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de complication. Dans aucun cas, l'auteur n'a vu survenir ces érythèmes que l'on voit si fréquemment se développer sous l'influence des frictions faites avec l'onguent citrin, la pommade d'Helmerich, etc. — M. Bourbousson s'est servi de la teinture alcoolique de cévadille, dont on fait imbiber un linge avec lequel on touche ou frictionne legèrement les parties couvertes de vésicules. Ces frictions sont répétées plusieurs fois dans la journée , et la durée du traitement varie suivant le nombre de fois qu'elles ont été faites. Ainsi , dans une gale récente, on obtient , terme moyen , la guérison au bout de 8 jours en faisant faire deux frictions par jour ;si l'on fait faire trois frictions par jour, la guérison s'obtiendra en 6 jours ; enfin celle-ci peut même être obtenue en 5 jours en portant le nombre des frictions à 4 par jour. Ce dernier nombre de frictions suffit méme, dans les cas où la maladie a déjà duré longtemps, pour obtenir la guérison en sept jours.

La cévadille présente, dans le traitement de la gale, de grands avantages, notamment ceux de ne pas salir le linge et de n'exhaler aucune odeur désagréable et en quelque sorte accusatrise; ces avantages, elle les partage avec l'ellébore blanc dont nous avons déjà eu occasion de signaler la propriété acaricide (1).

De l'emploi de l'alcool en fomentations contre la phthisie pulmonaire; par le docteur BENNEwITz, à Berlin. (Traduit par le docteur RIEKEN.) — Nous ne possédons jusqu'ici aucun spécifique contre la phthisie pulmonaire. Cette maladie enlève tous les jours un nombre considérable de personnes, et le médecin est, pour ainsi dire, réduit à rester spectateur, en attendant que la mort vienne terminer les souffrances des phthisiques. Il en résulte que chaque médicament qui paraît offrir quelque chance de salut, mérite d'être soigneusement examiné et employé.

Cette insuflisance de notre art et l'occasion fréquente qui s'est présentée à moi, de traiter des malades atteints de la phthisie pulmonaire, m'a donc engagé à essayer, contre cette maladie, la méthode nouvellement préconisée par M. Marshall-Hall. Bien que mes observations ne soient pas encore aussi nombreuses que je l'aurais désiré , le résultat que j'ai obtenu de l'emploi de l'alcool en fomentations m'enhardit à appeler l'attention de mes confrères sur cette méthode et à la recommander à leur examen soigneux et impartial.

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Voici la méthode vantée par M. MarshallHall, dans le journal The Lancet, mars 1845: On mêle une partie d'alcool à trois parties d'eau (d'abord tiède), et on fait avec ce mélange des lotions ou des fomentations sur la poitrine. On se sert, à cet effet, d'un grand morceau de linge, plié en double, dont on recouvre toute la surface antérieure de la poitrine, à partir des clavicules. On le place sur la poitrine en dessous de la chemise ; cela fait, on mouille le linge avec ledit mélange, au moyen d'une éponge, en renouvelant ce procédé de cinq en cinq minutes. On suspend cette application pendant le sommeil. L'habillement doit être léger et la compresse doit être mise à nu afin que l'évaporation puisse se faire lestement et sans gêne. M. Marshall-Hall traite de cette manière tous les phthisiques, tout en assurant que, bien que ce moyen ne soit nullement infaillible, il n'a eu qu'à s'en louer et qu'il le préfère à tous les autres médicaments, attendu qu'il a sauvé, à l'aide de ce traitement, un grand nombre de malades. Mes observations concordent, en général, avec ces assertions. Quoique je sois fort loin de croire que nous possédions dans l'alcool un médicament propre à combattre, dans tous les cas, d'une manière victorieuse cette maladie formidable, mes observations m'ont appris qu'il soulageait au moins , dans tous les cas, les souffrances sans nombre de ces malheureux et qu'il en amenait, sans aucun doute dans plusieurs cas, la guérison parfaite. Je sais bien que ces guérisons complètes pourront paraître paradoxales à plusieurs de mes confrères; je ferai toutefois observer que l'assertion émise par Bayle, qui a déclaré que la phthisie était une maladie toujours incurable, est réfutée depuis longtemps par les expériences de Laënnec et d'autres médecins qui admettent la possibilité de la guérir dans toutes ses périodes. Les observations des pathologistes modernes s'accordent avec ces expériences. L'essence de la phthisie pulmonaire consiste, selon eux, dans la formation de tubercules produits par la suppression de la matière exhalée par les poumons. Lorsque la nature tend à guérir cette maladie , la terminaison varie en raison de la'période à laquelle se trouvent les tubercules. Dans celle de la crudité, il s'opère la déliquescence et la résorption d'une grande partie du produit tuberculeux, les tubercules se ratatinent et sont réduits à un petit volume, ils deviennent épais et en quelque sorte cartilagineux et cessent d'occasionner des dérangements fonctionnels ; dans l'époque du ramollissement , au contraire, les tubercules sont en partie résorbés et en partie expectorés, et la perte de substance est rétablie au moyen de la formation de cicatrices. Pour provoquer, d'une manière artificielle, ces efforts curatifs de la nature, il ne peut donc se présenter aucune autre indication que celle de rétablir l'exhalation supprimée des poumons et d'éloigner, au moyen de la résorption et de l'excrétion, le produit morbide, savoir : les tubercules. Tous nos médicaments doivent répondre à ces indications thérapeutiques. L'alcool, me semble-t-il, les remplit d'une manière particulière. On sait qu'il agit, employé à l'extérieur, comme excitant sur les systèmes nerveux et lymphatique, qu'il augmente l'action des vaisseaux résorbants de la peau, qu'il en stimule la sécrétion et l'excrétion et qu'il exerce des effets excitants et dérivants sur les poumons. L'alcool est en mêmc temps un des médicaments les plus diffusibles dont la manière d'agir ne tient pas seulement à la quantité mais encore beaucoup plus à la qualité, et qui, par conséquent, ne se borne pas à produire l'irritation et ses différents degrés, mais qui consiste dans une pénétration matérielle de l'organisme tout entier et dans l'altération chimique qu'il produit. C'est surtout cet effet matériel et chimique, qui tend à changer la qualité de tout le système respiratoire et à en altérer l'action à tel point , que la dissolution et la résorption des tubercules deviennent possibles. L'emploi de l'alcool par l'intermédiaire de la peau, paraît offrir encore un autre avantage, c'est que, appliqué de cette manière, le médicament pénètre sous une forme moins changée dans les vaisseaux absorbants et qu'on peut joindre à son emploi celui d'autres substances médicamenteuses par les autres voies d'application, savoir : par l'estomac et le canal intestinal. Bien que M. Marshall-Hall croie superflu l'emploi de médicaments par la bouche et qu'il ait une confiance exclusive en sa méthode, je dois toutefois avouer que je n'ai pas suivi, sous ce rapport, tout à fait ses conseils et que j'ai fait en même temps usage, selon l'essence et le caractère de la maladie, tantôt de l'un, tantôt de l'autre médicament dont l'utilité a été confirmée par l'expérience. Je ne mentionne ici que deux médicaments dont je me suis toujours servi, c'est l'huile de foie de morue et le sulfate de quinine. Le premier convient mieux dans les premières époques de la phthisie, lorsque les tubercules sont encore crus et que les symptômes sont plutôt les suites de la compression et de l'irritation des poumons. La quinine, au contraire, est indiquée surtout dans la phthisie confirmée, quand il y a déjà euramollissement des tubercules ct issue en sûp. puration. Je nc nierai point que mes obser tés par M. Kerst, nous pouvons en ajouter maintenant un quatrième qui se trouve relaté dans le dernier exposé des travaux de la Société de médecine de Toulouse. Voici le fait : Un soldat du régiment des pontonniers entre à l'hôpital de Strasbourg dans un état complet d'ivresse. Quelques heures se sont à peine écoulées que l'infirmier de service appelle en toute hâte le chirurgien de garde. Le malade avait vomi abondamment et était retombé sur son lit sans connaissance, après avoir présenté quelques mouvements convulsifs. Il était mort. Quand on procéda à l'autopsie, on ne découvrit rien de notable dans les organes. Déjà même l'ivresse seule paraissait avoir déterminé la mort, lorsque, en fendant le conduit aérien, on trouva la cavité du larynx et le commencement de la trachée-artère presque entièrement obstrués par des aliments que, pendant les vomissements du malade, un mouvement convulsif d'inspiration avait appelés dans les voies aériennes.

vations perdent, de cette manière, un peu de leur pureté et de leur exactitude; mais je puis assurer que, malgré cela, je n'ai vu dater la guérison qu'à partir du moment où j'avais commencé à employer la méthode de M. Marshall-Hall. Ayant exposé la manière dont agit l'alcool contre une maladie suffisamment connue et caractérisée, je pcnse pouvoir passer sous silence les histoires de maladies qui viennent à l'appui de ce que j'ai avancé, d'autant plus que je fatiguerais par cette récapitulation la patience des lecteurs. J'invite avec instance mes confrères à vouloir bien renouveler mes essais en cas opportun, persuadé qu'ils se convaincront de l'utilité de cette méthode. Je crois, du reste, devoir encore mentionner que tous les cas contre lesquels j'ai employé cette méthode, se sont caractérisés, d'une manière précise, comme des phthisies pulmonaires, par le son pectoral particulier (la pectoriloquie), par la fièvre et l'amaigrissement, et enfin, par l'hémoptysie et les sueurs matinales. (Casper's Wochenschrift, 1845. N° 24, p. 581-585.)

Action du sucre sur les dents; par le docteur LAREz, de Milan. — En étudiant l'action que le sucre exerce sur les dents, M. Larez est arrivé aux conclusions suivantes : 1° Le sucre raffiné, soit de canne, soit de betterave, est nuisible aux dents saines, plutôt par le contact immédiat avec ces organes que par le développement de gaz qui a lieu pendant la durée de son séjour dans l'estomac ;-2°Si l'on fait macérer une dent dans un soluté de sucre, elle est tellement altérée dans sa constitution chimique, qu'elle devient de substance gélatineuse, et son émail devient opaque, spongieux, et se délite avec la plus grande [facilité; 5° Cette modification n'est pas due à l'action d'un acide libre, car il n'en existe pas dans le sucre; mais elle doit être rapportée à la tendance qu'a ce dernier corps à se combiner avec la base calcaire de la dent ; 4° Si l'émail de la dent n'est pas attaqué au même degré que la partie osseuse, le motif de cette différence se trouve dans le phthorure de calcium, qui résiste mieux à l'action des réactifs chimiques que ne le peut faire le sel calcaire.

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Fièvre intermittente rebelle déterminée par un déplacement en bas de la rate. Guérison de la fièvre par l'emploi d'un bandage. Observation et réflexions recueillies par M. BoUTEILLIER, interne provisoire. — Une femme âgée de trente-quatre ans, journalière, fut prise, il y a vingt-deux ans, sans cause miasmatique, d'accès de fièvre intermittente qui n'ont cédé depuis à aucun traitement. S'étant décidée enfin à entrer à l'hôpital, à l'examen de l'abdomen ou trouva la rate déplacée, très-mobile, occupant la partie supérieure de la fosse iliaque gauche ; de telle sorte qu'avec la main il était facile de la ramener au-dessous des côtes, à sa place normale. Il est bon de se rappeler aussi qu'il n'y avait pas ou presque pas d'hypertrophie de la rate.

M. Piorry affirma alors que c'était le tiraillement du plexus splénique qui causait, dans ce cas, les accès de fièvre, et il annonça que l'emploi du sulfate de quinine n'amènerait aucune amélioration, mais qu'il Serait nécessaire d'avoir recours à un bandage. Déjà cette malade avait plusieurs fois, pendant les vingt-deux années qu'a duré sa fièvre intermittente, pris du sulfate de quinine à des doses plus ou moins élevées.

Par un interrogatoire long et méthodique, on apprit une circonstance bien digne de remarque, c'est que, pendant chacune de ses grossesses, cette femme n'a jamais eu d'accès, et cela par suite, sans aucun doute, du développement de l'utérus, qui reportait la rate en haut et la plaçait à peu près dans sa situation normale. Cette circonstance venant confirmer le diagnostic de M. Piorry, était bien de nature à encourager dans l'i

dée de mettre tout de suite en usage les moyens mécaniques ; mais on préféra temporiser un peu ; et afin qu'il ne restât plus le moindre doute dans les esprits, on commença par administrer le sulfate de quinine, qui fut porté même à des doses assez fortes. Voici ce qui advint : La rate diminua sensiblement, ce qui prouve, pour le noter en passant, que le sulfate de quinine diminue le volume de la rate même à l'état normal. La malade fut en outre quelques jours sans avoir d'accès. Mais l'explication de cette suppression momentanée des accès est facile à donner, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir l'influence du sulfate de quinine ; c'est que la malade resta couchée pendant tout ce temps, et que les plexus spléniques n'étaient point, par conséquent, tiraillés comme ils l'étaient habituellement dans la station verticale. En effet, c'était si bien là la cause réelle de cette cessation des accès, que du moment où la malade se leva, à peine fut-elle descendue dans les cours de l'hôpital, qu'elle fut prise d'un violent accès qui se répéta les jours suivants. L'expérience était concluante. Cependant, on ne voulut pas s'en tenir là ; on la renouvela plusieurs fois, et toujours on obtint le même résultat. Une autre remarque fut faite. A chaque tentative de marche, des souffrances vives étaient ressenties dans le point occupé par la rate, et celle-ci grossissait en même temps qu'il y avait un accès, ce qui pourrait faire croire, à tort, que chaque accès, dans la fièvre intermittente, fait grossir la rate. Il n'en est rien ; ce n'est ici qu'une exception apparente. Ce n'est point l'accès, dans ce cas non plus, mais bien la douleur, qui fait grossir la rate, douleur qui y amène la congestion. Voici l'ordre des phénomènes : Tiraillement du plexus splénique, douleur, congestion de la rate, ct enfin l'accès de fièvre. Pendant son séjour à l'hôpital, la malade qui nous occupe fut atteinte d'une variole qui parcourut normalement toutes ses phases; et nous n'en parlons ici que pour faire remarquer que tant que la fièvre continue dura, il n'y eut point d'accès, et que les accès recommencèrent aussitôt que la variole fut arrivée à la période apyrétique. Le type fébrile continu est incompatible avec le type fébrile intermittent. Après la guérison complète de la variole, et lorsqu'il fut bien démontré que le sulfate de quinine ne pouvait rien dans ce cas particulier, on fit faire un bandage pour contenir la rate réduite. Voici la description de ce bandage, que M. Drapier, herniaire des hôpitaux, construisit d'une manière fort intelligente. La pièce principale de l'appareil est un arbre en acier de quclques centimètres seulement. L'une de ses extrémités est munie d'une noix dentelée et d'un claquet, ou petit ressort s'engageant à volonté entre l'une ou l'autre des dents de la noix, de manière à faire mouvoir une petite pelote dite pelote tournante. A l'autre extrémité de l'arbre est rivé un ressort circulaire faisant le tour du corps au-dessus des hanches. Ce ressort porte une courroie, on augmente la compression antéro-postérieure; et en faisant tourner la pelote , on augmente la compression de bas en haut. ll est inutile d'ajouter que tout l'appareil est recouvert d'une peau. Après l'application du bandage, la malade se trouva de suite soulagée et demanda à sortir. On la retint cependant quelques jours encore à l'hôpital, et on l'engagea à marcher beaucoup chaque jour. Elle n'eut plus un seul accès. Nous l'avons revue depuis; elle nous disait encoredernièrement que ses accès n'avaient plus reparu depuis qu'elle porte ce bandage, et cependant elle exerce un état fort pénible; elle est journalière. Chez cette femme, le sulfate de quinine avait toujours été sans résultat ; le bandage a réussi sur-le-champ. Il est donc évident que c'était le déplacement de la rate qui causait les accès. Comment, dira-t-on, le déplacement de la rate peut-il causer tant de phénomènes généraux ? Il est facile de s'en rendre compte si l'on réfléchit aux conséquences qu'entraine ordinairement le déplacement des autres organes, tels que l'utérus, les testicules, les reins, etc. L'utérus vientil à être déplacé, il survient aussitôt des douleurs de reins intenses, des tiraillements d'estomac, des douleurs utérines, quelquefois mêmc des contractions, des douleurs dans le rcctum, un sentiment de pesanteur dans le siége, de la difficulté à rester debout et de la fièvre à la moindre fatigue. Le déplacement du testicule, quand il n'est pas soutenu par un suspensoir, ne laisse pas aussi que de déterminer des phénomènes généraux, tels que douleurs de reins, tiraillement des plexus spermatiques ; en un mot, un ensemble de phénomènes qui a une grande analogie avec ceux que cause le déplacement de l'utérus. M. Piorry a actuellement dans sa clientèle un exemple de déplacement du rein, reconnu à la plessimétrie, qui donnait dans le bas-ventre une matité dans une étendue ayant juste la forme du rein. Eh bien, ce malade éprouve des tiraillements à la moindre fatigue, de la fièvre et des accidents généraux, sans parler des troubles dans la sécrétion urinairc. Dans ces trois cas de déplacement il y a, comme on ie voit , des symptômes en rap

port avec les souffrances ordinaires de chacun de ces organes. La même chose arrive pour la rate. Or, comme les souffrances ordinaires de la rate causent des accès de fièvre intermittente, son déplacement doit, de même que son hypertrophie, sa dégénérescence cancéreuse ou tuberculeuse, causer une fièvre d'accès.C'est, en effet, ce qui a lieu. A côté de cette fièvre intermittente, symptôme d'un déplacement de la rate, il y a dans les salles de M. Piorry trois autres cas de fièvre intermittente, tous trois symptômes d'un état organo-pathologique différent, l'un d'une contusion de la rate, l'autre d'une névralgie intercostale du côté gauche, le troisième d'une hypertrophie. Dans cette dernière, la relation de cause à effet est des plus évidentes ; car le malade a souffert dans la région splénique avant le premier acces. Cette observation, féconde, comme on le voit, sous plusieurs rapports, vient sanctionner l'opinion suivante, que M. Piorry a émise le premier : à savoir, que la fièvre intermittente n'est pas une maladie, mais le symptôme des états organo-pathologiques de la rate, et quelquefois des nerfs qui y correspondent. Mais, dira-t-on, pourquoi la périodicité des accès de fièvre, s'ils sont dus à une lésion permanente ? De ce qu'on n'a pu jusqu'ici se rendre compte de ce phénomème, ce n'est pas toutefois une raison pour ne pas admettre la théorie de M. Piorry ; car en physiologie et en pathologie, il y a bien des exemples d'effets périodiques dus à des causes permanentes , effets que l'on n'a jamais songé à nier. (Gazette des hôpitaux, 21 juin 1845.)

Considérations sur quelques maladies du rectum. (Extrait d'une leçon clinique de M. LIsFRANc.) — Depuis longtemps les maladies du rectum ont fait l'objet des recherches et des méditations de M. Lisfranc. Il a prouvé, par un grand nombre de faits, que les affections syphilitiques se portaient bien plus souvent sur le rectum qu'on ne le croit généralement. « Demandez, a-t-il dit, aux malades affectés de prétendus cancers du rectum , s'ils ont eu des maladies vénériennes ; 19 fois sur 20, ils répondront affirmativement. Eh bien, traitez ces maladies par des saignées dérivatives, des mèches, si le rectum n'est pas trop sensible, les mercuriaux et surtout l'iodure de potassium, et sur dix cas vous en guérirez neuf très-certainement. » M. Lisfranc a insisté sur ce fait, parce que si ces affections étaient cancéreuses, on ne les guérirait pas en les traitant ainsi. Il n'est pas douteux, par exemple, que le prétendu cancer du rcctum, que Desault dit avoir guéri par la compression, était tout simplement une induration syphilitique du genre de celles dont il vient d'être question. On ne risque rien d'ailleurs , à traiter ces maladies comme on vient de le voir, car on limite toujours le mal alors qu'on ne le guérit pas, et la guérison même peut être obtenue sans avoir été recherchée. Ainsi M. Lisfranc a cité l'observation d'un homme qui devait être opéré pour une cause analogue. C'était pendant l'hiver de 1829; la rigueur excessive du froid fit ajourner l'opération : en attendant , on traita par les moyens précités, moins l'iodure de potassium, et il arriva que le temps favorable étant venu, l'etat satisfaisant du malade rendit l'opération inutile. En conseillant la compression dans l'intérieur du rectum pour guérir la fistule anale, les anciens avaient eu le tort de ne pas préciser les indications. ll en est résulté que ce moyen a été mal appliqué, jugé défavorablement et proscrit. Du moins ne le voit-on plus figurer que pour mémoire dans les ouvrages modernes. M. Lisfranc ne partage pas, à cet égard, l'opinion de ses contemporains ; il croit que le tamponnement du rectum peut rendre des services lorsqu'il est appliqué à propos, et voici le raisonnement qu'il a fait à cette occasion : « Pourquoi, a-t-il dit, les abcès qui donnent lieu aux fistules anales ne guérissent-ils pas , abstraction faite des influences exercées par une diathèse tuberculeuse ? c'est que le tissu cellulaire environnant le rectum est détruit, que la cicatrisation ne se fait pas, et qu'il se forme, à une époque qu'on ne saurait fixer, un tissu muqueux accidentel. Eh bien, si dans le cas de fistules récentes on tamponnait le rectum, ne pourrait-on pas accoler les parois de ces abcès ? Cela est de la dernière évidence , et, chez un malade couché au n° 10 de la salle St.-Charles, le succès obtenu à l'aide de ce moyen a été complet au bout de 8 jours. » Mais, pour réussir avec cette méthode, il y a des indications à saisir. Ainsi, vous ouvrez un abcès à la marche de l'anus; le pus qui s'en échappe exhale une odeur d'hydrogène sulfuré; ce n'est pas une raison de croire à la perforation de l'intestin. Mettrezvous le tampon ? non, car vous irriterez le malade et le ferez souffrir. Au lieu de cela, appliquez des cataplasmes émollients, donnez des quarts de lavement qui devront être gardés, mettez. s'il le faut, des sangsues ; en un mot, attendez que l'inflammation soit nulle pour que le tampon accolle les parois sans inconvénient. Autre cas : vous avez affaire à un individu hémorrhoidaire. Il faut employer le traitement des hémorrhoïdes à l'état aigu ; ensuite vous passerez au tamponnement, et s'il n'est pas toléré vous y renoncerez. Il

existe aussi des sujets qui, sans être hémorrhoïdaires, ont le rectum très-sensible; chez ceux-là on administre quelques antispasmodiques, on applique ensuite le tamponnement à la manière d'une bougie uréthrale, c'est-à-dire, qu'on habitue le rectum comme l'urèthre, à la présence du corps étranger. De cette manière la compression finit par être exercée avec succès. Il est encore des cas dans lesquels la fistule ou le foyer purulent ne peut se cicatriser parce que les tissus sont indurés. Or, le tamponnement ne guérissant pas l'induration , échoue devant ces sortes de fistules ou d'abcès. Il convient donc d'abord de mettre en usage les antiphlogistiques et les fondants. Enfin le pus séjourne quelquefois dans le trajet tortueux de la fistule et tend à en écarter les parois. Dans ce cas , il est indiqué d'évacuer ce liquide et de faire des injections. On joint à cette pratique l'emploi de saignées révulsives pour empêcher la congestion, après quoi l'on a recours au tamponnement. Vous serez appelés, dit M. Lisfranc, par des gens qui rendent du pus par le rectum. Ces gens sont traités diversement, mais on ne les guérit pas. Dix fois sur 12, ils sont affectés d'une fistule borgne, interne, dont l'origine siége à 2 ou 5 lignes de l'orifice du rectum. L'évacuation du pus se fait surtout quand ils sont assis ou vont à la garde-robe. Pour reconnaitre ces fistules, il suffit d'inviter les malades à faire des efforts pour aller à la garde-robe; la membrane interne apparaît à l'extérieur, et sur celle-ci on voit surgir une gouttelette de pus correspondant au pertuis de la fistule, qu'on opère immédiatement. Comme se rattachant à l'histoire des abcès de la région anale, M. Lisfranc cite le fait suivant : un ancien officier, fort et vigoureux, portait un de ces abcès. M. Lisfranc l'ouvre et en trouve la base indurée ; au bout de 8 jours, cicatrisation du foyer. Persistance de l'induration. M. Lisfranc propose de combattre celle-ci ; le malade s'y refuse. Six mois après, nouvel abcès ; nouvelle opération suivie de guérison. L'induration, qui n'a pas disparu, rappelle un troisième abcès. Cette fois, M. Lisfranc attaque l'induration par des sangsues, des fondants et la compression dans le rectum , et la fait disparaître complétement. ll prévient ainsi de nouvelles collections purulentes. Un tel fait fut, pour M. Lisfranc, un trait de lumière. Depuis cette époque, il chercha toujours l'existence possible de ces indurations, afin de les combattre, persuadé que des abcès successifs dans cette région finissent par détruire le tissu cellulaire qui environne le rectum, et favorisent la formation des fistules. (J. de méd. et de chir. prat.. juin 1845.)

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