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qu'il était très-inconstant, et puis enfin extrêmement drolatique dans tous les exercices de la vie ; il répétait sans cesse qu'il voulait se suicider. Personne n'y faisait attention, c'était d'ailleurs sa manie, et, depuis que je le connaissais, c'était toujours la même machine, si bien qu'on se disait en riant : « Se tuera-il? Ne se tuera-t-il pas? » On n'attachait aucune importance à ses paroles. Cette déposition a une grande valeur pour les médecins spécialistes, car elle est une réponse catégorique à la demande du magistrat, et elle signale plusieurs des symptômes principaux des fous raisonnants, ainsi que nous le prouverons dans nos recherches sur la responsabilité partielle de ces malades, qu'on ne connaît bien que lorsqu'on les a observés longtemps et minutieusement, sans les perdre un instant de vue. Le directeur du théâtre déposa qu'il avait remarqué chez Dumont beaucoup d'orgueil, une présomption sans égale, et qu'il dut finir par le congédier, en voyant qu'il ne tenait aucun compte de ses observations. Après son renvoi, il parcourut diverses villes de province ; puis, à la suite d'engagements aussitôt rompus que formés, il revint à Paris. M. de Courcelles, homme dc lettres, et le propriétaire de la maison où le père de Dumont est concierge, déclarèrent également à l'audience qu'ils l'avaient toujours vu exaspéré et regardé comme un fou, si bien, dit le second, que l'accusation qui lui est reprochée ne m'a pas étonné. Sur l'observation du président à l'accusé : On vous prend pour un fou; que dites-vous de cela ? il s'écria, en se rcdressant avec fierté : « Je dis que cela n'est pas vrai. » Pour ceux qui ont passé une partie de leur vie avec les aliénés, cette réponse est décisive, car ils savent que si ceux-ci voient la paille qui est dans l'œil du voisin, ils n'aperçoivent point le plus généralement la poutre qui est dans le leur. En présence de l'attitude de l'accusé aux débats et des dépositions presque unanimes des témoins, M. l'avocat général Sapey demanda que l'accusé fût soumis à l'examen de médecins spécialistes, qui apportassent la lumière qui manquait quant à présent. La Cour, après en avoir délibéré, renvoya l'affaire à une prochaine session pour qu'il fût d'ici là procédé à une plus ample information et à l'examen de l'accusé par des médecins compétents. Le 15 décembre dernier, Dumont a reparu devant le jury. Les faits étant suffi

samment connus d'après l'exposition que nous venons d'en tracer, nous nous bornerons à publier, au lieu du requisitoire, le rapport de M. le docteur Parchappe, inspecteur général de première classe des établissements d'aliénés, et les nouveaux faits acquis aux débats. Ce rapport est ainsi conçu : « Des renseignements qui m'ont été fournis par le directeur et les surveillants, il résulte que Dumont, depuis le moment de son entrée dans la maison de justice, n'a offert ni dans sa tenue, ni dans ses habitudes, ni dans ses paroles, ni dans ses actions, rien qui indiquât que son intelligence fût altérée, ni qu'il ne fût pas en pleine possession de sa raison. » Dumont se soumet à la discipline de la prison dont il n'a troublé l'ordre en aucun cas; il est calme, il a bon appétit, il dort bien ; ses discours sont cohérents ct sensés. Le trait saillant de son caractère, d'après le témoignage du directeur et des surveillants, c'est un développement excessif d'amour-propre et une passion exaltée pour la publicité. » Dumont n'offre dans son aspect extérieur, dans la disposition de ses vêtements, dans sa tenue, rien d'exceptionnel, si ce n'est l'arrangement prétentieux dans son désordre d'une chevelure noire, abondante et irrégulièrement bouclée. » La tête est bien conformée, la figure est pâle, les yeux ont de l'éclat ; la physionomie, surtout dans le regard et les mouvements de la bouche, exprime l'intelligence, une certaine finesse, et surtout un sentiment de satisfaction de soi-même. » Aux diverses questions que je lui ai posées, Dumont a répondu avec netteté, lucidité et cohérence, en montrant constamment qu'il comprenait parfaitement les questions dans leur sens et leur portée, en s'attachant évidemment dans ses réponses à atténuer la responsabilité des actions coupables qui peuvent lui être reprochées. » Voici, en résumé, ce qui ressort de l'ensemble de ses réponses : Il est actuellement bien portant; il a bon appétit ; il dort bien. Il n'était pas malade au moment où se sont accomplis les faits qui ont amené son arrestation. Il était habituellement d'une bonne santé, et, à sa connaissance, il n'a été atteint d'aucune maladie grave durant sa vie passé; il ne peut expliquer à lui-même comment lui est venue l'idée d'accomplir les actions coupables auxquclles il s'est livré. » Il aimait M. Franck comme son père. Sa passion pour madame Franck s'était, depuis un certain temps, effacée. Il n'avait, en achetant un poignard, qu'une intention, celle de se donner la mort. Ce projet de suicide, qui le préoccupait depuis assez longtemps, n'était pas né d'un désespoir d'amour, mais des déceptions qu'il avait rencontrées dans sa carrière dramatique. » Il était avide de célébrité ; il se croyait du génie, les succès qu'il avait obtenus ne le satisfaisaient pas. Il aurait voulu montrer son talent dans ses rôles de prédilection, Hamlet, Antony, Borgia. Son âge n'était pas un obstacle. Avant vingt ans, Bocage et Frédérick-Lemaître étaient célèbres. Il voulait de la célébrité, au moins dans sa mort. C'est à cette idée d'obtenir la célébrité par le suicide que se rattachent ses actions dans la soirée et la nuit du 5 juillet. Le moment de réaliser son projet de suicide étant arrivé, il s'en était procuré les moyens en achetant un poignard. Il en avait fixé le jour au 5 juillet; il avait fait allusion à ce projet, ce même jour, en montrant son poignard à madame Franck. Il avait écrit la lettre dans laquelle il indiquait les causes de son suicide; il avait montré cette lettre à sa camarade de théâtre, la demoiselle Elisa Bonnefoy. » Il s'était maintenu dans son état d'excitation en buvant de l'absinthe, mais il ne s'était pas mis dans un état d'ivresse. » C'est le soir au théâtre, en écoutant la Folle de la cité, que l'idée de ne pas se tuer bêtement s'était associée à sa passion soudainement réveillée pour madame Franck ; qu'il a conçu le projet de ne se tuer qu'après l'avoir possédée ; qu'il a combiné les moyens d'arriver à ce but, et qu'il s'est immédiatement mis à l'œuvre pour l'accomplissement de son plan. Il affirme à diverses reprises et énergiquement que le meurtre de M. Franck n'entrait pas dans ce plan ; que son intention était seulement de surprendre madame Franck en se glissant furtivement dans son lit, et de se tuer dès qu'il aurait obtenu ses faveurs, afin qu'on le trouvât mort sur elle ; ce sont ses propres expressions. Il dit que dans l'attente du retour de madame Franck, et quand il était seul dans son appartement, il a touché, baisé ses vêtements, et qu'il avait eu un instant l'idée de s'enfuir en emportant son corset. Il raconte les faits tels qu'ils se sont passés d'après la déposition des témoins. Il reconnaît avoir pris dans la poche du paletot de M. Franck, au théâtre, la clef de son appartement, s'être servi de cette clef pour en ouvrir la porte, avoir laissé la porte ouverte de manière à pouvoir s'introduire sans clef dans l'appartement, avoir rapporté la clef au théâtre, et l'avoir

replacée dans la poche du paletot de M. Franck ; être revenu dans l'appartement, avoir fermé la porte avec une clef qu'il y a trouvée ; s'être emparé d'un couteau de cuisine plus solide que son poignard qui lui paraissait trop faible : s'être déshabillé pour être prêt à s'introduire dans le lit de madame Franck ; s'être caché sous le lit de M. Franck ; y avoir entendu que les époux Franck fussent rentrés, couchés et endormis, et seulement il prétend qu'en frappant Franck, au moment où il avait été saisi par lui, il n'a su ce qu'il faisait, que ç'a été un accident de lutte qu'il n'avait ni prévu, ni voulu à l'avance. Je ne peux m'expliquer pourquoi il s'est abstenu de toute parole pendant la durée de cette lutte ; il m'a assuré avoir eu pour intention d'éviter de se faire reconnaître par sa voix : il nie aussi avoir affecté un accent étranger, et avoir essayé de décomposer les traits de son visage au moment où, arrêté et en face de la lumière, il a dû parler et se laisser voir. Relativement aux lettres qu'il a écrites en général, et particulièrement à celles qu'il a adressées, de sa prison, à mesdames Régnier et Bonnefoy, il reconnaît qu'en les écrivant, il s'exerçait comme pour des compositions dramatiques. Le nom de sœur donné à madame Régnier, était un terme d'amitié, et les expressions blessantes contenues dans la lettre adressée à mademoiselle Bonnefoy, étaient un acte de vengeance. Dumont n'a rien perdu de sa confiance dans sa valeur personnelle ; il continue à croire qu'il était appelé, par son génie, à la célébrité dramatique Il exprime le désir qu'on lui rende les pièces de théâtre qui étaient en sa possession et dont on a dû le dessaisir. Il n'a pas d'illusions sur les suites de son procès, il se croit perdu et compte sur les travaux forcés, mais il saura bien trouver les moyens de mettre fin à sa vie. Telles sont, en substance, les réponses de Dumont, aux nombreuses questions que je lui ai adressées dans ma première visite. J'ai reproduit les mêmes questions dans une scconde visite à quelques jours d'intervalle, et ses réponses, également lucides, cohérentes, n'ont différé sur les mêmes sujets qu'en quelques points. Il affirme que sa passion pour madame Franck a été pure jusqu'au moment où, ayant décidé qu'il se tuerait, l'idée de ne se tuer qu'après l'avoir possédée, et d'atteindre la célébrité par les circonstances de son suicide, s'est emparée de son esprit. Relativement à ses lettres, il reconnait

de nouveau qu'en les composant, il a voulu leur donner un caractère dramatique ; il s'attribue le talent d'écrire, il a composé des drames. Ramené à s'expliquer sur l'appréciation de la situation qu'il s'était faite et sur les conséquences qu'elles peuvent entrainer, il exprime l'opinion que cette situation n'est pas, après tout, d'une gravité extrême. Il dit que Franck a guéri de ses blessures et lui a pardonné, que ses intentions n'ont jamais été criminelles. De l'ensemble des données qu'il m'a été possible de recueillir sur l'état mental de Dumont, soit dans le passé, soit dans lc présent, plus expressément des données que j'ai directement obtenues dans l'examen auquel je l'ai soumis, je conclus : 1° Que Dumont n'est pas actuellement atteint d'aliénation mentale. 2° Que rien ne prouve qu'au moment où il a accompli les actes dont la responsabilité lui est imputée, il ait été réellement sous l'influence d'un état maladif qui puisse être rapporté à l'aliénation mentale. 5° Que les sentiments qui paraissent avoir dominé toute sa vie et qui se tradui· sçnt encore actuellement dans toutes ses manifestations, un orgueil excessif, une confiance demesurée dans ses talents dramatiques, une avidité effrénée de célébrité, ont pu, en l'absence d'un sens moral suffisamment développé , et sous l'influence d'une imagination habituellement pervertie par la préoccupation incessante de succès, de passions amoureuses, de suicide et de meurtre, qu'il se croyait évidemment apte à reproduire sur la scène, et actuellement troublée par l'action de l'absinthe, l'entraîner, ainsi que lui-même l'explique, à se donner le rôle tragique qu'il a réellement joué dans la nuit du 5 juillet (1). On voit par ce rapport que, sans admettre la folie, M. Parchappe reconnait que Dumont était en proie à des idées fixes (ridicules, déraisonnables, c'est notre appréciation), qui, en l'absence d'un sens moral suffisamment développé , et sous l'influence d'une imagination habituellement pervertie et troublée par l'action de l'absinthe, ont pu l'entraîner à commettre l'action qui lui est reprochée ! Il faut dire, cependant, qu'un médecin également habitué à voir des aliénés, à les observer avec soin, M. le docteur Blanche a professé une opinion contraire et considéré Dumont comme un fou. En se plaçant même sur le terrain que

(1) Journal le Droit, numéros des 15 et 16 décembre 1862.

la haute expérience de M. Parchappe lui a fait adopter, peut-on affirmer que ces idées d'orgueil indomptable, de désir sans frein de célébrité impossible, que cette préoccupation incessante de scènes de passions amoureuses, de suicide et de meurtre, laissent à l'esprit la liberté nécessaire pour échapper aux entraînements impétueux des sentiments et des instincts? (La suite au prochain N°.) (Annales d'hygiène publ., avril 1865.)

De la valeur des cristaux d'hématine dans les cas de chimie légale , par C. FAVROT, pharmacien. — La découverte du rubidium et du cœsium, par MM. Bunsen et Kirkoff, à l'aide du spectre solaire, a donné une assez grande importance aux découvertes que l'on peut faire soit à l'aide de la lumière décomposée, soit à l'aide du microscope, qui n'est qu'une application des lois de l'optique à la recherche de nouveaux produits invisibles à l'œil nu. MM. Buchner et Simon, de Darmstadt, ont pensé que le microscope pouvait être un auxiliaire très-utile dans les recherches chimico-légales qui avaient pour but la découverte de taches de sang sur un instrument tranchant ou sur un tissu, quelle qu'en soit la nature. Tous les chimistes savent combien il est difficile d'arriver à reconnaître si une tache provient du sang ou de toute autre matière, surtout lorsque la tache est ancienne et que le principe colorant du sang est en partie détruit; tout moyen propre à confirmer les données de la science peut donc être considéré comme ayant une grande importance, tant aux yeux des experts que de ceux qui ont pour mission d'appliquer les rigueurs de la loi. MM. Buchner et Simon, mettant à profit les expériences de M. Feichmann sur l'action de l'acide acétique sur le sang, ont pensé que l'on pourrait tirer parti des cristaux qui se produisent sous son influence pour les recherches de toxicologie. Ces cristaux, qui ne sont autres que des cristaux d'hématine, sont tellement petits qu'il faut nécessairement avoir recours au microscope pour en apprécier la forme. la grosseur et la nature. Quand on traite le sang par l'acide acétique cristallisable et qu'on évapore le soluté, on obtient, quand il est arrivé à un degré de concentration convenable, des cristaux rhomboïdaux à contours nets, tantôt allongés et étroits, tantôt courts et épais. Leur couleur varie entre le jaune sale, le rouge brun et le noir foncé. Ils tendent à se grouper en croix l'un sur l'autre ou en étoiles. Ce sont là les formes que MM. Buchner et Simon considèrent comme bien caractérisées, car ces cristaux en présentent d'autres qui ne sont pas exclusives à l'hématine, et qu'elle partage avec la bile. Ces cristaux sont, avons-nous dit, des cristaux d'hématine. Quand on les traite par les réactifs, on obtient les résultats suivants : Ils sont insolubles dans l'eau, l'alcool, les acides acétique, phosphorique et chlorhydrique à chaud et à froid. Ils se dissolvent difficilement dans l'ammoniaque, l'acide sulfurique étendu et l'acide azotique du commerce. Ils se dissolvent dans la potasse, qu'ils colorent en vert foncé; dans l'acide sulfurique concentré, auquel ils communiquent une couleur vert foncé sale ; mais cette dissolution n'est pas complète, car il se dépose au fond du vase des amas pigmentaires poisseux et noirâtres, et dans le liquide nagent des membranes informes. L'acide azotique fumant dissout les cristaux d'hématine en prenant une teinte d'un brun rouge. L'eau chlorée a une action spéciale sur ces cristaux ; elle ne les dissout pas : car, même au bout de plusieurs jours de contact, on les retrouve avec leur forme ; seulement ils semblent avoir été rongés, car ils sont fendillés ; de plus, ils ont perdu tout à fait leur couleur et semblent transparents. Comme on le pense bien, tous ces caractères ne peuvent être constatés qu'à l'aide du microscope, et en raison même de la difficulté qu'on éprouve à les déterminer, ils ont tous leur importance. Dans les recherches chimico-légales, tous ces caractères ne se manifestent pas avec la même intensite que lorsque l'on opère sur le sang pour la préparation directe des cristaux. Si l'on a à examiner un liquide contenant du sang, on en traite quelques gouttes par de l'acide acétique glacial, et on laisse évaporer spontanément, ou bien l'on porte la température à 60 degrés pour activer l'évaporation et obtenir des cristaux plus réguliers. Le mieux est d'opérer dans un verre de montre dont la forme concave facilite le groupement des cristaux, et que l'on peut facilement porter sous le microscope, quand l'évaporation est achevée, pour constater les caractères que nous venons d'indiquer.

C'est ordinairement sur les bords de la tache formée dans le verre de montre que se trouvent les cristaux que l'on a à examiner. Souvent pendant l'évaporation il se produit une sorte de coagulum floconneux qu'il faut enlever avant que l'évaporation soit terminée, parce qu'il nuirait à la formation et au groupement des cristaux. Quand on a affaire à des caillots de sang frais ou desséchés, il est préférable de traiter la tache par l'acide acétique dans un petit tube à essais. On chauffe sur la lampe à esprit de vin, et quand la dissolution est opérée, on évapore dans le verre de ImOIntI'e. Quand du linge taché de sang a été soumis à un lavage qui lui a enlevé la totalité des sels contenus dans le sang et la plus grande partie de sa matière colorante, il est nécessaire d'ajouter un peu de chlorure de sodium au liquide soumis à l'expérience pour obtenir la formation des cristaux d'hématine, parce que, sans cette addition, l'acide acétique, même bouillant, détermine bien une coloration, mais les cristaux ne se forment pas. Il faut également que le chlorure de sodium soit ajouté avant de faire chauffer l'acide avec la tache, parce que, si on l'ajoute après, les cristaux ne se forment pas plus que si l'on n'en avait pas mis ; tandis que quelques parcelles suffisent pour les développer quand on les met en même temps que l'acide. L'influence de ce sel haloïde ou de tout autre analogue est telle que des taches de sang, lavées dans l'eau au point de ne plus colorer cette dernière, ont encore cédé de la matière rouge à l'acide acétique bouillant et fourni des cristaux d'hématine après l'addition de quelques atomes de sel de cuisine. L'avantage que présente l'acide acétique, c'est de dissoudre cette matière colorante du sang lorsqu'elle est devenue complétement inattaquable par l'eau, soit par suite d'ancienneté, soit par toute autre cause. Mais alors, avant de faire macérer ou même bouillir le linge, le bois, en un mot la substance sur laquelle se trouvent les taches de sang avec l'acide acétique concentré, il faut avoir le soin d'ajouter le chlorure de sodium dont nous avons parlé. Il ne faut avoir recours toutefois à l'acide acétique pour dissoudre la matière colorante du sang, que lorsque la macération dans l'eau, et une macération longtemps prolongée, a été tout à fait impuissante ; parce que l'acide réagit également sur les principes colorants des étoffes foncées en couleur, les dissout et donne ensuite un résidu foncé peu transparent, dans lequel il est difficile de distinguer les cristaux d'hématine. L'addition du chlorure de sodium luimême peut quelquefois aussi présenter des inconvénients. Si la tache de sang n'a pas perdu par le lavage les sels que ce fluide renferme ordinairement, il ne faudrait pas en ajouter, parce que ces sels en cristallisant pourraient modifier par leur abondance la forme des cristaux d'hématine ; aussi MM. Buchner et Simon conseillent-ils de faire deux expériences : la première sans ajouter de chlorure de sodium, la seconde en ajoutant du sel, si la première ne réussit pas. Cependant si la quantité de taches que l'on a à sa disposition est trop faible pour permettre de faire deux expériences, il vaut mieux méttre du sel dans la première, puisqu'il ne serait plus possible d'en ajouter en cas d'insuccès, et que d'ailleurs une petite parcelle suffit pour assurer la réussite de la cristallisation. Quand on n'a pour reconnaître des taches de sang, dans les cas de chimie légale, d'autres caractères qu'une coloration plus ou moins foncée de quelques cristaux microscopiques, il faut, de toute nécessité, s'assurer que ces cristaux et cette coloration sont bien dus à la matière colorante du sang et non à une autre substance présentant avec elle plus ou moins d'analogie. MM. Buchner et Simon l'ont bien compris, et ils ont multiplié les expériences pour chercher parmi les matières colorantes celles qui pourraient causer quelque incertitude dans l'esprit des experts. Les seules qui aicnt fourni des cristaux permettant une hésitation à une observation superficielle, sont : le bois de santal, la garance, l'encre rouge, la laque, le sangdragon et la murexide. Mais avec un peu d'expérience l'erreur n'est pas possible, car les cristaux obtenus par MM. Buchner et Simon étaient irréguliers, en aiguilles cubiques et généralement incolores ; quelquefois cependant ces cristaux présentaient une apparence de coloration; mais elle était irrégulière, partielle, et la présence d'autres cristaux incolores de même forme prouvait que cctte coloration n'était qu'accidentelle.

D'ailleurs ces cristaux sont tous solubles dans l'eau, et cette solubilité, jointe aux caractères chimiques, suffit pour détruire toute hésitation. Une seule subtance, la murexide, présente plus de difficulté parce qu'elle pro

· duit, même sans acide acétique, des cris

taux dont la formc et la couleur ressemblent beaucoup aux cristaux d'hématine ; mais la solution de murexide dans l'acide acétique concentré est rouge brique, celle d'hématine est d'un brun rouge sale. Le résidu de l'évaporation du soluté acétique de murexide est soluble dans l'eau , à laquelle il communique une couleur pourpre, dans l'acide chlorhydrique sans le colorer, et dans la potasse caustique, qu'il colore en bleu ; tandis que les cristaux d'hématine sont insolubles dans l'eau ct dans l'acidc chlorhydrique, et que leur solution dans la potasse est d'un vert foncé et non pas bleue. Cette solubilité de la murexide dans l'eau offre même un excellent moyen de séparation de cette substance d'avec le sang, si, par impossible, elle s'y trouvait mélangée. Ce pr9cédé d'investigation est-il applicable en médecine légale ? Sans doute il est d'une sensibilité remarquable, et les auteurs assurent que des taches de sang qui dataient de huit années, et qui, par conséquent, étaient dans les conditions les plus défavorables pour une analyse, ont été parfaitement reconnues par l'acide acétique. Mais un procédé basé sur l'emploi du microscope peut-il être considéré comme un moyen juridique d'arriver à la découverte de la vérité ? Nous l'admettons trèsbien comme expérience scientifique trèsremarquable, mais nous ne pouvons lui donner l'autorité nécessaire pour faire condamner un coupable ou absoudre un innocent. L'examen microscopique des cristaux d'hématine peut être un auxiliaire utile aux réactions chimiques qui servent à caractériser les taches de sang; mais si l'on n'a pas d'autre moyen de s'assurer de l'existence du sang, il est plus sage de s'abstenir de se prononcer que de s'exposer à une erreur dont les conséquences pcuvent être si graves. (Journal de chimie médicale,juin 1865).

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