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Pendant toute la durée du traitement on doit interdire l'usage des aliments trop nutritifs ou d'une digestion difficile ; il convient même d'interdire les aliments solides. On ne doit permettre ni viande, ni bouillon; on fait prendre des soupes à l'eau, des fruits cuits, des pommes de terre, mais toujours sans addition de viandes. Seulement, dans les derniers temps du traitement, on permet un peu de poisson cuit à l'eau et au sel, et on finit par aller jusqu'au bouillon de veau léger et à un petit morceau de veau Inaigre. — En même temps, on doit soumettre la tumeur herniaire à un traitement local. Si la hernie ne contient presque que des intestins, et si l'on a la conviction qu'il n'y a pas ou presque pas d'adhérenccs, l'emploi du froid est indiqué, et nuit et jour on doit recourir à l'application de compresses froides convenablement humcctées et renouvelées. Si, au contraire, la hernie est surtout formée d'épiploon et de tissu graisseux, il faut prescrire des cataplasmes tièdes aspergés d'eau de Saturne. En outre, la position horizontale est tellement importante que le malade, pour aller à la garde-robe, doit toujours se servir d'un bassin plat. M. Diesfenbach affirme qu'il a souvent vu, dans l'espace de 8 jours, les hernies les plus volumineuses diminuer d'un tiers ou même de moitié sous l'influence de cette médication.

(Gazette des hôpitaux, 25 janvier 1845.)

De la cautérisation des principaux troncs veineux dans les affèctions variqueuses. — Beaucoup de bons esprits méconnaissent encore les avantages du traitement des varices par l'oblitération des troncs veineux. M. Velpeau, par exemple, abstraction faite du procédé employé pour atteindre ce but, croit que l'oblitération d'une veine variqueuse entre le cœur et le siége du mal ne conduit à aucun résultat durable. Soit en effet, dit ce professeur, que vous étrangliez la veine avec une aiguille armée de fil, ou que vous préfériez l'application d'une pâte caustique pour déterminer une adhérence de ses parois, vous ne guérissez que provisoirement le malade. ll se forme bientôt une circulation collatérale, et vous êtes menacé d'une récidive qui, comme on l'a soutenu l'année dernière dans une thèse inaugurale, serait arrivée dix fois sur onze. - M. Bérard jeune ne saurait partager cette opinion; il est convaincu, au contraire, que le traitement est utile; que ses effets sont persistants, et qu'en outre, administré comme il le fait, ce traitement est dépourvu d'inconvénients graves. Aussi n'hésite-t-il en ancune manière à recourir à l'emploi de la cautérisation chez tous les sujets affectés

de varices gênantes, et à plus forte raison, chez ceux qui portent des ulcères visiblement entretenus par un état variqueux des veines. — Un ouvrier, âgé de 50 ans. est entré dernièrement dans l'état suivant : dilatation considérable de la saphène interne et des troncsveineux antérieurs et extérieurs, ulcères au-dessus de la malléole. Ce malade a été préparé au traitement par quelques purgatifs. On l'a fait ensuite marcher pour rendre plus sensible le gonflement des veines Le lieu d'élection pour la cautérisation a été indiqué avec un crayon dermographique, puis on a placé le lendemain sur la saphène à la hauteur de l'épine du tibia environ, une trainée de pâte de Vienne, longue de 5 centimètres sur un demi-centimètre de largeur. Cette cautérisation, qui sera faite également sur l'autre membre, suffira peut-être, en provoquant l'oblitération de la veine principale, à donner le résultat qu'on attend ; dans le cas contraire, l'application du caustique pourra être utilement faite sur les autres troncs veineux, et sous l'influence de cette médication, M. Bérard est persuadé que les ulcères se cicatriseront d'une manière définitive. Cette conviction n'est point chez M. Bérard le produit d'une vaine spéculation ; un grand nombre de faits viennent déposer en sa faveur, et parmi ces faits il s'en trouve un surtout qui mérite d'être cité. parce qu'il a été invoqué comme exemple d'insuccès par l'auteur de la thèse précitée. Voici cette observation dont le sujet traité il y a 5 ans à l'hôpital Necker, a été présenté il y a peu de temps à la clinique de M. Bérard. C'est un homme qui portait aux deux jambes des ulcères entretenus par une énorme dilatation des veines. Trois cautérisations furent faites sur la jambe droite, deux sur la gauche; le traitement ne dura pas plus de 6 semaines. Depuis 5 ans, la guérison obtenue ne s'est pas démentie. Seulement, a dit M. Bérard, il est bon de s'entendre sur le sens que doit avoir ici le mot guérison. Si l'on entend par là la disparition complète des nodosités variqueuses, le retour intégral aux formes primitives, la cessation de tous les inconvénients inhérents à l'ancien état pathologique du système veineux, assurément l'homme dont il s'agit ne serait pas guéri radicalement; car chez lui les deux jambes offrent des inégalités d'un aspect désagréable; mais ces nodosités, ces veines dures. renflées en certains points, sont les anciennes veines qui ne s'effacent point complétement, et non des ramifications vasculaires formées postérieurement à l'emploi du traitement pour le service d'une circulation collatérale. Il est arrivé aussi chez ce sujet que les ulcères entièrement cicatrisés se sont rouverts, par suite de marches forcées

ou par l'effet de contusions, mais ceci n'a été qu'accidentel, et d'ailleurs quelques jours de repos ont suffi pour remettre les choses en bon état. Ainsi donc cet opéré est aussi bien que possible, et sous ce rapport c'est là, selon M. Bérard, un exemple de succès d'autant plus intéressant qu'il vient infirmer ce qu'on a avancé au sujet de l'impuissance de la cautérisation pour guérir radicalement les varices.

(Journ. de Méd. et de Chir. prat., janvier 1845.)

De l'opération de la cataracte par élévation ; par M. HERvEz DE CHÉGoIN. — La tendance du cristallin à revenir à sa place naturelle, quand on l'a porté en bas et en dehors par la méthode de l'abaissement, est une des circonstances qui diminuent le plus les chances de succès dans cette manière d'opérer. L'idée d'élever le cristallin, au lieu de l'abaisser, paraîtra singulière, puisqu'il trouvera, dans les cellules supérieures du corps vitré intactes ou rompues, la même élasticité pour le repousser, et le même défaut de résistance pour lui livrer passage, et que son poids semble ajouter aux chances désavantageuses qui se présenteront dans cette position opposée à celle qu'on a choisie par le déplacement. Sans entrer ici dans aucune explication, je dirai seulement qu'un succès facile et coinplet a couronné quatre fois déjà, dans quatre opérations, cette nouvelle manière d'opérer. La première a été pratiquée par moi, en ville, sur une femme de 79 ans ; les trois autres, à l'hôpital St.-Louis, par M. Jobert, à qui j'avais communiqué mon premier essai. Sans doute on a vu une série plus nombreuse de succès suivre la méthode de l'abaissement, et on ne peut encore rien affirmer sur la préférence à accorder au procédé par élévation. Jusqu'ici seulement il n'y a point de raison pour ne pas faire de nouveaux essais.—Sans vouloir, comme on y est disposé dans tout ce qu'on propose, trouver des avantages évidents sur tous les points, je dirai que le mouvement de pronation du poignet par lequel on élève la main et le cristallin en même temps , est plus facile que le même mouvement combiné avec celui de l'abaissement. Quant à la nouveauté du procédé, je n'affirme rien non plus ; je dirai seulement encore que je ne l'ai point trouvé dans les auteurs que j'ai consultés. Mais, avant d'y attacher de l'importance, il faut laisser au temps le soin de décider s'il la mérite. (Abeille médicale, janvier 1845.)

De l'eupatoire dans certaines formes de bronchite, et notamment dans le traitement de la grippe. — ll résulte des re

marques faites par le docteur Peebles de Petersburg (Etats-Unis), que l'eupatoire ne mérite pas le dédain dont elle est l'objet dans nos traités de matière médicale. Voici en effet ce que nous trouvons au sujet de cette plante dans l'American Journal de Philadelphie. Le docteur Peebles, ayant à traiter un grand nombre de malades atteints de l'influenza, ou grippe épidémique, mit en usage divers agents thérapeutiques, parmi lesquels l'eupatorium perfoliatum produisit les effets les plus remarquables. Dans quelques cas, dit ce praticien , il fallut lui donner pour auxiliaire le calomel ou l'ipécacuanha, mais dans les autres plus nombreux qui se faisaient remarquer par la céphalalgie, les douleurs contusives, la toux déchirante ct les alternatives de chaleur et de froid à la peau, l'eupatoire seule suffit pour faire disparaître le mal comme par enchantement. A peine cette substance était-elle ingérée dans l'estomac, que le sentiment de lassitude générale cessait, ainsi que l'abattement. La transpiration était modifiée nonseulement en quantité, mais aussi en qualité; c'est-à-dire que le produit de la sécrétion cutanée devenait plus abondant et perdait à la fois le caractère morbide qu'on lui connait dans cette maladie. Or ee résultat n'était obtenu ni par la poudre de Dower, ni par les antimoniaux. La transpiration ainsi modifiée, la toux cédait, et il survenait du côté des organes respiratoires une amélioration que M. Peebles attribue surtout aux propriétés expectorantes de l'eupatoire qui, dit-il, sont on ne peut plus prononcées.Mais ce ne sont pas là les seuls avantages de cette plante ; elle est en outre cssentiellement tonique, et dès lors d'une grande efficacité chez les individus âgés ou affaiblis par des accès de toux prolongée. Quant à lui, M. Peebles n'hésite pas à considérer l'eupatoire comme le meilleur des médicaments qu'on puisse administrer contre la grippe, et l'emportent de beaucoup sur toutes les combinaisons imaginées pour guérir cette affection. —Voici le mode d'administration : le malade étant couché et bien couvert, boit de demi en demi-heure un verre à vin d'une infusion chaude préparée avec 52 grammes de feuilles sèches d'eupatoire, et un litre d'eau bouillante; il survient ordinairement des nausées et même des vomissements après la 4° ou la 5° dose. Ces phénomènes gastriques sont suivis d'une diaphorèse franche, et par suite, d'une amélioration notable de tous les symptômes.L'infusion est continuée alors pour maintenir le premier résultat obtenu ; seulement, au lieu de la donner dc demi en demi-heure, on ne la donne plus que de trois ou même de 4 en 4 heures à la même dose. M. Peebles a remarqué que vers le soir du second jour du traitement , surtout si le malade s'était exposé imprudemment au froid, il y avait un retour des accidents, et alors il était indiqué de revenir à l'emploi de la première prescription. Mais en général la médication, continuée comme il vient d'être dit, tenait la maladie en échec, et donnait une guérison complète le 4°jour. Si le traitement avait été commencé avec le calomel, l'ipécacuanha ou les antimoniaux, l'infusion de feuilles d'eupatoire était introduite dans la médication le second jour, à titre de diaphorétique et d'expectorant, et donnée à la dose d'un verre à vin, de 2 en 2 heures.—Comme tonique dans la convalescence on administrait un verre d'infusion 5 fois par jour. Chez les vieillards ou chez les sujets dont la maladie avait de la tendance à la prostration, on substituait l'infusion froide à l'infusion chaude pour reprendre celle-ci dans le cas de retour à l'état aigu. Nous pensons que ce médicament pourrait être utilement expérimentédans l'asthme, dans la coqueluche, etc., et si l'observation en démontrait l'efficacité, ce serait véritablement , comme le dit M. Peebles , une conquête d'autant plus précieuse que l'eupatoire s'obtient à très-bon marché.

(J. de Méd. et de Chir., prat., janv. 1845.)

Empoisonnement par l'arsenic. Terre arsenicale d'un cimetière; par MM. FLANDIN et DANGER. — Une fermière aisée de Saint-Michel-en-Lherm, nommée Rose Phillenière, femme Chabot, était accusée de cinq empoisonnements ou tentatives d'empoisonnement sur son premier mari, du nom de Rauturier, qui avait succombé, ainsi que sa fille Martinie Chabot. Les experts avaient trouvé dans leurs cadavres une notable quantité d'arsenic. La femme Chabot avouait le premier crime, mais elle soutenait n'avoir pas empoisonné son enfant. Plusieurs années s'étaient écoulées depuis la mort de Rauturier, et la terre du cimetière dans lequel il était enterré contenait, comme nous l'avons dit, de l'arsenic. Les dépositions que nous allons rapporter d'après la Gazette des Tribunaux exposeront susfisamment la question scientifique, et leur intérêt nous servira d'excuse si l'on trouve que nous avons donné à cet article une étendue inusitée. M. le docteur Flandin est appelé pour déposer; il s'exprime en ces termes : Nous avons été chargés par une commission rogatoire de M. le juge d'instruction de Fontenay, MM. Pelouze, Danger et moi, de soumettre à T'analyse chimique les restes de Louis Rauturier et de Martinie Chabot pour rechercher s'ils contenaicnt des matières d'une nature toxique.

Le corps de Louis Rauturier avait été exhumé après quatre ans et demi de sépulture.A part le squelette , il était réduit en terreau, se confondant avec la terre du cimetière. Le corps de Martinie Chabot, dont l'exhumation, moins ancienne, remontait cependant à plusieurs mois, était dans un état de putréfaction très-avancé. Il avait été procédé à l'exhumation des deux cadavres avec un soin et des précautions toutes spéciales. De chaque côté des tombes les experts avaient, sur des lignes parallèles, pratiqué des tranchées au moyen desquelles ils étaient parvenus au fond de chaque fosse sans aucun éboulement des terres supérieures. Ils avaient pu de la sorte recueillir successivement et à part : 1° Les terres supérieures à chacune des bières ; 2° Les bières elles-mêmes ou leurs débris; 5° Les terres sous-jacentes à l'un des cercueils. Au fur et à mesure qu'ils les avaient recueillies, ils avaient déposé ces matières dans des caisses en bois neuf et hermétiquement fermées par des clous à vis. Ces caisses nous arrivèrent à Paris dans un état d'intégrité parfaite; aucun gaz fétide ne s'échappait par les fissures. J'insiste sur ces détails, parce qu'il est à désirer que cette manière de procéder à des exhumations juridiques soit toujours et partout imitée. Je ne dirai qu'un mot de la préparation et de la purification de nos réactifs, sauf à y revenir, s'il en est besoin. Avant de les employer , nous nous sommes assurés , par diverses épreuves, qu'ils ne contenaient aucune trace de matières toxiques. Il faut diviser en deux séries les opérations auxquelles nous nous sommes livrés, selon qu'elles ont trait à l'empoisonnement présumé de Louis Rauturier ou à celui de Martinie Chabot. - On a commencé par analyser les terres prises au-dessus de la bière ou des débris de la bière de Louis Rauturier. Je crois inutile de donner les détails techniques des opérations chimiques ; j'y reviendrai plus tard s'il est nécessaire. En ce moment, il me paraît suffire d'en énoncer les résultats. De 250 grammes de terre, on a retiré, dans trois analyses successives faites par des procédés différents, des quantités très-sensiblement appréciables d'arsenic. Nous avons transmis à la justice , sous des numéros d'ordre , les produits de nos opérations. Passant à l'analyse des restes de Rauturier, on a opéré d'abord sur la matière noire , ou sorte de terreau animal adhérent aux os. On est parvenu à détacher des os du squelette, des côtes , du sacrum et des os iliaques en particulier, 25 grammes de cette matière dépourvueautant que possible de terre végétale; on l'a carbonisée par 20grammesd'acide sulfurique, ce qui a suffi pour donner un charbon sec et friable qu'on a humecté de quelques gouttesd'acide chlorazotique; cette substance a été desséchée de nouveau, puis lavée par l'eau pour en séparer toutes les matières solubles, les composés d'arsenic par exemple. Au terme de l'opération , on a ainsi obtenu une petite quantité de cette substance toxique que l'on a pu caractériser chimiquement, mais qui , dans la série de réactions auxquelles on l'a soumise, s'est réduite à un anneau si faible que nous n'avons pas jugé à propos de le transmettre aux magistrats. Répétée immédiatement sur 50 grammes de raclures de la planche inférieure du cercueil, matière aussi dépourvue que possible de tout mélange, au moins apparent, de terre, la même opération a fourni une quantité d'arsenic faible encore , mais qu'après avoir fait passer par une série de réactions propres à le caractériser on a pu conserver pour être transmis à la justice. Analysées comparativement aux terres précédentes , les terres prises au-dessous de la bière de Rauturier ont donné de l'arsenic, mais sans qu'on ait pu constater une différence sensible entre la proportion de substance toxique contenue dans les unes ou dans les autres. Je passe aux opérations de notre expertise relative à l'empoisonnement présumé de Martinie Chabot. On a opéré sur les terres recueillies audessus de la bière de Martinie Chabot, absolument comme on avait opéré précédemment sur les terres recueillies au-dessus de la fosse de Louis Rauturier. Les analyses ont été répétées plusieurs fois sur des quantités égales de matières et en suivant les procédés employés précédemment; chaque fois, on a obtenu des résultats identiques et se rapprochant de ceux qui ont été mentionnés. Au nombre des pièces de conviction se trouve l'arsenic retiré de 250 grammes de ce nouvel échantillon de la terre du cimetière. J'arrive aux analyses faites sur les restes de l'enfant. Je dirai ici , mais avec plus de détail , dans quel état était le cadavre de Martinie Chabot. Les chairs et les viscères avaient subi une profonde désorganisation ; ils ne formaient plus qu'une masse putride passant à l'état de graisse ou de savon animal. Les os du squelette, ceux du crâne en particulier, étaient disjoints, et la masse cérébrale était épanchée au milieu des autres débris. Un reste de toile ou de linceuil cnveloppait les parties les plus solides. Ce linge, écarté, il nous a été possible de reconnaitre les organes abdominaux, les restes du foic et des intestins. Ce sont ces débris que

nous avons soumis à l'analyse. Nous en avons pris la presque totalité du poids de 100 grammes , que nous avons carbonisée par l'acide sulfurique, selon la méthode déjà indiquée. Le résultat de cette opération a été l'extraction d'une infiniment petite quantité d'arsenic que nous avons jointe à l'état d'anneau métallique aux pièces de conviction. Bien que la commission rogatoire ne nous en fit pas la recommandation expresse, nous avons cru, soit sur les restes de Louis Rauturier, soit sur ceux de Martinie Chabot, devoir rechercher d'autres substances toxiques, tels que le cuivre , le plomb , etc. Nos analyses, à cet égard, ne nous ont donné que des résultats négatifs. En raison du fait établi par nos recherches, la présence de l'arsenic dans les terres du cimetière, il nous a paru impossible de nous prononeer d'une manière absolue sur l'origine de l'arsenic extrait des deux cadavres de Louis Rauturier et de Martinie Chabot, et de décider si cet élément toxique provenait plutôt des restes ou débris de ces corps euxmêmes que de la terre au sein de laquelle ils avaient subi une désorganisation, une décomposition lente et profonde. Cette conclusion est celle de notre rapport : je la reproduis ici, sauf à m'expliquer sur les points qui pourront provoquer une discussion. M. le procureur du roi. La question de l'indissolubilité des terres a été portée récemment devant l'Académie de médecine par M. Ollivier (d'Angers), et M. Flandin n'ignore pas sans doute dans quel sens elle a été résolue. (M. le procureur du roi donne lecture d'un passage de l'écrit de M. Ollivier (d'Angers) auquel il a fait allusion.) M. Flandin. Je ne sais si le passage que vient de citer M. le procureur du roi est emprunté à l'écrit même de M. Ollivier (d'Angers) ou aux journaux qui ont rendu compte de cet écrit. Il peut prêter à diverses interprétations; mais je dois dire qu'après une lccture très-attentive de la communication que M. Ollivier (d'Angers) a faitc à l'Académie de médecine, il ne m'a pas paru que ce médecin ait entendu résoudre la question d'une manière générale ; il n'a fait qu'une application aux faits de la cause sur laquelle il a été appelé à donner son opinion, et pour moi, dans l'espèce, cette application a été faite avec justesse. En effet, les experts avaient eu à opérer sur deux cadavres, dont l'un était resté longtemps en contact immédiat avec la terre, tandis que l'autre, enfermé dans une bière, n'avait été qu'en rapport médiat avcc cette terre. Or, c'est dans celui-ci qu'avait été trouvé de l'arsenic , et l'autre n'en avait pas donné. Dans l'espèce, je le répète, les experts ont pu tirer la conclusion qu'ils ont présentée au jury. M. le procureur du roi. Mais M. Ollivier (d'Angers) dit en terminant, que le fait particulier confirme le principe établi par M. Orfila , que dans la terre , l'arsenic se trouve à l'état insoluble , et qu'il ne peut passer dans le cadavre. M. Flandin. Si M. Ollivier (d'Angers) avait émis une parcille opinion , je serais obligé de n'être pas de son avis. Expérimentalement , la science n'est pas fixée sur ce point. ll n'y a que cinq ou six ans que la toxicologie va rechercher ailleurs que dans les intestins et l'estomac le poison qui donne la mort. Dans cet intervalle de temps on n'a pu faire les expériences nécessaires pour se prononcer dogmatiquement sur une des questions assurément les plus complexes de la toxicologie. Théoriquement, je pense même qu'il ne faut pas se hâter de conclure. L'arsenic des terres est insoluble dans notre laboratoire ; mais le laboratoire de la nature ne diffère-t-il pas du nôtre ? Et, d'abord, elle a pour elle le temps , dont nous ne disposons pas dans nos laboratoires. Tout le monde connait les stalactites, ces sortes de cristallisations suspendues aux voûtes des grottes souterraines. Elles sont formées de carbonate de chaux insoluble dans l'eau. Cependant il a bien fallu que ce carbonate de chaux fût rendu soluble pour qu'il filtrât à travers le sol. La nature, le temps l'ont dissous lentement, atome par atome, s'il m'est permis de m'exprimer ainsi, comme on voit se déliter dans les montagnes jusqu'aux produits des anciens volcans , jusqu'aux granits eux-mêmes. Tout le monde connaît encore le kaolin, cette matière blanche dont nous faisons nos plus belles porcelaines. Qu'est-ce que le kaolin ? Du feldspath décomposé, du feldspath qui a perdu sa potasse. Comment la potasse a-t-elle été enlevée ? Dans nos laboratoires nous ne savons produire le phénomène ni avec l'eau ni avec les acides. La nature et le temps sont habiles ; ils opèrent les transformations que nous ne savons malheureusement pas imiter. Que d'autres exemples je pourrais encore citer ! En outre, les eaux de pluie ne sont pas les eaux de nos laboratoires; elles passent à travers une atmosphère d'oxygène et d'azote, et cela dans les temps d'orage. Il est des chimistes qui ont avancé quc les eaux de pluie renfermaient quelquefois de l'acide nitrique (composé d'oxygène et d'azote), et l'acide nitrique est dissolvant par excellence des substances minérales, de l'arsenic en particulier. Dans l'acte de la putréfaction il se dégage de l'ammoniaque, de l'ammoniaque qui est véhicule de différents corps alcalins, acides, connus ou inconnus. L'ammoniaque cst encore un des dissolvants de l'arsenic.

L'acte de la putréfaction même ne peut-il pas transformer les composés arsenicaux insolubles contenus dans le sol ? En présence de tant de phénomènes chimiques possibles, ne nous hâtons donc pas de conclure. Je vais plus loin , je dis que l'arsenic d'un cadavre empoisonné peut passer à la terre , et l'empoisonner jusqu'à une certaine distance. M. le président. Mais, en nous en tenant aux faits de la cause, ne pourrons-nous pas résoudre la question qui nous occupe ? Relativement au corps de Louis Rauturier réduit à l'état de terreau animal se confondant avec la terre, cela est difficile sans doute ; mais le corps de Martinie Chabot était enfermé dans une bière , et cette bière était intacte. Pensez-vous que l'arsenic de la terre ait pu la pénétrer, et parvenir jusqu'aux débris sur lesquels vous avez opéré ? M. Flandin. Nous n'avons pas eu en possession la bière de l'enfant ; je ne sais jusqu'à quel point elle était intacte, et n'avait pu être pénétrée par les infiltrations pluviales. M. le président. Alors , c'est une question qui reviendra plus tard, et sur laquelle nous vous demanderons de nous éclairer lorsque nous aurons pu vous fournir les renseignements nécessaires. M. le procureur du roi. Jc lis dans le rapport de l'Institut : « Vos commissaires ont vu exécuter avec cet appareil plusieurs expériences dont les résultats ont été trèsnets. MM. Danger et Flandin ont fait beaucoup d'expériences pour chercher l'arsenic dans la chair et dans les os d'individus qui n'étaient pas morts empoisonnés; mais ils n'en ont jamais trouvé, pas plus que dans les terrains de cimetières. » M. Flandin. Les terrains que nous avons analysés à cette époque étaient ceux de Paris, le Père-Lachaise, Vaugirard et Montmartre. Nous n'avons pu avoir la pensée de généraliser le fait. L'arsenic provient de la terre; il est impossible qu'il ne se trouve pas dans quelques localités , et cela par différentes causes. Dans certains cas, il s'y rencontrera à l'état arsénieux dans les pyrites, à l'état de combinaison avec la chaux, ou enfin à l'état d'acide arsénieux ou de vert de Schéele, etc. Accidentellement , par suite d'un transport d'immondices, on pourra le rencontrer sous ce dernier état en particulier, dans les cimetières de grandes villes. Les papiers de tentures de couleur verte sont colorés par l'ar- . senic. M. le procureur du roi. Vous ne pensez pas, monsieur, que la petite quantité d'arsenic trouvée par vous dans les deux cadavres pût être de l'arsenic normal ? M. Flandin. Je ne crois pas qu'il existe un chimiste qui croie aujourd'hui à l'exis

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