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plus ardus ; aussi, chaque service fut-il ouvert à M. Seutin pour y faire la démonstration de sa méthode et de ses procédés. M. Velpeau était parfaitement libre sans doute d'agir comme il le fit. Mais il n'est point tout à fait inutile de rappeler « qu'il (l) s'opposa constamment à l'application » du bandage amidonné dans son service, et qu'à toutes les sollicitations qu'on lui » fit à cet égard, il ne répondit, avec un ancien philosophe, que par ces mots : Il vaut » mieux être soi passable, qu'autre parfait. » Avant de terminer cet article déjà trop long, me sera-t-il permis de poser une seule question, et de demander à M. Velpeau, pourquoi dans sa Médecine opératoire, il ne se trouve pas un mot, pas un seul mot qui ait trait aux travaux de M. Seutin ? Chacun sait que l'immense érudition de M. Velpeau brille à chaque page de ce précieux ouvrage, et que tous les procédés bons ou mauvais sont par lui examinés et discutés avec un talent auquel le monde médical a depuis longtemps rendu justice entière, puisque son livre constitue le monument le plus complet que nous possédions. — Il semble donc assez étrange que l'auteur ait fait exception pour les fractures, et qu'à côté des procédés de l'auteur, il n'ait accordé place qu'à l'hypomartrécie de M. Mayor, à l'exclusion entière de M. Seutin. Cette simple réflexion suffira pour vous prouver, Monsieur, qu'en tout cela, il y a eu parti pris, et système adopté à l'effet de. . . . . . . . Je finis enfin, en vous demandant pardon d'avoir étendu aussi loin les réflexions que je désirais avoir l'honneur de soumettre à votre appréciation et à celle de vos lecteurs; mais, comme vous l'avez dit, il s'agit d'un sujet grave, il s'agit d'une question qui intéresse deux hommes haut placés dans la science, et deux pays faits pour s'aimer et s'estimer, j'ai donc été forcé de parler nettement et sans détours. Je répondrai en temps et lieu à la lettre que M. Velpeau a adressée à l'Académie royale de médecine de Belgique, et suivrai l'honorable professeur sur tous les points qu'il a parcourus. Quant à présent, je dois me borner à cette simple déclaration, c'est que ce différend n'altère en rien les sentiments d'admiration que je professe pour l'homme le plus érudit peut-être que possède la chirurgie contemporaine. J'ai défendu le suum cuique, voilà tout.

Veuillez, Monsieur, agréer l'expression des sentiments de haute considération, avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre dévoué collègue,

Dinant, le 3 novembre l845.

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leur et la maladie se touchent ici par les rapports les plus immédiats. C'est le vin, l'alcool et les liqueurs spiritueuses, c'est le café, le thé, le tabac, c'est l'opium, le bétel, etc., que l'on emploie le plus ordinairement. Dans l'Orient, où les spiritueux sont peu connus, on a singulièrement varié, perfectionné l'art de combattre l'ennui, d'alléger le poids du temps, en stimulant ou en stupéfiant la sensibilité; c'est ainsi que l'oubli des maux ne se fait qu'aux dépêns de la vie, qu'on accélère, qu'on précipite, mais qu'on épuise. Parmi ces moyens, il en est un très-anciennement connu, vulgaire aujourd'hui dans l'Arabie et en Égypte, c'est le haschich, espèce de pâte ou composition faite avec l'extrait de chanvre indien, cannabis indica. On a raconté que le Vieux de la Montagne, ce tyran merveilleux et chimérique, enivrait et séduisait par ce moyen les séides qui lui étaient dévoués; de là vient, dit-on, l'expression de haschischin, d'où on a formé notre mot assassin. Quoi qu'il en soit de la vérité de ce fait, il est certain que le haschich pris à une certaine dose produit sur le cerveau humain, sur le système nerveux, les plus bizarres, les plus étranges effets. Par son emploi, l'âme passe aussitôt dans une sphère particulière, en raison de l'état extra-normal du cerveau, tant la vie intellectuelle est engagée dans la vie organique, tant la promotion physique, portée à un certain degré, exerce d'action sur l'activité morale. Plusieurs médecins, et notamment l'auteur de cet ouvrage, ont parfaitement décrit l'espèce de raptus mental qui a lieu dans ce cas. Non, jamais l'imagination humaine, quelque élevée, quelque vive, fougueuse, délirante ou volcanique qu'on la suppose, ne produira seule les étranges phénomènes que dans le Levant on désigne sous le nom de fantasia. Un spirituel journaliste a voulu aussi l'essayer, et la description qu'il fait de ce qu'il a senti, éprouvé, est aussi brillante dans la forme qu'elle paraît vraie dans le fond. « Le désir de l'idéal, dit-il, est si fort chez l'homme, qu'il tâche, autant qu'il est en lui, de relâcher les liens qui retiennent l'âme au corps. Et comme l'extase n'est pas à la portée de toutes les natures, il boit de la gaieté, il fume de l'oubli et mange de la folie sous la forme du vin, du tabac, du haschich..... Quel étrange problème ! un peu de liqueur rouge, une bouffée de fumée, une cuillerée de pâte verdâtre, et l'âme, cette essence impalpable, est modifiée à l'instant ! Les gens graves font mille extravagances, les paroles jaillissent involontairement de la bouche des silencieux ; Héraclite rit aux éclats, Démocrite pleure, etc. » — A la fin de l'accès de fantasia éprouvé par l'auteur, il ajoute :

« A mon calcul, cet état dura environ trois cents ans, car les sensations s'y succédaient tellement nombreuses et pressées que l'appréciation réelle du temps était impossible ; l'accès passé, je vis qu'il avait duré un quart d'heure. » Mais ce qui n'est qu'un objet de curiosité pour certaines personnes a été pour M. Moreau, auteur du livre dont nous rendons compte, un objet d'études sérieuses et approfondies. Il a été en Orient, il a vu comment se prépare le haschich, il en a pris lui-même à plusieurs reprises, et il a pu de cette manière rechercher en quoi consistent la cause et les effets de cette substance, sur quels organes elle agit plus directement, les rapports physiologiques et psychologiques à établir entre les phénomènes qu'on observe, enfin, quel parti on pourrait en tirer pour l'étude et la guérison des maladies mentales. Il y a toujours un sens profond dans les moindres faits de la nature. à plus forte raison quand ces faits son d'un grand intérêt dans la science de l'homme et des maladies. C'est donc une idée neuve et heureuse d'avoir recours à un pareil moyen pour approfondir l'étude d'une maladie aussi obscure que la folie, et l'on doit savoir gré à M. Moreau de l'avoir conçue et réalisée. « J'avais vu dans le haschich, dit-il, ou plutôt dans son action sur les facultés morales, un moyen puissant, unique, d'exploration en matière de pathogénie mentale ;je m'étais persuadé que par clle on devait être initié aux mystères de l'aliénation, remonter à la source cachée de ces désordres, si nombreux, si variés, si étranges, qu'on a l'habitude de désigner sous le nom collectif de folie. » Cette prévision de l'auteur nous semble fort juste; puis il ajoute avec raison : « Pour se faire une idée d'une douleur quelconque, il faut l'avoir ressentie ; pour savoir comment déraisonne un fou, il faut avoir déraisonné soi-même ; mais avoir déraisonné sans perdre la conscience de son délire, sans cesser de pouvoir juger les modifications psychiques survenues dans ses facultés. » C'est-à-dire faire, comme on l'a dit, un rêve tout éveillé, phénomène assez rare pour être remarqué. Or, c'est précisément ce que produit le haschich, quand on le prend à des doses convenables. Aussi est-ce un moyen qui semble tout à fait approprié aux vues du médccin instruit,judicieux, pour étudier des phénomènes restés à l'état de problème insoluble. Est-il, en effet, un moyen plus commode de dire aujourd'hui, demain, à jour et heure fixes, je veux devenir et je serai fou, j'éprouverai ce qu'ont les aliénés, des hallucinations, des illusions raisonnées sinon raisonnables,des excentricités intellectuelles? j'aurai des visions de toutes les formes, des idées bizarres , des ébullitions d'enthousiasme, des abattements qui anéantissent, des joies qui ravissent jusqu'au septième ciel, de ces terreurs qui plongent l'esprit dans les ténébreuses profondeurs de l'empire de Satan ? Bien plus, dans cet état d'animisme excessif, pendant ce tourbillon d'idées exaltées, incohérentes, d'images fantastiques, de chimères effroyables ou délicieuses, je pourrai m'observer, je serai un autre sans cesser d'être moi, ou plutôt, j'aurai en quelque sorte deux moi, l'un objectif, l'autre subjectif; j'aurai tout à la fois la réflexion et l'extravagance, le sang-froid et l'exaltation, la raison et le délire, autrement dit le transport au cervcau et le moyen d'en apprécier les effets, mais sans le pouvoir, dans un temps donné, d'une volonté efficacement répressive. Nous croyons donc, avec l'auteur que de pareils phénomènes sont des conditions très-favorables pour bien étudier l'aliénation mentale, pour trouver le mot de beaucoup d'énigmes. Il y a là, si nous ne nous trompons, une sorte depanopticon moral dont il faut savoir profiter : c'est un genre d'expérimentation inconnu jusqu'à ce jour dans la science, et plût à Dieu qu'il fût à notre disposition dans une foule d'autres maladies. Qu'on ne s'imagine pas d'ailleurs que les effets de la folie naturelle, si nous pouvons ainsi nous exprimer, diffèrent beaucoup de la folie artificielle et temporaire produite par le haschich. ll serait facile de citer une multitude d'exemples qui prouveraient cette forme identique. On sait que le célèbre Harrington devint aliéné. Dans ses accès d'hypochondrie, il voyait ses pensées s'échapper de son corps, s'envoler au loin sous la forme d'oiseaux et d'abeilles. Il s'était fait construire un petit pavillon roulant sur un pivot et qu'il tournait à volonté du côté du soleil. C'est là que l'auteur de l'OcÉANA, ô fragilité de la raison humaine ! venait s'asseoir tout le long du jour, armé d'un balai de crin, pour disperser ces pensées qui se transformaient si vite en oiseaux et en abeilles. C'est bien là un des mille effets produits par la substance dont il s'agit, et qu'éprouvent les mangeurs de haschich. M. Moreau soutient avec raison « qu'il est impossible d'établir la moindre différence entre eux et les malades que nous soignons dans nos maisons de santé. » Quant à ceux qui, à cet égard, seraient tentés d'élever des doutes, l'auteur est en droit de leur adresser cet argument péremptoire : « Faites comme moi, prenez du haschich, expérimentez sur vous-même, voyez par vous-même. » C'est toujours la grande et excellente maxime, Doctor, doce te ipsum. Du reste, M. Moreau ne s'en tient pas,

dans son ouvrage, à de vagues assertions, à des observations qu'il n'est pas possible de rattacher à des principes. Il a, au contraire, pénétré dans le sujet, étudié les effets, remonté aux causes autant que possible. Loin de faire une théorie métaphysico-romantique, il ne s'appuie que sur les faits, à la vérité peu multipliés encore, il fait même dériver tous les phénomènes d'un principe générateur qui est l'excitation, et il n'a pas de peine à faire voir combien cette cause, une fois comprise et acceptée, permet non de ces explications logomachiques qui n'expliquent rien, mais des inductions évidemment pratiques et positives. L'auteur , ayant déterminé les bases , expose ensuite les divisions de son travail, divisions qui reposent sur les effets produits par le haschich et comparés à ceux que présentent les aliénés. Ainsi le premier chapitre est consacré aux phénomènes purement psychologiques; dans le second, se trouvent les conditions physiologiques et pathologiques favorables au développement des hallucinations; le troisième est l'exposé des phénomènes d'hallucination chez les aliénés et un résumé des principes qui ont procédé ; enfin on trouve dans le quatrième une estimation des opinions des auteurs pouvant se rapporter aux idées émises par M. Moreau. Nous renvoyons à l'ouvrage même quant aux détails si nécessaires à connaître l'entière explanation du sujet, détails pleins d'intérêt et qu'on lit avec plaisir. Nous avons surtout remarqué un tableau de l'action des diverses substances toxiques sur l'intelligence, telle que le protoxyde d'azote qui produisit de si merveilleux effets sur l'imagination de Humphrey Davy ; l'opium qui finira par énerver et détruire la race chinoise et toutes les substances narcotiques. Leur action d'après M. Moreau , « tient uniquement à la propriété dont elles jouissent de produire l'excitation, de dissoudre, que l'on me permette, dit-il, de m'exprimer ainsi, le composé intellectuel et de donner naissance à l'état de rêve qui, en lui-même, est la plus haute expression possible des désordres de l'esprit, et dont les folies diverses ne sont que des reflets mêlés à l'état de veille. » L'auteur termine par un aperçu thérapeutique de la folie, et il se demande si l'on peut espérer quelque succès de l'emploi du haschich. Ce qu'il dit sur ce sujet présente beaucoup de réserve, et il faut l'en féliciter. En général, pour l'aliénation mentale, les moyens de guérison sont incertains, souvent inutiles, quelquefois dangereux. Pourquoi cela ? C'est qu'on ignore les causes prochaines de la maladie, c'est qu'un impénétrable voile couvre jusqu'à présent le point initiateur de cette affection, et l'auteur l'avoue sans difficulté. « Comment, dit-il, reconnaître les causes qui se cachent et s'élaborent dans la profondeur intime de nos tissus, qui se déversent pour ainsi dire d'un organisme dans un autre et se transmettent par voie héréditaire. » Les causes occasionnelles ou extérieures, quoique mieux connues et appréciées n'agissent pourtant que par une prédisposition individuelle, mais inexplicable. Il y a à cet égard quelque chose de fatidique dans certaines organisations. Mais que peut le pouvoir du moi réprobateur sur un cerveau excité, ardent, sur une imagination naturellement vive et exaltée ? La musique tant vantée pour calmer les aliénés n'a point, selon M. Moreau, l'efficacité qu'on lui attribue. L'auteur de cet article partage d'autant plus cette opinion que la musique lui a paru constamment ou inutile ou nuisible, même chez les personnes non aliénées mais en proie à un vif et profond chagrin ; en un mot à la douleur morale si fréquente et si terrible dans l'état actuel de notre civilisation (1). M. Moreau pense que le haschich n'ayant rien de cette ivresse ignoble et lourde produite par le vin et l'alcool, disposant au contraire et le plus ordinairement à un sentiment de bonheur et de gaieté qui fait regarder le monde comme une coupe de volupté où il n'y a qu'à s'enivrer sans relâche, pense, disons-nous, que cette substance pourrait être utile pour combattre les idées fixes, mélancoliques. Il avoue pourtant que les essais qu'il a tentés n'ont produit qu'une amélioration passagère; mais ne se décourageant nullement, il continue à y recourir dans le but de dissiper ou diminuer l'excitation maniaque si fréquente parmi les aliénés. On voit par cette analyse rapide l'intérêt que doit inspirer l'ouvrage de M. Moreau, soit par le sujet en lui-même, soit par la manière dont il est traité. Aussi son livre est-il tout à fait digne du suffrage des lecteurs difficiles. Ce qui frappe d'abord, c'est la nouveauté, c'est l'existence, la réalité d'un agent énergique, nous faisant espérer la solution de diverses questions relatives à une maladieterrible,dégradante pourl'humanité, peut-être même pourjeter quelques rayons de vive lumière dans cet intérieur si curieux et encore si fermé du cœur humain. En second lieu, c'est que l'auteur, bien pénétré de ce principe que, dans notre science qui est celle de l'homme, aussitôt qu'on s'écarte de l'expérience, on s'éloigne de la vérité, ne marche qu'avec prudence et réserve, s'ap

(1) Études de l'homme dans l'état de santé et de maladie ; 2 vol.; 1845. Le mémoire intitulé : Essai de médecine morale,

puyant toujours sur les faits. Loin d'être préoccupé d'une idée fixe avec apparence paradoxale, c'est un observateur attentif. sagace et circonspect, ayant le mérite beaucoup plus rare qu'on ne croit de savoir. comme Pascal, douter il faut, assurer il faut. R. P.

(Gaz. méd. de Paris, 15 novembre 1845.)

Observations d'empoisonnement par l'acide hydrocyanique ; par M. PooLEY. — Les journaux anglais offrent très-fréquemment le récit de cas d'empoisonnement par l'acide hydrocyanique; les suivants nous paraissent avoir assez d'intérêt pour que nous les reproduisions ici d'une manière abrégée.

OBsERvATIoN I. — M. H..., médecin, revenant de faire de nombreuses visites, trèsfatigué et éprouvant une vive douleur dans la poitrine, prend dans sa pharmacie la fiole où est l'acide hydrocyanique et passe dans une pièce voisine pour en boire une petite dose destinée à le calmer, et comme il parait qu'il l'avait déjà fait plusieurs fois et dans le même but ; mais la domestique qui se trouvait là, l'entendant chanceler, se précipite dans la même pièce et le voit tomber , lâchant de la main une fiole d'une once, à demi pleine d'acide 'hydrocyanique de la force de celui de Scheele, et garnie de son bouchon. Elle crie et appelle au secours, et en moins de cinq minutes le frère du malade, médecin lui-même, se trouvait auprès de lui. La respiration se faisait encore et l'on distinguait le pouls au poignet; mais, malgré l'emploi des moyens les plus appropriés, la mort arriva en quelques minutes, et sans aucun cri ni aucun symptôme.

A l'autopsie, on trouva tous les membres roidis et toutes les parties déclives colorées en rouge très-foncé et disposé par taches. Le poumon droit , d'une couleur très-foncée, contenait un liquide semi-brunâtre , sans odeur remarquable, et la plèvre droite renfermait au moins 8 onces d'une sérosité citrine. Le poumon gauche, presque exsangue, contenait peu d'air et de sang et était très-fortement adhérent à la plèvre costale. Le cœur était petit, contracté ; ses vaisseaux étaient dilatés par le sang ; et celui de l'intérieur, qui distendait la cavité, n'offrait pas la moindre tracede coagulation ni d'odeur de l'acide prussique. L'estomac contenait environ 15 onces d'aliments à moitié digérés et qui avaient à la fois l'odeur que présentent les aliments à cette époque de la digestion et celle des amandes amères assez reconnaissable ; la muqueuse gastrique était à l'état normal et conserva une forte odeur d'acide prussique après qu'on eut enlevé toutes les matières alimentaires. Les intestins étaient, ainsi que le cerveau etses membranes, à l'état normal ; mais les vaisseaux et les sinus étaient remplis d'un sang liquide très-foncé, et qui n'avait pas la moindre trace de l'odeur de l'acide prussique. Bien qu'on n'ait pu constater exactement la quantité d'acide qui avait été prise, cependant il est à remarquer qne la mort, arrivée en moins de dix minutes, n'a pas empêché le sujet d'appliquer le bouchon sur la fiole, et n'a été ni accompagnée ni précédée d'aucun cri ni d'aucun mouvement convulsif. Le cas suivant offre plus d'intérêt encore ; car une personne, qui a pu rendre exactement compte de ce qui était arrivé était présente au moment où le poison fut avalé. OBs. II.—Le 21 mars, le docteur Hicks, appelé à la hâte pour un cas d'empoisonnement, trouve une jeune femme de 22 ans tout à fait insensible, couchée sur le dos, les dents serrées, l'écume à la bouche et la figure presque violette; la respiration était lente, laborieuse et à de longs intervalles; le pouls avait disparu et les battements du cœur étaient à peine sensibles. Les paupières, en partie fermées, laissaient cependant les yeux faire une forte saillie, comme s'ils eussent été chassés de l'orbite, tandis que les pupilles étaient dilatées et insensibles à la lumière. Tout le corps était soumis à des contractions si violentes que la tête sem

blait ensevelie entre les épaules, et que les .

bras étaient complétement contournés par l'action des pronateurs. Il n'y avait ni emprosthotonos ni opisthotonos. - Le docteur attribua, dans un premier mouvement , cet état à une attaque d'épilepsie ; mais l'absence du pouls et la faiblesse des battements du cœur lui rappelèrent bientôt qu'il y avait là quelque chose de plus, et bientôt il apprit que les premiers symptômes avaient apparu au moment où la malade venait de prendre une dose d'un médicament qui, à l'odeur, lui fit connaître qu'il contenait de l'acide prussique.Aussitôt des affusions froides sont appliquées sur la tête, et on cherche à administrer à l'intérieur de l'eau-devie et de l'ammoniaque ; mais on ne put en introduire qu'une très-petite quantité, en raison de l'état de contraction ou de paralysie des muscles de la déglutition. Pendant ce temps, la respiration devenait de plus en plus rare, et la malade expira dix minutes après l'administration des premiers secours. On apprit alors du père de cette jeune fille, qui lui avait vu boire la dose du liquide, qu'aussitôt qu'elle l'eut avalée étant assise, elle se leva, jetant ses bras au-dessus de sa téte, faisant entendre une espèce de ronflement, mais non un cri, puis resta ainsi une ou deux secondes, se mit ensuite à courir en avant l'espace de deux yards, et tomba la tête la première sur le sol, pour ne plus se

relever, et continuant de faire entendre un bruit plaintif. Pendant cinq minutes, sa respiration était celle d'une personne affectée d'angine couenneuse. Les côtes semblaient avoir été fixées par un spasme tétanique des muscles. Il ne se passa pas plus de vingt minutes depuis le moment où le poison fut pris jusqu'à celui de la mort. Autopsie quatre-vingt-dix heures après la mort.Au moment où l'on ouvre la poitrine, une forte odeur d'acide prussique saisit immédiatement et plutôt par la constriction qu'elle produit sur la gorge que par l'odeur elle-même. L'estomac contient 2 onces d'aliments mal digérés et ayant une forte odeur d'acide prussique. Tous les autres organes n'offrent rien d'anormal. Le sang des cavités du cœur est complétement fluide et d'une couleur très-foncé. On constata par l'analyse que les matières trouvées dans l'estomac contenaient de l'acide prussique, et que le médicament qu'avait pris la jeune fille, et qui était une lotion destinée à l'extérieur, contenait pour 4 onces de liquide, 155 milligrammes d'acide prussique anhydre, et comme elle n'en avait pris que le quart, la quantité d'acide prussique anhydre introduite dans l'économie n'a donc été que d'environ 40 milligrammes. (London médical Gazette, avril 1845. — Gaz. méd. de Paris, 8 nov. 1845.)

Considérations sur l'hydrophobie, avec un cas de guérison; par M. HooPER. — Le fait qui suit est l'un de ceux qui méritent le plus d'être portés à la connaissance des médecins, l'un de ceux dont les annales de l'art n'ont malheureusement que trop peu d'occasions d'enregistrer les analogues ; c'est un cas de rage bien caractérisée et terminée par la guérison. ll est fâcheux (si l'on peut, en présence d'un si beau résultat, exprimer un semblable regret) que les agents médicinaux auxqucls a été due cctte réussite ne soient que des remèdes déjà maintes fois employés sans succès dans la même maladie, l'opium et le mercure. C'est à ce dernier médicament que l'auteur anglais rapporte tout l'honneur de la cure.

OBsERvATIoN. — Dans le mois de septembre 1825, dit M. Hooper, je fus prié un vendredi à onze heures du soir de voir un nommé Piper, garçon de 16 ans, qui avait été mordu trois semaines auparavant par un chien atteint d'hydrophobie. Ce même chien avait aussi mordu un homme qui se fit immédiatement exciser par un chirurgien la partie compromise, et une vache, un cochon et un chien, lesquels devinrent tous enragés. Le chien cause de tous ces accidents avait été enchainé à l'écurie, et c'est là que Piper fut mordu par lui au bras. Il consulta

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