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Sous l'influence de cette médication très-énergique, les symptômes généraux s'amendèrent rapidement, des sueurs qui, jusque-là, ne s'étaient jamais montrées, devinrent copieuses et critiques ; l'engorgement sous-maxillaire diminua, en donnant une minime suppuration ; l'érysipèle, sans doute, ne disparut pas promptement, mais tout en s'emparant à diverses reprises des différentes parties du visage, il le fit en ennemi dompté, sans douleur, sans tension ; et après avoir occupé le front, il se garda bien de gagner le cuir chevelu ; enfin, il finit par disparaître complétement.

Un excellent régime et deux bouteilles de vin de quinquina au Malaga vinrent puissamment à mon aide pour consolider ma convalescence.

Je ne pense pas qu'il faille plaider ici la cause du tannate de quinine, en ce sens que son administration n'aurait pas été instantanément suivie de la guérison de la maladie que je portais. Ce serait se montrer bien difficile, et je dirais même, bien étranger à l'étude des modifications physiologiques que certaines causes, certains agents toxiques, surtout, amènent dans l'organisme, pour ne pas comprendre que ces modifications ne peuvent être détruites, annihilées souvent qu'après un temps plus ou moins long; et cela, quelles que soient l'énergie, l'efficacité des moyens- qu'on emploie. Le grand art, en médecine, n'est pas toujours d'arriver promptement; mais ne doit-on pas glorifier également la science, lorsque par de savantes manœuvres, elle vous conduit plus lentement, mais sûrement, pourtant, au but, c'est-à-dire à la santé.

(La suite au prochain numéro.)

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CoMPTE-RENDU STATISTIQUE DEs CAs DE PNEUMONIE TRAITÉS PENDANT L'ANNÉE 1861, dans le service clinique de M. le professeur OPPoLzER, de Vienne; par M. le docteur L. MoNTI, membre correspondant, à Vienne. Traduit de l'italien, par le docteur E. JANssENs, secrétaire-adjoint de la Société. (Suite et fin. Voir notre cahier de juillet, page 21.)

Des données statistiques qui précèdent et qui ont pour objet chaque symptôme en particulier ainsi que la durée de la pneumonie et l'époque à laquelle s'est accomplie la résolution de la maladie, nos lecteurs peuvent déduire que les 59 cas rapportés représentent tous les degrés d'intensité que peut offrir l'affection dont il s'agit. Cette preuve étant obtenue, grâce à des chiffres exacts, nous espérons avoir réussi à démontrer que l'on ne peut, sans commettre une erreur grave, attribuer notre faible mortalité à la bénignité du processus inflammatoire, et qu'il faut par conséquent en rechercher la cause dans le genre de médication employé.

Tous ceux qui se sont donné la peine de lire la Monographie que nous avons publiée naguère, savent en quoi consiste la méthode de traitement employée par M. Oppolzer. Nous nous bornerons donc aujourd'hui à exposer quelques notions statistiques concernant cette méthode, afin de donner des preuves expérimentales de l'exactitude scrupuleuse avec laquelle ce praticien satisfait à chaque indication symptomatique. Nous aurons par là occasion de confirmer en même temps quelques corollaires thérapeutiques, aujourd'hui presque généralement adoptés.

La fièvre est un symptôme qui, dans tous les cas, a été combattu avec une vigueur proportionnée à son intensité. M. Oppolzer, fidèle à ses principes, s'est efforcé de modérer chacun des symptômes en particulier : contre la soif il a employé presque constamment l'émulsion commune, excepté dans un petit nombre de cas où il a prescrit une boisson acidulée, qui plaisait davantage au goût du malade. La chaleur brûlante de la peau a été modérée dans 12 cas par l'application sur la tête de fomentations froides, moyen qui a réussi constanment à abaisser la température du corps : une seule fois on a pratiqué des lotions générales d'eau vinaigrée, qui ont donné d'excellents résultats. Pour modérer la fréquence du pouls on a fait usage de l'infusion de feuilles de digitale pourprée, qui a été prescrite dans 8 cas, à une dose variant de 6 à 15 grains, pour 5 onces de colature; trois fois la dose a été de 12 grains, deux fois elle a été de 10 grains, une seule fois elle a été portée à 15 grains, et enfin une fois elle n'a pas dépassé 6 grains. Le pouls s'est ralenti dans tous les cas, sans que ce résultat ait pourtant exercé la moindre influence appréciable sur la marche de la maladie, attendu que dans tous les cas la résolution s'est accomplie entre le 6° et le 11° jour. L'impartialité nous fait un devoir de signaler que la digitale n'a été employée que dans les cas les plus graves, et que par suite on se tromperait en inférant de nos données statistiques que la digitale, en ralentissant la fréquence du pouls, retarde également la marche de la maladie. De nos observations il résulte seulement ceci que la digitale n'accélère pas la résolution de la pneumonie, et que malgré son action spéciale sur le pouls, elle n'exerce aucune influence sur la durée et sur le cours de l'affection dont il s'agit. Il est naturel que la toux, ce symptôme permanent de la pneumonie, ait attiré dans tous les cas l'attention du professeur viennois. La poudre de Dower a été la préparation la plus souvent prescrite, c'est-à-dire dans 56 cas : 29 fois à la dose de 6 grains par jour, 5 fois à la dose de 9 grains et 2 fois à celle d'un scrupule en six doses; le médicament a été répété en augmentant la quantité prescrite, une fois de 6 à 9 grains, et l'autre fois à 12 grains. L'effet de cette poudre a été nul dans 4 cas, où l'on a eu recours pour combattre la toux à d'autres préparations, telles que l'extrait aqueux d'opium, à la dose de 6 grains, pour 5 onces de potion gommeuse (dans 2 cas); une autre fois on a fait usage de la morphine, à la dose d'un demi-grain par jour; chez un quatrième malade on a administré 10 gouttes de teinture anodine, dans 5 onces de julep gommeux. Toutes ces préparations ont atteint le but désiré. L'ipéca a été mis en usage pour diminuer le gonflement de la muqueuse des bronches, et faciliter de la sorte l'expectoration; deux fois ce médicament a été donné sous forme d'infusion (5 onces), à la dose de 12 grains, et une troisième fois à la dose de 4 grains par jour ; il a toujours répondu à notre attente. Ce même remède a été également employé dans un seul cas pour combattre les symptômes de l'œdème pulmonaire, sans qu'il ait réussi à empêcher la terminaison fatale. Dans 2 cas seulement il parut opportun de recourir aux stimulants : dans l'un on prescrivit l'eau de mélisse unie à la liq. ammon. anisat., à la dose de 1 scrupule, sans le moindre résultat (le cas fut mortel); dans l'autre, on donna la préférence au polygala, à la dose de 2 gros; on lui dut peut-être de conserver les forces du malade, qui put traverser sans encombre la période de résolution ; le remède aida donc indirectement à la guérison. La dyspnée, parfois rebelle à toute espèce de traitement, n'a présenté que dans 7 cas, un caractère alarmant, en s'associant à tous les troubles fonctionnels que l'on désigne sous le nom général de cyanose. 6 fois ce symptôme était dû à des obstacles mécaniques de la respiration dus à un obstacle sérieux à la circulation, ou à la sécrétion d'une quantité extraordinaire de liquides qui ne purent être expectorés. Dans tous les cas de l'espèce on a pratiqué la saignée : 2 fois on a extrait 10 onces de sang, d'autres fois 8 onces, et dans un seul cas, 12 onces. La saignée a toujours soustrait les malades à une suffocation imminente; mais elle n'a pas exercé la moindre influence sur les autres signes de la maladie. La percussion et l'auscultation ont fait constater dans tous les cas que l'infiltration du poumon a marché comme de coutume; la fièvre a perdu, il est vrai, un peu de son intensité, mais ce résultat a toujours été temporaire; en effet, les symptômes fébriles, sans en exclure la fréquence du pouls, ont repris, au bout de 5 à 6 heures, la violence qu'ils présentaient avant l'application de la saignée. Celle-ci n'a pu abréger non plus la maladie, ou, pour mieux dire, en accélérer la résolution qui, en dépit de ce moyen thérapeutique, n'a commencé, dans 4 cas, que le septième jour; dans les 2 autres cas, elle s'est montrée, une fois le cinquième, l'autre fois le sixième jour. Bien plus, chez un malade qui, avant son entrée à la clinique, avait été saigné en ville, au début du mal, la marche de la phlegmasie ne fut nullement modifiée, bien qu'on eût extrait 9 onces de sang : la résolution ne se manifesta que le neuvième jour. Les faits qui précèdent, ayant été constatés à l'aide des moyens physicochimiques que fournit l'art du diagnostic moderne, défient toute objection. Ces observations, recueillies sans le moindre préjugé d'école ou de parti, et étayées de chiffres statistiques accusant une mortalité très-faible, devraient suffire à prouver que les effets bienfaisants de la saignée sont limités aux cas où il existe de la cyanose; elles démontrent que l'usage de ce moyen de traitement, employé comme antiphlogistique, ou, comme on le dit, pour combattre la fièvre ainsi que le processus inflammatoire, et enlever, pour ainsi dire, le mal dans sa racine, est dû à une véritable illusion, et constitue une déperdition inutile des sucs nourriciers de l'individu. Une seule fois la dyspnée fut traitée par l'extrait aqueux d'opium ; on n'avait pu employer la saignée, car un poumon était entièrement infiltré, et l'on avait compris a priori que ce dernier moyen serait resté sans résultat. Comme nous l'avons dit, la douleur a été constante dans tous les cas; 15 fois seulement elle était localisée dans un point déterminé, et avait pour caractère spécial d'être exaspérée par la pression. Dans tous les cas dont il s'agit, il y avait donc indication d'appliquer des sangsues : la quantité des annélides employées fut de 6 , dans 7 cas, de 8 dans 4 cas; de 10, dans un autre; dans 2 cas de 16, et dans un autre enfin le nomlbre en fut porté à 19; il convient de faire observer que dans ces deux derniers

cas les sangsues furent appliquées à trois reprises différentes. Les effets consécutifs à leur emploi furent très-satisfaisants dans la plus grande partie des cas. Il est certain toutefois que la poudre de Dower n'a pas peu contribué au succès obtenu, et que l'opium qui entre dans la composition de ce médicament a exercé une sédation immédiate sur le système nerveux. Chez 18 malades, les sangsues étant contre-indiquées furent remplacées par des cataplasmes chauds : les observations que nous avons recueillies concernant l'influence exercée par ces topiques, ne suffisent pas pour en démontrer l'efficacité; il est vrai que la douleur a, dans tous les cas, perdu de sa violence. Toutefois, nous ne pouvons décider si cet effet doit être attribué à l'opium contenu dans la poudre de Dower, ou bien aux cataplasmes. Une seule fois les cataplasmes n'ont exercé aucune influence sur l'élément douleur, de sorte que, ne pouvant appliquer les sangsues qui étaient contre-indiquées, on dut avoir recours aux frictions d'huile d'olive unie au chloroforme. Mais une seule observation ne peut faire loi, et pour cette raison nous nous abstenons d'émettre un jugement sur l'efficacité du moyen thérapeutique dont il s'agit. Avant de terminer, nous devrions encore rendre compte de quelques médicaments indiqués par des symptômes étrangers au processus inflammatoire du poumon. Nous croyons cependant remplir mieux le but que nous nous sommes proposé, en nous bornant à faire observer que les lavements ont été mis en usage pour combattre la constipation naturelle ou bien produite par l'action de la poudre de Dower; il nous parut en effet dangereux d'avoir recours aux purgatifs, même les plus faibles, qui troublent plus ou moins l'accomplissement normal des fonctions digestives. Nous espérons avoir persuadé maintenant nos lecteurs que la cause de la faible mortalité, que nous avons signalée, doit être attribuée exclusivement à la médication de M. le professeur Oppolzer. Celle-ci est la seule qui, à une époque où les connaissances étiologiques sont encore un desideratum de l'art, puisse satisfaire aux exigences de la médecine pratique; dans l'impossibilité où nous nous trouvons de vaincre la maladie par des remèdes spécifiques, le traitement du professeur Viennois, loin d'affaiblir les forces du malade par des médicaments dont l'effet est négatif ou problématique, se propose de les épargner et de rendre la maladie moins désastreuse ; il épargne ainsi les éléments nécessaires pour que la vis medicatrix naturae puisse ramener l'organisme dans l'état physiologique dont celui-ci s'est écarté. Nous voici arrivé à la fin de notre travail, dans lequel on trouvera sans doute des faits qui s'accordent peu avec les aphorismes thérapeutiques aujourd'hui en honneur. Nous n'en espérons pas moins que la comparaison des résultats obtenus à la suite de la médication employée par M. Oppolzer, avec ceux de la méthode généralement adoptée dans plusieurs contrées de l'Europe, pourra être de quelque utilité pour l'humanité souffrante et pour l'art si noble, auquel chaque médecin consacre ses veilles, et toutes ses aptitudes scienti

fiques.

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