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à découvert le pays vénitien et la ville de Venise; en occupant le lac de Garda par quelques chaloupes canonnières, et la chaussée de la Chièse, par le fort de la Rocca-d'Anfo, la ligne de l'Adige couvre parfaitement le reste de l'Italie. Les montagnes du Brescian, du Bergamasque, du Milanais, sont impraticables : l'ennemi ne pourrait pénétrer que par le Simplon, s'il était maître de la Suisse. Cette ligne se divise en trois parties : la première entre le lac de Garda et le plateau de Rivoli; la deuxième, depuis Rivoli jusqu'à Legnago; la troisième, depuis Legnago jusqu'à la mer. La première est défendue par les hauteurs de Montebaldo et la position de la Corona; l'ennemi ne peut y pénétrer avec de l'artillerie; il faut qu'il soit maître du plateau de Rivoli, pour pouvoir recevoir son artillerie, que, dans ce cas, il ferait descendre par la chaussée qui longe la rive gauche de l'Adige. Depuis Roveredo, les forts de Vérone, et la partie de la ville sur la rive gauche, doivent nécessairement être occupés comme têtes de pont. La petite place de Legnago sert de tête de pont au centre de la ligne. De Legnago à la mer, il y a beaucoup de marais; on peut, en profitant des eaux de l'Adige, de la Brenta et du Pô, se ménager un moyen de communiquer avec la place de Venise. En coupant une digue de l'Adige, plus bas que Porto-Legnago, on inonde tout le terrain entre cette rivière et le Pô : on réunit leurs eaux à celles de la Molinella; alors tout le pays de Legnago à la mer est 'impraticable. En ouvrant l'écluse de Castagnaro, le canal Blanc se remplit par les eaux de l'Adige ; ce canal se jette dans le Pô; il forme alors une 'seconde ligne. En cas que l'ennemi ait passé l'Adige, entre Castagnaro et la mer, la meilleure manière de défendre l'Adige est de camper sur la rive gauche, sur les hauteurs de Caldiero, derrière l'Alpon, la droite appuyée aux marais d'Arcole, avec deux ponts à Ronco, la gauche appuyée à de belles hauteurs qu'il serait facile de retrancher en peu de semaines : alors toute la partie de la ligne de Rivoli à Ronco est couverte, et si l'ennemi veut passer l'Adige entre Arcole et la mer, on est en position de tomber sur ses derrières. Le Mincio est la première ligne qui coupe la vallée du Pô; cette ligne exige que l'on soit maître du lac de Garda et de la forteresse de la Rocca-d'Anfo. Le Mincio est une rivière de très peu de largeur, c'est un léger obstacle en lui-même; mais en bouchant tous les canaux d'irrigation qui l'appauvrissent, il cesse d'être guéable. Les places de Peschiera et de Mantoue font la principale force de cette ligne. Mantoue

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défend le Serraglio et la partie du Mincio jusqu'au Pô. Les collines de Monzambano et de la Volta, sur la rive droite, dominent la rive gauche; celles de Salionze et de Valeggio, sur la rive gauche, dominent la rive droite. Une petite citadelle sur la rive gauche au mamelon de Valeggio, une autre sur le mamelon de Salionze, le rétablissement de la petite place de Goito, couverte par des inondations, rendraient cette ligne assez bonne; cependant l'armée qui l'occuperait serait obligée d'avoir un corps détaché sur la rive droite du Pô. L'Oglio est souvent guéable; il a l'inconvénient, du côté de sa source et de sa gauche, de s'approcher de l'Adda; de sorte qu'une armée qui serait placée sur la rive droite de cette rivière, serait facilement coupée de Milan, ce qui est fréquemment arrivé dans les guerres de Venise et des Visconti. Mais si la retraite de cette armée pouvait se faire par la rive droite du Pô, cette ligne pourrait être dans ce cas de quelque utilité. L'Adda est quelquefois guéable; des fortifications permanentes ou de campagne sont nécessaires à Lecco, à Trezzo, à Cassano, à Lodi, ainsi que des barques armées sur le lac de Como. La place de Pizzighettone appuie le bas de la ligne; une place à Plaisance avec un pont sur le Pô, serait le complément de cette ligne ; au dé

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faut de cette place il faut une deuxième armée sur la rive droite du Pô.

Le Tésin est une bonne ligne; ce fleuve est large, profond, rapide, mais il est nécessaire d'occuper Pavie comme tête de pont : une place à la Stradella serait le complément de cette ! ligne pour arrêter l'ennemi sur la rive droite du Pô; au défaut de cette place il faut une armée sur la rive droite du Pô. La Stradella est le point le plus étroit de la vallée du Pô; un fort la boucherait en entier. Là viennent aboutir les derniers mamelons des Apennins liguriens. La vallée n'a pas la largeur d'une portée de canon; le Pô coule jusqu'à leurs pieds. Le canon de la Stradella battrait partout; plus haut, plus bas que ce point, la vallée a deux ou trois lieues de large, et un fort tel que celui de la Stradella ne la fermerait pas.

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L'Italie, isolée dans ses limites naturelles, séparée par la mer et par de très hautes montagnes du reste de l'Europe, semble être appelée à former une grande et puissante nation; mais elle a dans sa configuration géographique un • vice capital, que l'on peut considérer comme la cause des malheurs qu'elle a essuyés, et du

morcellement de ce beau pays en plusieurs monarchies ou républiques indépendantes : sa longueur est sans proportion avec sa largeur. Si l'Italie eût été bornée par le Mont-Vellino, c'està-dire à peu près à la hauteur de Rome, et que toute la partie de terrain comprise entre le Mont-Vellino et la mer d'Ionie, y compris la Sicile, eût été jetée entre la Sardaigne, la Corse, Gênes et la Toscane, elle eût eu un centre, près de tous les points de la circonférence; elle eût eu unité de rivières, de climat, et d'intérêts locaux. Mais, d'un côté, les trois grandes îles · qui sont un tiers de sa surface, et qui ont des intérêts, des positions, et sont dans des circonstances isolées, d'un autre côté cette partie de la péninsule au sud du Mont-Vellino, et qui forme le royaume de Naples, sont étrangères aux intérêts, au climat, aux besoins de toute la vallée du Pô. Ainsi, pendant que les Gaulois passaient les Alpes cottiennes, 6oo ans avant JésusChrist, et s'établissaient dans la vallée du Pô, les Grecs débarquaient sur les côtes méridionales par la mer Ionienne, et fondaient les colonies de Tarente, de Salente, de Crotone, de Sabargte, états qui furent connus sous le nom générique de Grande-Grèce. Rome, qui subjugua et la Gaule et la Grèce, rangea toute l'Italie sous ses lois. Quelques siècles après Jésus-Christ, lorsque

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