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dyspnée nerveuse qui semble menacer le patient d'une asphyxie prochaine, etc., nous pourrions encore joindre à ces états morbides d'autres non moins pénibles, non moins dangereux. Vous vous mettez à l'œuvre, et vous employez le traitement le plus méthodique sans doute, mais le mal se joue de tous vos efforts, rien ne fait. Tout à coup, un érysipèle paraît, et votre malade renaît à la vie à l'aide de cette manifestation. Quelle conduite doit tenir ici le médecin ? Rien de plus simple, nous répondra-t-on : Ce que vous n'aviez pu faire, la nature l'a fait; elle a jeté sur la peau un ferment qui, primitivement, s'attaquait au cerveau, à l'estomac, ou aux poumons; respectez la crise salutaire qui vient de s'opérer, et ne touchez pas à l'érysipèle, car le maître a dit : « Quœ judicantur, neque movere, neque novare aliquid, sed sinere oportet. » Au premier abord, nous n'avons pas la plus petite objection à faire; tout est maintenant pour le mieux, et nous n'avons plus qu'à remercier la Providence ; car, c'est à elle, et non au médecin, que nous devons rapporter l'excellente position dans laquelle se trouve actuellement le malade. Mais, est-ce tout ? la fièvre érysipélateuse, après nous avoir été favorable, ne peut-elle pas constituer à son tour un véritable péril? Est-on bien certain que ses manifestations seront restreintes et limitées de telle manière que ses diverses périodes pourront s'effectuer, sans que l'art doive intervenir ? Toutes ces questions, le médecin doit se les poser, s'il ne veut pas être surpris par de terribles éventualités. C'est principalement, lorsque la fièvre érysipélateuse règne épidémiqucment, soit dans une contrée, soit dans les hôpitaux, qu'il faut que le praticien ne cesse pas d'être attentif; c'est dans ces circonstances, surtout, qu'il doit surveiller la marche des érysipèles critiques; il doit encore ne pas les perdre de vue un seul instant, lorsque ce mal éclate chez des individus où la diathèse érysipélateuse est fortement prononcée. Les réserves que nous avons faites plus haut, alors que nous avons parlé de la fièvre érysipélateuse dépurative, nous les rappelons de nouveau ici, à propos de celle qui, plus ou moins rapidement, peut se montrer comme une crise salutaire; c'est-à-dire que cette crise doit toujours être acceptée avec bonheur par le médecin, si, tout en nous délivrant d'une affection interne, quel que soit le siége de cette dernière, elle ne vient pas constituer à son tour une maladie compromettante pour la vie du malade. Une médecine sagement expectante doit seulement alors être pratiquée; dans le cas contraire, si la pyrexie exanthématique, eu égard aux raisons que nous avons déjà avancées, cesse d'être fructueuse, en créant de nouveaux périls, nous pensons qu'alors encore le médecin ne doit pas craindre de lui opposer une médication qui soit en même temps prudente et énergique; prudente, répéterons-nous, car il ne faut pas un scul moment oublier que la manifestation érysipélateuse, en se portant sur la peau, a mis sin à des états morbides qui, en premier lieu, occupaient des organes internes dont les tissus et les fonctions ne sont jamais atteints impunément; énergique, dirons-nous encore, parce que cette manifestation (l'érysipèle) venant, quoique critique, à se porter sur certaines régions (la tête, la face), ou bien encore sur d'autres parties du corps dont elle envahit de larges surfaces, constitue alors un véritable danger. Qu'on se garde donc, dans ces circonstances si délicates, de l'apposition sur la phlogose cutanée de tous ces moyens externes, quelle qu'en soit la nature, dont nous avons, dans le cours de ce mémoire, signalé la nullité, et plus souvent encore le danger. Qu'on se garde, surtout, de vouloir, à l'aide du nitrate d'argent, limiter la marche serpigineuse de la maladie; car ici, après avoir par cette manœuvre amené un ébranlement périlleux dans tout l'organisme, on verra presque toujours l'érysipèle franchir l'obstacle qu'on a voulu lui imposer; ou bien encore, ce qui est bien plus grave, l'érysipèle disparaîtra pour vous offrir tous les périls des métastases. La médecine ne doit pourtant pas rester désarmée en semblable occurrence : e'est avec la plus grande confiance que nous offrons encore notre médication ; partout où elle rencontre la maladie dont nous nous occupons, partout aussi, et quel qu'en soit le caractère, elle engagera une lutte fructueuse pour le malade; sans tumulte, sans orage, elle en modifie la nature ; et par elle, nous en avons la ferme croyance, elle lui rendra la santé.

Existe-t-il des moyens préservatifs contre la fièvre érysipélateuse?

La science du médecin consiste, non-seulement à traiter les maladies, mais tous ses efforts doivent tendre également à chercher les moyens qui peuvent en garantir notre espèce, soit en rendant nulle l'action des agents extérieurs qui peuvent créer dans l'organisme des désordres de diverse nature, soit encore en détruisant une prédisposition qui nous rend aptes à voir certaines affections se développer dans notre économie, et cela, sans l'intervention d'une cause externe quelconque; ce qui , constitue les maladies diathésiques : « Eum in finem addiscitur ars divina, ut vita et sanitas diù illibata servetur, ut morbosae afflictiones et quœcumque sanitatem lœdunt, quoad fieri potest, avertantur et depellantur. (HoFFMANN, De fine medicinae et potestate medici.)

Nous nous sommes amplement occupé, en ce qui concerne la fièvre érysipélateuse, de la médication qu'on doit lui opposer ; il reste maintenant à voir ce que la médecine peut faire, lorsqu'elle traite de ce qu'on doit pratiquer pour nous préserver de cette affection. Nous devons tout de suite faire ce triste aveu, c'est qu'elle procède d'une manière moins efficace pour prévenir le mal que pour le combattre lorsqu'il est développé. Pour constater le peu de puissance que ses conseils possèdent, lorsqu'il est question des moyens préventifs à employer, reportons-nous à ce que nous avons écrit touchant les circonstances au milieu desquelles se développe la fièvre érysipélateuse :

1° Lorsque cette maladie régna épidémiquement dans une contrée (Épidémies décrites par Hippocrate, Richa, Tozzi, etc., etc.), on observa que ce fut surtout pendant des étés pluvieux et nébuleux, la chaleur étant étouffante. On remarqua aussi que pendant l'automne, offrant une chaleur exceptionnelle, la pyrexie érysipélateuse avait une grande tendance à se généraliser. Il nous parait incontestable que, outre l'état physique qu'offre alors l'atmosphère, on doit encore admettre que ce fluide se trouve plus ou moins vicié par certains corps toxiques; remarquons que l'air chaud et humide est la condition la plus favorable à la décomposition des substances végétales et animales, et qu'en même temps cet air est le plus propre à se charger des émanations putrescentes qui en résultent, source de maladies épidémiques et contagieuses. Lorsque l'érysipèle sévit épidémiquement dans un pays soumis à des conditions aussi défavorables, il nous paraît bien difficile, une prédisposition étant donnée, d'échapper à l'influence des causes que nous venons d'indiquer. Vous vivez au milieu de ces dernières, et à chaque instant, elles pénètrent dans l'économie par des voies multiples. Quitter une contrée qui se trouve momentanément ainsi infectée serait, sans doute, ce qu'il y aurait de mieux à faire; mais le peut-on toujours? Non, certainement; il faut donc, en présence d'une position aussi critique, s'armer de courage, utiliser une hygiène sage, sans trop déroger à ses habitudes; mais ce qu'il faut surtout faire, c'est d'appeler le médecin, dès que se montrent les prodrômes de la maladie. · · 2° La fièvre érysipélateuse se montre très-souvent, surtout depuis quelques années, dans les hôpitaux. Paris a été largement atteint sous ce rapport; il suffit, pour s'en convaincre, de se reporter à ce que nous avons écrit à ce sujet dans les premières pages de notre mémoire. On sait, en outre, que dans les discussions qui ont eu lieu au sein de l'Académie impériale de médecine, alors qu'on a agité toutes les questions qui ont trait à la salubrité des grands établissements sanitaires de la capitale, l'érysipèle a été fréquemment désigné comme une des maladies les plus graves entre toutes celles qui peuvent se montrer dans ces asiles, où, à côté du soulagement des douleurs qu'on éprouvait, on peut contracter une maladie dont jusque-là on avait été exempt. La lumière se fera-t-elle enfin en ce qui concerne les sinistres qui ont lieu dans les hôpitaux ? Arrivera-t-on à savoir quelle est la cause des érysipèles médicaux, traumatiques et chirurgicaux ? Un même cri de détresse part, à ce sujet, de toutes les capitales où existent ces grands établissements consacrés à l'allégement des nombreuses infirmités humaines! Paris, Londres, Vienne, et tant d'autres grandes cités voient leurs malades décimés par la fièvre érysipélateuse. « L'érysipèle, nous écrivait, il y a peu de jours, notre très-honoré confrère, M. le docteur Dieudonné, est actuellement l'épouvantail des chirurgiens aussi bien à Bruxelles que dans votre pays, et dans nos hôpitaux, on n'ose même plus entreprendre une opération, parce qu'on est presque sûr de voir survenir la terrible complication, et de perdre, par suite, ses opérés. » Lorsque tant de grandes intelligences ont dit leurs pensées sur tout ce qui a trait à l'état actuel des hôpitaux, nous serions mal venu et accusé de témérité à notre tour, si nous osions faire entendre notre faible voix, après les discussions qui ont eu lieu. Il est vrai que, si on voulait simplifier la question, il suffirait d'adopter la proposition d'un de nos confrères de Paris, M. le docteur Jules Guérin, pensons-nous, qui tranchait hardiment le nœud gordien, en disant : « Plus d'hôpitaux. » Nul doute, que les malades ne seraient pas par cela même sans secours : ils les recevraient alors à domicile; mais, outre les difficultés immenses qui se présenteraient en cette dernière circonstance. à quelle source, nous le demandons, les élèves iraient-ils puiser leur éducation clinique ? Nous retomberions fatalement dans les errements des temps passés, où les jeunes médecins, s'étant gorgés, dans certaines universités, de dogmes, de systèmes plus ou moins nuageux, rentraient chez eux pour faire de la médecine, absolument comme M. Thomas Diafoirus ! En effet, quelle que soit l'éloquence du professeur, lorsque, du haut de sa chaire, il vous développe les plus doctes leçons, vous initie aux plus savantes théories, il n'en résultera que peu ou pas de profit pour les malades que vous serez appelé plus tard à soigner; à moins que, dans un hôpital, vous n'ayez suivi les visites d'un maître à qui tous les procédés qui constituent l'art de guérir sont familiers. Donc, si ces hôpitaux n'existaient pas, il faudrait les créer, mais les créer dans les meilleures conditions, en profitant des enseignements que les temps nous ont légués. Nous voudrions que les hôpitaux fussent placés hors des'villes, des grandes villes surtout; pourquoi n'aurions-nous pas ces établissements situés pour Paris à la distance de 4 kilomètres de la grande cité? Qu'on ne nous objecte pas la difficulté du transport des malades : avec ses nombreux prolongements de chemin de fer et ses omnibus, ces obstacles n'existent plus. Nous demandons que la construction des hôpitaux soit faite sur un terrain sec et élevé, à l'abri des exhalaisons nuisibles, placés dans une exposition favorable à l'accès des rayons solaires, pourvus suffisamment de bonne eau potable, et abondamment d'eau nécessaire aux usages de la propreté. Nous n'avons rien à dire, bien entendu, sur ce qui touche à la forme qui doit être donnée aux bâtiments, très-incompétent que nous sommes; mais nous accorderions la préférence à ceux qui représentent une forme rectangulaire, les salles ayant 8 mètres de largeur, au moins; deux rangs de lits, et chaque salle ne devant contenir que trente lits au plus, les lits sans rideaux. Nous demandons encore de l'air pur à discrétion pour les malades, plus le chauffage et une prudente ventilation. Nous désirons de grand cœur que nos hôpitaux aient des salles de rechange pour recevoir les malades, remplaçant celles que l'on soumet à la désinfection, au lavage, au blanchiment. Nous ne cesserons pas de demander que quelques chambrettes soient, dans chaque hôpital, réservées aux malheureux dont la dernière heure a sonné; car rien n'est plus affreux, pour les autres malades, que ce que peut offrir ce drame de l'agonie ; rien n'est si propre à jeter la terreur dans les esprits faibles et même forts, et rien, ce qui est très-grave, n'est plus apte à donner de l'aggravation aux maladies ! Nous ne passerons pas sous silence la question suivante, à savoir : s'il ne conviendrait pas d'avoir dans chaque hôpital une ou plusieurs salles spécialement consacrées aux malades atteints de maladies contagieuses?Nous penchons fortement pour l'affirmative, car nous ne connaissons rien de plus affreux que de nous trouver d'une manière incessante dans la proximité d'un individu qui peut nous transmettre sa maladie : n'est-ce pas assez, pour celui qu'une affection ordinaire, non contagieuse, fait entrer dans un hôpital, d'y résider avec son mal seulement ? A ce propos, nous croyons devoir rapporter ici les paroles prononcées par un chirurgien des plus éminents, M. le professeur Malgaigne, en ce sens qu'elles plaident en faveur des salles de petites dimensions, sous le rapport surtout de la contagion des maladies; nous le faisons d'autant plus volontiers que, dans le cours de notre mémoire, nous avons exprimé la méme pensée que le maître : « Plus une salle est grande, dit M. le professeur Malgaigne, plus elle contient de lits, et, avec le nombre de lits (ceux-ci fussent-ils très-espacés), s'accroît le nombre des foyers d'infection. La viciation de l'air dans une salle d'hôpital tient à des causes multiples, physiologiques et morbides; et indépendamment des miasmes de toute nature qui s'y développent en tout temps, il s'élabore parfois dans un point un miasme, un poison particulier qui passe d'un malade à l'autre, et va de proche en proche, de lit en lit, infecter toute la salle : s'il n'y a que dix lits au lieu de quatre-vingts, ce sont soixantedix individus qui sont mis à l'abri de la contagion. » Partant de ces données, et si l'expérience a prononcé pour consirmer les paroles du savant professeur, ce qui ne peut être mis en doute un seul instant, partant de ces données, disons-nous, nous demandons comme chose logique, morale, humanitaire et économique que, dès qu'un individu présente un érysipèle médical, chirurgical ou traumatique, nous demandons qu'il soit immédiatement placé dans une de ces chambres particulières dont tout hôpital devra être maintenant en possession. Si malheureux que l'on soit, on n'a pas plus le droit de tuer son voisin en le contagiant, que d'un coup de révolver; Dieu a dit : Non occides ! Nous croyons devoir nous arrêter ici, sur ce que nous avions à dire de la prophylaxie de la fièvre érysipélateuse qui cause tant de désastres dans nos établissements hospitaliers : il est aisé de voir qu'on n'arrivera à des résultats satisfaisants sous ce rapport qu'en donnant à ces mêmes établissements toutes les garanties de salubrité possibles. Nous avons, pour notre part, construit notre hôpital; mais nous avons commis un oubli, que nous nous hâtons de réparer : donc, à nos petites salles à trente lits, au plus, nous ajouterons pour nos convalescents une salle particulière, nourriture substantielle, vaste cour et jardin; mais, hélas! pour mettre à exécution notre projet, le grand argument nous manque ! pourquoi le ciel ne nous a-t-il pas fait riche à millions ! avec quel bonheur nous nous hâterions de mettre à exécution notre projett mais ce que nous ne pouvons faire, d'autres le peuvent, et jamais ces richesses, qui ne suivent pas l'homme dans la tombe, ne seraient plus noblement utilisées ! 5° Nous terminerons enfin notre ouvrage, en disant quelques mots de la prophylaxie de la fièvre érysipélateuse diathésique : voyons si, sous ce dernier rapport, la médecine nous viendra plus directement en aide.

Nous avons dû, à plusieurs reprises, dans le cours de cet écrit, aborder cet

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