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DE MÉDECINE,

DE CHIRURGIE ET DE PHARMAC0L0GIE,

PUBLIÉ
Par la Société des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles,

SOUS LA DIRECTION D'UN COMITE
CoMPosÉ DE

MM. DIEUDONNÉ, D.-M., Rédacteur principal, Chevalier de l'Ordre de Léopold,
Président de la Société, Membre du Conseil central de salubrité publique et
du Conseil supérieur d'hygiène, Secrétaire de la Commission de statistique
du Brabant, Membre honoraire de l'Académie royale de médecine, etc.
CROCQ, D.-M., Professeur à l'Université de Bruxelles, etc.

LEROY , Pharmacien du Roi, Collaborateur au Journal de Chimie médicale, de
pharmacie et de toxicologie de Paris, Membre de la Commission médicale pro-
vinciale du Brabant, Correspondant de la Société des Pharmaciens du Nord de
l'Allemagne, de l'Académie royale de médecine de Belgique, etc.

RIEKEN, D.-M., Médecin de S. M. le Roi des Belges, Membre honoraire de
l'Académie royale de médecine de Belgique et de plusieurs Académies et
Sociétés savantes régnicoles et étrangères.

VAN DEN CORPUT, Docteur en médecine, en chirurgie et en accouchements,
pharmacien, Docteur en sciences, Secrétaire de la Société, Membre du Conseil
cent. de salubrité publique, Membre de plusieurs Acad. et Sociétés savantes.

21"° ANNÉE. — 37" VOLUME.

BRUXELLES,
IMPRIMERIE DE TIRCHER ET MANCEAUX,

LIBRAIREs DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE L'UNIvERSITÉ DE BRUXELLES.
r
20, Rue de l'Etuve, 20.

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OBSERvATIoN DE NÉvRALGIE sCIATIQUE GRAvE GUÉRIE PAR L'ARSENIC; par le docteur HIPP. BARELLA, membre correspondant, à Marche-lez-Ecaussinnes.

Le 51 octobre 1862, je fus appelé auprès du sieur Édouard D..., âgé de 29 ans, cordonnier, alors domicilié à Marche-lez-Écaussinnes, actuellement domicilié à Mignault, marié et père de quatre enfants. Cet homme accusait un phlegmon de la main droite, avec empâtement considérable, et douleurs trèsvives. Ce phlegmon se convertit en abcès. Celui-ci s'ouvrit à la paume de la main, que cet homme, par suite de sa profession, avait très-dure et très-calleuse. Il survint une perte de substance considérable, mais aucun tendon ne fut attaqué et le malade conserva le plein et entier usage de sa main.

Cette affection chirurgicale n'a rien présenté de bien remarquable; je dois noter seulement l'extrême vivacité des douleurs, lesquelles ont retenti surtout à l'extrémité des doigts, à la pulpe des dernières phalanges, et cela même pendant que la cicatrisation était en bonne voie. Je dois dire encore que, pendant les derniers temps de la cicatrisation, alors que les bourgeons devenaient blafards et livides et que le pus avait de la tendance à s'altérer, je me suis très-bien trouvé de l'emploi du vin aromatique. Il m'a semblé que cet excellent médicament a considérablement aidé à hâter le travail cicatriciel.

Le sujet de cette observation est un homme long, maigre et sec, à yeux et cheveux noirs, d'un tempérament bilioso-nerveux, très-irritable, affaibli par un travail assidu et une alimentation végétale. Pendant le cours de cette première affection, en dépit du traitement énergique institué contre le phlegmon, Édouard restait des nuits entières sans pouvoir fermer les yeux, quoique je lui faisais administrer des lavements amidonnés contenant 2 grammes de laudanum, mode d'administration des narcotiques préconisé par Graves contre l'insomnie (1).

(1) GRAvEs, Clinique médicale, trad. Jaccoud, t. II, p. 698. — Le professeur de Dublin rapporte plusieurs cas où l'opium donné en lavement a réussi à ramener le sommeil, quoiqu'il eût complétement échoué lorsqu'il l'avait administré par la bouche. Il fait remarquer que c'est Dupuytren qui, le premier, a fait cette observation importante : l'illustre chirurgien français a montré que les narcotiques, appliqués sur la muqueuse rectale, exercent sur le système nerveux une influence aussi grande, sinon même plu9 Si le malheureux s'assoupissait un instant, la douleur ne tardait pas à le réveiller : ici, en effet, le meilleur narcotique était le traitement de l'affection locale, et ce ne fut que lorsque les symptômes inflammatoires eurent cédé, que le sommeil revint. La douleur, l'insomnie qu'elle entraînait à sa suite, l'épuisement qui résultait de ces deux causes, devaient prédisposer D... aux névralgies : en effet, pendant le travail cicatriciel, une douleur très-vive, se montrant par accès, apparut dans le membre abdominal du même côté. Cette douleur occupait le trajet du nerf sciatique. Je fus consulté pour la première fois le 24 novembre pour cette seconde affection, à laquelle le malade n'avait jamais été assujetti jusque-là. Je prescrivis une pommade fortement belladonée, et, comme le sujet était très-débilité, l'usage interne de la décoction de quinquina. Le 26, je prescrivis, en outre, les poudres suivantes :

PR. Valérianate de quinine . . . .. 1,60 gramme.
Extrait alcoolique de belladone. . 60 centig.
Sous-nitrate de bismuth. . . . 6,00 grammes.

Pour 16 poudres, à prendre en quatre jours, à la dose de quatre par jour, à une, deux, trois et quatre heures de l'après-dîner.

Ce jour-là, 26 novembre, l'accès a été des plus violents : commencé vers six heures du soir, il a duré toute la nuit et la moitié de la journée suivante. Le malade poussait des cris qui faisaient s'arrêter les passants; il se mettait à genoux, la figure enfouie dans les oreillers et se faisait frictionner sans cesse avec le plat de la main, tantôt rudement, tantôt plus doucement. Il prétendait que ces frictions le soulageaient. Celles-ci, jointes à la figure pâle, décharnée, osseuse, du malade, me faisaient songer, malgré moi, aux crampes des cholériques.

Le 27, application de trois larges vésicatoires, l'un au point d'immergence du nerf sciatique, l'autre au milieu de la cuisse et le troisième au mollet. — L'hyperesthésie du membre pelvien droit est de plus en plus prononcée : le malade prend pour soulever le membre des précautions semblables à celles que prend un individu atteint de panaris pour ne pas froisser le doigt malade. Les accès sont presque continus. Les cris du malade sont tels qu'il est devenu l'objet de l'entretien et de la pitié de tous ses voisins. Il redoute de rester dans un accès. Il fait même appeler le prêtre, croyant qu'il n'aurait pas la force de résister à ses souffrances.

puissante, que lorsqu'on les fait ingérer par l'estomac. Il a vu et il a enseigné que, dans le délire traumatique et le delirium tremens, une petite dose d'opium en lavement est bien plus efficace pour apaiser l'excitation nerveuse, qu'une quantité, même plus considérable, administrée par la bouche. Graves dit avoir constaté bien souvent l'exactitude de cette observation. Il paraît, de plus, qu'on n'a point ainsi à redouter la céphalalgie et la pesanteur de tête aussi souvent que par l'administration de l'opium par la bouche.

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Le 28, les vésicatoires sont pansés au garou. Les frictions belladonées n'ayant pas produit d'effet appréciable, on pratique des frictions térébenthinées sur la partie des téguments comprise entre les vésicatoires. Continuation de la décoction de quinquina et des poudres calmantes ut suprà. — Le sujet s'émacie de plus en plus, la face est terreuse, le nez s'effile, l'état général s'aggrave de jour en jour. Les accès névralgiques ne laissent entre eux que de courts intervalles de répit. Inappétence, insomnie.

Le 1°r décembre, après avoir employé pendant sept jours des médications diverses sans obtenir de soulagement marqué, je me décide à faire usage d'une solution arsénicale contenant 2 centigrammes d'acide arsénieux (2 grammes de la liqueur de Fowler) par 50 grammes d'eau distillée. Le sujet prendra soir et matin 1 centigramme d'acide arsénieux (1 gramme de la liqueur de Fowler) ou

une cuiller à bouche ou demi-once de solution. Celle-ci est prescrite pour dix jours.

PR. Liqueur de Fowler . . . . . 20 grammes.
Eau distillée . . . . . . . 280 —

Une cuiller à bouche matin et soir.

Je suspends l'emploi des poudres et des frictions. On a laissé par négligence se fermer les vésicatoires, et je ne juge pas à propos de les rouvrir. Le 2, deux cuillers à bouche de la solution précitée. Le 5, même traitement. Point d'amélioration. Le malade trouve sa potion arsénicale très-agréable à prendre; elle a, en effet, un goût douceâtre. J'insiste très-sévèrement pour qu'il ne dépasse pas la dose de deux cuillers à bouche, le sujet ne pouvant comprendre qu'une bouteille ressemblant à de l'eau claire et ayant un goût si doux soit un remède aussi énergique que je le lui dis. Le 4, à ma visite du soir, mon malade me paraît relativement content de sa journée, les accès ont été moins intenses, Édouard a retrouvé un peu de repos et son moral est meilleur. Le 5, il est survenu une selle diarrhéïque. L'effet purgatif de l'arsenic s'est montré. Quoique les auteurs qui s'occupent de l'emploi thérapeutique de l'arsenic conseillent de suspendre le médicament aussitôt qu'il se produit des accidents du côté du tube digestif, je juge inutile de suivre ce conseil, et l'arsenic est continué. Cette évacuation alvine a soulagé mon malade; il se sentait, dit-il, barré. Les évacuations alvines ont souvent, en effet, un résultat favorable dans la sciatique, surtout lorsqu'on peut rapporter cette affection à la diathèse goutteuse ou au tempérament bilieux. — La nuit il se déclare une abondante transpiration générale; cette réaction par la peau est suivie d'un état de mieux-être, et le sujet la regarde comme l'indice de sa guérison prochaine. Le 6, le malade repose bien. Il est plein de courage. Les accès sont moins longs et moins douloureux. Le sujet n'accuse plus qu'une douleur au mollet.

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