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un vétérinaire qui lui fit prendre quelque breuvage soi-disant spécifique. La morsure non cautérisée se cicatrisapromptement sans aucun autre accident. Depuis quelques jours cependant le pauvre garçon manifestait de l'agitation. La veille du jour où je le vis, il s'était plaint de démangeaison dans la cicatrice et on l'avait vu plusieurs fois la frotter. Il avait ensuite témoigné de l'horreur pour les liquides et n'avait plus pu ni boire ni manger. Lorsque je fus introduit auprès de lui , il était dans un violent paroxysme, et se débattait de côté et d'autre malgré les efforts de quatre personnes occupées à le retenir. Il était agité de spasmes violents; sa contenance était horrible à voir. Sa bouche écumait ; une abondante salive visqueuse s'en écoulait. Les assistants comparaient ses cris aux hurlements d'un chien. Il cherchait à mordre ceux qui le contenaient. L'attaque dura environ six minutes; pendant ce temps, le pouls avait une rapidité telle qu'on ne pouvait en compter les battements ; dès que l'accès cessait, l'agitation et le spasme disparaissaient, il reprenait ses sens et la suite de ses idées. Il nous avertissait alors de nous tenir sur nos gardes pour n'être pas mordus par lui, ce qu'il eût été, disait-il, désolé de faire, mais ce dont il n'était pas sûr de

pouvoir s'empêcher dans les moments où le

mal empirait. De temps en temps, il se plaignait de soif, de douleur à l'estomac, d'un resserrement autour de la poitrine.Un domestique ayant versé derrière lui de l'eau dans un vase, ce bruit détermina un spasme. Dans l'intervalle des attaques, ses nerfs restaient excessivement sensibles. Le moindre bruit dans la chambre, les pas qu'il faisait, le mouvement de ses jointures, le plus léger courant d'air, une porte s'ouvrant, l'augmentation ou la diminution de la lumière, une ombre projetée sur le mur redoublaient ses angoisses. La vue d'un gobelet de verre amena un accès. Une douleur à l'épigastre alternait avec une autre douleur qu'il ressentait dans la partie mordue. La cicatrice était rouge, mais sans solution de continuité. On sépara ses mâchoires en introduisant un morceau de bois entre les molaires. Je lui fis avaler deux drachmes de laudanum et autant d'esprit de camphre ; puis ensuite 5 décigrammes de calomel mélangé avec du miel. On fit dans les aisselles et aux cuisses une friction avec 5 drachmes d'onguent mercuriel pour chaque région. Au bout d'une heure, on renouvela la dose de camphre et le laudanum. Une heure du matin. Les accès ont diminué d'intensité. On donne 4 grammes de laudanum et autant d'esprit de camphre ; 12 sangsues à l'épigastre.

Deux heures. Il est plus tranquille, libre de douleurs. On lui demande s'il veut boire: « Oh non ! s'écria-t-il; oh ! ma poitrine est serrée! » La cicatrice du bras s'est ouverte; il en sort un peu de liquide. Quatre heures. Il ne dort pas ; il a des pressentiments de mort, ne souffre point. Il n'y a pas la moindre tendance au délire, quoiqu'il ait pris 500gouttes de laudanum. Il n'a pas eu d'accès durant une heure. Cinq heures. Il s'endort jusqu'à neuf heures. En s'éveillant , on lui présente de l'eau qu'il boit sans difficulté. On donne des pilules avec le mercure et l'aloès, et une mixture avec la magnésie calcinée , la manne, la teinture de jusquiame et le camphre. Six heures du soir. La salivation a commencé. Il a dormi presque tout le jour et a transpiré. Il a pris un peu de gruau. Le lendemain matin, la salivation était bien établie. On cessa le mercure; il y eut plusieurs selles brunâtres. A sept heures du soir, moins de soif, pouls à 95; il ne se plaint que de faiblesse, il a mangé un peu de pudding et boit sans répugnance. Le lundi, il retourna chez lui convalescent, quoique le ptyalisme persistât. M. Hooper a revu ce malade un an après sa guérison ; il le traite à cette époque d'une affection des voies digestives. (The medical Times, juin 1845. — Gaz. méd. de Paris, 8 nov. 1845.)

Sur l'accouchement prématuré artificiel ; par le docteur ScHALLENMULLER, à CRAILzHEIM. — Une femme de 24 ans, rachitique de son enfance, de la taille de 4 pieds 8 pouces 1l2 avec un bassin de 2 pouces 5/4 à son diamètre antéro-postérieur, est accouchée déjà deux fois par la perforation. Le 26 novembre 1845 , M. Schallenmuller fit la ponction de l'œuf à peu près huit semaines avant le terme de la troisième grossesse sans qu'il s'en écoulât du liquide. Le 28, il répéta la ponction, et le 29 il s'écoula dans l'espace de deux heures une chopine et demie d'eau ; le 9 décembre on fit une troisième ponction et l'eau continua à couler jusqu'au 11 au soir où de véritables contractions commencèrent. Soixante et seize heures après , la femme accoucha facilementd'un garçon bien portant qui continua à vivre; la mère n'a paspul'allaiter faute de lait dont la sécrétion avait déjà été nulle après les deux premières couches.

M. Schallenn,uller rapporte de plus huit autres observations où l'accouchement prématuré artificiel a été pratiqué dans la trente-deuxième semaine pour cause d'étroitesse du bassin chez des femmes qui auparavant avaient été délivrées, avec des instruments, d'enfants morts.

Les huit opérations ont été pratiquées sans la moindre suite fâcheuse sur les quatre femmes, trois fois sur deux et une fois sur deux autres. OBs. Une femme de 54 ans, délivrée cinq fois auparavant, à l'aide du forceps, d'enfants morts, accoucha cinq jours et demi après la ponction, d'une petite fille qui naquit la tête la première et continua à vivre. (M. le docteur Horlacher, à Ansbach.) OBs. II. — Une femme de 50 ans, accouchée deux fois par la perforation, mit au monde, vingt-quatre heures après la ponction de l'œuf, un petit garçon à la tête duquel il fallut appliquer le forceps. Sept semaines après la naissance, l'enfant succomba aux convulsions. (M. le docteur Horlacher, à Crailsheim.) OBs. lIl. — Une femme de 57 ans, délivrée cinq fois par la perforation, accoucha vingt-quatre jours après la ponction. Présentation par les pieds ; petite fille morte pendant l'accouchement. (Le même.) OBs. IV. — Trois ans après la même femme mit au monde, trois jours après la ponction, un petit garçon présentant les pieds et qui succomba pendant le travail. (Le méme.) OBs. V. — Encore trois ans après, la même femme accoucha facilement , trois jours après la ponction, d'une fille venant la tête la première, et qui mourut bientôt après sa naissance. Elle n'avait que vingthuit semaines; la mère s'était trompée sur l'époque de la conception. (M. le docteur Séhallenmuller.) OBs. VI. — Une femme de 28 ans, délivrée une fois par le forceps et deux fois par la perforation, accoucha, vingt heures après la ponction, d'une fille qui mourut pendant le travail. Présentation par les pieds. (M. le docteur Horlacher.) OBs. VII. Un an plus tard, nouvelle ponetion chez la même femme. Vingt-quatre heures de travail. Présentation de la tête. Garçon qui vécut plusieurs heures. (M. le docteur Frœlich, à Ilzhofen.) OBs. VII. — Encore un an après, la même femme ; nouvelle ponction; travail de vingt-quatre heures; présentation des pieds. Fille morte pendant l'extraction. (Le même.) (Médicinisch-Corresp. Blatt.)

Cas remarquable de compression de la moelle épinière, dans lequel on fit l'ablation des vertèbres qui causaient la compression ; par M. A. PoTTER. — Olivier Eddy, jeune homme de 21 ans, de constitution athlétique, était occupé le 25 février 1844 à abattre un arbre, lorsqu'il fut jeté à terre par la chute d'une branche. Cette branche de 5 pouces de diamètre et de 7 pieds de

longueur, tomba sans rencontrer d'obstacle d'environ 60 pieds de hauteur et l'atteignit à la partie postérieure du col pendant qu'il se tenait un peu penché en avant. Le coup ne produisit ni meurtrissure apparente ni changement de couleur à la peau ; mais le blessé resta immédiatement sans connaissance. Apporté dans cet état à l'hôpital, sa respiration était stertoreuse, tout le corps froid, le pouls petit et presque imperceptible. Le lendemain (24), on le saigna, mais sans produire d'amélioration; il vomit plusieurs fois et eut le hoquet. Le 25, il sortit de son insensibilité, mais y retomba au bout d'un instant. Le 26, le vomissement s'arrêta, la connaissance revint. On remarqua qu'après le cathétérisme il sortait de la vessie une grande quantité de pus. Vers la troisième semaine, il se forma, dans le dos, des abcès qui bientôt couvrirent cette région tout entière. Un autre abcès se développa dans les muscles fessiers et fusa jusqu'au genou. Il s'en écoulait une suppuration abondante. - Il n'y avait plus ici sensibilité ni myotilité à partir du niveau du haut de la poitrine. Le malade ne pouvait pas dire quand on le touchait ni quand on le piquait, à moins qu'on ne le remuât assez pour faire mouvoir son cou, cas dans lequel la sensibilité était très-grande. Trois semaines après l'accident, sa santé s'était améliorée ; il avait du sommeil, de l'appétit ; bref, la nature semblait s'accommoder de cet état. Au bout de huit à dix jours, il reparut de l'insomnie, le pouls redevint petit et faible; puis une semaine après, l'état redevint plus favorable. La nature semblait ainsi lutter contre la maladie, gagnant et perdant alternativement du terrain. Cependant, à la fin du mois de mai, il reprit des forces, les abcès se couvrirent de granulations de bonne nature. Mais lorsque leur suppuration commença à cesser, il survint une expectoration purulente, et la santé générale parut de nouveau décliner. Tel était son état, lorsque le 5 juin, M. A. Potter visita le malade.Après l'avoir examiné attentivement, il fut d'avis qu'il y avait compression de la moelle et qu'il serait possible d'en enlever la cause par une opération. Néanmoins, comme il n'avait jamais oui dire qu'une opération semblable eût été faite, ce ne fut qu'avec quelque réserve qu'il en donna le conseil. Le malade y ayant toutefois consenti, il la pratiqua le lendemain en présence de MM. les docteurs Hanchett, Hurd, T. C., deux étudiants et quelques amis du patient. Il commença par une incision conduite hardiment de la seconde vertèbre cervicale à la troisième dorsale, directement sur les apophyses épineuses.

Ensuite, au milieu de beaucoup de difficul-
tés causées par l'épanchement de la sub-
stance osseuse, il sépara les téguments des
apophyses épineuses, les rejetant vers le
corps des vertèbres, enleva les apophyses et
fit enfin une incision dans la substance in-
tervertébrale entre la troisième et la qua-
trième cervicales, de manière à pouvoir y
introduire l'extrémité de son instrument.
(Il faut ici remarquer qu'après avoir essayé
infructueusement plusieurs instruments, il
eut recours aux cisailles à os dont on se sert
dans les amputations, et que ce fut celui-ci
qui lui réussit le mieux.) Il procéda alors à
enlever les apophyses épineuses et les por-
tions des vertèbres pièce par pièce jusqu'à
, ce qu'il arriva sur la moelle ; et, dès qu'il y
eut de l'espace, il introduisit le manche d'un
petit scalpel sous les vertèbres qui causaient
la compression, de manière à ne pas lé-
ser la moelle pendant qu'il continuait à
employer l'instrument. Il enleva de cette
manière plusieurs parties des quatre cervi-
cales inférieures et des deux dorsales supé-
rieures. Les vertèbres étaient tellement
ossifiées qu'il était difficile d'assigner avec
précision le point où existait la compression.
Il parut cependant qu'il n'y en avait que
quatre qui fussent fracturées de façon à
produire la compression , quoique les apo-
physes épineuses des deux vertèbres infé-
rieures enlevées fussent plus ou moins frac-
turées. L'ossification s'était développée
partout. — L'opération dura environ qua-
rante-cinq minutes.
- Tous les médecins présents eurent l'oc-
casion d'observer la moelle épinière, de voir
et de sentir ses pulsations. Le malade recou-
vra la sensibilité presque immédiatement,
et pour la première fois depuis le moment de
l'accident. Il supporta bien l'opération, qui
fut achevée sans qu'il fût besoin de lier
aucune artère. Quatre ou cinq heures après,
il pouvait aisément dire quel pied ou quel
orteil on lui touchait. La sensibilité était
parfaite, excepté dans le membre qui avait
été le siége d'un abcès ; là elle était au-des-
sous de l'état normal. -
La plaie de l'opération ne détermina au-
cun inconvénient sérieux. Des granulations
de bonne nature se formèrent et remplirent
la cavité, et la cicatrice commença à se faire
autour des bords. Cependant, l'expectora-
tion et la difficulté de respirer allèrent en
augmentant, et le malade mourut le 22 juin,
18 jours après l'opération, vraisemblable-
ment par suite de la suppuration des pou-
mons, mais sans que l'opération eût pro-
duit autre chose qu'une légère inflamma-
tion.
(The New-York journal of medicine and
the collateral sciences.).

Note sur les amputations spontanées; par
M. le docteur SIMoNART. — Les Traités
d'accouchements, même les plus modernes,
ne font qu'effleurer la question si intéres-
sante des amputations spontanées. Cazeaux,
Chailly, Hatin, Capuron, Baudelocquè et la
plupart des auteurs de traités didactiques
d'obstétricie ont gardé une grande réserve
sur ce phénomène si obscur et si étrange de
la vie intra-utérine. Aussi, beaucoup d'ac-
coucheurs ignorent-ils même jusqu'à l'exis-
tence des amputations spontanées. Ce sont
ces motifs qui nous ont engagé à rédiger
Cette note.
Définition. — Nous définissons l'ampu-
tation spontanée, la séparation intra-utérine
d'une partie quelconque du fœtus, et plus
spécialement d'un ou de plusieurs membres
ou de l'extrémité céphalique, d'avec le reste
du corps fœtal, et cela par suite d'un travail
accidentel et lent, insensible pour la mère.
Historique. — Aussi étonnant et rare
qu'obscur et diversement interprété, ce phé-
nomène a souvent été relégué parmi les
fables, et aujourd'hui, comme au temps de
Haller, bien des accoucheurs refusent d'y
ajouter foi ou le considèrent comme un
simple arrêt de développement. Il apparte-
nait au célèbre Chaussier de fixer définiti-
vement les esprits sur ce point. Ce fut en
1812, dans un discours prononcé à la Ma-
ternité de Paris, qu'il fit connaître trois faits
authentiques d'amputations spontanées du
fœtus. Béclard, cet autre observateur sévère
et judicieux, fit insérer, en 1817, un qua-
trième fait dans le Bulletin de la Faculté
(tome V). P. Dubois, de son côté, fit des
recherches actives sur ce sujet et publia,
dans le Répertoire des sciences médicales
(tome XXI), une observation recueillie, en
1824, par Watkinson. Mais ce fut Mont-
gommery, de Dublin, qui contribua le plus
à jeter du jour sur l'existence et le meca-
nisme de cette singulière mutilation ; il in-
séra, en 1850, dans l'Encyclopédie de mé-
decine, un mémoire curieux où il faisait
connaître quatre faits inédits d'amputation
spontanée (c'est à lui que nous devons cette
dénomination). Plus tard, Schwabe, de Cel-
lada, fit insérer un dixième fait dans le
Journal de Siebold (tome XII) ; Zagorski, en
1854, dans les Mémoires de l'Académie de
St.-Pétersbourg ; Veïel, dans Frorieps noti-
zen (tome XII) ; Fitch, de Boston, dans
American journ. of med. sc.; enfin, Monod
et Taxil consignèrent successivement des
faits bien avérés d'amputations spontanées.
Analyse des faits bien connus. — Des trois
faits relatés par Chaussier, deux furent ob-
servés par lui; le troisième lui fut commu-
niqué de Dijon. Dans les deux premiers
cas, « il manquait une partie d'un des
avant-bras ; la partie détachée ne fut sans
doute pas trouvée, car il n'en parle pas ;
quant à la partie restante, elle présentait à
son extrémité une cicatrice blanche et com-
pacte, au milieu de laquelle on apercevait
deux prolongements osseux saillants et re-
couverts d'une couche blanchâtre épider-
moïde : les os, les muscles et les artères of-
frirent les mêmes dispositions que sur un
adulte à qui on a coupé l'avant-bras depuis
quelque temps. Dans le troisième cas, le
fœtus, né au huitième mois de la gestation,
était privé de la plus grande partie de l'a-
vant-bras droit ; la partie manquante fut
retrouvée au milieu des secondines. La cica-
trisation n'était pas complète au centre; les
deux os y faisaient une saillie couverte de
bourgeons charnus. » (Fabre, Dict. des dict.
de méd.) — Dans le fait de Béclard, l'ampu-
tation avait eu lieu sur la jambe, le pied
correspondant, plus petit que l'autre, fut
retrouvé. — Watkinson « reçut un enfant
dont la jambe gauche semblait avoir été am-
putée à peu de distance au-dessus des mal-
léoles; il trouva ensuite le pied dans le va-
gin et le retira ; ce pied était plus petit que
l'autre, mais ne présentait d'ailleurs aucune
trace de gangrène ; il n'offrait même aucune
altération de couleur et s'était parfaitement
conservé dans l'eau de l'amnios. Les deux
surfaces de jonction du pied et de la jambe
étaient presque cicatrisées ; l'une et l'autre
offraient deux saillies formées par les deux
extrémités des os. » — Il s'agissait, dans un
premier fait de Montgommery, d'un fœtus
de cinq mois présentant « des brides qui,
après avoir étreint les deux mains qui
étaient mal développées, gagnaient les jambes
sur lesquelles elles exerçaient une constric-
tion circulaire au-dessus des malléoles; il
existait en ce point un sillon qui comprenait
au moins les deux tiers de l'épaisseur des
jambes. La peau qui les recouvrait était in-
tacte et, à l'exception du développement in-
complet des pieds, on n'y remarquait au-
cune altération. » — Dans un second fait, le
fœtus mort-né, de huit mois, offrait encore
au-dessus des malléoles un sillon, mais tel-
lement profond, que la peau et les os étaient
seuls restés intacts. Le pied gorgé de sang
n'offrait aucune trace de gangrène. On ne
découvrait point de lien constricteur. —
Dans le troisième cas, et dans le quatrième
observé par Adams, le cordon ombilical,
chez des fœtus de trois mois, avait exercé
une constriction si forte que la dépression
s'étendait jusqu'aux os.—Le fait de Schwabe
est en tout semblable à ces deux derniers.—
Le fœtus de Zagorski n'avait que cinq mois,
pas dc jambe droite, ct le moignon de la
cuisse correspondante, cicatrisé et légère-
ment saillant en cône, présentait un filament

délié qui allait, d'une part, étreindre avec
force l'autre jambe au-dessus des malléoles.
A ce filament était suspendu le membre dé-
taché, représentant un petit corps ovalaire
dont le pied semblait être celui d'un embryon
de deux à trois mois. — Chailly (Honoré),
dans son Traité d'accouchement, Paris 1842,
page 556, reproduit un dessin emprunté au
Traité des signes de la grossesse, de Mont-
gommery, où des altérations de l'espèce sont
figurées. — Dans les observations de Veïel
et de Fitch, le membre détaché avait été
expulsé plusieurs jours avant le fœtus; le
moignon était complétement cicatrisé chez
l'un et incomplétement chez l'autre. — Le
col du fœtus, observé par Taxil, était si
serré par trois circulaires du cordon ombi-
lical, qu'il n'avait plus que deux à trois li-
gnes d'épaisseur (Chailly, l. c.). — Dans le
fait de Monod, les circulaires du cordon
avaient laissé sur les membres du fœtus, des
rainures très-profondes, et non-seulement
sur les parties molles, mais encore sur les os
eux-mêmes.
N. B. L'amputation spontanée n'a pas
encore été observée dans la grossesse gémel-
laire. ni chez des fœtus à terme.
Mécanisme des amputations spontanées.
— Les tocologues sont partagés sur la ma-
nière d'expliquer ces sortes d'amputations.
Les uns, avec Haller, les attribuent à un
arrêt de développement; les autres, Chaus-
sier et Richerand à leur tête, le rapportent
à une gangrène partielle; des troisièmes re-
gardent ces amputations comme dues à une
constriction exercée par le cordon ombilical ;
des quatrièmes, avec Velpeau, Chailly, Ca-
zeaux, etc., la rangent parmi les résultats
de la brièveté du cordon. Enfin, et c'est au-
jourd'hui l'opinion la plus généralement ac-
créditée, Montgommery, Gurlt, etc., en ac-
cusent l'action de brides accidentelles. On a
supposé, en dernier lieu, que les sillons pro-
fonds que l'on remarque quelquefois sur les
membres, pourraient bien être dus à la ré-

·traction de quelques fibres du derme.

L'opinion de Haller n'a plus guère de par-
tisans aujourd'hui ; la présence de la partie
détachéc, la mutilation, considérée dans ses
diverses périodes, ne permettent plus d'y
ajouter la moindre foi. Celle de Richerand
ne mérite pas plus de crédit, puisque dans
aucun fait on n'a découvert de traces de
vraie gangrène. La portion détachée était
toujours bien conservée. Le fait de brièveté
du cordon n'a pas été mieux constaté et
senmble ne devoir d'ailleurs être, dans la
plupart des cas, que l'effet de l'entortille-
ment. — L'hypothèse de la rétraction des
fibres du derme n'est guère propre à rendre
compte des empreintes profondes que l'on
remarque à la surface de quelques fœtus ;

son amincissement, du reste, serait peu fa-
vorable à la propriété rétractile.
Dans notre conviction, et elle est basée
sur les faits complets que possède la science,
les amputations spontanées sont toujours
dues à une constriction, et cette constriction
est opérée tantôt par des circulaires du cordon
ombilical, tantôt par des brides accidentelles.
Les faits de Montgommery (5° et 4°), de
Schwabe, de Taxil et de Monod, mettent
hors de tout doute l'action du cordon ombi-
lical. Il est à remarquer qu'en pareil cas,
l'embryon périt à un âge peu avancé, et
cela sans doute par suite de la compression
des vaisseaux ombilicaux. Les 1°r et 2° faits
de Montgommery, celui de Zagorski, prou-
vent à l'évidence l'action des brides acciden-
telles (1).
A notre sens aussi, ces deux ordres de
causes (circulaires du cordon ombilical,
brides accidentelles) agiront d'autant plus
efficacement que les eaux seront plus abon-
dantes, le fœtus moins développé, mais plus
turbulent, plus actif, les mouvements de la
mère plus brusques, plus violents. — C'est
vers l'âge de trois à cinq mois que cet acci-
dent se remarque surtout : alors aussi les os
sont mous, les chairs molles et flasques ; le
fœtus, peu développé par rapport à l'éten-
due de la cavité utérine, jouit déjà de mou-
vements actifs, est susceptible de froisser
par son choc la membrane amniotique, d'en-
gager ses membres dans le cordon, les
brides, etc.
On se demande comment le cordon om-
bilical si mou, ordinairement si flasque et
si relâché, peut produire des effets aussi
profonds sur les membres du fœtus, sépa-
rer les parties molles d'abord, les os ensuite
et pourvoir encore, jusqu'à un certain point,
à la nutrition fœtale ? Cette action du cordon
ne peut, selon nous, s'opérer qu'à la lon-
gue. C'est une espèce de compression atro-
phique, lente, mais incessante, qui produit
nécessairement le défaut de développement,
l'amincissement et enfin l'usure et la sépa-
ration des organes comprimés. On peut
suivre ces diverses gradations dans les cas
de Taxil, de Montgommery, Schwabe, etc.
Le retard dans le développement des parties
détachées ou près de l'être, relativement au
développement régulier des autres parties,
l'amincissement du derme, des muscles, des

(1) Chez un fœtus recueilli, il y a peu de
temps, à la Maternité de Bruxelles, la joue de
chaque côté, à partir de la commissure la-
biale, est comme coupée dans toute son épais-
seur par une bride de cette espèce, qui re-
monte vers l'occiput. — Dans une excursion
que je viens de faire en Hollande, j'ai décou-
vert qu'il existe à Leyde, dans l'intéressante
collection du professeur Bruers, trois cas d'am-

os eux-mêmes, les cas où l'on n'a plus ren-
contré qu'une couche mince de peau et d'os
à séparer , démontrent parfaitement ce
mode d'agir. — La cicatrisation suit ici de
près la séparation complète, à cause du peu
de surface suppurante que laisse derrière
elle l'usure. Tel est, par exemple, le pre-
mier cas de Chaussier.
Que devient entre temps la circulation
ombilicale? Schwabe présume qu'il y a tout
au moins gêne, et ce qui le prouve, selon
nous, c'est que, jusqu'à cette heure, on ne
possède aucun fait de fœtus arrivé à terme
au milieu de ces circonstances; que la plu-
part des embryons, au contraire, dépassent
à peine le terme de trois à quatre mois, au
bout duquel ils s'éteignent comme par épui-
sement ; et enfin que, dans le fait de
Schwabe et dans un autre observé par Henc-
kel, où il y avait une circulaire du cordon
autour du pied, on a trouvé une tumeur va-
riqueuse considérable du côté placentaire
du cordon. Si, dans certains cas, l'enfant
arrive à une époque assez avancée, rien
d'étonnant, puisqu'on a vu des nœuds même
très-serrés du cordon, ou une compression
assez vive de cet organe, permettre au fruit
de recevoir les sucs nutritifs nécessaires.
Il est probable, du reste, que l'entortille-
ment du cordon autour des membres se pro-
duit par un mécanisme analogue à celui qui
y amène les nodosités. Peut-être aussi l'im-
plantation du placenta au fond de l'utérus
est-elle une cause prédisposante des ampu-
tations spontanées par le cordon, et cela par
le fait de la suspension plus directe du fruit
et de la plus grande facilité du repliment en
anse du cordon. Quoi qu'il en soit, le poids
du corps fœtal resserre les tours circulaires
et maintient leur action compressive, que
viennent redoubler les mouvements actifs
du fœtus. Tout fait présumer que, dans les
cas où l'on n'a pas rencontré de brides,
c'est au cordon qu'il faut rapporter la mu-
tilation. Tels sont les faits de Chaussier,
ceux de Béclard, de Watkinson, le troi-
sième de Montgommery, etc.
Examinons maintenant les modes de for-
mation et d'action des brides accidentelles.
Un voile épais couvre encore la génésie de
ces productions anormales. Toutefois les
faits que possède la science nous la font pré-
sumer. On peut rapporter à trois classes les

putations spontanées, par brides, chez des fœ-
tus de 4 à 5 mois. — Dans le bel ouvrage
tératologique que publie le professeur Vrolig,
d'Amsterdam, est figuré un fœtus présentant
au cuir chevelu une bride accidentelle, pseudo-
membraneuse. Geoffroy-St.-Hilaire, père, a
basé sur des faits analogues (Phil. anat.) sa
théorie des monstruosités par lames ou brides
acoidentelles.

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