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sonnance, sans qu'aucun son articulé passât dans l'oreille. Du côté droit, le bruit respiratoire était plus voisin de l'état naturel qu'avant l'opération. Dans les réflexions dont MM. Hastings, Storks et Hocken ont fait suivre le récit de cette opération remarquable, ils se-sont proposé deux buts distincts : 1° expliquer par quel mécanisme l'ouverture faite à une caverne peut contribuer à sa cicatrisation ; 2° déterminer les indications de cette opération, ainsi que le meilleur procédé pour l'exécuter. 1° D'après M. Hastings, la grande difficulté de guérir la phthisie à son dernier degré ne vient pas tant de l'obstacle que la nature même du mal apporte à la force médicatrice que de la distension et de la contraction que les parois de la cavité tuberculeuse ont continuellement à subir par le fait de la respiration. Ainsi, tandis que Barry, en ouvrant les cavernes à l'extérieur , se proposait seulement d'évacuer le liquide qu'elles contiennent, le but de M. Hastings est de neutraliser la cause même de la sécrétion de ce liquide dans leur intérieur; car si ces cavités ont été originairement formées par la présence des tubercules, nul doute qu'elles ne doivent ensuite leur persistance et leurs progrès à l'irritation et à la distension incessantes produites par l'air qui y pénètre. Le meilleur moyen de combattre cet effet pernicieux est donc naturellement de maintenir la cavité en communication avec l'extérieur par le moyen d'un tube qui soit assez large pour en faire sortir l'air au fur et à mesure qu'il y est apporté par les conduits bronchiques. De cette manière, la condition importante du repos est assurée aux parois de l'excavation qui se trouve ainsi dans l'état le plus favorable pour se cicatriser. L'explication de M. Hocken se rapproche beaucoup de celle-ci. Comme le Dr Barry, il avait d'abord pensé que l'objet principal de l'opération était de créer au liquide sécrété dans la caverne une voie d'évacuation plus large et plus directe que les ramifications bronchiques, si étroites et sinueuses. Depuis lors, sa manière de voir s'est modifiée. L'effet de l'opération, selon lui, est de substituer dans les parois de la cavité une action réparatrice à un état morbide, à la tendance inflammatoire qui y existait auparavant ; car, à ses yeux, dans la phthisie, ce n'est pas par défaut d'étendue du champ respiratoire que les malades périssent ordinairement, c'est par l'irritation de la surface de la caverne, irritation qui produit la toux , la dyspnée , l'expectoration et la fièvre. L'opération, en permettant à l'air de

sortir de l'excavation tuberculeuse sans la distendre et l'irriter , place ses parois dans l'état du repos le plus parfait. La cavité . ainsi débarrassée des causes de distension qui agissaient constamment sur elle, ne fait plus, en quelque sorte, partie de l'appareil respiratoire; et ses parois rentrent dans les conditions de curabilité que présenterait toute autre surface dépendant d'un organe peu important dans l'économie. La guérison s'opère ici selon les mêmes principes de physiologie pathologique qui donnent la clef de la terminaison heureuse qu'affectent souvent certaines maladies chroniques du larynx après la trachéotomie. Tant que le larynx remplit ses fonctions de canal aérien, l'entrée et la sortie du fluide atmosphérique produisent dans sa cavité des mouvements et une distension bien suffisants pour y perpétuer et y aggraver la maladie. Mais vienton, par la trachéotomie, à ouvrir un passage à l'air au-dessous de lui ? Tout change aussitôt : le repos des parois succède à leurs tiraillements, à leurs mouvements continuels, et les symptômes inquiétants disparaissent en peu de jours sous ces nouvelles et favorables influences. 2° A. Indications. C'est particulièrement à M. Hocken que sont dues les plus importantes notions sur ce point délicat de pratique. Il commence par poser un principe très-rationnel à notre sens, savoir, que l'opération ne peut en aucune manière guérir la phthisie, si l'on n'a pas soin, concurremment avec elle , d'employer un systèmc de traitement général capable de seconder les salutaires efforts de la nature, en prévenant tout dépôt ultérieur de tubercules. Maintenant, quels sont les cas auxquels l'opération conviendra ?... Il faut d'abord exclure ceux de phthisie aiguë, là où les tubercules envahissent les poumons avec une rapidité à laquelle les forces vitales n'ont pas le temps de résister. La thoracenthèse sera surtout applicable aux cavernes larges, placées près de la superficie des poumons, développées lentement, ne produisant pas beaucoup de désordres constitutionnels et ayant résisté aux moyens de traitement interne. Une autre condition est encore indispensable, c'est que des adhérences solides existent entre les deux feuillets viscéral et pariétal de la plèvre, au niveau et autour de l'excavation tuberculeuse. Heureusement, et d'après le jugement des autorités les plus compétentes sur la matière, les adhérences pleurales coexistent à peu près constamment avec une caverne, lorsque celle-ci est assez étendue et assez superficielle pour pouvoir être trai tée par l'opération. M. Storks a observé * ce sujet que la paroi thoracique s'élève pendant l'inspiration et se déprime durant l'expiration d'une manière plus sensible dans l'espace intercostal correspondant à la caverne que dans tout autre point de la poitrine. Il pense que ce phénomène, lorsqu'il existe, dénote sûrement l'existence d'adhérence entre les deux surfaces pleurales ; et, selon lui , c'est un signe dont on peut tirer parti pour juger si l'opération peut ou non être pratiquée avec sûreté. Une autre circonstance soulève encore l'irrésolution et les doutes. Autant l'opération peut être dite avantageuse lorsqu'il n'existe qu'une ou deux cavernes, autant elle serait inutile et par cela même préjudiciable si les deux poumons étaient creusés d'excavations nombreuses. Mais entre ces deux extrêmes, quelle limite fixer ? Opérera-t-on lorsqu'il y a deux, trois, quatre cavernes ? ou, prendra-t-on pour loi de s'abstenir toutes les fois qu'il en existe plus d'une ?... La solution que donne M. Hocken nous semble fort juste, autant du moins qu'on doit s'en rapporter au raisonnement dans une question encore aussi peu étudiée que celle-ci l'a été tant expérimentalement qu'analogiquement. Pourvu, dit-il , qu'on ait la certitude qu'il existe seulement deux cavernes dans un poumon, ou une dans l'un et une dans l'autre, ou même deux dans l'un et une dans l'autre, on peut opérer. La force originaire de la constitution , le degré de faiblesse que la maladie a déjà causée devraient, bien entendu, être pris en grande considération par le médecin ; on comprend que ces conditions pourraient très-légitimement autoriser à dépasser ou rendre au contraire plus étroites les bornes que nous venons d'établir. Enfin, dans les cas où plusieurs cavernes opérables existeraient chez le même individu , M. Hocken pense qu'on agirait sagement en pratiquant la thoracenthèse sur toutes en même temps. Il faut encore, lorsqu'il est possible, faire choix de la saison qui est la plus favorable au traitement des maladies de poitrine. Mais souvent la gravité de l'altération ne permet pas de temporiser jusque-là. C'est donc principalement dans l'état général du malade qu'il conviendra de puiser les indications relatives au moment d'opérer. Ainsi ce moment sera venu lorsque : 1° il sera evident qu'il n'y a plus rien à espérer d'aucun traitement général ; 2° que le mal est assez avancé pour menacer prochainement l'existence; 5° lorsque, cependant, il reste encore assez de force au sujet pour supporter et pour vaincre le choc et la dépressive influence de l'opération. B. Procédé opératoire. M. Storks, au lieu du procédé opératoire qu'il a suivi dans le cas ci-dessus, préfère le suivant. L'espace

intercostal qu'on doit ouvrir étant bien déterminé, on fait avec un bistouri droit et étroit une incision de 2 pouces de longueur le long du bord supérieur de la côte inférieure; pnis on enfonce avec précaution le même instrument dans la cavité, en observant attentivement les suites de cette ponction ; et, si rien ne l'empêche, on agrandit immédiatement l'incision dans l'étendue d'un pouce et même au delà. Si une hémorrhagie résultait de l'incision des vaisseaux des parois de la poitrine, il faudrait les lier avant de rendre l'ouverture plus profonde. Dans le cas où le sang viendrait des parois de la caverne divisées, on introduirait le tube, et la pression qu'il exerce suffirait vraisemblablement pour arrêter le saignement. Il en fut ainsi chez une dame à laquelle M. Storks a fait récemment l'opération d'après ce procédé, de concert avec M. Hastings. Il le regarde comme plus prompt et causant moins de douleurs que celui mis en usage sur l'ecclésiastique qui fait le sujet de l'observation détaillée plus haut. Le seul reproche qu'on pourrait lui faire est qu'il laisse les fibres du grand pectoral intactes, et que leur contraction spasmodique pourra ensuite causer de l'embar- . ras pour terminer l'opération, et notamment pour introduire le tube. Mais il faut remarquer que, en général, on n'aura pas souvent, presque jamais à pratiquer l'ouverture de la poitrine chez des sujets assez vigoureux pour que leur système musculaire ait conservé une vitalité capable de créer sous ce rapport des obstacles sérieux. Quant au tube, M. Hocken prescrit de le choisir de deux pouces et demi de longueur et d'un demi-pouce de diamètre. On a vu qu'une canule d'argent préparée exprès pour la circonstance dut être changée contre un morceau de sonde de gomme élastique. C'est également aux tubes de cette substance que M. Storks donne la préférence. Seulement il recommande d'appliquer sur l'orifice extérieur du tube une sorte de plaque en ivoire percée de trous nombreux. Il conseille enfin de placer dans le tube un morceau d'éponge chaud, qui servirait et à réchauffer l'air qui entre, et à absorber les humeurs sortant de la plaie. — Nous avons nous-mêmes quelques remarques à faire sur les divers points traités par les auteurs dont nous venons de reproduire les recherches. Le sujet est d'un intérêt trop majeur pour qu'on les juge inopportunes; il est trop difficile pour ne pas servir d'excuse à ce qu'elles pourraient avoir d'incomplet ou de hasardé. Et d'abord, pour ce qui regarde la théorie, nous dirons que, même en admettant, avec MM. Hastings et Hocken, la distension de la caverne

par l'air inspiré, comme cause principale de la gravité de la phthisie, nous ne croyons pas que l'opération proposée apporte contre cet élément morbide un remède suffisant. Supposons un phthisique qui a subi l'ouverture de la poitrine et qui porte un tube par lequel la cavité tuberculeuse communique avec l'extérieur. Au moment où il exécute une inspiration, l'air se précipite dans la poitrine dilatée par toutes les ouvertures qu'elle lui présente; il y pénètre donc par le tube comme par les tuyaux bronchiques, et la caverne le recevant par cette double voie n'est pas, tant s'en faut, affranchie autant qu'on le pense de la distension fâcheuse qu'elle subissait dans l'état naturel. Pour que cette importante condition se réalisât entièrement, une modification à l'appareil serait indispensable, et nous la proposons formellement. Il faudrait que le tube portât sur son ouverture extérieure une sorte d'opercule, de couvercle, articulé par un point de son contour, de manière à ne pouvoir se soulever que de dedans en dehors. Par ce mécanisme, il laisserait le passage libre à l'air qui voudrait s'échapper de la caverne à l'extérieur pendant l'inspiration , et le fermerait à celui qui tendrait à ce moment de s'y introduire du dehors. Cette espèce de soupape devrait, bien entendu, être assez légère, assez lâchement articulée avec le tube pour pouvoir céder aisément devant l'impulsion de la colonne d'air inspirée.Avec cette addition, le but de l'opération, tel qu'il est conçu par les médecins anglais serait, ce nous semble, beaucoup plus sûrement atteint qu'au moyen du simple tube constamment béant. Maintenant, cette ponction des cavernes à travers la paroi thoracique sera-t-elle fréquemment applicable ? Tout le monde a, sans doute, déjà répondu à cette question dans le même sens ; et les réserves que fait M. Hocken relativement à ses indications paraîtront sans doute, malgré toute leur sévérité, pécher plutôt par tropd'indulgence que par l'excès de rigueur. Peut-on espérer de trouver souvent des cavernes à la fois en assez petit nombre, assez superficielles et assez spacieuses pour permettre l'opération? des malades, en même temps assez épuisés pour qu'elle soit leur unique ressource, et · assez robustes cependant pour pouvoir la supporter ? De pareils cas se montrent, il est vrai; mais les difficultés du diagnostic s'ajoutent encore à celles que la nature pré

(l) L'exemple cité plus haut vient encore éclairer ce point contesté de la question. Dans la maladie tuberculeuse du rachis, l'on ne peut espérer, en ouvrant les abcès par congestion, que de guérir un symptôme, une complication; aussi n'est-on autorisé à pratiquer cette ouver

sente, il sera presque toujours à peu près impossible d'affirmer avec certitude la coexistence de toutes ces circonstances favorables, et si l'opération n'est pas par cela même rejetée de la pratique, tout au moins ses indications ne seront-elles jamais de celles qu'on puisse établir sans faire une part trop large aux chances d'erreur. — D'un autre côté, il est plus que douteux qu'elle ait en elle un pouvoir réellement curatif de la phthisie; ce n'est jamais qu'une médecine de symptôme, que quelque chose de comparable à l'évacuation du pus des abcès qui se forment dans l'affection tuberculeuse des vertèbres. Sous ce rapport, nous adoptons tout à fait le jugement exprimé à cet égard par M. Hocken. Mais par cela même que son but est essentiellement incomplet, par cela même qu'elle n'apporte au mal qu'un remède partiel et temporaire, il importe d'autant plus de rendre cette opération aussi sûre, aussi innocente que possible dans son exécution , afin que, en aucun cas, la somme de ses dangers ne dépasse les avantages qu'on peut rationnellement en attendre (1). A ce point de vue, nous applaudissons à la simplification proposée et exécutée par M. Storks. Nous voudrions même que, pour rendre la ponction encore plus exempte d'accidents, on commençât par escarrifier profondément le point désigné pour la faire, au moyen de plusieurs applications successives de potasse caustique, et qu'on n'achevât qu'ensuite l'ouverture de la cavité morbide avec l'instruuuent tranchant. Ce procédé, d'ailleurs n'est point une innovation ; il n'est autre que celui généralement suivi pour l'ouverture des collections de liquide formées dans la cavité péritonéale. Dans un cas assez récent, M. Bricheteau l'employa (voyez Gaz. méd., 1845, page 504) pour une opération entièrement identique à celle que nous décrivons ici. L'application préalable de potasse caustique aurait, en outre, l'avantage précieux de déterminer à son voisinage, entre les deux feuillets de la plèvre, ces adhérences qu'on n'est jamais assuré d'y rencontrer, et dont la présence cependant est indispensable au succès de l'opération. Nous devons encore, avant de terminer, dire que l'addition d'une éponge placée dans le tube, proposée par M. Hocken, ne nous semble pas heureuse. Elle gênerait bien certainement le libre passage de l'air à

ture que si elle ne doit par elle-même faire courir aucun risque au malade. La méthode sous-cutanée donne heureusement ici le moyen de remplir sûrement cette importante condition.

travers la canule, sur lequel on compte

précisément comme étant l'effet principal

qu'on cherche à obtenir par l'opération. (J. des connaissances méd., août 1845.)

Quelques mots sur la bronchite capillaire (inflammatian des dernières ramifications); traduit du hollandais par le docteur DIEUDoNNÉ (1).—Suivant le docteur Canstatt (2), la bronchite capillaire et la péripneumonie fausse (peripneumonia notha) des anciens écrivains, et surtout de Sydenham, ne constitueraient qu'une seule et même maladie. En lisant attentivement le chapitre que Sydenham (5)a consacré à cette dernière affection, nous croyons y trouver des raisons suffisantes pour douter de l'identité de ces deux formes morbides. — Au nombre des symptômes principaux, Sydenham signale : les frissons ou le froid alternant avec la chaleur, des vertiges et une violente céphalalgie, augmentant encore par la toux ; vomissement de toutes les boissons avec ou sans toux, urines troubles et d'un rouge foncé, sang recouvert d'une couenne pleurétique, respiration courte, accélérée , violentes douleurs dans la poitrine, spasmes pulmonaires empêchant la respiration et la circulation, que les assistants peuvent même reconnaitre quand le malade tousse, etc. (4), et cependant absence à peu près complète de fièvre. Quant à la couleur bleuâtre que présente toujours la face et surtout les lèvres , et que Stokes (5) ainsi que plusieurs auteurs modernes ont donnée comme signe pathognomonique, il n'en est pas fait la moindre mention, et cependant on lit dans ce même chapitre : rubent et inflammantur gena oculique. Il serait assez étonnant qu'un observateur aussi distingué que Sydenham, n'eût pas remarqué une teinte si caractéristique, persistant pendant tout le cours de la maladie. Boerhaave (6) non plus ne dit un seul mot de cette couleur bleuâtre ; le silence de ces grands médecins, la fièvre minime et la différence que présentent la plupart des symptômes, ne nous permettent pas de regarder, comme ne constituant qu'une seule et même maladie, la péripneumonie fausse de Sydenham et la bronchite des auteurs modernes. Le caractère anatomique (et c'est là ce qui nous donne l'explication la plus satisfaisante de tous les

(1) Cet article est extrait du journal que notre savant confrère le docteur Gobée , publie en Hollande sous le titre de : Klinick.

(2) Handbuh der medic. klinik, 3 Band, 2 Abth., pag. l84.

(3) Opera medica, edit. Genev. , 1736, pars prima, pag. 167 et sequentes.

symptômes), le caractère anatomique de la bronchite capillaire est une inflammation, le plus souvent de nature catarrhale, de la muqueuse et du tissu cellulaire sous-muqueux, s'étendant jusque dans les 4e et 5e subdivisions des bronches , inflammation s'accompagnant de la formation d'un réseau inextricable de vaisseaux sanguins , qui épaissit la muqueuse, lui enlève son velouté et la rend plus rude ; en même temps la sécrétion est enrayée d'abord, puis l'épithelium se détache et il se forme des cellules muqueuses (7). Plus cette inflammation occupe d'étendue, plus la dyspnée est considérable et plus est douloureuse la toux sèche qui existe au début. On conçoit dès lors que, l'hématose devenant très-difficile dans le tissu pulmonaire, l'on voie apparaître cette couleur cyanotique propre aux individus affectés de bronchite capillaire, couleur qui se présente à divers degrés et que l'on ne doit pas s'imaginer devoir être toujours d'un bleu vif. Nous avons du moins traité beaucoup d'individus atteints de bronchite capillaire. et celui dont nous rapporterons plus loin l'observation est de ce nombre, chez lesquels, au lieu de cette couleur cyanotique, on ne remarquait que la pâleur de la face et une teinte bleuâtre des lèvres. La petitesse du pouls, son extrême fréquence, la céphalalgie et le délire qu'on observe aussi quelquefois, s'expliquent suffisamment par l'hypérémie cérébrale et pulmonaire. Un des meilleurs signes diagnostiques de la bronchite capillaire est la stupeur, qui précède souvent le délire et qui, d'autres fois, alterne avec lui ; malgré cette stupeur, le malade répond très-bien aux questions qu'on lui fait, mais aussitôt qu'on le laisse tranquille, il retombe immédiatement dans ses rêvasseries : ce symptôme ne se rencontre pas dans la bronchite ordinaire, dans celle qui n'atteint que les grosses ramifications bronchiques ; dans celle-ci , en effet, la circulation du sang à travers le parenchyme pulmonaire n'est pas gênée au même degré que dans la précédente, et il est rare qu'elle détermine une hypérémie cérébrale. Nous disons que c'est une hypérémie cérébrale que l'on remarque dans la bronchite capillaire, parce que nous n'avons pas assez de preuves anatomiques ou fonctionnelles de l'existence dans ce cas

(4) Pulmonum coarctatio adstantium auribus percipiatur.

(5) Die Krankheiten der Brustorgane, übersetzt von Behrend, Berlin, l844, p. 19.

(6) Van Swieten. Commentar. in Boerhaav. aphorismos, tom II, pag. 805. Edit. Lugduni Batavorum.

(7) Hasse, Patholog, anatomie , tom. l, pag. 391 et sequentes.

d'une inflammation consécutive de l'encéphale ou de ses membranes. Le délire n'est ordinairement que de courte durée et alterne avec des moments lucides; ce symptôme varie, du reste, selon que la bronchite est plus ou moins violente. Dans cette maladie, comme dans tous les états asphyxiques, le sang perd rapidement ses proportions de fibrine; il faut donc être extrêmement réservé sur l'emploi des saignées; dans la plupart des cas, on verra déjà, dès la seconde saignée, le sang présenter une proportion excédente de sérum; d'ailleurs la légèreté spécifique de l'urine vient encore prouver, le plus souvent, que le sang ne renferme que peu de combinaisons de protéine. La couenne inflammatoire ne présente que rarement les caractères de la fibrine normale, et dans le cas que nous allons rapporter, elle s'est présentée tout d'abord

sous forme de gelée. Ce n'est enfin que q

lorsque l'expectoration commence à se faire, qu'on voit, dans la bronchite capillaire, diminuer la dyspnée, la stupeur et le délire. La révulsion sur la peau par de grands vésicatoires appliqués sur la poitrine, les bains, l'ipécacuanha, le soufre doré d'antimoine sont de la plus grande utilité pour obtenir une issue favorable; après leurguérison, les malades restentencore longtemps faibles, comme cela a lieu après les asphyxies. Nous avons cru utile de faire précéder de ces courtes considérations anatomo-physiologiques , le fait intéressant qui suit, parcequ'elles pourrontservir àjeter quelque lumière sur l'épicrise de la maladie. Bronchite capillaire avec hypérémie cérébrale intense, sang avec couenne présentant l'aspect d'une gelée et avec beaucoup de rum, sécrétion nulle pendant plusieurs jours de la muqueuse des conduits aériens. Crise après l'usage de l'ipécacuanha. J. Megens, âgé de 19 ans, d'une constitution scrofuleuse-lymphatique, n'ayant jamais eu de maladies de poitrine, issu de parents sains et ayant été traité pendant cinq semaines dans l'hôpital de l'Université pour une fièvre intermittente, avait à peine obtenu sa sortie depuis cinq jours, lorsqu'il rentra à l'infirmerie, offrant les symptômes suivants : face pâle, teinte bleuâtre des lèvres, coucher en supination , affaissement et indifférence extrêmes, somnolence , facultés intellectuelles intactes. Le malade se plaint d'une douleur à la poitrine, qui commence vers le haut du sternum, s'étend ensuite à droite et à gauche à toute la cavité thoracique, devient plus intense à chaque inspiration et se fait sentir jusqu'au-dessous de l'appendice xyphoïde dans les accès de toux.A chaque inspiration un peu profonde

succède une toux sèche, convulsive, s'accompagnant d'une violente douleur dans la tête, surtout dans la région frontale; la respiration est fréquente et courte, la percussion donne partout un son clair, l'auscultation fait reconnaître dans toute l'étendue de la base du thorax, tant antérieurement que postérieurement, un râle bronchique sec et une bronchophonie très-prononcée. Quoique les accès de toux soient très-fréquents et augmentent d'intensité par le moindre mouvement, l'expectoration est nulle; le pouls est petit, fréquent (108 pulsations), et se laisse facilement déprimer; la peau est chaude et sèche; la langue est humide, couverte d'un enduit blanc; il y a anorexie, peu de soif et absence de selle. Entré dans la soirée du 21 juin , on lui met immédiatement quatre ventouses sur la poitrine, on prescrit l'application de cataplasmes et une potion avec l'oxymel. Aucun amendement n'étant survenu le lendemain (22 juin), on fait une saignée de six onces, qui ne produit non plus aucun soulagement. Le sang tiré de la veine était caractéristique ; ce sang, conservé dans différents petits vases, offrait une bonne moitié de sérum, tandis que l'autre moitié était représentée par un caillot non recouvert d'une couenne grisâtre, rappelant l'aspect d'une gelée et tremblottante au moindre mouvement. On prescrivit la mixture suivante : 2| Hydrochlorat. ammon. 3j; decoct. rad. althaea 3vj; succ. liquirit. 3s ; — de plus on fit passer un lavement. Le 25, les symptômes n'ont point changé; le malade est toujours couché en supination et se trouve dans un état de stupeur; il répond difficilement , mais cependant avec précision, aux demandes qu'on lui fait; la respiration et le pouls présentent les mêmes phénomènes que la veille. Cinq ventouses sur le thorax; continuation de la potion avec l'hydrochlorate d'ammoniaque. Les urines, que l'on conserve ce jour pour la première fois, sont d'un jaune clair, ont une pesanteur spécifique de 1,012, offrent une réaction acide, sont claires, sans énéorème ni sédiment, et ne contiennent, pour un processus inflammatoire, qu'une minime proportion d'urée. Le 24, les accès de toux étant toujours aussi nombreux et aussi douloureux sans que la moindre expectoration se soit établie, et la respiration étant continuellement bronchique, on prescrit : 2| Calomel. gr. xij, extract. hyosciam. gr. Iv, sacchar. alb. 3ij, à diviser en xij poudres, pour en prendre une toutes les heures. L'administration du calomel fut suivie, dans la nuit du 24 au 25 juin , de six selles liquides et verdâtres, qui n'amenèrent toutefois aucun

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