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général. Il se présenta à l'état-major un jeune homme de dix ou douze ans, qui vint le supplier de rendre l'épée de son père, qui avait été général de la république. Ce jeune homme était Eugène de Beauharnais, depuis vice-roi d'Italie. Napoléon, touché de la nature de sa demande et des graces de son âge, lui accorda ce qu'il demandait; Eugène se mit à pleurer en voyant l'épée de son père; le général en fut touché et lui témoignatant de bienveillance, que madame de Beauharnais se crut obligée de se rendre chez lui le lendemain, pour lui en faire des remercîments. Chacun connaît la grâce extrême de l'impératrice Joséphine, ses manières douces et attrayantes. La connaissance devint bientôt intimé et tendre, et ils ne tardèrent pas, à se marier. On avait reproché à Schérer, commandant l'armée d'Italie, de ne pas avoir su profiter de la bataille de Loano; on était peu satisfait de sa conduite. Son quartier-général de Nice comptait beaucoup plus d'employés que de militaires. Il demandait sans cesse de l'argent pour solder ses troupes et réorganiser les différents services, ainsi que des chevaux pour remplacer ceux qui étaient morts faute de fourrage. Le gouvernement ne pouvant donner ni l'un ni l'autre, faisait des réponses dilatoires, et l'amusait par

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de vaines promesses. Schérer s'en aperçut et fit connaître que si l'on tardait davantage, il serait obligé d'évacuer la rivière de Gênes, de revenir sur la Roya et peut-être de repasser le Var. Le directoire consulta le général de l'armée de l'intérieur, qui lui remit un mémoire sur cet objet.

Un jeune homme de vingt-cinq ans ne pouvait rester plus long-temps à la tête de l'armée de Paris; le sentiment de ses talents et la confiance que l'armée d'Italie avait en lui, le désignèrent comme le seul capable de la tirer de la fâcheuse situation où elle se trouvait; tout cela décida le gouvernement à nommer Napoléon général en chef de l'armée d'Italie; il quitta Paris le 4 mars 1796. Le général Hatry, âgé de soixante ans, employé à l'armée de Sambre-etMeuse, le remplaça à l'armée de Paris, qui avait perdu son importance depuis que la crise des subsistances était passée et que le gouvernement se trouvait assis.

- - S VII.

Barras était officier au régiment de l'Ile-deFrance à la révolution; il fut élu député à la convention nationale par son département, celui du Var; après le 31 mai, il fut, ainsi que Fréron, nommé commissaire en Provence, foyer de la guerre civile. De retour à Paris, il se jeta dans le parti thermidorien; menacé par Robespierre, ainsi que Tallien, ils se réunirent à ce qui restait des amis de Danton, et firent la journée du 9 thermidor. Au moment de la crise, la convention le nomma pour marcher à la commune qui s'était insurgée pour Robespierre; il réussit, cet événement lui donna une grande célébrité. Les thermidoriens, après la chute de Robespierre, devinrent les hommes de la France. Le 12 vendémiaire, lors de l'arrestation de Menou, les comités imaginèrent, pour se défaire des trois commissaires près l'armée de l'intérieur, de réunir dans sa personne les pouvoirs des commissaires et ceux de commandant de cette armée. Mais les circonstances étaient trop graves pour lui; il n'avait point fait la guerre. Les événements de thermidor et de vendémiaire le portèrent au directoire. Il avait peu l'habitude du travail; cependant il fit mieux que l'on ne s'y était attendu. On lui reprocha sa dépense, ses liaisons avec des hommes d'affaires, la fortune qu'il fit pendant les quatre ans qu'il fut en place, fortune qu'il ne prenait pas la peine de dissimuler, ce qui contribua à la corruption de l'administration de cette époque. Barras était d'une haute stature; il parla quelquefois dans des momentS d'orage, et sa voix couvrait alors toute la salle; ses facultés morales ne lui permettaient pas d'aller au-delà de quelques phrases; la passion avec laquelle il parlait l'aurait fait prendre pour un homme de résolution. En fructidor, il forma avec Rewbell et la Réveillère la majorité contre Carnot et Barthélemy. Après cette journée, il fut en apparence l'homme le plus considérable du directoire, mais en réalité c'était Rewbell qui faisait les affaires; il soutint toujours, depuis le 13 vendémiaire, en public, le rôle d'un ami chaud de Napôléon, quoiqu'ils fussent brouillés, Napoléon ayant amèrement critiqué les mesures qui suivirent le 18 fructidor, et spécialement la loi du 19. Il montra de la dextérité au 3o prairial an VII, et ne partagea pas la disgrace de ses collègues.

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La Réveillère-Lépeaux, député de Maine-etLoire à la convention, fut un des soixante-treize arrêtés au 31 mai; bossu, de l'extérieur le plus désagréable qu'il soit possible, il avait le corps d'Ésope; il écrivait passablement; son esprit

était de peu d'étendue; il n'avait ni l'habitude des affaires ni la connaissance des hommes; il fut alternativement dominé, selon les temps, par Carnot et Rewbell; le jardin des plantes et la théophilanthropie faisaient toute son occupation; il était fanatique par tempérament, du reste, patriote chaud et sincère, citoyen probe, bien intentionné; il entra pauvre au directoire et en sortit pauvre. La nature ne lui avait accordé que les qualités d'un magistrat subal

teI'Ile.

S IX Rewbell était un des meilleurs avocats de Colmar; il avait beaucoup de cet esprit qui caractérise un bon praticien; il prenait facilement des préventions contre les individus, croyait peu à la vertu, était d'un patriotisme assez exalté. Quoi que l'on en ait dit, il ne s'est point enrichi au directoire ; il était, il est vrai, environné de fournisseurs, mais par la tournure de son esprit, il se plaisait dans la conversation d'hommes actifs et entreprenants; il jouissait de leurs flatteries sans leur faire payer les complaisances qu'il avait pour eux; il avait une haine particulière contre le système germanique et la noblesse immédiate de l'empire. Il a montré de l'énergie dans les assemblées, soit avant soit après sa magistrature; il aimait à faire : il avait -

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