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et qui avaient été envoyées à l'exposition universelle de Londres de 1862. M. Chandelon fait connaître au bureau, qu'à son vif regret, il n'a pu se procurer sur le procédé employé par M. Cavalli, de Gothenburg, d'autres renseignements que ceux qu'il a mentionnés dans son rapport sur les produits de la seconde classe, exposés à Londres, rapport dont il a offert un exemplaire à l'Académie, dans la séance du 11 juillet dernier. — Il ne pourra donc être donné d'autre suite à cette affaire. M. le président informe la Compagnie que les sections, conformément à l'art. 48 du règlement, se sont constituées comme suit, pour l'année 1864 : Première section.—Président, M. Fallot; secrétaire, M. Fossion. Deuxième section. Président, M. Lebeau ; secrétaire, M. Tallois. Troisième section.—Président, M. Burggraeve ; secrétaire, M. Marinus. Quatrième section. Président, M. Bellefroid ; secrétaire, M. Sovet. Cinquième section.—Président, M. Chandelon ; secrétaire, M. Depaire. Sixième section.—Président, M. Gaudy; secrétaire, M. Delwart. M. le docteur Erlenmeyer, de Bendorf, soumet à l'appréciation de l'Académie un travail manuscrit, en langue allemande, relatif à l'extension du goitre et de l'idiotisme dans les provinces rhénanes.— Commissaires : MM. Crocq et Tallois. En annonçant qu'il lirait, à la prochaine séance, un mémoire concernant quelques faits relatifs à la chirurgie conservatrice, M. Burggraeve dépose sur le bureau, au nom de M. le docteur Poirier, de Gand, un travail manuscrit, intitulé : « De l'asthme dans ses rapports avec la diathèse dartreuse, » que l'auteur soumet à l'appréciation de la Compagnie. — Commissaires : MM. Lebeau, François et Craninx. M. le docteur Scoutetten, de Metz, transmet à l'Académie, sous la date du 22 octobre, deux brochures qui contiennent la description des expériences qu'il a faites pour constater l'électricité du sang chez les animaux vivants, les objections présentées par des savants et les réponses qu'elles ont nécessitées. Il termine sa lettre par ces paroles : « Comme la question de l'électricité du sang, une fois admise, doit exercer une influence importante sur les théories physiologiques et médicales, je sollicite l'examen sérieux de tous les hommes instruits. C'est à ce titre, M. le président, que je vous prie d'appeler l'attention des membres de votre honorable Compagnie, et s'il en est parmi eux qui veuillent bien

s'occuper de ce sujet, puis me communiquer leurs recherches ou leurs observations, j'en serais très-heureux et trèsreconnaissant. » — Les deux opuscules de M. Scoutetten seront tenus à la disposition des membres qui voudront en prendre connaissance. En transmettant à l'Académie la suite de son relevé des maladies, causes des décès, constatés dans la ville de Bruxelles pendant le troisième trimestre de l'année courante, M. le docteur Janssens offre, au nom de M. le professeur Rizzoli, de Bologne, toutes les publications faites par ce savant, qui l'a chargé de demander en même temps à la Compagnie, de vouloir bien soumettre à l'examen les principaux de ces travaux. — Conformément et comme suite à la résolution prise par l'Académie dans sa séance du 26 septembre dernier, relativement au même travail de M. Janssens, le dépôt aux archives de celui qu'il présente aujourd'hui, est ordonné. Les publications de M. le docteur Rizzoli sont renvoyées à la troisième section. Par lettre du 5 octobre, M. le docteur Bourgogne père, de Conde, fait hommage de deux exemplaires de l'ouvrage qu'il vient de publier sur l'érysipèle, considéré comme une fièvre exanthématique essentielle. Il rappelle en même temps l'envoi qu'il a fait à la Compagnie, à différentes reprises, de ses publications, cn ajoutant qu'il se trouverait heureux si ces écrits pouvaient lui mériter l'honneur d'être associé aux travaux de la Compagnie avec le titre de correspondant. — La lettre de M. Bourgogne a été soumise à la Commission de présentation de candidats pour les élections, dont le rapport sera lu aujourd'hui dans le comité secret. M. Thiernesse a offert, au nom de M. Gluge ainsi qu'au sien, un extrait du Bulletin de l'Académie royale des sciences de Belgique, contenant le résultat de nouvelles expériences qu'ils ont faites ensemble, sur la réunion des fibres nerveuses sensibles avec les fibres motrices, expériences qui confirment celles qu'ils ont jadis instituées dans le même but, et dont le résultat a été également communiqué aux Académies de Belgique. M le docteur Bulckens, médecin-inspecteur des aliénés colloqués à Gheel, a envoyé à l'Académie ses dernières publications, parmi lesquelles se trouvent plusieurs opuscules relatifs à cette classe d'infortunés, auxquels il est spécialement appelé à donner ses soins. M. Warlomont, correspondant, donne lecturc d'une note sur la sève de Calabar, Cette communication sera insérée dans le bulletin de la séance. M. Crocq demande à la Compagnie, à pouvoir donner lecture d'une note que M. Alex, de Bruxelles, lui a remise, avec prière de la communiquer à l'Académie. Cette note est relative à un appareil que ce chirurgien dentiste croit propre à remédier à la dysécée. Cet appareil ou tube en argent, est coulé sur le moule obtenu au moyen d'une empreinte exacte du conduit auditif externe de chaque individu. La longueur en est calculée de façon à ne pas excéder l'orifice externe. M. Alex a joint à sa communication un spécimen de cet appareil prothétique. Après la lecture de cette pièce, MM. Sovet et Van Biervliet sont successivement entendus, et l'Académie, sur la proposition de son président, vote des remercîments à M. Alex pour l'envoi de sa communication, Discussions. — 1. Rapport de la Commission qui a examiné le travail de M. Van Aubel, intitulé : Quelques mots sur l'opération césarienne. — M. Hubert, rapporteuI'. M. le président donne lecture des conclusions de ce rapport qui sont ainsi conçues : Publier le mémoire de M. Van Aubel dans le bulletin, et lui adresser des remerciments pour l'envoi de sa communication. — Ces conclusions sont mises aux voix et adoptées. 2. Suite de la discussion de la communication sur l'ophthalmie dite militaire, par M. Vleminckx, — et du rapport rédigé par M. Hairion, au nom de la Commission qui a été chargée de faire des recherches sur la nature des granulations. MM. Crocq , Thiry, Van Kempen et Fleury sont successivement entendus. M. Vleminckx prend ensuite la parole, après avoir cédé le fauteuil de la présidence à M. Fossion. L'on entend encore sur la même question, MM. Fleury et Burggraeve, puis la suite de la discussion est renvoyée à une autre séance. L'Académie se forme en comité secret à une heure trois quarts. Comité secret. — Après l'adoption du procès-verbal du précédent comité secret, i'Académie procède au renouvellement de son président, de ses vice-présidents et de son secrétaire annuel, pour l'année 1864, conformément aux art. 50, 51 et 57 du règlement. 28 membres prennent part au scrutin ouvert pour la présidencc.

M. Vleminckx est proclamé président à l'unanimité des suffrages. Quatre bulletins blancs ont été trouvés dans l'urne. Pour la première vice-présidence, personne n'ayant obtenu la majorité absolue, il est procédé à un second scrutin, qui donne le résultat suivant : M. François obtient 14 voix, sur 25 bulletins valables. En conséquence, M. François est proclamé premier vice-président. Pour la nomination du second vice-président, deux scrutins sont successivement ouverts, et ne donnent pas de résultat définitif. Un scrutin de ballotage est ensuite ouvert entre MM. Fossion et Lequime. M. Fossion ayant obtenu 11 suffrages sur 20 bulletins valables, est proclamé second vice-président. Au scrutin ouvert pour l'élection du secrétaire annuel, M. Marinus ayant presque obtenu l'unanimité des voix, est maintenu dans ses fonctions. Aux termes de l'art. 51 du règlement, il sera donné connaissance au gouvernement du résultat de ces élections. L'installation du nouveau bureau aura lieu dans la séance de décembre. Il est ensuite donné lecture, par M. Tallois, du rapport qu'il a rédigé au nom de la commission qui est chargée de faire des présentations de candidats pour les places de membres honoraires et de correspondants. — Ce rapport sera imprimé et distribué, et l'Académie procédera à ces élections dans la séance du mois de novembre. MM. Marinus et Depaire ont respectivement donné lecture des rapports des troisième et cinquième sections, relatifs aux présentations de candidats pour les places de membres titulaires, vacantes dans ces sections (une place dans chacune d'elles). Ces rapports resteront déposés au secrétariat, pour être soumis à l'inspection des membres qui en feront la demande. La séance est levée à 5 heures.

Académie de Médecine de Paris.

Séance du 29 septembre 1865.

CoNTAGIoN DE LA FIÈvRE JAUNE. — M. le docteur Bertulus (de Marseille) donne lecture d'un mémoire sur les prodrômes de la fièvre jaune.

L'incubation est, à ses yeux, un état mixte physiologico-pathologique, qui n'est pas la santé absolue, puisqu'il appelle l'attention du médecin, mais qui n'est pas non plus la maladie à son invasion, puisque les symptômes de cette dernière sont parfaitement distincts des prodrômes. Tantôt la contagion, le miasme suscite les symptômes d'une fièvre adéno-nerveuse, et alors il y a, comme dans la peste, des prodrômes que ressentent à la fois ceux qui doivent être frappés et ceux qui lui résisteront : tantôt le même élément développe un choléra, dont le principal prodrôme est la diarrhée alternant avec la constipation ; tantôt, enfin, il produit cette fièvre gastroadynamique ou bilioso-putride , qu'on nomme fièvre jaune, et, dans ce cas, les prodrômes dérivent des systêmes organiques, qui sont surtout affectés dans cette contagion. DIscUssIoN sUR LA RAGE. — La parole est à M. Leblanc, qui donne lecture d'un discours, dont voici le résumé sous forme de conclusions : 1° Je suis convaincu, dit l'orateur, que la rage se développe spontanément chez le chien. 2° La rage spontanée est fréquente chez les chiens mâles ; je n'en ai pas constaté d'exemple chez les chiennes. 5° Mon observation particulière et les documents divers que j'ai pu recueillir m'autorisent à croire que la disproportion qui existe entre le nombre des chiens et des chiennes, disproportion qui ne permet pas aux chiens de satisfaire leurs désirs vénériens, a une grande influence sur le développement de la rage spontanée. 4° Je pense que, si la disproportion disparaissait, et si même les femelles étaient plus nombreuses que les mâles, la rage spontanée, et par suite la rage communiquée serait moins fréquente. 5° Je crois que le meilleur moyen de faire cesser cette disproportion serait d'établir une surtaxe notable sur les chiens mâles, seulement, et subsidiairement de faire connaître au publlic le danger qu'il y a pour les chiens mâles à les priver des besoins vénériens. 6° Il serait d'un très-grand intérêt de chercher expérimentalement à confirmer ou à infirmer l'opinion que je viens de rappeler, opinion qui est très-répandue et qui consiste à considérer les besoins vénériens non satisfaits chez les chiens mâles comme une des causes principales de la rage spontanée. 7° Rien ne prouve que la race des chiens ait une influence manifeste sur le développement de la rage. 8° Il me semble bien démontré que ni l'état météorique de l'atmosphère, ni les saisons, n'ont d'influcnce marquée sur la

fréquence et le développement de la rage. 9° D'après les documents que j'ai pu consulter, la rage est 14 fois plus fréquente chez les chiens que chez les chiennes en Allemagne et en France, la proportion des mâles non enragés, dans les mêmes pays, étant de 5 pour 1 chienne non enragée. 10° On ne doit pas faire usage de la muselière comme préservatif de la rage. 11° Tous les chiens circulant sur la voie publique doivent porter un collier sur lequel sont inscrits le nom et la demeure des propriétaires, sous peine d'être saisis et vendus. 12° La séquestration des chiens mordus est une mesure indispensable ; on ne peut guère fixer la durée de la séquestration, pratiquement parlant, à plus de 60 jours, quoique l'incubation de la rage soit quelquefois plus longue. 15° L'occision, que l'on prescrirait sur une simple déclaration de suspicion faite par des personnes étrangères à l'art médical, serait une mesure beaucoup trop sévère. La séquestration ne devrait même être obligatoire que dans les cas de suspicion motivée et prononcée par un vétérinaire après enquête. 14° Il est d'une extrême importance de vulgariser la connaissance des signes réels de la rage, ainsi que la description des signes différentiels qui font distinguer de la rage certaines maladies très-communes chez les jeunes chiens surtout. 15° Il y a lieu de chercher à atténuer l'effet probable produit soit par les causes de la rage spontanée, soit par le véhicule rabifère introduit dans l'économie animale, en faisant dans un cas cesser les causes présumées, et dans l'autre cas, en détruisant le plus promptement et le plus sûrement possible le véhicule rabifère, et en modifiant profondément l'économie, par des médications altérantes et évacuantes. 16° Je ne connais pas de cas de guérison de rage confirmée. Il ne me répugne pas pourtant de croire à la possibilité de cette guérison. Répondant à une interrogation de M. Leblanc, à propos de la rage ébauchée, M. GUÉRIN s'exprime ainsi : J'ai dit que la loi générale de toutes les maladies virulentes était qu'il existe dans l'économie une sorte de fermentation à dater du moment où le virus a agi, et qu'on saisira plus tard les symptômes de cette fermentation quand on aura l'idée qu'ils existent. Ce sont les premiers de ces symptômes que j'appellerai la rage ébauchée, dans l'espèce. La cause est la même; l'effct scul diffère, en tant qu'intensité ; mais il est identique, quant à sa nature, à la rage confirmée.

Séance du 6 octobre.

TACHEs BLEUEs. — M. le docteur DELIoUx DE SAvIGNAC donne lecture d'un mémoire intitulé . Les taches bleues. On voit apparaître dans certaines maladies, dit-il, un exanthème spécial constitué par des taches bleues; celles-ci semblent avoir été autrefois et longtemps confondues avec les vibices, les vergetures, les pétéchies ; quelques auteurs contemporains seuls les ont bien distinguées. Il en est fait mention pour la première fois par Piquer et par Zimmermann ; Chomel n'en a parlé que dans les dernières éditions de son Traité de pathologie générale. Ce sont Forget, à Strasbourg, et M. Davasse, à Paris, qui les ont le mieux décrites, et le plus signalées à l'attention des cliniciens. M. Delioux a rencontré les tâches bleues un grand nombre de fois dans diverses maladies ; ce sont des macules d'une teinte bleue ou ardoisée, paraissant dessinées en creux quoique étant au niveau de la peau; parfois elles foncent en couleur, s'élargissent et dégénèrent en une véritable cyanose; d'autres fois elles sont très-pâles et ne sont aperçues qu'avec une certaine attention ; elles ne déterminent aucune sensation spéciale et disparaissent sans desquamation. Elles sont arrondies et plus souvent irrégulièrement quadrilatères, unguiformes, discrètes d'ordinaire, parfois confluentes. Leur siége de prédilection est la face antérieure du thorax, de l'abdomen ; les flancs, les régions inguinales. Mais elles peuvent se développer sur d'autres parties ; l'auteur ne les a jamais vues sur le visage, sur la face extérieure ni aux extrémités des membres. Les taches bleues n'ont aucune valeur précise au point de vue du diagnostic et du pronostic. Elles se manifestent dans les maladies les plus diverses. DiscUssIoN sUR LA RAGE (Suite).—M. BEAU. J'ai vu trois cas de rage à l'hôpital Necker, en 1856. Ils m'ont frappé par la prédominance de symptômes que je ne connaissais pas, et cette prédominance symptomatique n'a pas été la même chez ces trois sujets. Dans la première observation la rage se déclare sous le masque d'un simple mal de gorge, puis apparaît bientôt un état de fureur extrême qui se manifeste par actes et par paroles. A l'autopsie, constatation d'une rigidité considérable des muscles et de la substance cérébrale. Dans la seconde, appétit furieux pour le pain ; agitation très-médiocre de mouve

ments et de paroles; vomissements de sang noir; hydrophobie incompléte, c'est-à-dire qui n'est pas assez intense pour empêcher le malade de boire. Dans la troisième, forme dépressive avec frissonnements, soupirs et sanglots, sans agitation furieuse ; vomissements de sang noir, comme dans la seconde. Dans ces trois observations les plaies n'ont pas été cautérisées ; chez tous, elles étaient parfaitement cicatrisées ; aucun d'eux n'a eu l'envie de mordre, aucun n'a parlé ni de rage ni de chien ; les trois malades sont morts dans leur premier accès. Au sujet de l'autopsie du premier sujet, M. Beau fait remarquer comme une circonstance tout à fait digne d'attention, l'état de rigidité extraordinaire dans lequel étaient tous les muscles. Il n'était pas jusqu'à la langue qui ne fût dure et rigide, Cette rigidité s'expliquait d'ailleurs naturellement par l'action violente et prolongée à laquelle tous les muscles avaient été soumis dans les moments qui ont précédé la mort. Mais ce qui a été constaté de plus singulier, c'est l'état de dureté et de rigidité du cerveau, tel que la pulpe cérébrale résistait à la pression du doigt, comme si elle était gelée. Il pense que cette dernière particularité peut s'expliquer également par l'action intellectuelle considérable dont le cerveau a été le siége pendant l'accès. M. GossELIN. J'avais souvent entendu dire que dans certaines localités , à côté des médecins se trouvaient des guérisseurs, lesquels, en préconisant beaucoup une certaine recette, y ajoutaient des pratiques hygiéniques un peu trop mises dans l'ombre. Du nombre de ces pratiques est l'exercice forcé.Je me suis dit qu'à la première occasion j'essayerais de ce dernier ordre de moyens. Cette occasion s'est présentée, et voici ce que j'ai constaté : En mai 1859, une jeune fille de dix-huit ans fut mordue à l'avant-bras par le chien d'un de ses voisins. Elle n'avait aucun motif alors de croire cet animal malade. On fit un pansement simple, et cette jeune fille ne s'en préoccupa pas davantage. Mais au bout de quelques jours, le chien ayant présenté des symptômes morbides insolites, fut envoyé à Alfort, où on reconnut qu'il avait la rage. Cette circonstance ayant été connue de la famille, la jeune fille fut envoyée à l'hôpital Cochin, où j'étais alors. Je constatai quatre petites plaies, deux à la face antérieure et deux à la face postérieure de l'avant-bras, qui correspondaient bien aux dents incisives de l'animal, plus quelques érosions superficielles. Toutes ces plaies étaient en suppuration ; la morsure datait de neuf jours. Il était bien tard pour faire avec quelque chance de succès une cautérisation. Cependant, plutôt que de ne rien faire, et dans l'incertitude où l'on est d'ailleurs sur la période de temps durant laquelle la cautérisation peut encore être utilc, je cautérisai les plaies avec le beurre d'antimoine ; puis j'écrivis à M. Reynal pour avoir des renseignements, et j'appris qu'effectivement le chien qui avait mordu cette jeune fille était mort enragé.

Le souvenir des moyens hygiéniques un peu merveilleux dont je parlais tout à l'heure me revint alors à l'esprit, et je recourus à une sorte de méthode mixte : je prescrivis deux bains de vapeur par jour, de 50 à 40 minutes de durée, des courses forcées dans le jardin de l'hôpital pendant deux ou trois heures, avec quelques intervalles de repos, des purgatifs tous les matins (eau de Sedlitz, huile de ricin, etc), et en même temps je lui donnai une alimentation abondante, cinq ou six portions.

Ce traitement, très-débilitant, comme on le voit, sauf l'alimentation réconfortante toutefois, fut continué pendant une trentaine de jours. La malade s'y soumit de bonne volonté ; elle maigrit quelque peu, mais cependant elle ne dépérit pas trop.Au bout de cinq semaines environ, je fis diminuer l'activité du traitement. Puis je la fis tenirjusqu'à la huitième semaine en observation. Elle n'a pas été atteinte de la rage.

Je dois ajouter que je ne l'ai pas perdue de vue depuis cette époque ; je l'ai revue en 1861 à l'hôpital Beaujon, et cette année même encore, au mois de fevrier dernier, à la Pitié.

Séance du 15 octobre.

DIscUssIoN sUR LA RAGE (Suite). M. PioRRY désire seulement exposer quelques idées relatives à la pathologie et à la thérapie. Presque toujours c'est à la suite d'une morsure par un animal atteint de cette affection ou encore de l'inoculation que la rage a été communiquée.

Les observations dont j'ai été le témoin, le fait relatif à la femme de l'employé d'une grande fabrique située près de la barrière d'Italie, femme sur laquelle j'ai attentivement suivi la marche des phénomènes qui ont précédé la mort, enfin les nombreuses lectures que j'ai faites, m'ont conduit à établir une comparaison entre ce terrible mal et le tétanos, comparaison qui me parait intéressante et très-utile par rapport à la thérapeutique.

Dans l'une et l'autre affection, presque

toujours une blessure est le premier phénomène qui a lieu ; des deux côtés, la plaie est le siége soit de douleurs, soit d'une lésion de nerfs, qui précèdent l'invasion du mal ; dans les deux cas surviennent des attaques ou des accès qui annoncent une souffrance des centres nerveux : de l'encéphale, dans la sialocyniose (rage); de la moelle rachidienne dans le tétanos. Dans la première affection comme dans la seconde, le mal semble partir de la plaie et s'étendre vers l'axe nerveux ; dans les deux cas il y a dans le retour des accès au moins de l'intermittence, sinon de la périodicité, témoin ce cas de tétanos dont j'ai publié l'histoire, et qui, ayant succédé à une fièvre tierce, présentait chaque matin des paroxysmes, qui cédèrent, ainsi que l'affection elle-même , à des doses élevées de sulfate de quinine. Dans ces deux affections, la mort est prompte, et survient presque toujours à la suite d'accidents névriques dont la huitième paire paraît être le siége, etc. Il est cependant une différence fondamentale entre la rage et le tétanos, c'est que la première succède à une blessure empoisonnée par un iose ou virus, tandis que dans la seconde la plaie est en général très-douloureuse, mais non compliquée d'intoxication. Le rapprochement qui précède entre les deux affections dont je viens de parler pourrait être étendu aux autres névroses dont la source primitive est locale, telles que l'épilepsie, les accès d'hystérie, la migraine ophthalmique, etc. D'après ces considérations, il y a lieu de supposer que le siége primitif de la rage, que le point de départ des accès qui la constituent, ne sont autres que la plaie infec tée par le virus rabique ; que l'incubation de celui-ci se fait dans cette blessure comme l'incubation de la vaccine a lieu dans la petite plaie de l'inoculation. Tout ce qui vient d'être dit est purement théorique , ou repose tout au plus sur quelques faits et sur des analogies; mais, ainsi que l'a fait si judicieusement observer M. Bouley, notre savant collègue, on sait si peu de choses positives sur la rage, qu'il est convenable, alors qu'on ne peut mieux faire, d'avoir recours à l'hypothèse, surtout quand il est possible qu'elle conduise à une thérapeutique utile. A part la cautérisation des morsures pratiquée dans les premiers temps, rien de rationnel n'a été fait dans la curation de la rage; cherchons donc à faire un rationalisme inoffensif, dans l'intention de remédier à un mal contre lequel l'empirisme est complétement impuissant.

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