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brane séreuse blanchâtre du foie plus que la substance même de cet organe. Une dent, comme on pouvait s'y attendre, ne me présenta aucune trace de thallium. Huit jours après cet accident, qui m'avait enlevé une belle chienne dc chasse et une partie de ma basse-cour, on remarqua qu'une deuxième poule était malade : elle avait les ailes pendantes, ne se soutenait que péniblement et en chancelant sur ses pattes, et, chose curieuse, quand elle voulait manger, son cou ne s'allongeant pas assez, les coups de bec ne pouvaient atteindre la nourriture. Pendant trois jours elle languit dans cet état. Je la fis tuer et je pus constater la présence du thallium dans l'intestin. Mais le poison était en quantité très minime, et, dans les autres organes, je ne pus en observer de traces, en me bornant à la méthode d'examen que j'ai indiquée plus haut. Ainsi, onze animaux : deux poules, six canards, deux jeunes chiens et une chienne de moyenne taille, avaient succombé successivement à un empoisonnement provoqué par 5 grammes de sulfate de thallium. Afin d'être mieux convaincu encore de l'énergie de ce poison, j'ai fait prendre 1 décigramme seulement de sulfate à un jeune chien du même âge que les deux premiers, et cet animal a succombé quarante heures après avoir pris le poison. Il résulte des faits qui précèdent que le sulfate de thallium est un poison énergique, et que les deux principaux symptômes de l'empoisonnement qu'il provoque sont, en premier lieu, la douleur, dont le siége est dans les intestins et qui se manifeste par des élancements excessivement douloureux se succédant avec rapidité et comme des secousses électriques; en second lieu, des tremblements, puis une paralysie plus ou moins complète des membres inférieurs. Peut-être pourrais-je ajouter à ces caractères la constipation, la rétraction ou la dépression du ventre, le manque absolu d'appétit; mais je me borne aux deux symptômes qui m'ont le plus frappé. On remarquera d'ailleurs l'analogie de ces phénomènes avec ceux qui caractérisent la colique et l'arthralgie saturnines. Les faits contenus dans la présente note me paraissent de nature à fixer toute l'attention des médecins et des physiologistes. Les sels de thallium, le sulfate et surtout

le nitrate, sont remarquablement solubles ; ils n'ont que peu de saveur, et peuvent par conséquent être introduits aisément dans l'économie. Mais en même temps il n'existe pas de poison, si je ne m'abuse, qui puisse être suivi, recherché jusque dans ses moindres traces, à travers tous les tissus de l'organisme, avec autant de facilité, grâce à la simplicité et à la délicatesse de la méthode de MM. Kirchhoff et Bunsen, comme aussi à la netteté et à la sensibilité de la raie verte du thallium. Les savants compétents pourront donc étudier, non-seulement les symptômes produits par des doses variables du nouveau poison, ou les lésions de tissus qu'il engendre, mais encore rechercher sûrement par quels organes il est absorbé, par quelles voies il est expulsé. Je ne terminerai pas sans faire une remarque, que la lecture de cette note aura sans doute déjà suggérée : c'est l'importance des services que pourra rendre la méthode d'analyse spectrale dans une foule de questions du domaine de la physiologie, et en particulier dans les recherches de médecine légale. (Journ. de pharm. et de chim. oct. 1865.)

Réactif pour découvrir le phosphore dans les cas d'empoisonnement. - Les journaux ont souvent retenti des accidents toxiques occasionnés par le phosphore contenu dans les allumettes. L'odeur alliacée qu'exhale cette substance et sa propriété de luire dans l'obscurité (ce qui lui a valu son nom) sont des moyens de constatation insuffisants pour un expert consciencieux. D'ailleurs, d'autres matières ont la même odeur, et le phosphore, mêlé à des corps organiques, finit par ne plus luire, par suite de sa transformation en phosphate. L. Hofmann (Annalen der Chemie) propose le sulfure d'ammonium combiné avec le perchlorure de fer comme le réactif le plus sensible pour déceler des traces de phosphore. Ce chimiste a constaté qu'en distillant un mélange de matière animale et des débris d'allumettes, et évaporant le produit de la distillation avec du sulfure d'ammonium, on obtient par l'addition du perchlorure de fer une coloration violette. Le composé que caractérise cette coloration n'a pas encore été analysé.

(Journal des connaiss. médicales, N° 50.) Physiologie médicale de la circulation du sang, basée sur l'étude graphique des mouvements du cœur et du pouls artériel, avec application aux maladies de I'appareil circulatoire, par MAREY , 1 vol. in-8° de 568 pages, avec 255 figures. Adrien Delahaye. Paris, 1865. — Bruxelles, Tircher et Manceaux. Pr. 10 fr. « Chercher des moyens plus parfaits pour connaître la fonction sur l'homme vivant, c'est aussi perfectionner la connaissance des troubles fonctionnels au lit du malade. » Telle est, dit l'autcur, la pensée qui a présidé à ce travail. Parmi les phénomènes extérieurs de la circulation, il en est un, plus important que les mouvements du cœur, car il est plus souvent consulté par le clinicien, c'est le pouls artériel : Or, ce phénomène est encore peu connu ; nos moyens de le percevoir sont des plus imparfaits, et cela se conçoit, car il n'offre, en général, qu'une sensation tactile très-faible, qui échappe souvent au toucher le plus exercé. L'insuffisance des moyens d'étude en a retardé considérablement la connaissance, et l'on peut dire que, depuis dix-sept siècles, la science a peu progressé à son sujet. Il est facile de comprendre pourquoi : Sauf le cas de maladie organique de l'appareil circulatoire, la nature du pouls, au lieu d'exprimer une affection spéciale , n'indique qu'un état particulier de la circulation, état qui peut exister dans un grand nombre de maladies très-différentes; d'autre part, l'observation du pouls présente des difficultés matérielles réelles. Comment sentir avec le doigt les nuances délicates de ce mouvement ? Comment garder fidèlement le souvenir de ces sensations fugaces? Et si quelque médecin, doué d'un tact subtil et d'une grande patience, arrive, à force d'observations, à reconnaitre, dans le pouls des malades, certains caractères importants, comment pourra-t-il exprimer à ses élèves ce qu'il ressent lui-même, et le leur faire ressentir à leur tour? Il fallait remédier à ces deux difficultés fondamentales : d'une part, au défaut de sensibilité du toucher ; de l'autre, à l'impossibilité de garder le souvenir des sensations perçues et de les définir clairement. Tel est le but que l'auteur s'est proposé,

IIl. BIBLI0GRAPHIE.

et c'est en s'appuyant sur une base physiologique qu'il a cherché à l'atteindre. La circulation du sang est un des sujets pour lesquels la médecine a le plus besoin de s'éclairer de la physiologie et où celle-ci, à son tour, tire le plus de lumière des sciences physiques. C'est à l'étude de cette fonction, dans sa principale manifestation extérieure, le pouls, que l'auteur a consacré son travail et ses veilles. A l'aide d'un instrument d'une extrême sensibilité, le sphygmographe, il a prouvé qu'on peut saisir et exprimer graphiquement, dans les formes du pouls, des nuances délicates très-multipliées, et qui suffisent souvent pour faire connaître, à elles seules, la nature d'une maladie. Il a établi ainsi qu'une affection organique du cœur peut, le plus souvent, se diagnostiquer d'après le tracé du pouls tout seul et sans le secours de l'auscultation, et il a maintes fois fait l'expérience, qui consiste à appliquer son instrument sur la radiale d'un malade atteint d'affection organique du cœur, et à annoncer les signes d'auscultation qu'on devait entendre en appliquant l'oreille sur cet organe. Or, si l'étude du pouls fournit un élément de diagnostic de même valeur que l'auscultation, combien sera plus certain un diagnostic établi sur la concordance de ces deux ordres de signes d'une nature si différente, venant se confirmer l'un l'autre ? En résumé, le moyen proposé par l'auteur, pour l'étude du pouls, a pour but de rendre sensibles à tout le monde des nuances très-délicates qui échappent à la plupart des médecins. Il suffit d'un coup d'œil jeté sur son livre pour reconnaître que toutes ces formes variées, dont il ne présente pourtant que quelques types, ne peuvent être bien appréciées à l'aide du doigt tout scul. Il a donc rendu ce service d'avoir enrichi la symptomatologie, trop souvent insuffisante. En se servant du . sphygmographe, instrument dont la sensibilité est illimitée, et dont le tracé perpétue les indications, on peut comparer entre, elles des pulsations obtenues à des époques différentes, sur des malades trèsnombreux, et de cette comparaison ressortent des rapprochements utiles, qui seraient impossibles par toute autre méthode. L'ouvrage de M. Marey est divisé en deux parties ; la première est consacrée à

la physiologie; l'étude des signes extérieurs de la fonction circulatoire y est développée d'une manière toute spéciale. La connaissance de ces mêmes signes a servi de base à la seconde partie, dans laquelle sont passés en revue les différents troubles de la circulation du sang. 1re Partie. — Les appareils destinés à enregistrer les mouvements du cœur doivent amplifier les mouvements, de telle sorte qu'ils soient toujours perceptibles, malgré leur faiblesse ; de plus, ils doivent rendre leur durée appréciable, quelque courte qu'elle puisse être. Or, pour amplifier un mouvement, la physique possède un excellent moyen ; c'est l'emploi du levier. C'est, en effet, sur le levier qu'est fondée la construction du cardiographe et du sphygmographe. Le cardiographe est destiné à déterminer la nature des mouvements du cœur, à l'aide d'un appareil enregistreur. Il ne saurait entrer dans les limites de cette notice d'en donner ici la description : on saura seulement que l'extrémité du bras de levier, opposée à celle qui reçoit l'impulsion, est armée d'une plume chargée de déposer sur un papier qui se déroule audevant de lui, par un mouvement d'horlogerie, un tracé qu'il faut savoir interpréter. De l'examen de ce tracé, l'auteur a pu conclure : 1° En ce qui concerne l'oreillette droite et le ventricule droit : Qu'il s'écoule un certain temps entre le début de la systole de l'oreillette et celui de la systole du ventricule, intervalle qui correspond à peu près à 2/10 de seconde ; Qu'il y a un synchronisme parfait entre la contraction ventriculaire et la pulsation cardiaque ; Que cette pulsation dépend de la systole du ventricule et non de celle de l'oreillette qui la précède sensiblement ; Que la durée de la systole de l'oreillette est d'environ 1l10 de seconde, tandis que, pour le ventricule, la systole dure 4/10 de seconde ; Que c'est une erreur de croire que le ventricule vient battre contre les parois thoraciques (choc du cœur), dont il s'éloi, gnerait et se rapprocherait alternativement, erreur que Magendie surtout a cherché à soutenir ; Que le ventricule diminue de diamètre transversalement, à mesure qu'il se vide par sa contraction ; Que les ventricules augmentent de volume pendant leur relâchement , par l'abord continuel du sang de l'oreillette ; Que la réplétion du ventricule trouve

dans la contraction de l'oreillette un auxiliaire puissant. 2° En ce qui concerne les cavités gauches : Que le ventricule gauche a une plus grande activité que le droit; Que, tandis que la contraction du ventricule droit arrive, dès le début, à son summum, pour décliner ensuite graduellement jusqu'à ce que le relâchement complet arrive, celle du gauche va toujours en augmentant d'énergie pendant toute la durée de la systole. Ces indications, qui ne sont qu'une faible partie de celles que l'auteur a retirées de sa méthode d'investigation, disent assez la nature des résultats obtenus : Il faut lire tout le chapitre qui traite de ces intéressantes recherches, pour se faire une idée de la sagacité qu'il y a déployée, et dont l'importance de ses découvertes lui a été le glorieux dédommagement. Tout cela est exposé avec un soin, une simplicité ingénieuse, qui font comprendre à une première lecture et la méthode d'investigation et ses palpitantes révélations. Un autre chapitre est consacré à l'étude de la circulation artérielle. Il faut, d'une part, que le cœur exécute le plus facilement possible son action impulsive, et d'autre part, que les organes reçoivent le sang artériel avec continuité. Il faut, en outre, que ce sang leur arrive en quantité variable à divers moments. Deux propriétés inhérentes à la structure des artères, leur font atteindre ce triple but : ces propriétés importantes sont l'élasticité de ces vaisseaux et leur contractilité. A. L'élasticité des artères change le mouvement intermittent que le sang reçoit du cœur en un écoulement continu et uniforme, comme cela s'observe dans les vaisseaux capillaires ; B. L'élasticité artérielle favorise l'action du cœur en diminuant les résistances audevant de cet organe ; C. Les artères distribuent aux organes des quantités de sang différentes à différents moments. Ces variations dans la circulation périphérique tiennent à la contractilité des vaisseaux. En ce qui regarde la tension des artères, qui a pour origine le retrait de ces vaisseaux, distendus au moment de l'arrivée de chaque ondée nouvelle, l'auteur a pu constater, par l'application de trois manomètres compensateurs sur le trajet d'un tube dans lequel un écoulement se fait par afflux intermittents : 1° Que la tension moyenne va en diminuant, de l'orifice d'entrée à l'orifice de sortie. Par conséquent que, dans la circulation artérielle, la tension moyenne doit aller en décroissant du cœur aux capillaires. 2° Que si l'on établit à l'orifice d'écoulement une résistance quelconque qui gêne l'issue du liquide, la décroissance de la tension moyenne d'un bout à l'autre du tube sera moindre que dans le cas précédent; mais cette décroissance existera toujours, à moins que l'écoulement du liquide ne soit tout à fait supprimé. Il suit de là que la décroissance de la tension moyenne dans les vaisseaux est d'autant plus grande que la vitesse du sang est plus grande elle-même. En résumé que : 1° La tension moyenne dans les artères va toujours en décroissant, à mesure qu'on observe un vaisseau plus éloigné du cœur. 2° La décroissance de la tension moyenne dans les artères est d'autant moins rapide que les vaisseaux capillaires, plus contractés, font plus d'obstacle à l'issue du sang artériel. On peut donc prévoir déjà que la tension et la vitesse du sang dans les artères sont dans un rapport inverse. 5° Il est impossible d'assigner à la tension moyenne d'une artère une valeur absolue, car cette tension varie d'un instant à l'autre avec la rapidité de la circulation périphérique. L'étude de la vitesse du sang dans les artères et des signes extérieurs de la circulation artérielle, fait l'objet d'un nouveau chapitre : la solution de ces problèmes délicats était le prélude indispensable à celle des questions abordées dans le chapitre suivant, qui sont la partie la plus importante, au point de vue pratique, du livre que nous analysons, à savoir : la nature du pouls artériel et les moyens d'en percevoir et d'en représenter graphiquement les différents caractères. Arrêtons-nous-y un instant : Le pouls est la sensation de soulèvement brusque que le doigt éprouve lorsqu'il palpe une artère. Le vaisseau qui se laissait déprimer devient subitement dur à chaque fois qu'une systole du cœur élève la tension artérielle. Le sang qui est chassé par le ventricule peut être animé de différents mouvements; les artères qui reçoivent ce sang peuvent être plus ou moins larges, plus ou moins élastiques ; elles peuvent avoir subi des altérations dans leur structure et, par conséquent, dans leurs propriétés physiques ; enfin, les capillaires peuvent être plus ou moins relâchés ou contractés; alors ils laissent le sang couler plus ou moins vite, soit dans tout le corps,

soit dans une région limitée. A ces différentes formes du mouvement correspondent des différences dans les caractères du pouls; c'est ce qui fournit le moyen de reconnaitre sur l'homme vivant les différents états de la circulation. A chacun de ces états aussi correspondent certaines nuances délicates de la pulsation, difficiles à percevoir et surtout à exprimer par des mots; aussi a-t-on depuis longtemps senti le besoin d'une mesure exacte des différentes formes du pouls. De cette nécessité sont issus les divers appareils imaginés pour étudier le pouls avec précision. L'auteur fait ici la description du sphygmomètre de Hérisson, du kymographion de Ludwig , de l'appareil de King et du sphygmographe de Vierord, et, après en avoir démontré l'imperfection ou l'insuffisance, en arrive à décrire le sphygmographe inventé par lui-même : un ressort, maintenu fixe par des vis, porte à son extrémité libre une surface arrondie qui repose sur le vaisseau et le déprime (tout l'instrument est appliqué sur le poignet, autour duquel il est fixé par un lacet jeté alternativement d'un côté à l'autre sur de petits crochets). Chaque fois que le pouls de l'artère soulève le ressort, le mouvement se transmet par une arète verticale rigide à un levier horizontal qui repose sur elle. Ce levier se meut autour d'un point fixe : il oscille donc dans un plan vertical, et son extrémité libre, munie d'une plume, peut tracer des mouvements sur un cylindre tournant, mu par un mouvement d'horlogerie. Le but poursuivi par l'auteur et qu'il a assez complétement atteint est le suivant : Enregistrer les pulsations d'une artère, nonseulement avec leur fréquence, leur régularité et leur intensité relatives, mais avec la forme propre à chacune d'elles. Ces résultats, qui n'avaient été obtenus par aucun des appareils imaginés jusqu'à ce jour, M. Marey les a obtenus avec son sphygmographe. Par son moyen, il est parvenu à déterminer d'une manière précise , par les seules indications fournies par les différents tracés : 1° La fréquence du pouls, qu'il a trouvée en rapport direct de la facilité avec laquelle le cœur peut se contracter ; 2° La force du pouls ; 5° Sa forme ; 4° Le dicrotisme ou rebondissement du pouls ; sa cause et ses variations ; 5° L'influence de la respiration sur le pouls, et l'arrêt du cœur par la respiration.

Cette première partie se termine par un chapitre exclusivement consacré à la circulation capillaire. 2° Partie. — Elle est consacrée aux applications à la pathologie de la circulation vasculaire et cardiaque. « En abordant » cette étude, dit l'auteur, nous n'entrons pas dans une voie nouvelle. La pathologie, en effet, n'est pas soumise à des lois spéciales, car les maladies ne consistent qu'en un trouble, souvent trèsléger, dans l'harmonie des fonctions physiologiques. C'est donc toujours le flambeau de la physiologie qui va mar» cher devant nous. » Voici l'ordre suivi dans cette deuxième partie : Comme la circulation capillaire a été étudiée en dernier lieu, l'auteur commence par examiner les troubles pathologiques de cette circulation, en donnant, chaque fois qu'ils sont nécessaires, des développements physiologiques pour faire mieux comprendre la signification des phénomènes morbides. Viennent ensuite les lésions définitives des vaisseaux : d'abord , les altérations presque physiologiques qu'éprouvent les artères, sous l'influence d'un âge avancé, l'induration et l'ossification artérielles, plus loin, les oblitérations des artères, les anévrismes, etc. Les troubles de la circulation capillaire, tels que les fièvres, les congestions, les inflammations, se caractérisant principalement par des modifications de la température animale, il a fallu bien établir d'abord le lien qui existe entre l'état de la circulation et celui de la température. Aussi, estce à cette question de la chaleur animale que l'auteur a consacré ses premières pages : viennent ensuite l'étude de la fièvre et celle de la forme qu'y affecte le pouls, dans ses différents stades et dans ses différentes espèces; celle de l'altération sénile des artères, des anévrismes artériels, des tumeurs vasculaires pulsatives. Les bruits de souffle qui se passent dans l'appareil circulatoire, les signes physiques dans les affections organiques du cœur, la péricardite, etc.; la fréquence du pouls dans les maladies pulmonaires ; la forme du pouls dans diverses maladies des autres appareils sont, tour à tour, examinés avec soin et font l'objet de recherches aussi profondes qu'heureusement accomplies. En résumé, quel a été le but de l'auteur, en écrivant le livre dont nous venons de faire cette compendieuse analyse, et de quelle façon l'a-t-il atteint? Nos premières lignes ont répondu à la première partie de cctte question. Pour arriver à la réalisa

tion de ce but pratique, qu'il a poursuivi avec autant d'ardeur que de succès : la détermination des formes graphiques que peut affecter le pouls, dans les différents états de santé ou de maladie, notre auteur a pris la voie la plus rationnelle, mais aussi la plus longue, et il ne s'est point laissé rebuter par les embarras du chemin. Il fallait tout d'abord poser des jalons, sur lesquels il pût se guider par la suite et, pour cela, réviser, en grande partie, la physiologie de la circulation, et fixer, une bonne fois, des points jusque-là obscurs ou mal compris. Ses recherches expérimentales, conduites avec une rare persévérance et une profonde sagacité, lui ont permis de résoudre, avec beaucoup de bonheur, la plupart de ces problèmes, et ce ne sera pas le moindre titre à sa gloire. La sphygmographie,avec l'interprétation judicieuse des signes fournis par elle, repose toute entière sur ces déterminations préalables et y emprunte, en grande partie, sa force et sa valeur. Le sphygmographe de M. Marey permet de saisir des modifications physiologiques et pathologiques de la circulation , qui avaient jusque-là échappé au physiologiste et au clinicien, et d'en fixer la représenta tion. Comme instrument de diagnostic, il vient prendre d'emblée sa place à côté des plus utiles et des plus ingénieux : d'une application facile au lit du malade, prompt à manifester les signes qu'on lui demande et dont, grâce au travail du maître, la traduction ne réclame ni beaucoup de peine, ni beaucoup de temps, le sphygmographe réalise un des besoins les plus réels de la séméiologie. Si, ce que l'auteur ne prétend pas d'ailleurs, son usage ne suffit pas, dans certains cas, à fixer, à lui seul, un diagnostic difficile, il y apporte le plus souvent un complément utile, souvent même indispensable, et il n'est plus permis, à un professeur de clinique, d'en négliger les enseignements. C'est désormais une conquête dont notre siècle pourra s'enorgueillir. Arrivé au terme de notre tâche, dont l'exécution a été pour nous une source d'instruction et de jouissances, il nous reste à signaler le style élégant et simple à la fois que l'auteur de la Physiologie dicale de la circulation du sang a déployé dans son remarquable ouvrage, qui se distingue autant par la clarté que par la profondeur. Destiné à la fois aux physiologistes et aux praticiens, son livre promet de fournir une longue et fertile carrière, qui marquera, nous nous en portons garant, comme une des plus brillantes étapes de la

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