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QUELLE EST LA QUALITÉ NUIsIBLE QUE L'AIR CONTRACTE DANS LES HôPITAUx ET LES PRisoNs, ET QUELs soNT LEs MEILLEURs MoYENs D'Y REMÉDIER ? par NAHUYs, traduit du latin et commenté par ANDRÉ UYTTERHoEvEN, Officier de l'ordre de Léopold, chirurgien en ches honoraire des hôpitaux de Bruxelles, etc., etc. (Suite. Voir notre cahier de novembre, page 458.)

Ce que nous disons de la variole et des fièvres putrides, l'observation des praticiens le démontre aussi à l'égard du choléra, de la dyssenterie et de toutes les maladies dans lesquelles se manifeste la plus légère corruption ou la plus faible tendance à la contracter. Car toutes s'aggravent dans les hôpitaux, et les malades y courent le risque de la vie, suivant le témoignage des plus célèbres médecins, et, je le confesse avec douleur, suivant ma propre expérience. Combien de fois les meilleurs chirurgiens ne se plaignent-ils pas de la fatalité qui empêche les ulcères superficiels, les moindres fistules, de guérir dans l'intérieur des hôpitaux, tandis qu'en d'autres lieux ils disparaissent par le repos et la simple préservation du contact de l'air; plusieurs fois j'ai eu l'occasion de vérifier cette assertion, et tout récemment encore, dans le cas d'une fistule périnéale que j'avais incisée et dont la guérison était complète, sauf un pertuis, qui ne penétrait qu'à cinq ou six lignes de profondeur; quels que fusscnt les remèdes employes depuis bientôt deux mois, la fistule se maintenait, laissant toujours suinter une petite quantité de pus. Enfin le malade, ennuyé de la longueur de la cure, quitta l'hôpital, et s'étant appliqué de son chef un simple détersif, accomplit en quinze jours son entière guérison. Il n'est pas difficile de donner l'explication de ce fait : dès que l'homme, riche de la plus brillante santé, est enfermé dans un hôpital pour cause d'une lésion externe, tel qu'un ulcère ou bien une fistule, aussitôt, par les voies de la respiration, de la déglutition et de l'absorption cutanée, s'insinue dans la trame intérieure de son corps une grande quantité des molécules infectes, inhérentes aux hôpitaux. De là résulte que, de très-sain d'abord, il devient cachectique; en d'autres termes, que les humeurs s'y corrompent et s'évacuent par l'ulcère et la fistule, attirées vers la partie de l'économie où se trouve un point d'irritation, que la nature convertit en un émonctoire propre à débarrasser le corps de ses principes nuisibles : cette fistule ou cet ulcère font dans ce cas l'office d'un séton ou d'un cautère, appliqués par la main d'un chirurgien. Mais, pendant que cette dérivation des humeurs corrompues s'effectue sans interruption, il est impossible que la partie lésée se cicatrise; l'âcreté de l'humeur sécrétée détruit le travail préparé par la nature pour l'œuvre de cicatrisation, et le dégat est d'autant plus actif que ce fâcheux antagonisme a lieu dans un corps malade, dans lequel le suc plastique fait défaut, ou n'est doué ni de la qualité, ni de la consistance convenables à la complète guérison. Mais à sa sortie de l'hôpital, cet homme respire un air moins impur; ses aliments sont plus réparateurs, et l'exercice corporel lui est permis; l'altération des humeurs étant bientôt surmontée par la réaction vitale, ce malade de la veille recouvre la santé; la source des humeurs corrompues qui s'écoulaient par la fistule ou l'ulcère, se tarit; un suc plastique, favorable à la cicatrisation, s'épanche et provoque bientôt la guérison naturelle de ces infirmités qui paraissaient incurables. Ces exemples suffisent pour prouver que les maladies sont souvent aggravées par la qualité nuisible de l'air des hôpitaux, et que la nature de cette mauvaise qualité explique cette aggravation. 2. J'ai dit : Qu'elle engendrait de nouvelles maladies. Cela signifie qu'elle inculque aux malades et aux convalescents des affections bien différentes de celles qui les amenaient à l'hôpital, qui les y retiennent ou dont ils sont à peine convalescents ; de même que les observations des médecins confirment la réalité de la proposition énoncée dans l'article 1er, elles mettent aussi hors de doute qu'il n'y a guère d'hôpital où ces faits n'aient été prouvés bon nombre de fois par suite d'une longue et bien affligeante expérience. On y voit, en effet , fort souvent éclater à l'improviste la très-dangereuse fièvre putride ou maligne, avec un cortége des symptômes les plus graves et souvent mortels, fièvre désignée d'un seul mot, mais caractéristique, fièvre d'hôpital, laquelle fait, en peu de temps, des progrès si considérables et si rapides que bientôt le plus grand nombre, sinon tous les malades alités, en sont très-dangereusement saisis, sans qu'il soit possible d'en assigner une autre cause que cette pernicieuse qualité de l'air déjà signalée; ils apportent les mêmes observations au sujet des dyssenteries putrides et d'autres affections d'une nature maligne. Rien d'étonnant en ceci, car il n'est personne qui puisse nier que la qualité de l'air vicié, déjà dénoncée ci-dessus, soit de nature à affecter les malades d'une manière très-dangereuse, comme, par exemple, par l'augmentation et l'accélération de la putréfaction, à laquelle les solides et les liquides de leurs corps sont quelquefois prédisposés par l'influence de la maladie dont ils souffrent. Lorsque l'un ou l'autre succombe sous le coup d'une fièvre pareille, il se mêle bientôt à l'air, par l'effet des évacuations, une si grande quantité de matières putrides, que l'atmosphère en est saturée et conséquemment, que les malades survivants, toujours plongés dans ce milieu infect, absorbent une grande quantité de ces molécules impures, lesquelles, comme elles ne sont pas inactives, et que la cause continue d'infecter les humeurs dans un degré de corruption et de pourriture aussi méphitique que la source d'où elles s'écoulent, finissent par développer chez tous les malades, des fièvres et des dévoiements qui occasionnent non moins de ravages. 5. J'ai dit ensuite : Qu'elle prolongeait la convalescence des malades. La raison en est que les corps des personnes qui relèvent de maladie sont très-affaiblis; que leurs humeurs sont encore altérées, en sorte que la plus faible cause les abat de nouveau et bien souvent plus dangereusement que la première fois, puisque les vaisseaux affaiblis sont hors d'état de réagir sur les liquides qu'ils charrient; l'assimilation en est imparfaite et la circulation excessivement ralentie ; les molécules qu'il importerait que le malade expulsât de l'économie y restent; d'où découle la prédisposition à contracter une nouvelle maladie, à parcourir une longue convalescence ou à subir un état de langueur interminable. On leur vient bien en aide au moyen d'une bonne diète et d'une large distribution d'aliments toniques; mais si l'air qu'ils respirent est aussi nuisible que celui des hôpitaux, il arrive alors nécessairement que son influence l'emporte et contrarie l'action de nos médicaments. Ces deux causes qui se combattent, détruisent au moins en partie leurs effets réciproques ; en sorte que, si l'action d'un air nuisible a été plus forte que celle de la diète, de l'exercice et des médicaments appropriés, les convalescents retombent malades : que si le contraire a lieu, mais sans toute la réaction nécessaire, la convalescence traîne en longueur, parce que la vertu du régime n'est pas détruite, mais affaiblie seulement, et que par là le corps acquérant peu à peu plus de forces, arrive à la pleine convalescence, néanmoins avec bien plus de temps que s'il eût été à même de respirer un air pur.

Ainsi donc les faits exposés ci-dessus s'expliquent, si je ne me trompe, par la seule altération des qualités insalubres de l'air.

Passons maintenant à l'étude de la qualité nuisible que l'air contracte dans les prisons. |

TITRE II. — De la qualité de l'air nuisible dans les prisons.

Nous avons dit, (section 2, 1re partie) que la qualité nuisible de l'air diffère quelque peu dans les hôpitaux et dans les prisons. Mais cette différence n'est pas si grande qu'il ne puisse naître dans celles-ci des maladies pareilles à celles des hôpitaux. Là nous avons à considérer : 1. Que le renouvellement de l'air y est plus difficile que dans les hôpitaux, d'où il résulte que l'atmosphère est plus pauvre en principes vitaux, que sa force élastique est moindre et que les miasmes s'y accumulant graduellement, finissent par le jeter dans un état de corruption des plus pernicieux. 2. Que l'humidité y étant constante, imprègne l'air jusqu'à la saturation, au point qu'elle suinte, comme une rosée, de la surface des murailles, et les conséquences désastreuses de cet excès d'humidité exposées plus haut, sévissent ainsi avec plus d'intensité dans les prisons que dans les hôpitaux. 5. Que les prisons ne sont pas aussi bien chauffées; en sorte encore une fois que le principe vital de l'air et sa force élastique y sont en quantité moindre; car il est de remarque que l'excès ou la pénurie du calorique établissent entre ces deux genres d'établissements une différence notable dans la qualité nuisible de l'air. Il ne faut donc pas s'étonner que les prisonniers soient aussi souvent affligés de fièvres malignes , avec le fâcheux accompagnement des dyssenteries putrides et autres complications pestilentielles; ces maladies se développent en général chez les détenus d'un tempérament bilieux et dont la complexion est prédisposée à la putridité, en sorte que la qualité nuisible de l'air exerce sur eux une plus active influence, et fait des progrès plus rapides dans la corruption et la dissolution des humeurs qui entraînent alors les plus désastreuses conséquences. Il n'est pas non plus difficile de comprendre la raison pour laquelle les détenus, dans le cas où les maladies aiguës ne les atteignent pas, tombent peu à peu dans les affections chroniques, telles que fièvres lentes, hydropisies variées, scorbut, dérangements de la santé, si intimement unis aux prisons, que nous n'avons jamais rencontré un prisonnier longtemps incarcéré qui en fût exempt. En effet, cette qualité nuisible de l'air est telle qu'alors même, que quelques détenus, par la force d'une complexion exceptionnelle ou par d'autres circonstances favorables, échappent d'abord à sa maligne influence, cependant comme celle-ci est incessante, elle finit par les faire succomber. Elle opère en relâchant sans cesse et de plus en plus les parties solides du corps, en atténuant et corrompant les humeurs, de telle sorte qu'il en naît le scorbut ou des fièvres lentes, qui minent la constitution et la plongent dans un état de débilité extrême : de cette atténuation des humeurs, du relâchement des solides proviennent l'épanchement et le dépôt des humeurs les plus ténues; enfin les différentes espèces d'hydropisies, et cela avec d'autant plus de facilité que les prisonniers sont privés de tout exercice corporel et sans cesse en proie à l'agitation de l'âme, qui leur ôte le sommeil et les jette dans cet état de langueur profonde que le découragement doit faire naître. Nos lecteurs connaissent maintenant la qualité nuisible de l'air qui règne dans les prisons et ses fâcheux résultats; je pense donc avoir résolu la première partie du problème; c'est maintenant la seconde qu'il s'agit d'aborder. (La suite au prochain N°.)

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De la goutte saturnine. - L'intoxication saturnine exerce-t-elle une influence sur le développement de la question que M. Charcot met en tête d'un travail qu'il a publié dans la Gazette hebdomadaire, et dans lequel il a accompagné de recherches historiques sur ce sujet encore inexploré en France, une observation détaillée de goutte chronique développée chez un peintre en bâtiments atteint plusieurs fois de colique de plomb.

Les médecins anglais sont les premiers qui aient signalé une certaine relation entre la colique de Devonshire et la goutte. Toutefois, aucun d'eux ne l'a plus nettement établie que M. le docteur Gar

rod, dans un travail lu en 1854 devant la
Société médico-chirurgicale de Londres.
Ce médecin avait remarqué qu'un quart
au moins des goutteux admis dans son ser-
vice d'hôpital étaient des peintres ou des
plombiers qui avaient éprouvé l'intoxica-
tion saturnine. Chez tous les goutteux de
cette catégorie, les accès étaient parfaitc-
ment caractérisés, et le sang contenait un
excès d'acide urique. M. Garrod voulut
savoir si l'intoxication saturnine aurait par
elle-même la faculté de déterminer l'exis-
tence de cct excès d'acide urique.
Chez dix sujets vierges de goutte, mais
ayant eu des coliques ou des paralysies
saturnines, le sang fut examiné et fut

trouvé, sauf dans deux cas, très-riche cn acide urique. Il est probable que l'excès de cette substance dans le sang ne tient pas, dans ces cas, à une production exagérée, mais seulement à une déperdition insuffisante, car M. Garrod a observé chez des malades soumis à l'usage intérieur de l'acétate de plomb, une diminution notable de la quantité d'acide urique excrété par les l'elnS. L'altération du sang par un excès d'acide urique, élément nécessaire dans la goutte, et éventuel dans l'intoxication saturnine, donnerait donc, d'après M. Garrod, la raison de l'étiologie et de la fréquence des affections goutteuses chez les peintres en bâtiments. Il est vrai qu'à Londres, ainsi que le fait remarquer M. Charcot, le régime animal adopté par les ouvriers, et l'usage souvent immodéré qu'ils font des bières fortes, suffiraient pour expliquer la plus grande fréquence de la goutte, si rare chez nos ouvriers français. Mais pourquoi, à Londres, cette maladie serait-elle plus commune chez les ouvriers plombiers ou chez les peintres, dont le régime ne diffère pas de celui des autres ? Il serait certainement curieux de poursuivre à Paris les recherches faites à Londres, car les maladies de plomb y sont nombreuses, et le régime des ouvriers n'y est pas trop substantiel. L'action du plomb, dégagée en grande partie des autres influences étiologiques apparaîtrait plus exclusive et partant plus manifeste. L'exemple de M. Charcot est donc excellent à imiter. L'observation qu'il a recueillie ne laisse aucun doute sur la réalité de la goutte, à laquelle ne manquait aucun de ses traits caractéristiques ; et comme ni le genre de vie ni l'hérédité ne peuvent être invoqués dans ce cas particulier, l'intoxication saturnine se dessine seule dans l'histoire des précédents pathologiques. M. Charcot a donné à la suite de son observation, des renseignements sur vingt malades admis dans ces derniers temps dans les hôpitaux pour des affections saturnines. Le tiers environ de ces malades ont éprouvé plus ou moins longtemps après les premiers symptômes de l'intoxication plombique, des douleurs articulaires différentes de l'arthralgie saturnine, en ce qu'elles se sont accompagnées de rougeur, de gonflement ct d'incapacité du mouveIment. Dans deux cas ces arthropathies ont siégé dans les articulations métatarso-phalangiennes des gros orteils et se sont montrées sous forme d'accès offrant le type classique de la goutte, et dans aucun de ces cas ni

l'hérédité ni les autres causes prédisposantes ne pouvaient être invoquées. Il est à regretter qu'on n'ait examiné dans aucun de ces cas ni le sérum du sang ni la sérosité des vésicatoires : la recherche de l'acide urique était d'une grande importance, et il ne serait pas moins utile d'étendre cette recherche à tous ceux qui sont sous l'influence de l'intoxication saturnine. Aussi rappellerons-nous en terminant le procédé d'analyse indiqué par M. Garrod, et que M. Charcot a suivi. Le sérum du sang ou celui des phlyctènes est mêlé à de l'eau distillée à laquelle on ajoute un tiers environ d'acide acétique cristallisable. Le mélange étant bien agité est versé dans un vase à fond plat où l'évaporation soit facile, et mis à l'abri des agitations de l'air. On tend quelques fils de toile dans ce liquide, et au bout tl'un certain temps(quarante-huit heures environ), on trouve à la surface des fils de nombreux cristaux nettement rhomboédriques, insolubles dans l'acide acétique, se dissolvant au contraire facilement dans la solution aqueuse de soude caustique. Ces caractères sont ceux des cristaux d'acide urique. (Gaz. des hôpit. et l'Abeille méd., N° 54.)

Traitement du rhumatisme articulaire. — Le docteur Birbeck Nevins, professeur de matière médicale à l'Ecole de médecine de l'Infirmerie royale de Liverpool, recommande vivement le traitement suivant : dès le début du rhumatisme on donne le sulfate de quinine, à la dose de 10 centigrammes, quatre fois par jour, chaque dose étant additionnée de 25 centigrammes d'iodure de potassium ; en outre, un bain de vapeurs suivi d'une lotion froide. Nous nous contentons de reproduire cette formule, M. Nevins n'ayant pas consigné de faits précis dans son travail.

(British medical Journal et Gazette

dicale de Paris, N° 45.)

Traitement des fièvres paludéennes par les injections sous-cutanées de sulfate de quinine. — M. W.-J. Moore, médecin à Bombay, a employé ce mode d'administration du sel de quinine dans trente cas de fièvre intermittente et dans plusieurs cas de fièvre rémittente. Les résultats ont été en général brillants. La plupart des fièvres intermittentes ont cédé à une seule injection, et les fièvres rémittentes en ont rarement exigé plus de cinq. M. Moore emploie une solution salurée à

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