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Ankylose angulaire du genou traitée par la méthode de Barton ; par M. PLATT BURR. —Voici une de ces audacieuses entrcprises qu'on tolère en Europe plus qu'on ne les encourage et surtout qu'on ne les imite, et dont le Nouveau-Mondesemble jusqu'ici avoir le monopole de l'invention et du perfectionnement. Ce cas, outre le succès complet qui a couronné l'opération, est encore remarquable en ce qu'il résout une des questions qui étaient restées jusqu'à présent indécises relativement à un point très-important du manuel opératoire. Un nègre, âgé de 40 ans, robuste et bien portant, se donna par mégarde, en travaillant, un violent coup de hache qui porta sur la partie interne du genou gauche. La plaie pénétrait dans l'articulation. L'exercice et l'exposition à l'air exaspérèrent les symptômes. Le genou acquit un volume énorme ; la suppuration s'y forma et se fit jour par plusieurs ouvertures. Enfin, elle cessa ; mais le membre s'atrophia, le genou demeurant très-volumineux. Un an après l'accident, c'est-à-dire, en décembre 1841, le fémur, le tibia et la rotule étaient soudés et paraissaient constituer un seul et même os; la jambe était fléchic à angle droit avec la cuisse. Le malade ayant consenti à l'opération , celle-ci fut pratiquée le 8 décembre 1841. Une première incision partant du bord supérieur et antérieur du condyle fémoral externe fut dirigée obliquement en haut sur la face antérieure de la cuisse et terminée sur le côté interne. La seconde incision, commencée aussi du côté externe, mais à 5 pouces au-dessus de la première, passa obliquement en bas au-devant de la cuisse et se termina au même point que la première, formant là avec elle un angle aigu. Le lambeau triangulaire cutané et charnu étant relevé et disséqué, on appliqua sur le fémur mis à nu la scie ordinaire à amputations, et on emporta par deux sections obliques un segment cunéiforme de cet os, ayant 4 pouces à sa base et 5 lignes à son sommet dirigé en arrière. Conformément au précepte posé par Barton, on ne divisa pas avec la scie l'os en totalité; on laissa à sa partie postérieure l'épaisseur de 5 lignes intacte, et l'on acheva la division du fémur en le fracturant , afin de ne pas exposer l'artère poplitée à être lésée. L'opération ne dura que cinq minutes. Le lambeau fut recousu et maintenu par les agglutinatifs. On plaça immédiatement le membre dans la même situation angulaire qu'il avait avant l'opération, et sur un double plan incliné semblable à l'appareil d'Anesbury, dont le degré d'inclinaison pouvait être changé à volonté. On le laissa ainsi pendant quelques

semaines jusqu'au moment où l'on put penser que les esquilles et les aspérités de l'os étaient absorbées ou recouvertes d'exsudations récentes. La réunion des parties molles s'était accomplie pendant ce temps sans accidents. On commença alors à redresser peu à peu l'articulation ; mais, conformément encore aux vues de Barton , on n'alla pas jusqu'au redressement complet, et l'on conserva au genou un léger degré de flexion, afin d'empêcher que le talon, dans la marche, ne heurtât à chaque instant contre les inégalités du sol. Le membre ayant été amené à l'attitude voulue, on substitua au double plan incliné la boîte ordinaire à fractures, dans laquelle on le laissa plus de trois mois. Dans le mois de juin 1842. le malade put commencer à marcher sans bâton et reprit ses travaux. Mais le 15 juillet de la même année, étant à monter une échelle , le pied lui manqua, et dans sa chute, il se fractura la cuisse au lieu même de l'opération. Comme il s'était plaint auparavant de souffrir dans le cou-de-pied, au métatarse et aux ortcils surtout lorsqu'il avait beaucoup marché ou était resté longtemps debout, on profita de ce nouvel accident pour faire consolider le membre non plus à angle, mais en ligne droite. En moins de deux mois , la fracture fut guérie, et il put se remettre à travailler M. Kilpatrick dit qu'il le vit, le 15 avril 1844, activement occupé à bêcher un jardin. Le malade lui assura alors qu'il pouvait se servir de la hache et de la houe aussi facilement que jamais, et qu'il labourait même sans être fatigué. (The American Journal, 1844, et Gaz. méd. de Paris, 1845.)

Sociétés de prévoyance en cas de maladie. La Société de médecine d'Anvers s'est occupée dans ses séances du 29 mai et du 12 juin de l'examen des associations de prévoyance en cas de maladie, connues en Hollande, sous le nom de Zieke-Bussen et qu'on tente d'établir en Belgique sous des titres plus ou moins pompeux. Elle a fait imprimer séparément la discussion à laquelle elle s'est livrée à ce sujet pour être communiquée aux autorités administratives et ecclésiastiques, et à toutes les personnes qui, par leur position sociale honorable et influente, sont ordinairement sollicitées d'accepter le protectorat des œuvres de bienfaisance.

Voici dans quels termes elle a porté son jugement sur ces associations soi-disant philanthropiques.

« La Société de médecine d'Anvers :

» Ayant pris connaissance de ce que sont les associations de prévoyance appelés ZiekeBussen en Hollande et ayant examiné le règlement de la société analogue qu'on a voulu établir en ville, » Déclare : » 1° Qu'elle considère ces associations et toutes autres sociétés analogues qu'on tenterait d'établir dans la suite, comme inutiles, dangereuses et ne répondant aucu

nement au but charitable pour lequel on les dit instituées ; » 2° Qu'elle approuve la conduite des médecins et des pharmaciens qui ont refusé toute collaboration à la Société de prévoyance projetée à Anvers, dès qu'ils ont eu connaissance du règlement de cette association. »

Chimie médicale et pharmaceutique.

Sur l'insolubilité du sesquichlorure de chrome et du sulfate de sesquioxyde de fer, par M. CH. BARREswIL. - Lorsqu'on calcine légèrement le sulfate de protoxyde de fer, on le rend, non pas moins insoluble, mais moins facilement soluble dans l'eau ;ce fait bien connu est signalé dans tous les Traités de chimie ; mais je ne sache pas qu'on ait jamais indiqué la propriété singulière que possède le sulfate de peroxyde de fer de se dissoudre rapidement dans une solution de sulfate de protoxyde. J'avais depuis un an eu l'occasion d'observer mainte et mainte fois ce curieux phénomène lorsque je préparais le sulfate bleu de fer; mais je ne m'y étais pas arrêté, me l'expliquant suffisamment par la formation d'un sel double, lorsque mon attention fut éveillée de nouveau par la communication que fit M. Peligot du phénomène si curieux de la dissolution du sesquichlorure de chrome violet par une quantité presque impondérable de protochlorure de chrome. Je me proposai de voir si la solubilité du sulfate de sesquioxyde de fer en présence du sulfate de protoxyde ne serait pas un phénomène du même ordre. Je commençai par répéter nettement la réaction, telle que j'avais cru la remarquer, et constatai d'une manière irrévocable, que 5 volumes d'une dissolution de sulfate de protoxyde dissolvent, pour ainsi dire instantanément, le sulfate de peroxyde préparé avec 4 volumes de la même liqueur, proportions nécessaires pour préparer le sulfate bleu de fer ; puis je diminuai progressivement le sulfate de protoxyde et arrivai ainsi à n'employer de ce sel qu'une quantité minime qui n'était plus en rapport équivalent avec le sulfate de sesquioxyde. Je me convainquis que ce phénomène était analogue à celui observé par M. Peligot, et je leur cherchai alors une explication commune; car la théorie si ingénieuse donnée par M. Lœwel ne pouvait être applicable au fait que je signale. L'examen attentif des faits connus me conduisit à une interprétation nouvelle que je vais indiquer ici, avec réserve toutefois,

en la faisant précéder des documents qui me l'ont suggérée. Si l'on dissout à froid de l'alun de chrome, on obtient une dissolution violette, qui, portée à une température voisine de l'ébullition, devient verte et n'est plus susceptible de donner des cristaux d'alun. On admet généralement, pour expliquer ce fait, qu'il y a deux modifications isomériques de l'oxyde de chrome représentées par les couleurs violette et verte (1); on sait également que, par double décomposition, on peut obtenir tous les sels de l'une ou l'autre modification, que ces sels sont plus ou moins stables, et que les sels violets le sont moins que les sels verts correspondants. Le sesquioxyde de fer et ses sels présentent, l'expérience le prouve, de semblables modifications isomériques, avec cette seule différence que le passage de l'une à l'autre modification est plus facile : ainsi, par exemple, l'alun de fer ammoniacal, qui se décompose au sein de l'eau par l'action de la chaleur, peut être régénéré avec les produits de sa décomposition. Il m'a paru simple d'admettre, en présence de ces faits, que le sesquichlorure de chrome violet, au contact du protochlorure de chrome. s'unissait à lui pour former un sel double (modification violette), que ce sel double très-instable se décomposait dans l'eau en sesquichlorure (modification verte), qui n'est pas susceptible de donner le même sel double, et en protochlorure, qui réagissait sur du nouveau sesquichlorure violet, etc., etc. De même, pour le sulfate de peroxyde de fer calciné , j'ai pensé que ce sel , en se dissolvant dans le sel de protoxyde correspondant, donnait naissance à un sel double éphèmère (FeoOo(SOo)oFe OSOo , par exemple); que ce sel se dédoublait dans l'eau en sulfate de peroxyde (seconde modification non susceptible de former un sel double), et en sulfate de protoxyde qui, libre, se portait sur une nouvelle quantité du sulfate de peroxyde de fer, etc., etc.

(1) Berzélius, Annuaire, 1844 et 1845.

On objectera sans doute à cette théorie, qu'il est au moins singulier de voir un composé se faire et se défaire pour ainsi dire instantanément. Il ne me serait pas difficile de l'appuyer de nombreux exemples irrécusables, et de prouver que les réactions finales que nous connaissons sont souvent précédées de plusieurs réactions inter· médiaires que nous ne saisissons qu'à l'aide d'un examcn attentif et que nous ne saurions nier ; j'indiquerai sculement un fait, l'un des plus palpables que je puisse citer. Si l'on verse rapidement dans une dissolution acide d'eau oxygénée une dissolution acide d'acide chromique, on obtient un abondant dégagement d'oxygène, et la liqueur devient verte. On ne s'explique pas cette décomposition de l'eau oxygénée et de l'acide chromique : il n'y a ni élévation de température ni influence d'un corps solide rugueux ; on ne peut pas même invoquer la sorce catalytique. Mais, si l'on opère attentivement, et si surtout on modifie les circonstances de l'opération, on voit qu'au contact du bioxyde d'hydrogène et de l'acide chromique, il se produit un corps éphémère bleu, l'acide surchromique, qui, très-instable, se décompose, à mesure qu'il se produit dans un milieu acide, en oxygène et en chlorure de chrome ; et dès lors le dégagement d'oxygène s'explique naturellement. Sans doute beaucoup de phénomènes, dits catalytiques, sont dus à des causes semblables; c'est un sujet sur lequel je me propose de revenir. (Journal de Pharmacie et de Chimie, juin 1845.)

Découverte d'un nouveau métal (Ruthenium), par le professeur CLAUs, à Kasan. (Lettre à M. Hess.) — J'ai enfin réussi, après un travail non interrompu de deux années , à obtenir à l'état de pureté le nouveau métal, que j'ai déjà annoncé précédemment, et à l'extraire par un procédé simple des résidus du platine. Je m'empresse de vous en donner connaissance, en vous communiquant en même temps quelques données sur ses propriétés remarquables. Je n'ai pu jusqu'à présent obtenir ce métal que sous forme d'une poudre gris noir, bien plus légère que l'iridium. Il appartient au groupe intéressant des métaux du platine, et ses chlorides simples et doubles ont beaucoup de ressemblance avec ceux de l'iridium. Celle du chloride de potassium et d'iridium avec le sel correspondant du nouveau métal est si grande, que M. Berzelius, à qui j'en ai envoyé un échantillon, m'a déclaré dans une lettre que c'est un sel d'iridium ; mais huit jours après, j'en ai reçu une nouvelle dans laquelle il rétracte sa première opinion et considère ce

sel comme celui d'un métal qui lui est inconnu. Toutefois ce métal a des caractères si tranchés et si particuliers, que l'on ne peut conserver aucun doute sur son existence propre. En effet, son chloride le plus élevé a une belle couleur orangée, et donne, lorsqu'on le précipite de sa dissolution aqueuse par l'ammoniaque, un précipité d'un oxyde noir, tandis que les dissolutions des chlorides des autres métaux de platine ne sont pas du tout précipitées par l'ammoniaque à la température ordinaire. La dissolution de ce chloride n'est attaquée qu'après une prolongation d'action de HoS ; elle donne lieu à un précipité brun d'abord et noircissant plus tard de sulfure métallique, et la liqueur se colore en bleu d'azur magnifique. Ce phénomène dépend de ce que H*S transforme, en séparant un peu de sulfure métallique, le chloride en un chlorure bleu, qui n'est presque pas décomposé par H*S. Si on met un bâton de zinc dans la dissolution du chloride orangé acidifiée par de l'acide chlorhydrique, il s'en précipite au bout de quelque temps une poudre métallique noire, et la liqueur se colore en un bleu indigo foncé; plus tard tout le métal est précipité et la dissolution devient incolore.

Le métal ainsi que toutes ses combinaisons donnent, lorsqu'on les chauffe fortement au rouge avec beaucoup de nitre, une masse vert noir qui forme, en se dissolvant dans de l'eau distillée, une liqueur d'une belle couleur orangée. Cette dissolution du sel potassique de l'acide métallique colore les objets organiques en noir et se décompose par l'addition de substances organiques, telles que l'alcool, par l'action des acides, etc., et il se précipite alors une combinaison noire de velours d'oxyde et de potasse. Cette dernière se dissout complétement par l'ébullition avcc de l'acide chlorhydrique en formant une dissolution du chloride orangé. Le chloride est extrêmement facile à décomposer surtout dans la dissolution aqueuse ; il se colore, en perdant du chlore, en brun foncé presque noir, quelquefois en rouge cerise et laisse précipiter une poudre noire, insoluble. C'est à cet état de décomposition qu'il a une énergie tinctoriale tout à fait incroyable, à tel point que quelques milligrammes du chloride peuvent rendre une demi-livre d'eau presque opaque. Si on précipite le chloride par de l'ammoniaque, qu'on dissolve ensuite le précipité noir dans de l'acide chlorhydrique et qu'on fasse évaporer jusqu'à siccité, on obtient un résidu vert sale qui, dissous dans beaucoup d'eau, donne une liqueur opaque, noire, tirant sur le rouge cerise; celle-ci présente par l'évaporation et l'addition d'une petite quantité d'acide nitrique, les plus belles nuances de couleur; elle devient d'abord violette, bleu d'azur, rouge, jaune et enfin verte par l'évaporation jusqu'à siccité. Ce sel partage cette dernière propriété avec le sesquichlorure d'iridium. Mais ses autres propriétés, sa manière de se comporter avec le nitre et l'hydrogène sulfuré, sont si caractéristiques, que l'existence propre de ce métal saute aussitôt aux yeux. La tendance de ce métal à se combiner avec les alcalis est si grande, que dans sa fusion avec la potasse caustique il s'y dissout complétement, et donne par son mélange avec de l'eau une liqueur jaune orangée qui est également du sel potassique de l'acide métallique. De là vient aussi que l'on ne peut pas réduire ce métal de la même manière qu'on réduit de leurs chlorides les autres métaux du platine, en les mélangeant avec de la soude et les chauffant fortement au rouge. Si on mélange du chloride du métal avcc de la soude et qu'on chauffe au rouge le mélange, la majeure partie de la masse se dissout dans l'eau avec une couleur rouge orangée. Je nommerai ce métal ruthenium parce qu'il se trouve en petite quantité dans le corps blanc mentionné par Osann, formé en majeure partie d'acides silicique et titanique, de peroxyde de fer et de zircone, et considéré, par Osann, comme un oxyde métallique particulier, qu'il a nommé oxyde de ruthenium. La découverte du nouveau métal a échappé à Osann, parce qu'il a traité à plusieurs reprises son oxyde de ruthenium impur par del'acide chlorhydrique, sans examiner la dissolution, mais qu'il a considéré le résidu insoluble comme le nouvel oxyde. J'ai, dans mes travaux sur le résidu de platine, obtenu aussi le ruthenium d'Osann, doué de toutes les propriétés que ce chimiste lui assigne. J'ai retiré de cet oxyde, parl'acide chlorhydrique, une grande quantité de mon oxyde de ruthenium avec un peu de peroxyde de fer. Après avoir appris sur de petites quantités à connaître les propriétés du métal, il m'était facile de le retirer du résidu de platine. Avant toutefois de m'être mieux familiarisé avec le ruthenium, j'avais soumis toute ma provision de résidu de platine à une seule fusion avec du nitre (le traitement par le chlore en grand me présentait trop de difficultés et de perte de temps). J'ai par un procédé particulier retiré de la masse fondue les différentes combinaisons des métaux de platine qui s'y trouvaient contenus, et j'ai obtenu ainsi de 15 livres de résidu près de 4 onces d'osmium métallique. J'ai déjà découvert dans ce travail et antérieurement à M. Frémy l'osmite de potasse, mais je l'ai obtenu par un autre procédé que lui. C'est un très-beau sel, qui

cristallise en octaèdres réguliers de couleur noire, rouge grenat ou rouge rosé. La couleur dépend de la plus ou moins grande promptitude de leur formation. S'ils ont le temps de se former par un refroidissement lent en gros cristaux réguliers d'une dissolution qui ne soit pas trop saturée, ils sont noirs, transparents aux arêtes avec une couleur rouge grenat : s'ils se déposent promptement d'une dissolution saturée, ils sont rouge grenat, et si on accélère la séparation du sel par l'agitation, les cristaux prennent la forme pulvérulente et ont une couleur rouge rosé. Réduit en poudre, le sel est presque blanc; il est KO + Os O* + Aq*. Il se dissout alors lentement dans l'eau avec la couleur du manganésiate de potasse. La dissolution se décompose en partie par l'évaporation ; il se dégage de l'acide osmique libre Os O" et il se précipite de l'oxyde noir d'osmium Os O* + Aq ; la liqueur devient fortement alcaline et une partie du sel cristallise sans décomposition. On peut empêcher cette décomposition en ajoutant beaucoup de potasse libre à la dissolution du sel. Les acides décomposent aussitôt cette dernière en donnant naissance à de l'oxyde d'osmium et à de l'acide osmique : 2 (OsO") produisent Os O2 + Os O*. J'ai aussi observé ce fait avant M. Frémy. L'oxyde a la propriété remarquable de se décomposer avec une légère détonation, lorsqu'on le chauffe dans un tube de verre, en osmium métallique et en acide osmique ; 2 (Os Oo) donnent naissance à Os + Os O*. J'ai préparé toute la série des combinaisons d'osmium en général. L'osmite de baryte Ba O + OsO" + Aq se forme en beaux cris

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mélange la dissolution de l'acide osmique avec un excès d'eau de baryte. La liqueur jaune laisse déposer le sel au bout de 4 semaines. J'ai retiré en outre de ces produits de la première fusion avec le nitre une grande quantité de sels d'iridium ; j'ai obtenu entre autres près de 5 onces d'un sel d'iridium qui avait des propriétés trèsdisparates, que j'ai cependant considéré comme un sel d'iridium, et que j'ai ajouté à l'autre chloride de potassium et d'iridium. Alors je ne connaissais pas encore assez exactement les propriétés des sels de ruthenium. Je sais aujourd'hui que c'était du chloride de potassium et de ruthenium. Il ne me restait plus qu'à essayer de retirer le ruthenium du résidu chauffé une fois au rouge avec du nitre et traité par l'eau et les acides, que j'avais mis de côté pour un nouveau travail. J'ai été assez heureux pour retirer, par le procédé suivant, de ce résidu déjà assez épuisé près de 1 once et demie de chloride de potassium et de ruthenium. J'ai mélangé parties égales de résidu et de nitre, et j'ai chauffé au blanc dans un creuset de Hesse pendant deux heures. La masse calcinée a été réitérée encore à la chaleur rouge avec une spatule de fer et réduite en poudre grossière après le refroidissement. On traite celle-ci par de l'eau distillée, en laissant le mélange en repos jusqu'à ce qu'il s'éclaircisse; on décante ensuite la liqueur parfaitement claire, qui a une belle couleur jaune foncé. On continue le traitement jusqu'à ce qu'il ne se dissolve plus rien. On ne peut pas filtrer la liqueur, parce qu'elle se décompose par l'action du filtre et l'obstrue. Elle contient du rutheniate, du chromate ou du silicate de potasse sans aucune trace de rhodium et d'iridium, et seulement une faible trace d'osmiate de potasse. On ajoute avec précaution de l'acide nitrique à la dissolution, jusqu'à ce que la réaction alcaline de la liqueur disparaisse ; il se précipite alors une combinaison d'oxyde de ruthenium et de potasse et une petite quantité d'acide silicique sous forme d'une poudre d'un noir de velours, et il reste en dissolution du chromate de potasse. On dissout après le lavage la combinaison d'oxyde de ruthenium et de potasse dans de l'acide chlorhydrique, on fait évaporer la dissolution jusqu'à ce que l'acide silicique se prenne en gelée ; on l'étend alors d'eau et on filtre. On ne peut pas évaporerjusqu'à siccité pour mieux séparer l'acide silicique , parce que le chloride de ruthenium se décompose dans ce cas en un chlorure insoluble. On rapproche la dissolution filtrée, qui est d'un beau jaune orangé, sous un très-petit volume et on la mélange avec une dissolution

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rendus de l'Académie des sciences, et dans le Journal de pharmacie, des extraits de mes recherches sur l'osmium, dans lesquels je faisais connaître les propriétés et la composition des osmites. Je crois donc que l'antériorité de mes recherches ne peut être contestée; je vois du reste que M. Claus représente les osmites par OSO*, MO : c'est la composition que je leur ai donnée dans mon Mémoire. L'analyse des composés osmiques présente tant de difficultés, que je suis heureux de constater ici que les expériences de M. Claus viennent confirmer en tous points celles que j'ai faites précédemment sur l'osmium.

Faits pour servir à l'histoire de l'action de l'acide nitrique sur les substances organiques non azotées. Extrait d'un mémoire lu à l'Académie des sciences de Turin , par M. A. SoBRERo, dans la séance du 26 janvier 1845. — Dans une note sur l'huile volatile de bouleau, que j'ai eu l'honneur de présenter à la Société de pharmacie de Paris en 1842, j'ai consigné quelques faits concernant l'action de l'acide nitrique sur les huiles volatiles hydrocarbonées, sur les essences oxygénées et sur les résines, et j'ai signalé comme un phénomène presque constant la production de l'acide hydrocyanique. Mes résultats se rattachaient à ceux qu'avait obtenus M. Thénard longtemps avant moi, dans l'oxydation par l'acide nitrique des corps dont la composition s'exprime par du charbon et de l'eau (1). Les faits que je me propose d'exposer maintenant sont le fruit de recherches postérieures, auxquelles je me suis livré dans le courant de l'année 1844. Je rappellerai ici que le 7 juin 1845, M. Delpiaz a annoncé à la Société de pharmacie la production de l'acide hydrocyanique pendant la préparation de l'éther nitrique des pharmacies, et que MM. Chatin et Derosne, chargés de faire un rapport sur le mémoire de M. Dalpiaz, ont ajouté un autre fait, celui de la production de l'acide hydrocyanique dans la réaction de l'acide nitrique sur les corps gras. Les uns et les autres ont donc, par leurs recherches, multiplié les cas de production de l'acide hydrocyanique au moyen de l'acide nitrique et d'un corps non azoté.Ce que je vais exposer maintenant sera un complément de tout ce qui a été fait jusqu'à présent sur ce point de l'histoire de l'acide nitrique. Je prends cette occasion pour remercier M. Boudet, qui en rendant compte dans le

(1) Et aux observations de M. Gaulthier de Claubry, qui avait démontré la présence de l'acide hydrocyanique dans le produit volatil de la préparation du fulminate de mercure.

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