avoir ordonné la plus grande surveillance, le général en ches retourna à Plaisance, où était son quartiergénéral. Pendant la nuit, Masséna passa le Pô, et se plaça en réserve à la tête du pont, pour soutenir Laharpe en cas de besoin. Ce qui avait été prévu arriva, la marche des troupes depuis Tortone à Plaisance, quelque rapide qu'elle eût été, n'avait pas été assez secrète pour que Beaulieu n'en eût pas connaissance. Il mit toutes ses troupes en marche pour occuper le pays entre le Tésin et l'Adda, espérant arriver à temps visà-vis Plaisance, pour empêcher le passage du fleuve; il savait que les Français n'avaient point - d'équipages de pontons. Un des régiments de cavalerie qui précédaient la colonne où il était, se présenta aux avant-postes du général Laharpe, venant par la route de Pavie; il y donna l'alarme. Les bivouacs prirent les armes; après quelques décharges, il n'entendirent plus rien : cependant Laharpe, suivi d'un piquet et de quelques officiers, se porta en avant pour vérifier ce que cela pouvait être, et interroger lui-même les habitans des premières métairies sur la route, qui lui dirent que cette alarme avait été donnée par un régiment de cavalerie, qui ignorait que les Français eussent passé le Pô, et qu'il avait pris à gauche pour gagner Lodi. Laharpe retourna dans son camp. Mais au lieu de revenir par la chaussée d'où les troupes l'avaient vu partir, il prit malheureusement un sentier voisin. Les soldats étaient au guet; ils accueillirent leur général par un feu de file très vif; Laharpe tomba mort; il fut tué par ses propres soldats ! il était Suisse, du canton de Vaud. Sa haine contre le gouvernement de Berne lui ayant attiré des persécutions, il s'était réfugié en France; c'était un officier d'une bravoure distinguée. Grenadier par la taille et par le cœur, conduisant avec intelligence ses troupes, dont il était fort aimé, quoique d'un caractère inquiet. On a remarqué que, pendant le combat de Fombio, tout le soir qui a précédé sa mort, il avait étéfort préoccupé, très abattu, ne donnant point d'ordres, privé en quelque sorte de ses facultés ordinaires, tout

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