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'mentateur. Les remarques sur votre lettre n'ont pas, il est vrai, le titre de commentaires; mais vous savez que les commentateurs suppriment les choses essentielles, et étendent celles qui n'en ont pas besoin ; qu'ils ont la fureur d'interpréter tout ce qui est clair; que leurs explications sont toujours plus obscures que le texte , et qu'il n'y a sorte de choses qu'ils n'aperçoivent dans leur auteur, excepté les graces et la finesse.

Or, les remarques ne disent pas un mot d'Omphale, qui est le sujet de votre lettre: en revanche, elles s'étendent fort au long sur vos digressions un peu longues. Vous avez parlé du récitatif, et

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sujet de la Lettre de M. Grimm sur Omphale, in-8°; et c'est ce qui donna lieu à la Lettre de Rousseau, au sujet des Remarques.

Il est à observer que c'est le seul ouvrage de notre auteur qu'il ait publié sous le voile de l'anonyme, et le motif en paroîtra sensible après l'avoir lu. En opposition à Grimin, qui, dans sa lettre, fait un éloge magnifique de quelques ouvrages de Rameau, jusque· là qu'il appelle divin son Pygmalion, et qualifie cet opéra de chef

d'oeuvre de l'art, Rousseau s'exprime sur le talent de ce compositeur avec autant de franchise que de liberté. Son jugement, équitable sans doute, n'en est pas moins très sévère; et Rousseau, qui déja avoit tant à se plaindre de Rameau, devoit craindrc, en se nome mant, que ce jugement ne parût dicté par un sentiment d'animosité personnelle. De plus, faisant alors répéter à l'Opéra son Devin du village, qu'on devoit représenter à la cour, il n'avoit garde d'exciter encore davantage la haine d'un homme qui avoit tant de moyens de lui nuire*.

* Cette note est de l'édition de M. Petitain. On trouvera dans l'Histoire de la vie et des ouvrages de J. J. Rousseau , tome 11, page 455, des renseignements sur les motifs qui déterminèrent l'auteur à garder l'anonyıne.

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les remarques en font un sermon dont vos paroles sont le texte. Le récitatif françois est lent; premier point. Le récitatif françois est monotone; second point. On a soin de suppléer à la définition qu'on prétend que vous deviez donner du récitatif italien. Après cela on définit le récitatif ou la mélopée des anciens. On définira bientôt l'ariette; et que ne définit-on point!

Grand cominentaire sur ce que vous voudriez défendre à certaines gens d'écouter la musique des Pergolèse, des Buranelli, des Adolfati ; lequel commentaire prouve très méthodiquement que vous avez raison de dire qu'on ne doit rien conclure contre le récitatif italien, de ce qu'il n'est pas écouté à l'Opéra.

Autre grand commentaire sur l'ariette, inventée à Bologne par le fameux Bernachi, mais mise en usage par d'autres, attendu que le fameux Bernachi n'étoit point compositeur, mais chanteur célébre. .

Second commentaire sur l'art d'écouter, que le commentateur prend pour l'art d'ouvrir les oreilles. Sur quoi il 'se plaint très spirituellement de ce qu'on néglige l'art de comprendre.

Commentaire sur ce que vous avez dit de l'abus du geste : mais ici le commentateur prend la liberté de n'être pas de votre avis, parceque le geste est essentiel à la musique de Lulli.

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Item, grand commentaire sur votre sensibilité pour les beaux-arts et pour les talents en tout genre. Vous avez élevé un temple au dieu du goût et des talents. Il faut en croire le commentateur quand il nous déclare que vos dieux ne sont point les siens. En le disant il l'a prouvé, et il peut bien être sûr qu'on ne le soupçonnera jamais de cette idolâtrie.

Passons à la clarté des interprétations : le commentateur, qui a la charité de suppléer aux définitions qu'il assure que vous avez eu tort d’omettre, vous dicte celle-ci pour le récitatif italien. « Le ré« çitatif italien, ferme dans sa marche, donne à « chaque sentiment le temps à l'orchestre de lui « faciliter ses transitions de tous, et par ce moyen « évite les cadences finales, et ne connoît de repos « qu'à la fin du récit. L'orchestre n'obscurcit point « la déclamation de l'acteur par un tas d'accords, « mais à chaque différentes expressions'il lui con« firme le même sentiment par une nouvelle « façon de l'exprimer. Voilà ce qui le rend sus« ceptible de variété. » Pour vous dire franchement mon avis sur une définition si claire, je pense que l'auteur aura entendu par hasard quelque récitatif italien, coupé de ritournelles et de traits de symphonie, et il aura bonnement pris cela

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"C'est ainsi que, dans les Remarques, ces mots sont en effet écrits.

pour le caractère général du récitatif; ce qu'il y a de bien assuré dans tout ceci, c'est que l'auteur de cette définition, quel qu'il soit, n'a jamais su la musique.

Mais une autre définition qu'il faut entendre par curiosité, c'est celle de l'ariette. Je vais la transcrire bien exactement. « Le fameux Bernachi « a placé le mineur entre deux majeurs, et a fait « répéter le premier et principal motif de chant « par différentes transitions de tons, afin que l'o« reille saisisse mieux, par cette répétition, le ca« ractère des pensées de la musique. » Vous riez: patience, vous n'êtes pas au bout; il faut encore, s'il vous plaît, essuyer la note. « Ce que j'ai dit « mineur, n'est souvent que corrélation de ton. « C'est à l'habileté du compositeur de chercher la « corrélation relative au sujet, et qui entre le « mieux dans le majeur. Le mineur ou corréla« tion: change toujours de mouvement, c'est-à« dire que si le majeur est C, le mineur sera lent, « et reprend le majeur C; c'est ce qui fait l'ombre « au tableau. » Ne faisons point l'injure à l'auteur de croire qu'il ait tiré tout ce galimatias de sa tête. Je pense entrevoir ici la vérité. Ces passages auront été transcrits de quelque vieux livre italien, et traduits tant bien que mal par quelqu'un qui n'entendoit rien du tout à la musique, et pas grand chose à l'italien.

Je consens à vous faire grace de la suite à condition que vous conviendrez que les remarques sont de vrais commentaires. Jamais les Lexicocrassus et tous les savants en us n'en eurent le caractère mieux marqué. Ainsi je suppose la preuve faite.

J'ignore parfaitement qui est le commentateur, mais je ne le crois pas mal avec vous : car, selon moi, ce n'est pas sans quelque finesse à sa manière qu'il affecte de relever tant de jolis endroits de votre lettre. C'est une espèce de compère qui répète les sentences de Polichinelle, et qui ne feint de s'en moquer que pour les faire mieux entendre aux spectateurs. Je sais bien que vous n'avez pas l'air de Polichinelle; mais pour le compère, je vous le dis encore, je le soupçonne d'être de vos amis.

Permettez donc que je m'adresse à vous pour lui faire passer quelques avis dont je m'imagine qu'il doit faire usage, avant que d'insérer son commentaire dans votre lettre. Comme je pourrois bien, par contagion, m'appesantir un peu sur les remarques, pour éviter du moins la monotonie, je donnerai différents noms à leur auteur. Quand il prendra la peine d'expliquer au long pourquoi il vous fait l'honneur d'être de votre avis, je l'appellerai le commentateur. Quand il fera semblant de vous réfuter, ce sera le compère, et ce

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