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soulagement du côté des organes respiratoires. Le 25, on prescrit : 2| Solut. saleb.3vj, syrup. althaeae 3j, aq. lauro-ceras. 3j ; et le soir, vu la sécheresse et la chaleur de la peau, on donne 12 grains de poudre de Dower. En visitant le malade à 9 heures du soir, je lui trouvai la respiration très-accélérée; la toux était presque continuelle, sèche et accompagnée d'une violente douleur dans toute la poitrine; le pouls était extrêmement petit et très-fréquent (à 124). On fit une seconde saignée de 6 onces, qui ne produisit aucune amélioration ; le sang présenta les mêmes caractères que celui de la première saignée, avec cette différence cependant que la quantité du sérum était encore plus considérable. Dans la nuit du 25 au 26, délire continuel, qui existait encore à la visite du matin, mais qui cessa aussitôt qu'on adressa la parole au malade. La face est très-pâle, les lèvres sont bleuâtres; respiration courte, accélérée, suivie de toux sans la moindreapparence encore d'expectoration; pouls à 120, petit, presque insensible ; peau brûlante et sèche; langue sèche, légèrement chargée; selles involontaires, ventre tendu, météorisé; il n'y a pas eu d'émission d'urines pendant la nuit, mais avant la visite du matin, le malade a rendu environ 20 onces d'une urine jaune, légèrement acide, d'une pesanteur spécifique de 1,014 et offrant un léger nuage. Prescription : un bain chaud ; application sur la poitrine d'un vésicatoire grand comme deux fois la paume de la main. 2 Pulv. rad. ipecacuanh. gr. xij ; sacchar. alb. 3j. M. F. pulv. divide in vj part. aeq. Toutes les heures une poudre. Pour boisson, décoction d'orge édulcorée. Le bain avait été prescrit à 8 heures et devait être donné aussitôt que le service de l'hôpital serait fini ; à 9 heures, le malade prit la première poudre d'ipécacuanha; une demi-heure après ayant été rappelé dans la salle, nous lui trouvâmes la face et tout le corps couvertd'unesueurchaude ettellement abondante, que toutes les parties du corps offraient de grosses gouttes; dans la crainte de troubler cette abondante transpiration, nous jugeâmes prudent de ne pas faire prendre le bain. L'ipécacuanha fut continué toute la journée d'heure en heure, et le soir on en prescrivit encore six grains en six paquets. La sécrétion cutanée ne diminua pas de quantité et, ce qui n'avait pas encore eu lieu jusque-là, le malade expectora quelques gros crachats verdâtres, collant au vase et mélangés de stries sanguines ; la respiration devint plus facile ; la toux était encore douloureuse; le pouls avait encore de 108 à 1 12 pulsations, mais était plus développé;

il y a eu émission de 20 onces d'urines jaunes et une selle de consistance molle. Le délire persista toute la journée, mais il suffisait de parler au malade pour le faire CeSSeI". Le 27. tout marcheàsouhait; latranspiration continue, mais à un degré moins fort que la veille ; une forte inspirationprovoque encore toujours un accès de toux, mais celui-ci n'est plus si violent et ne ressemble plus en rien aux quintesdetoux des jours précédents; il y ad'ailleurs en même temps expectoration de crachats verdâtres, épais, striés de sang qui, examinés au microscope , sont presque entièrement composés de débris d'épithélium et de quelques cellules muqueuses. Le sang n'était pas intimement mélangé avec les crachats et ce n'était qu'à la surface de ceux-ci qu'on apercevait les globules sanguins. Le bruit respiratoire était encore presque partout bronchique, mais par ci par là il existait un fort râle muqueux. Le pouls est à 108, développé; l'urine est jaune claire et présenteun énéorème abondant qui, examiné au microscope, paraît complétement constitué par l'épithélium vésical; la pesanteur spécifique de l'urine est de 1,014. On prescrit encore 12 grains d'ipécacuanha en 12 paquets et une décoction d'orge édulcorée pour boisson. Dans la nuit du 27 au 28, le malade dormit très-tranquillement et n'eut point de délire. Le 28 au matin , la face est calme et sereine ; le malade a toute sa connaissance et déclare ne pouvoir rien se rappeler de sa maladie, ni savoir quand et comment il est entré à l'infirmerie. La respiration est plus facile et plus lente ; les crachats sont nombreux , moins épais et moins visqueux , et ne présentent plus de stries de sang à leur superficie; ces crachats contiennent aujourd'hui beaucoup de cellules muqueuses et peu de débris d'épithélium ; le rhonchus muqueux est partout très-fort ; la toux n'est plus accompagnée de douleur; le pouls reste à 108; la peau transpire légèrement ; l'urine offre un nuage assez fort, mais est du reste limpide, d'une pesanteur spécifique de 1,010 1/2, et contient une grandequantitéd'albumine, donton constate la présenceparl'ébullition et parl'acide nitrique. Le lendemain, on ne trouve plus de trace d'albumine; on continue encore ce jour et le suivant, l'usage de l'ipécacuanha auquel on ajoute 5 grains de soufre doré d'antimoine. A partir du 50, il n'existe plus que quelques symptômes peu intenses de la bronchite ; le malade est toutefois trèsfaible et considérablement amaigri. L'ipécacuanha et le soufre doré d'antimoine sont remplacés par la décoction blanche de Sydenham ; on accorde quelques aliments nutritifs et l'on entretient la suppuration du vésicatoire. Au 21 juillet, quoique encore pâle et faible, le malade est assez bien rétabli pour qu'on puisse demander pour lui un congé afin d'aller se refaire dans ses foyers. Epicrise. — A l'entrée du malade, la bronchite capillaire était déjà très-intense ; l'état soporeux dans lequel il se trouvait presque continuellement, ne lui permettait pas d'avoir une perception bien nette de la douleur ; cet état pathologique du cerveau ne dépendait pas ici d'une inflammation, mais d'une hypérémie, résultat elle-même des obstacles qu'éprouvait le sang dans sa circulation à travers les poumons; et nous croyons en trouver une preuve évidente dans cette particularité, à savoir que le malade n'a rien su pendant 8 jours de sa position , quoiqu'il eût cependant toute sa connaissance et qu'il eût toujours bien répondu aux questions qui lui étaient adressées. L'inflammation des dernières ramifications doit avoir été très-forte, puisque à chaque inspiration un peu profonde succédait immédiatement une toux sèche et douloureuse, déterminée par la contraction spasmodique réflexive du tissu élastique des bronches, et qu'une respiration sèche et bronchique s'entendait dans toute l'étendue de la poitrine ; l'absence complète de sécrétion est d'ailleurs un signe de la violence de l'inflammation. Cependant le sang ne présentait pas chez ce malade, déjà affaibli par une fièvre intermittente, qui avait duré cinq semaines , les caractères qu'on devait s'attendre à rencontrer dans une phlegma· sie portée à un si haut degré; le sérum était en excès, tandis que le cruor était luimême mou et que la couenne ne présentait pas l'aspect de la fibrine normale. Ces qualités du sang nous rendirent très-circonspect dans l'emploi de la saignée, et l'urgence seule nous engagea à en faire faire une seconde. La légèreté spécifique de l'urine et la petite quantité d'urée sont aussi caractéristiques dans ce cas où il existait une inflammation occupant une grande surface, et nous offrent de nouveau un moyen de juger si le sang contient peu ou beaucoup d'éléments de protéine. Nous ne doutons pas que nous aurions eu à déplorer la perte de notre malade, si nous avions eu recours à un traitement plus antiphlogistique. Ce qui est ici d'une importance pratique, c'est le bon effet de l'ipécacuanha dans un moment où il n'existait aucune probabilité en faveur d'une crise par la peau : nous n'hésitons pas à attribuer celle-ci à l'ipécacuanha, secondé par l'administration de boissons chaudes, L'im

mense vésicatoire que nous avons fait placer sur la poitrine , a opéré ici une révulsion favorable ; un petit vésicatoire, ainsi qu'on a l'habitude de le prescrire, n'aurait produit aucun effet. Nous avons vu , comme cela arrive souvent, un léger degré de cystite , ce qui a déterminé pour quelques instants la présence d'une quantité notable

" de débris d'épithélium et d'albumine dans les urines. Mais on peut dire que la crise complète s'est effectuée dans ce cas, par la peau et par la muqueuse des voies aériennes. puisque les urines n'ont jamais présenté le moindre sédiment.

Sur un cas de mort prompte après un accouchement naturel, sans cause connue, et avec présence de l'air dans les veines ; par M. LIoNET, de Corbeil. — Une dame de 27 ans. de taille ordinaire, grasse. fraîche et bien portante, mais très-impressionnable et sujette à des attaques d'hystérie, était au huitième mois de sa quatrième grossesse, lorsque regardant son mari monter en voiture elle vit le cheval s'abattre ; elle poussa un cri de frayeur, devint très-pâle, et perdit à l'instant l'usage de la parole. La sage-femme qui devait l'accoucher lui fit prendre un bain de pieds, puis un bain entier; et l'aphonie persistant. je fus appelé trois ou quatre heures après l'accident. Les mouvements et l'intelligence étaient libres , la malade avait conservé sa gaieté et se faisait comprendre par signes ou en écrivant. Une saignée copieuse et plusieurs tasses d'infusion n'ayant pas encore ramené la voix au bout de cinq ou six heures, je fis appliquer un large sinapisme à la région cervico-dorsale. La douleur fut si vive qu'elle occasionna des mouvements convulsifs, mais cette fois , la parole fut recouvrée. La grossesse continua sa marche naturelle, et les mouvements de l'enfant se firent sentir jusqu'à l'apparition des douleurs qui se déclarèrent vingt-trois jours après. La sage-femme remarqua seulement qu'elle était plus pâle et plus faible que d'habitude ; il fallut la porter sur son lit (elle était cependant sortie la veille à pied). Le dilatation du col étant peu considérable, la sage-femme crut pouvoir s'absenter quelques instants ; revenue à peu près au bout d'une demi-heure, elle trouva, dit-elle, la tête à la vulve, et l'enfant, quoique bien constitué, arriva mort. Le délivre suivit de près ; la matrice se contracta convenablement, mais les forces ne revinrent pas ; la malade conserva une pâleur extrême, et la sage-femme, lauréat de la Maternité, ayant épuisé ses ressources , me fit demander.

Je ne la vis que trois heures après la délivrance : elle était d'une pâleur extrême, faisait à chaque instant des efforts de vomissements, et respirait avec difficulté. On me raconta les circonstances de l'accouchement, on m'affirma qu'il n'y avait pas eu d'hémorrhagie; et doutant encore, je me fis représenter les linges qui ne me parurent pas imbibés d'une manière insolite. La matrice formait un ovoïde qui soulevait les parois abdominales, la vulve laissait échapper un petit suintement séreux ; j'introduisis la main dans la cavité de la matrice, elle contenait peu de caillots; et craignant une rupture , je fis une injection froide. Je fis retirer les oreillers afin de mettre la malade sur un plan horizontal; et je comprimai l'aorte, non-seulement pour arrêter l'hémorrhagie en supposant qu'elle eût lieu par une rupture, mais surtout pour favoriser l'afliux du sang vers le cerveau et vers le cœur dont les battements étaient irréguliers. On plongea les mains dans de l'eau chaude sinapisée, on administra des boissons cordiales, une potion stimulante éthérée ; on fit extérieurement usage de l'ammoniaque et de frictions chaudes; la malade se plaignait toujours d'étouffer : « De l'air, de l'air, disait-elle, ou je vais mourir. » Témoin de cette agonie pendant près d'une heure, je fis appeler le docteur Petit père, qui renouvela l'exploration de la matrice ; et la malheureuse femme expira entre nos mains, après deux heures de soins continus, cinq heures après sa délivrance, sans avoir éprouvé d'autre soulagement que l'impression agréable des courants d'air qu'on établissait sur son visage par la ventilation. L'enfant était de force moyenne, bien conformé; ses membres étaient contractés et rigides comme s'ils venaient d'être convulsés, et cette contracture existait encore huit à dix heures après son expulsion. L'autopsie fut faite environ trente heures après la mort, par une température de douze à quatorze degrés, par MM. Petit père et fils, Surbled et moi. Le cadavre était blanc-jaunâtre comme de la cire, l'estomac et les intestins étaient distendus par une grande quantité de gaz, la muqueuse était pâle et parfaitement SaIIlC. La matrice légèrement ecchymosée sur les côtés n'offrait aucune trace de déchirure et ne contenait point de caillots; de l'eau introduite dans sa cavité ne s'échappa par aucune ouverture, quoique fortement comprimée. La surface où s'insérait le placenta était veloutée et sillonnée d'une grande quantité de veines sinueuses, sans apparence d'ouverture. La veine cave me parut énorme, d'un aspect ardoisé ; mais ayant été lésée par le scalpel, quand on retira la matrice, il fut

impossible de s'assurer de la nature de son contenu. Toutefois , dans la supposition qu'elle pouvait contenir de l'air qui se serait introduit par les sinus utérins, les investigations furent dirigées dans ce sens, et après avoir constaté qu'il n'existait rien dans la poitrine, on examina le cœur avec beaucoup de précaution et l'on trouva en effet quelques bulles d'air mêlées avec la petite quantité de sang que contenaient les ventricules : elles étaient plus abondantes à droite qu'à gauche. On admit donc que la mort était le résultat de l'introduction de l'air dans ces veines par la matrice, sans discussion sur le mécanisme, et deux de nos confrères se retirèrent; je continuai les recherches avec M. Petit père, et le crâne ayant été enlevé circulairement, l'arachnoïde nous parut soulevée par de petites plaques transparentes que nous reconnûmes pour des bulles d'air qui se laissaient facilement déplacer par la pression. Les membranes et les vaisseaux étaient peu colorés. et nous fûmes très-étonnés de voir dans plusieurs des veines qui rampent entre les circonvolutions du cerveau, de petites colonnes d'air séparées par d'autres petites colonnes de sang rosé; en les poussant avec le doigt, on réunissait ces petites colonnes de manière à donner aux veines l'aspect de fragments de vermicelle longs de plusieurs centimètres ; la même disposition fut reconnue dans quelques veines de la base du cerveau. Nous n'avons pas eu la pensée d'examiner les veines des membres. Ainsi, absence de lésions appréciables dans la matrice et dans les autres viscères, existence d'air dans le cœur, peut-être dans la veine cave qui a paru si volumineuse, mais surtout incontestable dans plusieurs veines du cerveau. Il est évident que la mort a pu arriver par épuisement ; car les effets des pertes sanguines sont relatifs à la force des sujets, et dans ce cas la saignée copieuse pratiquée vingt-trois jours avant l'accouchement , jointe à la commotion qu'avait reçue le système nerveux, avait mis cette femme dans des conditions défavorables; c'est l'explication naturelle qui se présenterait à l'esprit, si l'autopsie n'avait rien fait découvrir. Mais la même cause a-t-elle contribué au développement de l'air dans les veines ? Sa présence ou celle d'un gaz quelconque est reconnue de la manière la plus irrécusable, il a dû s'y introduire ou s'y développer. S'il s'y est introduit, par quelle voie ? Ce serait par la matrice que s'ouvrirait la voie la plus naturelle dans la circonstance; et bien qu'il eût à parcourir le système veineux abdominal, le cœur droit, le poumon, le cœur gauche, les artères et le système capillaire pour arriver aux veines du cerveau, les résultats remarquables que l'on obtient quelquefois en injectant des liquides, ne rendraient pas cette supposition rigoureusement impossible pour un fluide gazeux. Mais si l'on se demande à quel moment il a pu s'introduire, de nouvelles difficultés surgissent ; il ne s'est pas introduit avant l'accouchement; cependant la femme était déjà si faible qu'il a fallu la porter sur son lit ; admettrait-on que, vu l'état anémique de la malade, les sinus utérins étant vides de sang et non obturés par des caillots, l'introduction de la main aurait favorisé celle de l'air dans un moment d'inertie ? J'ignore si c'est possible ; c'est aux physiologistes à répondre. Je ne crois pas qu'il y ait lieu de supposer qu'il se soit introduit par les voies respiratoires, parce que la fréquence des cavernes aurait déjà fait mille fois observer ce phénomène. Si l'on rejette la première hypothèse, il faudra admettre que c'est un gaz qui s'est développé spontanément ou introduit pendant l'autopsie. Dans le premier cas, il faut se demander s'il s'est développé pendant la vie ou après la mort. Pendant la vie, ce serait une maladie nouvelle à étudier, et qui aurait peutêtre contribué à la mort de l'enfant dans les conditions que nous avons indiquées. Après la mort, rien ne le prouve, puisque le cadavre était bien conservé et la température médiocrement élevée : il est vrai que l'estomac et les intestins étaient très-météorisés; mais c'est presque l'état habituel. S'il s'est introduit pendant l'autopsie, c'est quand la veine cave a été ouverte. La supposition serait possible chez un sujet dont on suppose les vaisseaux vides de sang; mais alors comment expliquer l'énorme distension de la veine cave ? J'avoue qu'aucune de ces hypothèses ne satisfait pleinement l'esprit; j'en induis seulement que si nous avions essayé la transfusion du sang, dans la pensée qu'il y aurait eu hémorragie, nous reprocherions à l'opération un accident qui a lieu ici en dehors de toute solution de continuité. (Journal de Chirurgie, août 1845.)

Note sur un nouveau procédé pour appliquer les ventouses ; par M. HEULHARD D'ARCY, ancien interne de l'Hôtel-Dieu, médecin de l'hôpital de Clamecy (Nièvre). — En lisant l'article Ventouses dans un ouvrage de chirurgie récemment publié, j'ai vu avec étonnement qu'il n'était pas fait mention d'un procédé que j'emploie depuis plus de dixhuit ans. A cette époque j'étais interne à l'Hôtel-Dieu, dans le service de Sanson; on

fut, par l'extrême rareté des sangsues alors si prodiguées, obligé d'avoir fréquemment recours aux ventouses. Je remarquai que les cloches dans lesquelles on faisait le vide au moyen de papier allumé, ou de bris d'étoupe imbibés d'alcool , donnaient fréquemment lieu à des brûlures circulaires ; que ce procédé était très-lent et très-maussade. Je fus frappé des nombreux inconvénients des ventouses à pompe, qui impriment aux malades des secousses souvent très-douloureuses, et dont le mécanisme se dérange fréquemment ; j'imaginai alors de jeter dans la cloche deux à trois gouttes d'éther, de l'approcher ainsi de la partie sur laquelle elle devait être appliquée, et alors d'y mettre le feu avec un papier enflammé; je fus heureux de voir avec quelle rapidité j'obtenais un vide complet, et de pouvoir ainsi poser en quelques instants un grand nombre de ventouses dont l'emploi par les . autres procédés me faisait perdre beaucoup de temps : depuis lors, je n'ai pas cessé de mettre en usage cette méthode, si simple qu'il m'étonne qu'elle ne soit pas venue à l'esprit de plusieurs praticiens. (Ibid.)

De la théorie et du traitement des affections vénériennes; par M. CARMICHAEL. On sait combien les doctrines sur la syphilis tendent à se simplifier parmi nous ; symptômes primitifs, symptômes secondaires, symptômes tertiaires, tel est le développement qu'on lui fait suivre pour l'ordinaire; et nous aurons même prochainement à rendre compte d'un Mémoire remarquable dans lequel M. Cullerier cherche à prouver que cette marche est invariable, sans exceptions. Nous pensons donc qu'on lira avec un grand intérêt un travail conçu dans un ordre d'idées un peu différent, et dû à l'un des syphiliographes les plus justement renommés de la Grande-Bretagne. On y trouvera des doctrines, non pas contraires, mais plus étendues, plus profondes peut-être ; et que nous invitons vivement les syphiliographes de France à examiner de près pour les combattre ou les vérifier. M. Carmichael, pour le dire en passant, est l'un des premiers qui se soient élevés contre les abus du mercure dans le traitement des maladies syphilitiques, et, sur ce point, ses écrits ont devancé les travaux de l'école physiologique. Les doctrines qu'il professe remontent à plus de trente années; et il en a déduit des règles de traitement dont il paraît avoir retiré de grands avantages, et qu'une pratique très-étendue n'a fait que confirmer jusqu'à ce jour. Ce qui suit est l'analyse d'un discours remarquable, qu'en sa qualité de président, il a prononcé der

nierement dans une séance de la Société chirurgicale d'Irlande. Dès le commencement du siècle actuel, dit M. Carmichael, le célèbre chirurgien Abernethy avait établi en principe que les affections pseudo-syphilitiques ne pouvaient être distinguées de la vraie syphilis, ni par leurs caractères, ni par leurs apparences ; mais seulement par leur marche et par l'effet sur elles d'un traitement mercuriel ; ou, en d'autres termes, que la vraie syphilis marche toujours progressivement jusqu'à la perte du malade, à moins qu'elle ne soit enrayée par l'intervention d'un traitement mercuriel, tandis que les affections pseudo-syphilitiques peuvent être complétement guéries sans ce traitement. M. Carmichael sentit, tout d'abord, que de telles différences dans la nature de la maladie ne pouvaient guère exister sans qu'il y eût quelque dissemblance dans leurs caractères et dans leurs symptômes. Nommé , en 1810, chirurgien de l'hôpital des vénériens de Dublin, qui contenait alors six cents lits , également répartis entre les deux sexes, il eut un vaste champ pour mettre ses idées à l'épreuve, et il ne tarda pas à acquérir la conviction que le chancre huntérien, l'éruption squammeuse (psoriasis ou lepra), et l'ulcère excavé des amygdales sont les seules affections vraiment syphilitiques primitives et secondaires, et que toutes les autres formes de maladies vénériennes, et quelque malignes qu'elles soient, ne sont que des affections pseudo-syphilitiques. Considérant les douleurs et les exostoses comme étant à peu près communes à toutes les formes de la maladie, il ne les faisait pas entrer en ligne de compte. Suivant ces vues, il traite la vraie syphilis, soit primitive, soit secondaire, par les mercuriaux, et s'en abstient dans toutes les autres formes qui constituent les neufdixièmes des cas soumis à sa direction. Le résultat a dépassé ses espérances, et tous les cas traités sans mercure guérissent dans le tiers, ou au moins dans la moitié du temps exigé par un traitement mercuriel. M. Carmichael ne garda pas pour lui ces heureux résultats, mais s'empressa de les communiquer au public médical. En effet, dans une clinique faite en 1815, il en démontra tous les avantages devant un nombreux auditoire, et, en 1814, il publia, sur les maladies vénériennes, la première édition de son ouvrage, accompagnée de planches décrivant les quatre variétés d'éruptions cutanées vénériennes papuleuse, pustuleuse , squammeuse et tuberculeuse. C'est dans cet ouvrage qu'il énonça sa théorie nouvelle de l'existence de quatre poisons ou virus vénériens distincts, se tra

duisant chacun au dehors par des caractères et des symptômes primitifs et secondaires également distincts dans chaque variété, et se liant ensemble de telle sorte qu'un symptôme primitif étant donné, on peut prédire quels symptômes secondaires lui succéderont. Ainsi, selon M. Carmichael, l'ulcère simple primitif (venerola vulgaris d'Evans) est suivi de l'injection simple du pharynx et de l'éruption papuleuse; tandis que le chancre phagédénique primitif amène à sa suite l'ulcère phagédénique secondaire de la gorge (pharynx, voile du palais, etc.), et l'éruption tuberculeuse (rupia) de la peau ; tandis que l'éruption squammeuse seule (psoriasis ou lepra), avec l'ulcère excavé des amygdales, sont le résultat constitutionnel ou secondaire du virus qui produit le chancre induré primitif (chancre huntérien) ou la vraie syphilis d'Abernethy. Malgré les critiques violentes des journaux du temps (voir l'Edinburgh medical Journal de 1815) , ces doctrines , dit M. Carmichael, n'ont pu être ébranlées, et aujourd'hui , dans toutes les contrées de l'Europe, la grande majorité des praticiens ont adopté son traitement et ont lieu de s'en applaudir. Ceux-là même qui envisagent encore le mercure comme le seul antidote du virus vénérien ne l'emploient qu'à des doses très-mesurées. M. Carmichael n'a jamais eu la pensée de proscrire entièrement le mercure du traitêment vénérien. Il avoue même avoir souvent eu à regretter que l'opposition qu'il a dirigée contre l'abus de ce moyen, ait été trop exclusivement adoptée par un grand nombre de ses élèves. Voici un aperçu des formes et des circonstances dans lesquelles il le proscrit ou l'emploie : 1° Il ne le croit aucunement nécessaire dans le traitement de l'ulcère primitif simple sans induration, ni dans l'éruption et les autres symptômes secondaires que cette forme produit consécutivement. Cependant, si l'éruption se prolonge quatre ou cinq semaines et a passé à la période de desquamation, alors le mercure, administré à des doses légères et altérantes, peut-être utile ; car, dans ce cas, il hâte la guérison de l'éruption et met fin aux douleurs articulaires qui se manifestent presque toujours dans cette forme de la maladie. Si on emploie le mercure au début de l'éruption, qui est presque toujours précédée et accompagnée de fièvre, on pourra réussir à la faire disparaître; mais elle ne manquera pas de reparaître , et à plusieurs reprises, au grand préjudice du malade et du médecin. 2o Contre l'iritis, il administre le mercure de manière à produire un prompt et plein

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