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diverses variétés de brides : 1° les brides amniotiques; 2° les brides ovo amniotiques; 5° les brides fœtales. Selon toute probabilité, les brides amnio· tiques sont produites par une inflammation latente de l'amnios. Que cette phlegmasie soit amenée par une cause directe (coup ou chute sur le ventre, choc violent de l'ovule , etc.), ou par une cause indirecte (émotion vive , refroidissement , diathèse rhumatique, etc.) et le plus souvent par une cause tout à fait inconnue, les effets doivent être les mêmes. Comme toutes les séreuses à surfaces mobiles, cette membrane enflammée secrète des exsudations amorphes qui ne tardent pas à s'organiser en pseudomembranes de plus en plus résistantes, filamenteuses, et qui bientôt, sous forme de ligaments, de véritables brides, s'étendent d'un point à l'autre de la surface amniotique. Ces brides peuvent être plus ou moins larges, simples ou multiples. La seconde classe comprend les cordons ligamenteux qui s'étendent de la surface du fœtus à un point quelconque de la membrane de l'amnios, comme un véritable lien suspenseur ; telle est, par exemple, la bride qu'a fait figurer le professeur Vrolig, dans son Atlas embryogénique, où l'ovule est représenté suspendu par le synciput à l'amnios. Ces brides seraient dues, selon Gurlt, de Berlin, qui en a émis le premier l'idée, « à un prolongement de la membrane interne de l'œuf à laquelle l'ovule serait resté adhérent. » Cette opinion semble se confirmer par" certains faits de monstruosités où l'on trouve des brides étendues du fœtus à l'amnios (Geoffroy-St.-Hilaire, Phil. anatom., t. ll, p. 208, Anomalies, t. III, p. 575, Brux.). Ne serait-il pas possible que ces brides, dans certains cas, fussent amenées par une inflammation coïncidante de la surface du derme et de l'amnios, inflammation qui serait exsudative pour la séreuse, ulcérative pour le canevas cutané? De là résulterait l'adhérence du chorion à la production pseudo-membraneuse. Il ne serait pas difficile de rencontrer, dans la vie extra-utérine, des phénomènes pathogéniques analogues. Enfin, les brides fœtales, celles qui s'étendent d'un point à l'autre de la surface du fœtus, sont les plus problématiques. Si elles existent, ne pourrait-on pas les rapporter (nous n'émettons ce doute qu'avec la plus grande réserve) à un travail d'abord ulcératif, puis plastique de deux points contigus du fœtus, qui, plus tard, s'écartent plus ou moins l'un de l'autre, le tronc, parexemple, d'avec l'un des membres ? — Sous I'influence d'une cause traumatique, d'une diathèse ulcéreuse, etc., une inflammation exulcérante du derme s'étant établie et le

travail de réparation succédant , celui-ci amène l'adhésion celluleuse des surfaces opposées ; ces productions celluleuses, par suite des mouvements des parties malades, s'allongent, s'organisent en véritables brides, forment bientôt une corde de plus en plus longue et résistante. Ce qui se passe dans la vie extra-utérine, par exemple, après les brûlures, après diverses solutions de continuité du derme, la formation des brides, des ponts cutanés, qui en résulte, ne viendrait-il pas à l'appui de notre hypothèse, applicable, il est vrai, tout au plus à des cas exceptionnels, extrêmement rares et que l'observation n'a peut-être pas encore bien constatés jusqu'à ce jour, mais qui n'en présentent pas moins une grande probabilité d'existence. Quoi qu'il en soit de la génésie et des variétés des brides, leur mode d'action doit être le même ; c'est par striction qu'elles agissent, à part peut-être quelques cas où elles amèneraient une sorte d'usure par le simple frottement des parties contre elles. Par les mouvements divers, actifs ou communiqués, qu'éprouve presque incessamment le fœtus, ses membres s'engagent dans les brides, s'y enroulent, s'y étrcignent, tordent ces brides en corde, les tiraillent, en font une véritable ligature coupante et compressive à la fois. Qu'on y joigne le propre poids du fœtus, et l'on concevra cette action compressive permanente qui, bien que légère en elle-même, amènera à la longue des effets très-profonds et qui, au premier abord, nous surprennent étrangement. Cette action, à cause de la largeur moindre et de la résistance plus grande de la ligature, sera bien plus rapide du reste, plus nette, plus complexe même (comme on le voit dans le fait de Zagorsky et dans lepremier fait de Montgommery), que dans la simple striction produite par les tours circulaires du cordon ombilical. Ici d'ailleurs, comme pour le cordon, phénomène digne de remarque et sur lequel personne n'a plus insisté que M. P. Dubois, les parties molles sous-cutanées sont déjà séparées et quasi coupées, que la peau reste encore intacte ; celle-ci n'a subi qu'un léger amincissement ; elle ne tarde même pas à s'accoler directement aux os, que bientôt la ligature sillonne d'une empreinte profonde et coupe même quelquefois avant la peau, lorsqu'ils conservent leur consistance chondroide , absolument comme une ligature étroite, jetée sur une artère, coupe les tuniques moyenne et interne, tandis que la celluleuse seule résiste. De là, sans doute, cette surface circonscrite de la cicatrice, qui, en réalité, n'existe alors qu'au centre ; de là, son aspect lisse, épidermoïde, parcheminé ; de là aussi, la saillie conique du moignon, au milieu duquel, lorsque la peau a cédé avant les parties dures, les os présentent une surface garnie de granulations charnues, comme dans le fait de Dijon, par exemple. Quant au peu de développement de l'extrémité séparée, il se conçoit facilement. La ligature comprime le trousseau vasculo-nerveux du membre ; l'atrophie doit s'ensuivre pour les parties situées au-dessous du lien. Ce n'est donc pas à un arrêt, mais à un retard atrophique de développement qu'il faut attribuer le volume et la longueur moindre du membre amputé, comparé à celui de l'autre côté. (Note addit. au Traité d'accouchements de Cazeaux, édit. belge.)

De l'œsophagotomie, Mémoire lu à l'Académie royale de médecine de Belgique, dans la séance du 6 octobre 1844, par M. V. DE LAvACHERIE, membre titulaire de la compagnie, etc., etc. — Frappé de la rareté des cas d'œsophagotomie pratiquée sur l'homme vivant, l'auteur a voulu en rechercher la cause, et, à son grand étonnement, il a trouvé épars dans des mémoires et des écrits périodiques des observations nombreuses qui constatent des accidents de la plus haute gravité, occasionnés par des corps étrangers arrêtés dans le tube pharyngo-œsophagien; il s'est assuré que, dans une foule de circonstances, on eût évité des terminaisons fâcheuses en ayant recours à l'instrument tranchant, et que si la science n'a eu à enregistrer qu'un petit nombre d'opérations faites pour extraire des corps étrangers de l'œsophage, ce n'est pas toujours parce que les indications ont fait défaut aux chirurgiens. Il rapporte brièvement tous les cas dans lesquels l'art aurait été d'un grand secours, si l'on eût{uséde toutes ses ressources; il les range sous six ordres différents, savoir : 1° corps étrangers arrêtés dans l'œsophage ayant déterminé des accidents qui ont amené la mort instantanément (18 cas);—2° corps étrangers arrêtés dans l'œsophage, ayant déterminé des accidents divers qui ont amené la mort au bout d'un temps plus ou moins long (17 cas); — 5° corps étrangers arrêtés dans l'œsophage, qui ont déterminé une hémorrhagie mortelle (12 cas);— corps étrangers arrêtés dans l'œsophage et ayant déterminé des accidents plus ou moins graves (26 cas); — 5° corps étrangers arrêtés dans l'œsophage et qui se sont fait jour au dehors par un abcès (10 cas);—6° corps étrangers arrêtés dans l'œsophage, ayant nécessité une opération sanglante pour leur extraction. C'est dans cette dernière catégorie de faits que M. De Lavacherie rapporte cinq observations de corps étrangers retirés de l'œsophage même, au moyen de l'œsophagotomie,

parmi lesquelles il en est une qui lui est propre. L'intérêt qui se rattache à cette observation, nous engage à la reproduire ici textuellement :

« Paschal Dombret, quarante et un ans, sanguin, journalier, domicilié à Fraiture, commune de Comblain-au-Pont (Liége), mangeait dans la soirée du 14 février 1842. un potage fait avec de la tête de cochon, lorsqu'il éprouva tout à coup à la région de l'œsophage, une sensation pénible qu'il attribua à un corps étranger arrêté à cet endroit. Cette gêne fut bientôt suivie de douleur et d'une grande difficulté dans l'acte de la déglutition.Justement alarmé de son état, Dombret alla, ce jour même, consulter M. le docteur Goffin d'Esneux , qui lui donna le conseil d'avaler des œufs crus. Ce moyen employé pendant quatre jours consécutifs, resta sans effet. Le 18, Dombret se rendit à Avionpuits auprès de M. le docteur Vandermaesen, qui lui prescrivit l'usage des vomitifs; mais cette médication fut, comme la première, sans résultat. Le 20, il se décida à venir à Liége, et le lendemain M. le professeur Ansiaux le fit admettre à l'hôpital, où il fut placé dans mon service. Le 22. à ma visite, j'appris que depuis quarante heures, cet homme avait rendu à plusieurs reprises de fortes quantités de sang par la bouche. Présumant qu'un corps étranger était arrêté dans l'œsophage, je voulus m'en assurer en introduisant une sonde de gomme élastique dans ce conduit. Cette exploration confirma le diagnostic que j'avais porté d'après les renseignements fournis par le malade. Je ferai remarquer ici que tantôt l'instrument pénétrait sans résistance dans l'estomac, et que tantôt il rencontrait un obstacle contre lequel il heurtait en produisant un bruit que tous les assistants entendaient distinctement. La forme du corps étranger et son mode d'enclavement, expliquent assez, comme on le verra plus loin, pourquoi la sonde exploratrice pouvait parfois pénétrer au delà de l'obstacle.

» Aucune tentative n'ayant été faite pour accrocher le corps étranger et le ramener au dehors, j'eus recours aux différents instruments imaginés pour opérer cette extraction, mais tous mes efforts surent inutiles. Je ne réussis pas davantage dans mes essais de propulsion du corps vers l'estomac. Son enclavement dans les parties molles était tel qu'il eût fallu mettre beaucoup de force pour le déloger, et la déchirure de l'œsophage eût été la conséquence inévitable de manœuvres violentes; encore était-il douteux que son déplacement fût possible, à en juger par les efforts assez considérables que je fis, et par son mode d'implantation dans les tissus.

» De longuesveilles, la douleur, l'anxiété, la privation d'aliments et les grandes pertes de sang avaient réduit Dombret à un état d'affaiblissement extrême. Le retour des hémorrhagies pouvait compromettre sa vie qui était en grand danger. Il n'y avait donc plus à hésiter; le corps étranger qui était la cause de tous les accidents, devait nécessairement être enlevé: l'œsophagotomie était indiquée. Elle fut proposée au malade qui était disposé à se soumettre à tout endurer pour obtenir un prompt soulagement. Le jour même, à deux heures de l'après-midi, assisté de Ines collègues MM. les professeurs Ansiaux et Simon, et en présence des élèves et de plusieurs confrères, je pratiquai cette opération, d'après le procédé de M. Bégin.

» Le malade, transporté à l'amphithéâtre, est couché sur le dos, les épaules et la poitrine médiocrement élevées, la tête légèrement renversée en arrière et appuyée sur des oreillers, de manière à ce que le cou soit incliné à droite.

» Je me plaçai à gauche et je fis à la peau en allant de bas en haut, une incision parallèle au système trachéal, limitée en bas à un travers de doigt au-dessus de l'articulation sterno-claviculaire, et en haut, au niveau du bord supérieur du cartilage thyroïde. Je divisai alors successivement le peaucier, le tissu cellulaire, et je pénétrai profondément dans l'espace celluleux qui existe entre la trachée et l'œsophage d'une part, et les vaisseaux et nerfs profonds du cou de l'autre. Pendant cette partie de l'opération, M. Ansiaux qui était placé à la droite du malade, attirait à lui la trachée avec ses dépendances, tandis que j'écartais la lèvre externe de la division avec la pulpe des trois doigts moyens de la main gauche, introduits profondément pour garantir et protéger les vaisseaux et les nerfs. Je venais de fendre le peaucier, lorsque la plaie fut tout à coup inondée de sang veineux provenant de la division de la veine cervicale transverse, qu'il fallut lier pour pouvoir continuer l'opération. Le faisceau supérieur du muscle omo-hyoïdien ne dut pas être coupé ; après l'avoir écarté, j'arrivai contre le corps des vertèbres, mais je ne pus distinguer l'œsophage ni à la vue ni au toucher. La sonde introduite dans ce conduit, ne fit aucune saillie dans la profondeur de la plaie. On donna alors à avaler un peu d'eau au malade. Aussitôt des bulles d'air suivies de quelques gouttes de ce liquide s'échappèrent du fond de la plaie. Je portai le doigt sur ce point, et je sentis un corps dur très-aigu, que je fixai avec une pince, afin de pouvoir me guider pour l'ouverture que je croyais devoir pratiquer à l'œsophage. En voulant m'assurer si les pinces avaient assez

de prise, je fis une lègère traction qui suffit pour amener au dehors le corps étranger. On n'est pas toujours assez heureux pour terminer ainsi une opération, que je persiste à déclarer difficile sur l'homme vivant. » Je me livrai ensuite à un examen minutieux des parties voisines de la perforation faite à l'œsophage. L'artère carotide primitive et la jugulaire interne étaient renfermées dans leur gaîne qui était intacte. Une branche de l'artère thyroïdienne supérieure fut liée. Je réunis la plaie dans les quatre cinquièmes supérieurs de son étendue, à l'aide de bandelettes agglutinatives qui n'entouraient que le quart de la circonférence du cou afin d'éviter toute constriction. Une compresse fenêtrée cératée, un petit gâteau de charpie, et une compresse longuette en guise de eravate, constituèrent les pièces de pansement. » Le corps étranger est un morceau d'os compact, appartenant à l'os jugal ou à l'apophyse zygomatique. ll a la forme d'un triangle obtusangle ; les sommets des deux angles aigus sont très-acérés. Ses dimensions sont les suivantes : trente-deux millimètres sur le grand côté, vingt millimètres sur un des petits côtés, et dix-huit millimètres sur l'autre. La grande épaisseur est de quatre millimètres et la petite de un millimètre. » Le malade n'a poussé ni cri, ni plainte, et ne s'est livré à aucun mouvement dans tout le cours de l'opération, tant il était désireux d'être débarrassé des angoisses et des tourments qui l'accablaient. » Reporté immédiatement après dans son lit et couché sur le côté gauche, la tête légèrement inclinée, il a été soumis à une abstinence à peu près complète pendant les premières heures. De temps à autre, on lui donnait de petites gorgées d'eau froide qu'il laissait couler lentement dans le pharynx. Les douleurs très vives que l'introduction réitérée des instruments dans l'œsophage avaient occasionnées, me firent renoncer d'abord aux moyens usités pour ingérer des liquides dans l'estomac. Une toux violente et continuelle avec expectoration de mucosités abondantes, qui survint dans la soirée, me détermina à ne pas même recourir dans la suite à la sonde œsophagienne. » Une réaction très-prononcée se manifesta pendant la nuit, qui fut assez agitée. » Le 25, persistance du mouve.nent fébrile et de la toux. Le cou est légèrement tuméfié, cependant les lèvres de la plaie sont parfaitement affrontées. Le malade prend un julep pectoral et des boissons gommeuses qu'il laisse toujours couler dans l'estomac, sans le sccours d'un conducteur. » Le 24, même état, même traitement. » Le 25, la tuméfaction du cou est plus

forte ; il y a de la tension, de la rougeur et de la sensibilité à la peau. Huit sangsues sont appliquées autour de la plaie; toutes les parties molles sont ensuite recouvertes de cataplasmes émollients. » Le26, même état que la veille, quant au degré d'inflammation. Les lèvres de la plaie sont écartées dans le tiers inférieur de la division et laissent apercevoir une ouverture béante, d'où s'échappe un pus fétide ; une odeur gangréneuse s'exhale par la bouche. L'inflammation n'ayant rien perdu de son intensité, je fis faire une nouvelle application de huit sangsues. Les cataplasmes émollients furent continués, ainsi que les boissons. » Le 27, diminution notable de la toux, de la tuméfaction, et cessation du mouvement fébrile. On retire de la plaie un lambeau de parties molles gangrénées. Aux prescriptions des jours précédents, on ajoute du bouillon et de la bouillie que le malade ingère comme les liquides. » A partir de ce moment, l'alimentation a été progressivement augmentée, et, de jour en jour, le pus a diminué de quantité et gagné en qualité. La plaie était complétement cicatrisée le 19 mars 1842, vingt-sixième jour après l'opération (1). » Le faitque je viens de rapporter m'a suggéré les réflexions suivantes : » 1° Le corps étranger arrêté à l'origine de l'œsophage, avait perforé ce canal en regard de la carotide primitive gauche restée intacte, mais dont la lésion était à craindre si l'on eût tardé d'extraire le fragment d'os qui touchait, par sa pointe, la partie interne du vaisseau. »2° Les hémorrhagies copieuses et fréquentes qui avaient lieu avant l'opération ne peuvent être attribuées qu'à la lésion des vaisseaux œsophagiens, à en juger par la cessation de tout écoulement de sang, après l'enlèvement du corps étranger. » 5° L'inflammation des parties molles au milieu desquelles le corps étranger se trouvait enclavé, était parvenue à un haut degré d'acuité, comme l'indique la sortie des lambeaux de tissus gangrénés dont nous avons parlé tout à l'heure. Il est à supposer que le mal ne se serait point borné là, si l'on eût différé de recourir à l'œsophagotomie. Ainsi se justifient les craintes de voir survenir d'autres accidents plus graves, en s'abandonnant aux efforts de la nature. »4° Le lieu où le corps étranger était implanté est certainement le plus favorable au succès de l'œsophagotomie, car c'était précisément en regard de la plaie extérieure.

(l) Dombret s'est présenté à la consultation de la clinique chirurgicale dans le courant

Chez les deux malades opérés par M. Bégin, les corps étaient situés plus profondément, ce qui nécessita des manœuvres d'extraction qu'on pratique d'ailleurs par la plaie, avec les instruments qui ont été décrits et de la même manière que par la bouche. » 5° Après l'opération, nous avons dérogé au précepte encore généralement admis de nos jours, d'ingérer les substances alimentaires dans l'estomac au moyen de la sonde et de la seringue, lorsque l'œsophage est le siége d'une perforation. Ce que nous avons fait ici démontre que des liquides peuvent, avec quelques précautions, être avalés sans aucun inconvénient. »

De l'emploi du tabac contre la névralgie faciale ou tic douloureux ; par M. GowER.— Depuis plus de vingt ans, l'auteur emploie, avec succès, contre les névralgies faciales, la teinture et l'infusion de tabac appliquées localement. Mais ce succès, dit-il , était en quelque sorte immérité; car, tout en reconnaissant l'efficacité de ce topique, je ne savais si ses propriétés curatives étaient dues à son action stimulante ou à sa vertu sédative. Je continuais toutefois à l'employer empiriquement, lorsque M. Chippendale démontra que le pouvoir médicamenteux du tabac tient à la nicotine, et que l'huile essentielle contenue dans la plante retarde plutôt son action en empêchant l'absorption de son principe narcotique. — C'est donc à l'extrait de nicotiane qu'il faut donner la préférence ; M. Gower a vu, chez trois de ses malades, une seule application de la solution aqueuse de cet extrait, calmer instantanément et sans retour les accès névralgiques. A peine la friction venait-elle d'être faite sur la partie malade, que la douleur avait déjà disparu. Il a aussi calmé le mal de dents, avec une seule friction faite avec cette préparation sur le côté malade de la face.

(Abeille médicale, novembre 1845.)

Del'arséniatedequinine; de son usage thérapeutique dans les récidives de fièvres intermittentes; par le docteur BERToLoNI.-Ladécouverte et la composition de ce sel sont dus à Berzélius. Ilse distingue du sulfate de quinine par beaucoup de caractères, surtout par l'odeur d'ail qu'il répand étant projeté sur des charbons ardents, et par le précipité blancroussâtre d'abord, puis couleur de tabac, qu'il fournit lorsqu'on le traite par le nitrate d'argent. — L'auteur en a essayé l'emploi dans les fièvres intermittentes rebelles. Il s'est déterminé à en faire usage par ces considérations, que l'arsenic blanc ou acide ar

d'octobre 1844; sa santé est parfaite, et elle n'a jamais été altérée depuis qu'il a quitté l'hôpital. sénieux obtient, à des doses presque homœopathiques, le plus grand succès contre les fièvres en état de récidive. Ses expériences l'ont conduit à établir les propositions suivantes : 1° Il suffit d'un seul grain de ce sel pour couper les fièvres récidives les plus opiniâtres. 2° L'usage de l'arséniate de quinine guérit non-seulement la fièvre, mais il dissipe les engorgements glandulaires dans

la plupart des cas. 5° Il est d'une innocuité complète à la dose de 1/5 de grain administré en une seule fois dans l'estomac; il est plus prudent cependant de n'en employer qu'un douzième à la fois.4° Sur cent et quelques individus affligés de fièvre tierce, quelques-uns pour la sixième fois, il en a guéri plus de quatre-vingt-dix. (L'Osservatore medico, septembre 1845.)

Chimie médicale et pharmaceutique.

De la réaction des bicarbonafes alcalins sur les bases végétales en présence de l'acide tartrique; par Ch. OPPERMANN. Dans la rccherche des bases organiques ou des alcaloïdes, le chimiste est nécessairement obligé de faire usage des caractères génériques et spécifiques que ces bases possèdent et qui sont , entre autres , d'être déplacées par les bases inorganiques puissantes et les carbonatcs alcalins. Dans cette dernière circonstance, elles donnent souvent lieu, subsidiairement , comme on le sait, à des · combinaisons entre la base déplacée et la base déplaçante, d'une nature telle que ces réactions présentent les moyens de les différencier les unes des autres, attendu qu'il en est qui se dissolvent dans un excès de la base précipitante, tandis que les autres y sont insolubles. Le phénomène de la précipitation des bases les unes par les autres, lorsqu'elles sont à l'état salin, n'est cependant point un phénomène constant. On sait par les expériences de Lassonne et de Rose, que plusieurs matières organiques, telles que l'acide tartrique, le sucre, l'albumine s'opposent au déplacement et à la précipitation d'un oxyde, au point de le masquer pour un très-grand nombre de réactifs. M. Persoz ayant remarqué que, comme l'alumine, certaines bases organiques possèdent la propriété d'être masquées par l'acide tartrique, j'ai cherché à constater jusqu'à quel point ce phénomène était particulier au genre, car on conçoit sans peine toute l'influence qu'un tel fait peut avoir sur la recherche des alcalis végétaux ; j'ai donc interrogé l'expérience pour savoir si l'acide tartrique, l'albumine et d'autres matières organiques fixes jouissent ou non de la propriété d'entraver ce déplacement et la précipitation d'un alcali végétal ; je n'exposerai ici que les résultats de mes recherches sur les réactions des sels de morphine, de narcotine, de strychnine, de brucine, de quinine, de cinchonine et de vératrine, en présence de 1'acide tartrique et des bicarbonates alcalins tixes. Les solutions des sels que je viens

d'indiquer ont été faites dans la proportion de 1 de sel sur 200 ou 500 d'eau (les réactions sont identiquement les mêmes, que l'on opère sur ces solutions ou sur les décoctions et extraits de plantes qui renferment les bases végétales, pourvu qu'ils soient convenablement rapprochés) additionnées d'acide tartrique jusqu'à réaction acide très-prononcée, puis sursaturées avec l'un ou l'autre des bicarbonates fixes. Il me paraît inutile d'ajouter que les tartrates acides des alcaloïdes fournissent les mêmes résultats. Les sels de morphine ne sont point précipités par les bicarbonates alcalins, mais les scls de narcotine fournissent immédiatement un précipité blanc pulvérulent trèsconsidérable. Si l'on veut s'assurer de l'absence complète de la narcotine dans une solution neutre, on se sert du sulfocyanure potassique ; ce réactif qui ne trouble point les solutions morphiques neutres produit immédiatement un précipité rose foncé dans celles qui contiennent de la narcotine en quantité même impondérable. Observons toutefois qu'un léger excès de sulfocyanure redissoudrait le principe formé. Les sels de strychnine, dans les mêmes circonstances, ou donnent lieu à des précipités pulvérulents, ou fournissent des cristaux de dimensions considérables, selon les quantités d'acide tartrique, de bicarbonate sodique ou potassique employées et selon le degré de dilution ; si la solution est trèsétendue, il n'y a point de précipité; si elle l'est un peu moins et qu'elle contienne beaucoup d'acide tartrique, il ne se forme pas non plus de précipité immédiat par les deux bicarbonates, mais on voit au bout d'un quart d'heure naitre des cristaux très-longs et très-déliés, dont le nombre augmente jusqu'à ce que toute la strychnine que renfermait la solution soit cristallisée. On s'assure facilement que la solution ne contient plus de strychnine ou de sel strychnique en la traitant, ainsi que M. Marchand l'a indiqué, par le suroxyde plombique et un mélange d'acide sulfurique et d'acide nitrique; la

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