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Théâtre des nouveautés pour assister aux représentations de M. Laurent et s'extasier devant les merveilleuses réponses et les poses grâcieuses de la sibylle endormie ! ! ! Ce n'est pas à l'aide de passes magnétiques que M. Laurent met sa somnambule dans l'état de sommeil; fi ! ce moyen est trop vulgaire!.., mais au moyen de parfums odorants qu'il fait brûler, devant elle, dans un vase et d'une bague aimantée qu'il lui passe au doigt. La yoilà endormie, assise sur une chaise, tournant la figure vers le public; on lui couvre les yeux avec un châle, un foulard, un paletot, ce que vous voulez, de manière à vous assurer que la vision est interceptée. M. Laurent se place ensuite derrière elle, à une courte distance, s'agite continuellement des pieds et des mains, ses lèvres, ses narines sont constamment en mouvement. Dans cet état, Mll°, Prudence nomme les cartes qu'on lui présente, mais avec lenteur et d'une manière peu claire, elle joue à l'écarté avec le partner qui se préSente. Cette expérience terminée, on passe à d'autres. Vous écrivez sur un billet que vous remettez à M. Laurent, une pensée quelconque, un objet que vous vous figurez voir, et vite M. Laurent se met à l'œuvre pour communiquer cette pensée à Mlle Prudence, qui, après des interrogations répétées, devine ce que vous avez écrit ou pensé ou à peu près. — Voulez-vous, qu'elle marche en avant, vous touchez l'épaule droite de l'expérimentateur, et la somnambule exécute votre volonté; vous désirez au contraire qu'elle s'arrête et revienne vers vous, vous touchez l'épaule gauche de M. Laurent et, après quelque hésitation, elle revient à reculons sur ses pas. — Voulez-vous qu'elle chante, puis qu'elle s'arrête, puis qu'elle reprenne là où elle s'est arrêtée, elle fait tout cela, — toujours par le même procédé. — Voulez-vous qu'elle marche sur de la glace, dans de l'eau, dans du sang, sur des épines, qu'elle éprouve la sensation de la brûlure, du froid, etc., etc., écrivez, puis prenez Mlle Prudence par la main, interrogez-la, elle éprouvera la sensation que vous avez désiré qu'elle ressentit. — Enfin, — et ceci c'est le bouquet,—voulez-vousqu'elle prenne telle pose que vous aurez préalablement soin de communiquer à M. Laurent, par exemple, la prière, ou l'horreur, Mll° Prudence exécutera à l'instant et d'une manière à vous ravir, ce genre d'exercice. Voilà, en peu de mots, en quoi consiste l'onéiromancie.— Demandez à M. Laurent si ce n'est pas tout bonnement des expériences de magnétisme qu'il montre au public ; il se hâte de vous répondre négativement, mais il ajoute qu'il n'explique pas les faits, ct se contente de les constater; son

savoir, à lui, est de communiquer la pensée et les sensations à l'homme ; il ne désaspère pas, par la suite(ce sont ses propres expressions ), d'arriver à pouvoir transmettre aux animaux telle sensation qu'il voudra. N'est-ce pas que M. Laurent est un savant de premier ordre ? il ne manquait plus qu'une chose à sa gloire, c'est que ses expériences occultes fussent mises au grand jour, et c'est ce qui est arrivé. Après assez bon nombre de représentations auxquelles la bonne société s'était rendue et avait applaudi la sibylle et M. Laurent, celui-ci eut la maladresse d'inviter les principaux médecins de la capitale à une séance toute scientifique, mais qui ne le fut point du tout, puisqu'il se refusa à toute explication, à toute discussion sur le phénomène extraordinaire qu'il avait la prétention de leur montrer. Les uns crurent à la réalité de ces expériences, les autres doutèrent, d'autres, en plus petit nombre, n'y crurent point. L'auteur de cet article assistait à cette réunion ; il porta plus particulièrement son attention sur l'expérimentateur, et ayant remarqué que M. Laurent, placé à une courte distance derrière Mlle Prudence, faisait des efforts presque continuels avec les bras et les jambes, s'agitait constamment, qu'il faisait sortir certains bruits de sa bouche ou de ses narines, il en conclut qu'il transmettait à la prétendue somnambule certains signes conventionnels à l'aide desquels elle pouvait répondre aux questions qui lui étaient faites. Nous nous approchâmes alors de Mllo Prudence ; nous lui présentâmes une boite; nous priâmes M. Laurent de lui demander ce qui y était renfermé; il nous répondit d'une manière assez peu polie : Nous n'allons pas jusquelà. Dès lors nous ne doutâmes aucunement que Mlle Prudence veillait comme nous, et que les expériences auxquelles nous venions d'assister étaient une véritable jonglerie. Nous fimes part à plusieurs personnes de notre opinion ; quelques-unes nous crurent, un plus grand nombre nous rirent au nez. Nous ne tardâmes pas à nous assurer que nous avions déviné juste. En effet, à quelquesjours delà, M. Laurent après avoir donné dans la belle salle de la Société philharmonique une séance où il reçut force applaudissements, annonça une nouvelle représentation. A peine monté sur l'estrade avec Mlle Prudence, M. Laurent se vit dévancer par M. le Dr Crommelinck, qui, s'adressant aux spectateurs, voulut leur démontrer que les expériences auxquelles ils allaient assister étaient une mystification ; il leur dit qu'il y avait lui-même cru d'abord, mais que depuis, ayant découvert le moyen employé par M. Laurent, il se faisait fort de répéter toutes ses expériences sur la pre

mière personne venue. Il termina en proposant que l'on prît des précautions afin de supprimer l'ouïe chez Mo Prudence, et les bruits respiratoires chez M. Laurent ; mais le public qui voulait s'amuser pour son argent, ne voulut point l'écouter et M. Laurent avec un aplomb sans pareil entama ses expériences qui, cette fois, furent iucomplètes ou manquèrent, parce que bon nombre de membres de la Société, parmi lesquels plusieurs médecins, embarrassèrent l'expérimentateur et la sibylle. O infortuné M. Laurent ! que n'avez-vous été mieux inspiré? Pourquoi retourner dans cette salle qui, après avoir fait résonner vos hauts faits, devait être témoin de votre défaite? Il faut convenir que vous avez joué de malheur, et nous croirions que vous avez, cette fois , manqué de Prudence si nous ne l'avions vue près de vous, Ce qui s'ensuivit est bien plus divertissant: M. Crommelinck analysant sévérement les expériences de M. Laurent, avait constaté : 1° que Mlle Prudence ne se trouve jamais dans les conditions matérielles absolues de l'abolition de l'ouïe; 2° que M. Laurent produit des bruits respiratoires par le nez et par la bouche, et il en avait conclu que ces deux conditions étaient de nature à permettre la transmission de signaux. Partant de là, il est parvenu à composer un vocabulaire de ce genre, si simple qu'il peut faire toutes les expériences de M. Laurent, ense plaçant dans les mêmes conditions que lui. M. Laurent s'étant refusé aux propositions que M. Crommelinck lui fit verbalement et par écrit, d'entreprendre une série d'essais qui pouvaient détruire ses soupçons, celuici lui a demandé dans une lettre qu'il a fait imprimer, de faire ses expériences de la manière suivante : « 1° Supprimer l'ouïe chez Mo° Prudence. « 2° Empêcher les bruits respiratoires et nasaux chez M. Laurent. « 5° Aucune parole ne sera prononcée par les personnes présentes pas plus que par M. Laurent; toute communication se fera par écrit ; M. Laurent fera ses propres expériences, dans un ordre déterminé par la voie du sort, sans prévenir Mll° Prudence à quelle espèce d'expérience on va s'adonner. « 4° Je tiens pour non avenue l'expérience de faire chanter Mlle Prudence sur l'ordre 1uental d'autrui, même sans communiquer

cet ordre à M. Laurent, tant que celui-ci aura l'expérimentateur en vue. » M. Crommelinck laissait à M. Laurent trois jours pour se décider; celui-ci n'a point répondu au défi. Quelques jours après l'Observateur Belge publiait la pièce suivante : « Les soussignés, membres de la Société Philharmonique de Bruxelles, déclarent sur l'honneur, que M. le Dr Crommelinck a pété devant eus avec l'un d'eux, et après cinq minutes de préparation, toutes les expériences de M. Laurent, sans en excepter une seule, et que toutes ont été couronnées du succès le plus complet , le plus positif et le plus prompt. « En conséquence, ils considéreront désormais les expériences de M. Laurent comme devant être classées dans la catégorie de celles de Bosco, Philippe ou du chien Munito, et cela jusqu'à preuve du contraire, c'est-à-dire, jusqu'à ce que M. Laurent se soit rendu à la salle de la Société Philharmonique pour expérimenter devant M. Crommelinck, et conformément aux conditions que celui-ci lui a communiquées par une lettre imprimée dont ils ont tous un exemplaire. « Bruxelles, le 20 décembre 1844. » (Suivent soixante et quinze signatures.) Cela n'est-il pas bien édifiant, et n'avionsnous pas raison de dire que le magnétisme, voire mêmel'onéiromancie est un divertissant phénomène? Qu'allez-vous faire, infortuné M. Laurent, à présent que la ficelle, encore une fois, est découverte ? Le magnétisme est mort, vous l'avez enterré; l'onéiromancie que vous lui avez fait succéder, n'a eu, grâce à M. Crommelinck, qui vous avait d'abord choyé, caressé, qu'une durée éphéIIlCTC. Sauvez-vous, voici venir M. Frappart avec sa couronne d'épines,..... et je tremble pour votre pulpe cérébrale. Pour parler plus sérieusement, nous dirons que tout sorcier qu'il paraissait l'être, M. Laurent a manqué d'adresse pour couvrir d'un voile impénétrable ses expériences prestigieuses. Et si, comme il le dit, M. Laurent est docteur, nous voudrions, pour la dignité du corps médical, qu'il cherchât dans la science un moyen d'existence plus honorable et plus utile à l'humanité. J. R. MARINUs, D.-M.

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DU RHUMATIsME, de ses symptômes, de son diagnostic différentiel, de sa nature et de son traitement prophylactique et curatif.— Mémoire auquel la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles a décerné une médaille d'honneur au conceurs de 1845; par HENRI GINTRAC, ex-aide de clinique médicale et prosecteur à l'École préparatoire de médecine et de pharmacie de Bordeaux. (Suite. — Voir le cahier de janvier 1845, p. 3.)

V. - CAUSES.

Causes prédisposantes. l° Age. — Le rhumatisme est rare dans la première ensance. Le docteur Treilhard-la-Terisse a donné, dans sa thèse sur l'arthrite des nouveau-nés (1833, n° 337), quelques observations dans lesquelles du pus aurait été trouvé dans les articulations ; mais il y en avait aussi dans les poumons, et la maladie n'avait pas offert les symptômes du rhumatisme. Une demoiselle, aujourd'hui âgée de 44 ans, fut, dans sa seconde année, atteinte de variole, et bientôt après, d'un rhumatisme du genou gauche, puis, d'une coxalgie très-intense; on soupçonna même la luxation spontanée du fémur. L'usage des eaux sulfureuses variées produisit de bons effets. Mais à l'âge de neuf ans, un abcès fut ouvert à la partie postérieure et supérieure de la cuisse ; il en résulta une fistule souvent renouvelée et qui persiste encore.Voilà sans doute un rhumatisme né dans un âge bien tendre; mais, était-ce un rhumatisme simple ? n'y avait-il pas une complication scrofuleuse ? Les suites l'ont assez prouvé. D'après les relevés d'Haygarth, le rhumatisme est commun de 15 à 20 ans (1). Selon Bardsley, de Manchester (2), qui a fait un relevé de 258 cas, l'âge qui dispose le plus au rhumatisme chronique, est de 20 à 40 ans, et spécialement de 25 à 50. Au rapport de Scudamore, le rhumatisme aigu règne de l0 à 50 ans, et le rhumatisme chronique après 50 ans (3). M. Chomel a vu les âges ainsi répartis entre 73 malades : 35 avaient de 15 à 20 ans, 2: de 30 à 45, 7 de 45 à 69; 7 avaient plus de 60 ans. Il avait observé deux individus âgés de moins de 15 ans. o Le docteur Macléod, médecin de l'hôpital St.-Georges, a vu sur 85 cas de rhumalisme, cette maladie se manifester 54 fois entre l5 et 30 ans,

(1) Littérature méd. étrang., t. V, p. 300.
(2) Ibid , t. IX, p. 169.
(3) Traité de la goutte.ct du rhumatisme, t. II, p. 272.

D'après les observations de M. Saussier, faites dans les services de MM. Musson et Legroux, en 1839 (l), le maximum de la fréquence du rhumatisme aigu est de 30 à 35 ans.

Nos relevés portent sur une échelle plus étendue ; ils comprennent 333 cas, et voici dans quelle proportion ils sont répartis suivant les âges :

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Ainsi, le maximum se trouve entre 16 et 40 ans, plus spécialement entre 20 et 30 ans, et dans une limite plus étroite encore, entre 2l et 25 ans.

Nous avons désiré savoir si le rhumatisme aigu était plus commun chez les jeunes gens, et le rhumatisme chronique plus répandu chez les vieillards. Voici les résultats du départ que nous avons fait entre les observations qui se rapportent à l'un et à l'autre :

Les rhumatismes aigus ont été au nombre de 227.

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D'après cela, la plus grande fréquence est de 16 à 40, et spécialement de 2l à 25.

Le rhumatisme chronique a présenté 106 cas ainsi distribués : 4

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La plus grande fréquence du rhumatisme chronique est donc de 16 à 40 ans. Il y a tout lieu de penser que c'était par une vue théorique, par voie de spéculation plutôt que par l'observation directe, que Scudamore avait attribué le rhumatisme chronique à la vieillesse. •

Beaucoup de vieillards, il est vrai, sont atteints de rhumatisme chronique , mais c'est parce que cette maladie, née à un âge moins avancé, s'était prolongée avec leur vie. V.

On peut considérer la première moitié de la vie comme plus favorable que la dernière au développement du rhumatisme.

Sexe.—Des 333 individus atteints de rhumatisme, qui ont servi aux précédents relevés, 220 étaient du sexe masculin et l 12 du féminin.

Ces résultats diffèrent de l'assertion d'Hoffmann , qui prétendait que cette maladie était plus commune chez les femmes (2) ; mais ils s'accordent avec les observations de Scudamore et de M. Chomel.

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Nous avons remarqué que certains rhumatismes partiels, le lumbago, et en général ceux du cercle inférieur sont plus communs chez les hommes, et ceux du cercle supérieur, principalement ceux du cou, de l'épaule, sont plus fréquents chez les femmeS. Cette différence tient-elle à la manière de se vêtir si diverse selon les sexes ? Il est certain que , chez les femmes, le cou, les épaules , les bras, sont en général très-peu garantis, tandis que la plupart des hommes revêtent chaudement les mêmes parties. Il existe chez les femmes une prédisposition spéciale au rhumatisme. C'est celle qui résulte de l'état puerpéral. Les femmes, qui, peu de temps après leurs couches, se lèvent et s'exposent à l'air humide et froid, sont très-souvent prises de douleurs articulaires. Nous en avons eu plusieurs exemples. Telle est la 28e observation de ce mémoire, telle est la suivante. 39e oBs.—Jeanne Alegrand, âgée de 28 ans, primipare, accouche le 17 mars 1839, au moyen du forceps. La délivrance est longue et pénible. Une hémorrhagie assez abondante se manifeste, mais n'est suivie d'aucun résultat fâcheux; la malade se rétablit assez bien, elle commence à vaquer à ses occupations vers la fin d'avril de la même année ; après avoir été pendant quelques jours en proie à un malaise général elle ressent, sans cause appréciable, des douleurs vives dans les articulations des membres inférieurs avec gonflement, en un mot, tous les symptômes d'une affection rhumatismale aiguë ; bientôt on vit apparaître sur les points douloureux des taches rouges, ovales, un peu élevées vers leur centre, très-sen sibles à la pression, formant de véritables nodosités. Le ler mai, le rhumatisme prend de l'intensité, les tumeurs déjà décrites se développent, semblent même devoir suppurer, bientôt leur volume diminue avec l'acuité des douleurs, le nodosités se ramollissent, prennent une teinte violacée, puis disparaissent ; les parties qui avaient été le siége de cet erythème conservèrent quelque temps une couleur noirâtre donnant l'aspect d'une ecchymose. Le traitement a consisté dans l'emploi des moyens suivants : sangsues à l'anus, cataplasmes et frictions mercurielles sur les points douloureux. — Usage de l'extrait de gayac et d'aconit. Le 28 mai, la guérison est complète, le rhumatisme a totalement cessé, on ne trouve plus que quelques traces de l'erythema nodosus, qui avait formé la complication du rhumatisme. Dans un autre cas assez remarquable, ce ne fut pas ce genre d'exanthème, mais une rougeur entièrement semblable à celle de la scarlatine qui accompagna le rhumatisme puerpéral, à la suite duquel se manifesta une fièvre grave avec météorisme du ventre et délire , maladie qui cependant eut une issue heuTeuSe. Dans quelques circonstances, le rhumatisme né sous l'influence de l'état puerpéral prend de suite une marche chronique; tel est le cas suivant : 40 oBs. — Marguerite Bernada, âgée de 39 ans, mère de quatre enfants, était atteinte depuis sa dernière couche qui datait de onze mois, de douleurs profondes dans les membres, sans gonflement; ces douleurs occupaient la continuité des membres , étaient accompagnées de beaucoup de faiblesse , n'étaient point augmentées par la pression. Il n'y avait ni fièvre, ni indice de trouble dans les fonctions. Différents moyens furent employés sans succès, il est vrai que la malade ne demeura que peu temps à l'hôpital. L'âge critique est encore une circonstance qui peut prédisposer aux affections rhumatismales et arthritiques. L'exemple suivant en est la preuve : 4l° oBs. - Marie Loubersan , âgée de 46 ans, repasseuse, d'une constitution robuste, d'un tempérament lymphatique, avait depuis sept mois cessé d'être

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