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aucun fait positif de transmission de dothinentérie, et je croyais peu à la contagion. Mais les événements qui se sont déroulés sous mes yeux m'ont fourni l'occasion de comparer deux épidémies voisines et successives, l'une causée par infection, l'autre manifestement produite et propagée par contagion. Je conclus que dans certaines circonstances encore indéterminées la fièvre typhoïde est contagieuse (Commissaires : MM. Louis, Barth et Briquet).

Séance du 4 août.

| VIvIsEcTIoNs. — M. CH. RoBIN, au nom de feu M. Moquin-Tandon, lit un rapport ofliciel sur l'utilité des vivisections dont voici les conclusions : 1° Les vivisections sont indispensables à l'étude de la physiologie, et les opérations sur les animaux vivants sont nécessaires à l'étude de la médecine vétérinaire. 2° Elles doivent être faites avec réserve, et l'on doit surtout éviter de leur donner un caractère apparent de cruauté 5° Un progrès réel doit toujours être le but de l'expérimentateur. 4° Les élèves ne doivent se livrer à des expériences sur les animaux vivants que dans de grands centres d'études, tels que les Facultés, les écoles, les établissements publics, et sous la direction de leurs professeurs. 5° Il faut mettre en œuvre tous les moyens dont la science dispose pour diminuer la douleur ou abréger la souffrance des animaux soumis à l'expérience. Sur la proposition de M. le président, l'Académie décide que le rapport de M. Moquin-Tandon sera imprimé, et la discussion dont il pourra être l'objet renvoyée après celle de la fièvre jaune et de la rage. DE L'ÉLECTRICITÉ DEs EAUx MINÉRALES. — M. ScoUTETTEN, membre correspondant de l'Académie, fait la communication suivante relative aux caux minérales : Lorsqu'on étudie au galvanomètre les réactions des diverses eaux sur l'aiguille aimantée, on obticnt constamment avec l'eau de rivière le signe positif, et avec les eaux minérales le signe négatif. Supposons un homme plongé dans un bain, le courant établi de l'cau au corps, celui-ci étant négatif et l'eau positive ; le courant traverse donc le corps humain. M. Scoutetten s'est placé successivement dans des bains d'eau simple, d'cau minéralisée artificiellement et d'eaux minérales naturelles : dans les premiers, il y a eu 15° de déviation de l'aiguille, 25 à 50° dans les seconds, et enfin, dans les bains d'eaux

minérales prises aux sources, la déviation a atteint 70 et 80°. Pour ces expériences, M. Scoutetten s'enfonçait assez profondément dans l'épaule une sorte de trident en platine, auquel aboutissait un des fils du galvanomètre ; à l'autre était attachée une lame de platine. On pourrait, pour éviter l'introduction des trois aiguilles sus-indiquées, les remplacer par une lame de platine introduite dans la bouche. M. Scoutetten s'est posé la question de savoir si les eaux minérales doivent cette force électrique à l'eau elle-même ou aux substances qu'elles tiennent en dissolution. La réponse à cette question se trouve dans ce fait que les eaux de Plombières et celles du Mont Dore, qui sont très-faiblement minéralisées, contiennent moins de principes salins que l'eau de la Seine, et pourtant elles produisent des actions trèsintenses; il n'est donc pas douteux qu'il n'y ait dans l'eau minérale même une puissance électrique spéciale. Les eaux minérales ont une double action : l'une dynamique, l'autre médicamenteuse ; celle-ci n'est qu'accessoire, la première est la principale. M. Scoutetten donne en passant unc explication nouvelle de l'électricité animale, laquelle serait due, selon lui, à la réaction des deux sangs l'un sur l'autre ; il cite à cet effet des expériences instituées par lui en introduisant dans une artère et une veine un tube de verre ouvert aux deux bouts et contenant l'extrémité d'un des fils du galvanomètre; quand le circuit a été fermé, il y a eu à l'instant même une déviation de 50° à 60°. Il conclut que si les bains d'eaux minérales donnent des effets électriques, c'est qu'ils développent dans le corps une électricité qui ne s'y trouvait pas. Il y a donc excitation produite. M. LE PRÉSIDENT invite M. Scoutctten à déposer une note sur les faits qu'il vient de lire. M. JULEs CLoQUET aura des considérations à ajouter à l'appui. M. DEvERGIE demande si les expériences de M. Scoutetten ont été faites aux sources ou avcc de l'eau transportée. M. ScoUTETTEN répond qu'il a opéré dans ces deux conditions, mais le plus souvent dans les premières. PoLyoPIE MoNoCULAIRE. — M. BÉCLARD, au nom d'une commission composée de MM. Gavarret, Regnault et Béclard, lit un rapport à propos d'un mémoire de M. Giraud-Teulon, sur la cause et le mécanisme des images multiples dans la vision monoculaire. Le rapporteur dit que le travail de M. Giraud-Teulon a été précédé d'un mémoire de M. Trouessart sur le même sujet, ct que ce dernier avait entrevu ce que le premier a pu rigoureusement démontrer. Il s'était aperçu que plusieurs images se produisaient normalement chez certains vieillards sans qu'il y eût trouble de l'accommodation, et il pensait qu'il se passait dans l'œil quelques phénomènes physiques tendant à transformer les milieux transparents en une espèce d'optomètre. M. Giraud-Teulon a jugé que les lésions existaient le plus souvent dans le cristallin. Ce physicien a fait des expériences avec le cristallin de bœuf, de cheval et de mouton ; il a employé soit le cristallin seul, soit le cristallin avec la cornée et le corps vitré. Il les a placés comme la lentille dans la chambre noire d'Haldat; il a vu que le cristallin était aplanétique et qu'il représentait une lentille à un seul foyer, ainsi que cela est déjà démontré. Mais, lorsqu'il se servait de cristallin pris sur des animaux âgés ou malades, il observait des images multiples; et, lorsqu'il éloignait l'écran recevant la lumière réfractée, on finissait par ne plus apercevoir que des images de segments du cristallin séparées par des lignes d'ombre. Des expériences de M. Giraud-Teulon, il résulte que l'altération de structure du cristallin entraine un trouble dans la transmission des images, et que les images multiples sont produites par des lignes opaques commençantes. L'auteur conclut, d'après l'observation d'une opérée de cataracte, que ces lignes opaques peuvent exister dans le corps vitré et méme sur la cornée. Le rapporteur, en terminant, pense que la fève de Calabar , expérimentée par M. Bowmann sur lui-même, faisant à la fois contracter l'iris et le muscle ciliaire, produit, en vertu de cette dernière propriété, la myopie ; et comme on sait que la polyopie coïncide souvent avec la myopie à un âge avancé, il semble que l'emploi de cette substance peut faire apparaître les images multiples comme dans la polyopie monoculaire. Il recommande ce point pour l'édification de nouvelles expériences. La commission propose de remercier l'auteur et de renvoyer son mémoire au comité de publication. Ces conclusions sont mises aux voix et adoptées. APPAREIL A BAINs DE vAPEURs. — M. LEFÈvRE lit un travail sur un nouvel appareil à bains de vapeurs et fumigations sèches et

aromatiques. (Ce mémoire, ayant trait sur quelques points à la fièvre jaune est renvoyé à la commission de la fièvre jaune.) —A quatre heures et dcmic, l'Académie s'est formée en comité secret pour entendre la lecture du rapport de M. Devilliers sur les candidats à la place vacante dans la section d'accouchement. La section a présenté en première ligne MM Pajot et Blot ; En 2e ligne, M. Tarnier ; En 5° ligne, M. Laborie ; En 4° ligne, M. Salmon. L'Académie, sur la demande de quinze membres, a ajouté à cette liste la candidature de M. le docteur Mattei.

Séance du 11 août.

ÉLEcTIoN. — L'Académie procède à la nomination d'un membre à la place vacante dans la section d'accouchement. La commission présente : En première ligne et ex œquo, MM. Blot et Pajot : en deuxième ligne, M. Tarnier; en troisième ligne, M. Laborie; en quatrième ligne, M. Salmon. — Candidat de l'Académie, M. Mattei. Sur 67 votants : M. Blot a obtenu 44 voix ; M. Pajot, 21 ; M. Laborie, 2. En conséquence, M. Blot a été nommé membre de l' Académie de médecine. La nomination sera soumise à l'approbation de l'Empereur. FIÈvRE JAUNE (Suite de la discussion). M. MÉLIER a la parole pour répondre aux observations de MM. Rufz, Beau et J. Guérin. Au milieu de tant de redites, nous ne croyons pas très-utile de reproduire la dissertation nouvelle de M. Mêlier. Un point soulevé par M. J. Guérin méritait une réponse spéciale. La voici : M. Guérin appelle période prodromique certains symptômes ou pour mieux dire certains indices qui se manifesteraient entre l'instant connu ou supposé de la contamination ou de l'imprégnation, et l'apparition de la maladie proprement dite. Ce n'est pas de la première période de la maladie qu'il s'agit encore, mais bien de ce qui est antérieur à cette première période, des avertissements qui l'annoncent. M. Guérin est conduit à admettre cette période antérieure à la maladie, par le rar sonnement, par l'analogie, par l'induction, par tout un ensemble de considérations dont je suis bien loin de nier la valeur : Je les tiens au contraire pour essentiellement scientifiques. Après avoir admis cette période ration nellement, M. Guérin en cherche do preuves de fait.

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Il en trouve ou croit en trouver chez les malades d'Indret, où personne n'en avait vu. Il en trouve surtout chez les hommes de l'Anne-Marie pendant la traversée. Malgré tout ce qu'il y a de forcé à mes yeux dans ces vues, je suis loin d'en nier absolument l'intérêt, et j'y vois avec M. Guérin un beau sujet d'étude à recommander à la sagacité de nos médecins de l'armée du Mexique et qu'ils sauront traiter. Ils s'en sont même déjà occupés, et si je ne me trompe il y a, à cet égard, quelques travaux dans le Journal de médecine militaire. La donnée serait surtout intéressante au point de vue sanitaire ; fondée, elle rendrait attentif aux moindres accidents éprouvés par les hommes en obserVallOIl. Mais est-elle réellement fondée ? Dans les pièces parvenues à l'Académie se trouve un travail complétement dans le sens des idées de M. Guérin, un travail de M. Bertulus. M. Bertulus admet très-explicitement que certains signes peuvent permettre, plus ou moins longtemps à l'avance, de prédire l'apparition de la fièvre jaune. Mais tout cela est bien vague : odeur de l'haleine, défaut d'appétit, chaleur à la peau, enchifrènement, etc. On a fait intervenir à plusieurs reprises dans cette partie de la question le nom de M. Bellot, de la Havane, que j'ai cité moimême. M. Bellot vient justement d'adresser à l'Académie un très-grand travail, fruit de sa longue expérience. Mais j'affirme que M. Bellot est loin d'être aussi explicite qu'on le dit. Pour moi, je n'ai pas vu assez de faits pour avoir une opinion bien arrêtée ; mais je dois dire que le peu que j'en ai observé ne m'a rien présenté de semblable. A mon sens, les signes prodromiques, ou d'avertissement de la fièvre jaune sont encore à trouver ou du moins à préciser. C'est tout ce que je crois pouvoir en dire.

Séance du 18 août.

FIÈvRE JAUNE (Fin de la discussion). M. J. Guérin répond aux critiques de M. Mélier contestant la période prodromique. M. Guérin s'appuie sur l'analyse et l'induction pour dégontrer l'existence de cette période, mais il s'est aussi appuyé sur des faits, sur l'expérience transmise de Bellot père, de la Havane, et de M. Bertulus. Que M. Mélier n'ait pas vu de prodromes, cela ne prouve pas qu'ils n'existcnt pas, dit-il, et à supposer même que l'on pût considérer ce qu'il a observé comme exceptionnel, ne sait-on pas la

valeur des faits exceptionnels , derrière lesquels, en cherchant avec persévérance, on trouve bien des enseignements ? Et , pour faire une digression, dans le choléra on a trouvé des diarrhées prémonitoires chez plus d'un malade où, disait-on, la maladie avait été foudroyante. On a vu Barthélemy nier avec passion la possibilité de la transmission de la morve des animaux à l'homme. Dans toutes ces critiques de la période prodromique il y a de simples négations. Si l'on se reporte même aux propres paroles de M. Mêlier, on trouve qu'il signale plusieurs fois des faits singuliers dans la manifestation première de la fièvre jaune, et ce sont des prodromes qu'il a plus d'une fois ainsi indiqués. Du reste, bien que M. Guérin ait un puissant appui dans des analogies entre la fièvre jaune et les autres maladies infectieuses, il n'a pas affirmé sans faits, et il disait dans son premier travail, qu'il manquait encore quelque chose à la théorie, en reconnaissant qu'elle ne tarderait pas à se compléter. L'orateur aborde ensuite la question de doctrine, à savoir, si ce sont les hommes ou le navire qui infectent. Il pense que pour que ce fussent les navires, il faudrait qu'il eût pu se présenter au moins une fois le fait suivant : Un navire infecté dans un port insalubre sans avoir eu de malades à son bord, apportant dans un autre port salubre la fièvre jaune. Ce fait n'a jamais été constaté. Au contraire, en procédant par voie d'analogie, on sait que ce sont les malades qui rendent les salles insalubres, et c'est là une loi générale. M. MÉLIER. Je ne crois pas avoir à répondre à ce que vient de dire M. J. Guérin, je persiste dans les doutes que j'ai émis. J'ai longuement traité toutes les questions sur lesquelles a insisté mon contradicteur; M. J. Guérin a assez de talent pour faire écouter deux fois les mêmes choses, mais cela ne m'oblige pas à re prendre ce que j'ai déjà dit. Le public jugera. Des recherches, du reste, seront faites et se font même en ce moment. Les esprits chercheurs ne manqueront pas de poursuivre en dehors de l'Académie l'étude des idées qui ont été émises à la tribune académique. — Sur la proposition de M. le président, M. J. Guérin est adjoint à la commission de la fièvre jaune. DU CATHÉTÉRIsME ET DEs RÉTRÉCIssEMENTs RÉPUTÉS INFRANCHIssABLEs DE L'URÈTHRE. M. AUG. MERCIER lit un mémoire sur ce sujet.

Il commence par rappeler que la difficulté tient : 1° à ce que le rétrécissement étant excentrique, la bougie ne le rencontre pas ; 2° à ce qu'il est très-étroit, très-dur, et que la bougie, quoique engagée, ne peut vaincre sa résistance et fléchit. Il a conseillé, il y a près de vingt ans, pour le premier cas, des bougies légèrement coudées près de leur extrémité, pouvant être ainsi portées vers les différents points de la circonférence de l'obstacle ; et pour le second, de ne pas s'entêter à franchir cet obstacle d'emblée et avec la même bougie, mais d'en traverser d'abord une partie avec une bougie fine, puis de dilater cette portion avec une bougie plus grosse, ensuite de revenir à la fine, puis à la grosse, et ainsi de suite. Les rétrécissements d'origine traumatique offrent souvent cette particularité défavorable, qu'ils ne présentent pas à la bougie une sorte d'entonnoir, mais une cloison brusque, perpendiculaire à l'axe du canal. M. Mercier rapporte deux faits dans lesquels, après des efforts inouïs, et toujours infructueux faits par d'autres et par lui, il eut recours au procédé suivant : Il sit faire un tube de 8 à 9 millimètres de diamètre et de 16 centimètres de longueur, ouvert à ses deux extrémités, et une tige d'acier cylindrique, inflexible, longue de 55 centimètres, d'un millimètre et demi de · diamètre, simplement arrondie par un bout et terminée de l'autre par une olive de 2 millimètres et demi. Il introduit le tube rempli par un mandrin, le dirige dans l'axe du canal et le presse contre le rétrécissement, qu'il tend comme la peau d'un tambour; puis, avec le petit bout de la tige, il explore toute sa surface par de douces pressions, et il finit par trouver une inégalité. Si la tige y pénètre quelque peu sans douleur et donne

la sensation d'une légère étreinte, c'est l'orifice du rétrécissement. Alors il presse davantage, puis il dilate avec l'extrémité olivaire, comme dans le second procédé décrit précédemment. M. Mercier tire de ces deux observations de rétrécissements traumatiques la remarque que ces coarctations elles-mêmes offrent des différences très-grandes et difficiles à prévoir. Dans la première, où la maladie semblait plus grave, la dilatation obtint facilement un prompt succès. Dans la seconde, beaucoup plus simple en apparence, il fallut recourir à l'instrument tranchant. Bien plus, un scarificateur terminé par une tige très-fine ne put s'engager, faute de pouvoir être dirigé par le tube. Force fut donc dc se servir de la tigebougie, comme conducteur, et de faire glisser sur elle jusqu'au rétrécissement un tube de même diamètre qu'elle, et portant latéralement à son extrémité une lame en demi-fer de lance, le tout recouvert d'une gaîne. Arrivée à l'obstacle, la lame fut poussée au travers et le divisa. Elle ne peut s'égarer et dépasser la tige, retenue qu'elle est par l'olive terminale. M. Mercier préférerait aujourd'hui une lame de chaque côté du tube pour conserver la rectitude du canal, circonstance favorable au passage ultérieur des bougies. Le résultat de cette opération fut excellent; au bout de peu de jours, des bougiés de 8 millimètres et demi passaient dans le canal. L'auteur fait remarquer combien la marche qu'il a suivie est préférable à celle qui consiste à pratiquer un canal artificiel toujours difficile à établir, et l'on crée un trajet nécessairement plus long que celui qu'il remplace, un canal tortueux, éminemment cicatriciel et par conséquent rétractile.

V. VARIÉTÉS.

Exposé du diagnostic de la rage sur les animaux de l'espèce canine ; lu à l'Académie de médec. de Paris, dans sa séance du 9 juin, par M. H. BOULEY (Suite et

n. — Voir notre cahier d'août, p. 197).

— Quand la maladie est arrivée à la période que l'on peut appeler véritablement rabique, c'est-à-dire celle qui se caractérise par des accès de fureur, la physionomie du chien est terrible. Son œil brille d'une lucur sombre et qui inspire l'effroi, même

lorsqu'on observe l'animal à travers la grille de la cage où on le tient enfermé. Là, il s'agite sans cesse ; à la moindre excitation, il se lance vers vous, poussant son hurlement caractéristique. Furieux, il mord les barreaux de sa niche et y fait éclater ses dents. Si on lui présente une tige de bois ou de fer, il se jette sur elle, la saisit à pleines mâchoires, et y mord coups répétés. A cet état d'excitation succède bientôt une profonde lassitude; l'animal, épuisé, se retire au fond de sa niche, et là, il demeure quelque temps insensible à tout ce qu'on peut faire pour l'irriter, Puis, tout à coup, il se réveille, bondit en avant, et entre dans un nouvel accès. Quand on introduit un chien dans la niche de cet animal en plein accès de rage, son premier mouvement n'est pas toujours d'attaquer et de mordre. Au contraire. la présence de la malheureuse victime qu'on lui livre, que ce soit un mâle ou une femelle, excite en lui le sens génital, et il témoigne par des caresses et des attouchements dont la signification n'est pas douteuse, les ardeurs qu'il ressent. On le voit, en effet, flairer et lécher d'abord les organes génitaux de la pauvre bête qu'on a mise en rapport avec lui, Puis il se rapproche de sa tête et la lèche également. Pendant ces manifestations passionnées, la victime a comme le pressentiment du terrible danger dont elle est l'objet, elle exprime son effroi par le tremblement de tout son corps et cherche à se tapir dans un des coins de la niche. Et de fait, il faut moins d'une minute pour que l'animal malade entre en rage et se jette sur sa victime avec fureur. Celle-ci réagit rarement ; elle ne répond d'ordinaire aux morsures qu'en poussant des cris aigus qui contrastent avec la rage silencieuse de l'agresseur, et elle s'efforce de dérober sa tête aux atteintes dirigées surtout contre clle, en la cachant profondément sous la litière et sous ses pattes de devant. Une fois passé ce premier moment de fureur, l'animal enragé se livre à de nouvelles caresses, suivies bientôt d'un nouvel accès. Lorsqu'un chien enragé est libre, il se lance devant lui, d'abord avec une complète liberté d'allures, et s'attaque à tous les êtres vivants qu'il rencontre, mais de préférence au chien plutôt qu'à tous les autres. En sorte que c'est une heureuse chance pour l'homme qui peut être exposé à ses coups, qu'il se rencontre à propos un chien dans son voisinage sur lequel l'enragé puisse assouvir sa fureur. Le chien enragé ne conserve pas longtemps une démarche libre. Épuisé par les fatigues de ses courses, par les accès de fureur auxquels il a trouvé, en route, l'occasion de se livrer, par la faim, par la soif, et sans doute aussi par l'action propre de sa maladie, il ne tarde pas à faiblir sur ses membres. Alors il ralentit son allure et marche en vacillant. Sa queue pendante, sa tête inclinée, sa gueule béante, d'où s'échappe une langue bleuâtre et souillée

de poussière, lui donnent une physionomie très-caractéristique. Dans cet état, il est bien moins redoutable qu'au moment de ses premières fureurs. S'il attaque encore, c'est lorsqu'il trouve sur la ligne qu'il parcourt l'occasion de satisfaire sa rage. Mais il n'est plus assez excitable pour changer de direction et aller à la rencontre d'un animal ou d'un homme qui ne se trouvent pas immédiatement à la portée de sa dent. Bientôt son épuisement est tel qu'il est forcé de s'arrêter. Alors il s'accroupit dans les fossés des routes et y reste somnolent pendant de longues heures. Malheur à l'imprudent qui ne respecte pas son sommeil : l'animal, réveillé de sa torpeur, récupère souvent assez de force pour lui faire une morsure. La fin du chien enragé est toujours la paralysie. Messieurs, Arrivé à la fin de ce travail, trop long sans doute, mais dont la longueur paraitra peut-être justifiée par l'importance du sujet que nous venons d'essayer de traiter, nous devons maintenant formuler nos conclusions. Il ressort des développements dans lesquels nous sommes entré, que, dans un grand nombre de circonstances, le plus grand nombre peut-être, les accidents rabiques qui viennent trop souvent jeter dans la société l'inquiétude, les angoisses prolongées et les plus profonds désespoirs, procèdent surtout de ce que les possesseurs et détenteurs des chiens, dans l'inscience où ils se trouvent, faute d'avoir été suffisamment éclairés, ne savent pas se rendre compte des premiers phénomènes par lesquels se traduit l'état rabique du chien, état presque toujours inoffensif au début, — profiter des avertissements que leur donnent par des signes douteux et facilement intelligibles leurs malheureux animaux, — et prendre enfin à temps des mesures à l'aide desquelles il leur serait possible de prévenir des désastres menaçants. L'inscience, pour rajeunir cette vieille expression de Montaigne, voilà la cause du mal, voilà ce à quoi il faudrait remédier. Quels moyens employer ? La divulgation des faits, le frappement répété de l'attention du public par l'exposé de ces faits. Déjà, Messieurs, la publicité donnée à cette question par les journaux qui rendent compte de vos séances, réalisera, à ce point de vue, un premier résultat. Bien des choses, qui ne sont connues que des

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