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dillait, était comme brûlé, et se recouvrait de fuliginosités. Un symptôme qui n'a fait défaut dans aucun cas , et que l'on pouvait percevoir même dès les premiers jours de la maladie, c'est l'exsudation nacrée et pyramidale des gencives, sur laquelle M. le docteur Ranque, d'Orléans, a appelé l'attention des praticiens. Cette matière qui, dans les cas moins graves, était mince et s'enlevait facilement par le toucher, se montrait, au contraire , beaucoup plus épaisse et présentait une couleur grisâtre, qui ne tardait point à passer à l'état fuligineux, quand les sujets étaient plus gravement affectés. En rendant ici pleine et entière justice à la valeur du signe dû au savant praticien d'Orléans, je dois ajouter cependant que dans les pyrexies aiguës avec coexistence de cette exsudation, comme celles dans lesquelles ce symptôme ferait défaut, il ne faudrait point trop se presser pourtant de pronostiquer sur la durée et le caractère précis de ces maladies, on s'exposerait plus d'une fois au repentir d'avoir parlé trop tôt. Quoi qu'il en soit, l'exsudation des gencives et surtout de celles des petites molaires, exsudation que j'ai, nombre de fois, rencontrée aussi au début des fièvres éruptives aiguës, dans les gastro-entérites simples et même légères, les inflammations franches du cœcum, etc., doit étre recherchée dans toutes les pyrexies aiguës et continues. La constatation de ce symptôme précieux, et cela surtout au début des maladies. tiendra constamment en éveil l'attention du médecin et lui épargnera, bien des fois. le regret de quelques émissions sanguines trop considérables et funestes, que les apparences insidieuses d'une inflammation intense et franche semblaient de prime abord réclamer. Dans les cas graves, la bouche des malades était plus ou moins remplie d'aphthes et de fuligos, et parfois les lèvres présentaient une si grande quantité de cette dernière,qu'elles se trouvaient presque collées l'une à l'autre. Les incrustations noirâtres qui, dans la fièvre typhoïde, recouvrent la langue, les dents, les gencives , les bords de la bouche, et qui s'étendent quelquefois jusqu'aux ailes du nez, dénotent constamment une grande intensité de la maladie. M. le professeur Piorry prétend que ces incrustations sont le résultat du desséchement des mucosités de la bouche, par le passage rapide et fréquent de l'air, quand les malades respirent par cette partie. Je ne partage point cette opinion, car j'ai constaté un grand nombre de fois, que la respiration longtemps prolongée par l'orifice buccal, amène bien le desséchement de la langue, mais j'ai constaté aussi que cet organe conserve la coloration qui lui est propre. Il faut donc nécessairement admettre que les fuliginosités qui recouvrent la langue des sujets atteints de fièvre typhoïde , dépendent nécessairement de la nature de la maladie. Je suis d'ailleurs parfaitement d'accord sur ce point , avec un grand nombre de praticiens distingués, parmi lesquels je me bornerai à citer ici M. le professeur ROStan. Presque tous les malades avaient de l'hébétude dans le regard ; quelques-uns avaient les yeux ternes, éteints et enfoncés, d'autres les avaient larmoyants et chassieux. Beaucoup de typhiques devenaient sourds, soit vers le début, soit dans une période plus avancée de la maladie; beaucoup avaient la peau terreuse, étaient fatigués d'insomnie, et des sons plaintifs, plus ou moins rapprochés, etaient exhalés par un très-grand nombre. Les enfants que j'ai eu à traiter à Vaux, ainsi que tous ceux affectés de fièvre typhoïde, auxquels, dans le cours de ma pratique, j'ai été appelé à donner des soins, poussaient des cris aigus qui rappelaient les cris hydrencéphaliques indiqués comme caractéristiques de l'hydrocéphale aiguë. Ces cris étaient qnelquefois très-fréquents ; dans plusieurs cas. ils se répétaient toutes les dix ou quinze minutes. L'enfant par lequel a débuté l'épidémie dont je m'occupe, poussait de ces cris, et présentait des symptômes qu'on aurait pu confondre, bien facilement, avec les accidents'ordinaires d'une dentition orageuse. Les réponses de plusieurs malades étaient très-lentes et trainantes, et un caractère qui a été presque constant, c'est un état nasal. tout particulier, de la voix, qui persistait quelquefois jusque dans la convalescence. Beaucoup de typhiques, bien que non affectés de dermatoses teigneuses, exhalaient une odeur de souris trèsprononcée et fort désagréable. Cette circonstance reconnaissait peut-être pour cause, l'absorption d'une certaine quantité d'urine. On sait que, dans la plupart des cas, la miction était plutôt rare que fréquente. Les régions sacrée et fessières et les régions trochantériennes, devinrent quelquefois le siége d'eschares gangréneuses qui ajoutaient beaucoup à la gravité de la maladie, entravaient la marche de la convalescence , faisaient horriblement souffrir les malades, et contribuaient, pour leur bonne part, à entretenir l'insomnie dont ils se plaignaient si amèrement. Cette complication avait lieu. principalement quand les urines et les matières fécales étaient rendues involontairement, lorsque, à la région du sacrum, il se manifestait une inflammation pustuleuse et toutes les fois qu'un décubitus, longtemps prolongé sur ces parties, avait lieu. Les coudes de deux malades devinrent le siége aussi d'eschares gangréneuses, mais celles- ci étaient beaucoup moins étendues que celles dont je viens de parler. Les convalescences étaient généralement d'une très-longue durée; quelques malades, tout en se rétablissant d'une manière aussi heureuse que possible, conservaient cependant encore l'extrême fréquence du pouls que j'avais constatée pendant tout le cours de la maladie. Deux jeunes personnes, l'une âgée de 21 ans, et l'autre de 19, et un jeune homme de 14 ans , avaient 130 à 140 pulsations , après quinze jours de convalescence. Une de ces deux demoiselles, qui, avant sa maladie, était d'un naturel très-calme, difficile à émouvoir, changea tout à fait sous ce rapport : elle est restée d'une impressionnabilité fort remarquable. Le jeune homme dont il vient d'être question, a, pendant toute la durée de sa maladie, offert à l'observation, une grande fréquence du pouls (130 à 136 pulsations) : il ne s'est alité, néanmoins, que le dix-huitième jour, et les accidents qui surgirent alors, devinrent tellement graves, qu'ils m'inspirèrent les craintes les plus vives sur son existence. Ce nouveau fait vient donc s'ajouter à une infinité d'autres faits sem-' blables, qui prouvent combien il serait dangereux, dans ces circonstances en appa-" rence si bénignes, de s'abandonner à une trop grande sécurité. Les malades les plus dangereusement affectés dans cette épidémie, eurent, à la tête, une très-grande quantité de poux, vers la fin de leur maladie principalement,' et furent atteints d'une alopécie presque complète, pour un certain temps du moins. • * · · · c Quand le retour à la santé devait avoir lieu, les symptômes les plus graves perdaient peu à peu de leur intensité, la face offrait un meilleur aspect, les yeux reprenaient de l'éclat , la peau cessait d'être terreuse, la fièvre diminuait de jour en Jour, présentait des rémissions de plus en plus longues, les fatliginosités disparaissaient, la langue s'humectait, l'intelligence renaissait, les selles perdaient de leur caractère diarrhéique, l'appétit se faisait sentir, etc., etc. Mais, nonobstant ces heureux résultats, les malades maigrissaient comme à vue d'œil, et un certain nombre conservait une grande faiblesse intellectuelle, un tel état du cerveau, que du délire avait lieu encore de temps en temps. Mais ce délire alors n'avait plus rien d'inquiétant, et les malades riaient souvent avec les autres, des propos incohérents qu'ils venaient de tenir. Je rapporterai ici, à cette occasion, qu'une jeune fille qui commençait à quitter le lit, prétendit un jour que sa mère l'habillât de ses plus beaux atours, parce que, disait-elle, on allait lui apporter l'eucharistie. Le cerveau de cette jeune personne lui reproduisait-il donc alors le souvenir de la confession qu'elle avait faite, ou quelque chose de l'image qu'il avait conservée de la cérémo-" nie du sacrement d'extrême-onction qu'elle avait reçu dans un moment où son existence courait les plus grands dangers ? - • • • • • • •o

Dans l'épidémie dont je fais l'histoire, une jeune femme enceinte de trois mois et demi, avorta et presque à son insu le septième jour de la maladie ; il n'y eut que quelques traces, à peine marquées , d'écoulement lochial , et de sécrétion laiteuse point. Mais un mois juste après cet accident, une véritable fièvre de lait est survenue, ainsi qu'on le verra plus loin dans l'observation particulière relative à cette malade. Il semblerait que la nature qui était, pour ainsi dire, aux abois au moment où l'avortement s'opéra, se serait empressée de reprendre ses droits tout aussitôt qu'un état plus heureux lui permit de le faire. Je crois devoir noter encore que si, dans cette épidémie, j'ai vu la maladie débuter par un enfant d'un an, ce qui est loin d'être ordinaire, j'ai vu aussi que l'âge avancé des sujets n'a point été pour tous une sauvegarde contre cette affection , ainsi que certains praticiens l'ont avancé, et j'ai constaté qu'une première atteinte de fièvre typhoïde, datant de sept années, n'a point assuré l'immunité de cette maladie à une personne âgée de 67ans. que je viens de traiter une seconde fois pour la mêmeaffection, et dont je rapporterai aussi l'observation dans la partie de ce mémoire qui fait suite à ces généralités, J'ajouterai enfin, que les cas les plus graves et les plus funestes, se sont montrés dans l'endroit le plus bas du village. Était-ce là une simple coïncidence, ou bien cette circonstance tenait-elle à ce que la maladie prenait alors plus d'intensité, à cause de l'insalubrité plus grande des habitations ? L'une et l'autre de ces suppositions pourraient devenir l'objet d'une nouvelle controverse. Mais je me hâte de résumer les symptômes principaux présentés par mes malades, afin de me soustraire, si je le puis , au reproche peut-être bien mérité, d'avoir trop disséminé ces symptômes dans les pages qu'on vient de lire. J'ai voulu, en faisant passer sous les yeux de mes confrères le tableau de malheur que j'avais sous les miens, les associer en quelque sorte, en même temps, aux réflexions que faisaient naître en moi les circonstances fâcheuses au milieu desquelles je me trouvais. En récapitulant donc l'exposé ci-dessus, on voit que des malaises d'une plus ou moins longue durée, de la courbature, des frissons, de la céphalalgie, des vertiges, des éblouissements, des bourdonnements et des tintements d'oreilles, des épistaxis, de la faiblesse, un grand accablement, des nausées, des vomissements, une diarrhée de matières très-fétides. de la constipation dans quelques cas, des douleurs, de la tension et du météorisme abdominal , du gargouillement cœcal, de la soif, de la prostration, de la stupeur, une sorte d'anéantissement, le décubitus dorsal, de l'insomnie, du délire, une exsudation nacrée des gencives, une rougeur plus ou moins vive, une grande sécheresse, l'état fendillé ou fuligineux de la langue, le fuligo des dents, des lèvres, et quelquefois des ailes du nez, une fièvre très-violente. l'extrême fréquence et, dans le début surtout, l'état très-rebondi du pouls, la surdité, l'hébétude du regard, l'aspect sinistre d'yeux ternes, éteints, larmoyants, enfoncés et couverts de chassie, l'immobilité et la pulvérulence des narines, les selles et les urines involontaires, la coloration de ces dernières, qui généralement étaient plus rares qu'abondantes, les évacuations méloeniques, l'insomnie, les plaintes. les cris comme hydrencéphaliques des enfants, l'état nasal de la voix, l'odeur de souris, les taches rosées, la bronchite dite typhoïde, les eschares au sacrum, aux fesses. aux trochanters, aux coudes, les parotides, l'agitation des membres, les soubresauts des tendons, la carphologie, etc.. etc., étaient les symptômes les plus marqués qu'offraient les malades soumis à mon observation. On remarque aussi que le retour à la santé était annoncé par la diminution des phénomènes morbides les plus alarmants, et que la mort a eu lieu dans les circonstances opposées. Mais passons actuellement à l'exposé de la thérapeutique générale et aux moyens hygiéniques et prophylactiques que la nécessité m'a suggérés dans le cours de l'épidémie dont je fais le narré.

Pour pouvoir établir la thérapeutique d'une affection morbide quelconque, il est surtout indispensable de posséder des données positives sur le siége précis et la nature intime de cette affection. Mais dans le dédale des opinions opposées que l'on a émises à cette occasion, sur la sièvre typhoïde, et en attendant que la science ait donné son dernier mot sur ce point de doctrine, d'une si haute importance, que peut donc faire le praticien prudent, le judicieux observateur, si ce n'est de suivre en quelque sorte la nature pas à pas, de respecter ses efforts quand ils tendent au bien, de chercher à les modifier dans les cas contraires, de faire, en un mot, la médecine du symptôme trop dominant et tendant au mal, en ayant constamment égard au génie particulier que peut présenter la maladie, et en utilisant, avec circonspection, les agents thérapeutiques que l'expérience a sanctionnés, puisque c'est cette manière de faire qui, toute simple, toute humble qu'elle est , éclipse néanmoins encore , par le plus grand nombre de guérisons qu'elle procure, les plus brillants systèmes de notre époque , ces beaux météores d'un jour, qui pâlissent si vite le lendemain. C'est surtout à l'occasion de ces affections si compliquées, que je répéterai avec M. le docteur Forget, de Strasbourg , que le maintien de la balance exige, de la part du médecin , sagacité profonde et prudence extrême , car il s'agit de décider lequel de l'accident ou du remède qu'il nécessite, portera le moins de préjudice à l'économie ; équation délicate, dont la solution peut être une sentence de vie ou de mort. Aussi , dans l'épidémie dont je trace ici l'histoire, j'appropriai de mon mieux la thérapeutique à chacun des faits qui se trouvaient soumis à mon observation ; toujours je traitai des malades plutôt que je ne combattis une maladie. Mais avant d'aller plus loin, j'ai besoin de dire que la fièvre typhoïde est une affection très-complexe, avec concomitance presque constante d'une altération folliculeuse intestinale, et que cette maladie me parait due à l'action d'un agent morbifique, soit spontané, soit communiqué, qui, jusqu'à présent, est encore absolument inconnu dans son essence, qui intoxique, à sa manière, le sang, le système nerveux, l'économie toute entière, et d'où résultent des désordres organiques plus ou moins graves, très-souvent funestes, dont les efforts conservateurs de l'organisme peuvent triompher dans un certain nombre de cas, et qui, pour être ramenés ou maintenus dans les limites du bien, ont besoin néanmoins, le plus fréquemment, de la sage et prudente intervention du médecin praticien. En relatant ici cette opinion sur la manière dont j'envisage la fièvre typhoïde, c'est faire connaître en deux mots à mes lecteurs , les bases sur lesquelles sont assises les considérations générales de traitement qui vont être exposées ; c'est faire voir d'une manière positive, que je suis loin de partager les idées trop exclusives des praticiens qui, dans la thérapeutique de cette maladie. ont une règle de conduite à peu près fixée d'avance, qu'ils suivent indistinctement dans toutes les circonstances, et sans se préoccuper aucunement des phénomènes qui peuvent surgir. Quel que soit le système que l'on professe, que dirait-on donc, avec bonne foi, d'un médecin qui traiterait tous ses malades, sans les voir jamais ? Ne vous semble-t-il pas que la réponse à cette question, pourrait être très-judicieusement appliquée à ceux de de nos confrères, dont la thérapeutique est constamment et absolument la même dans une maladie aussi complexe que l'est la fièvre typhoïde ? Il ne me paraît ni d'un esprit droit, ni d'un esprit juste, d'agir d'une manière aussi irrationnelle. Force est donc toujours aux sincères observateurs, de reconnaître que c'est encore la médecine d'observation, envisagée comme je l'ai fait plus haut, qui, dans l'état actuel de la science, relativement à la fièvre typhoïde, reste ce qu'il y a de mieux à faire. Les hommes, a dit le célèbre Bacon, ont coutume d'envisager la nature de loin et comme du sommet d'une tour élevée, ils se préoccupent trop de généralités, tandis que s'ils consentaient à considérer les détails avec plus d'attention et de soins, ils y découvriraient certainement des choses plus vraies et plus utile (De augm. scient., lib. 1v). - * o * , " 1 • •

Dans l'épidémie de Vaux, quand j'étais appelé auprès d'un individu jeune, pléthorique, d'une robuste constitution, en proie à une fièvre très-forte, à quelque inflammation intense, ou à quelque congestion grave, j'avais recours à la saignée générale, mais je dois dire de suite, que je fus constamment très avare des émissions sanguines, ayant reconnu depuis longtemps que ce moyen est généralement plutôt nuisible qu'utile dans la fièvre typhoïde, où il est surtout si indispensable de toujours laisser à l'organisme une force de réaction suffisante pour qu'il puisse lutter avec avantage contre le principe morbifère qui l'opprime. Dans le cours de ma longue pratique , j'ai vu tant de fois les accidents nerveux et d'autres encore, augmenter d'intensité après plusieurs saignées, que j'ai dû me mettre en garde contre cet agent thérapeutique , qui est bon sans doute dans certains cas, mais dont il faut avoir grand soin de ne jamais abuser. Il peut y aller de la vie ou de la mort des malades; il ne fallait donc rien moins que l'imminence ou l'existence de quelque inflammation grave, pour me déterminer à l'emploi de la saignée et j'avais grand soin de ne m'en point laisser imposer par le caractère rebondissant du pouls. C'est surtout dans ces circonstances où trop saigner serait chose dangereuse que l'on doit redoubler d'attention, avant de recourir à ce moyen et qu'il faut toujours avoir présentes à l'esprit les belles observations des docteurs Donné, Polli, Rasori, sur l'état du caillot sanguin et sur la plus ou moins prompte formation de ce caillot. Le praticien ne devra donc jamais oublier, qu'en général, plus le sang tardera à se coaguler et plus il pourra insister sur la saignée, et que toutes les fois qu'il verra le sang se coaguler sur-le-champ, il devra s'arrêter, sous peine de tuer son malade, ou de compromettre gravement son existence. C'est principalement dans les fièvres typhoïdes, avec forme inflammatoire, que la plus ou moins prompte coagulation du sang, offrira un critérium précieux qui s'opposera à de bien funestes erreurs.

On sait que le sang d'un individu pléthorique, vigoureux et en bonne santé, et que celui d'un malade plein de force et atteint d'une maladie inflammatoire intense, restent fluides pendant plus d'un quart d'heure, tandis que celui provenant d'une personne très-affaiblie , épuisée , soit par la maladie qu'elle éprouve, soit par les pertes sanguines ou autres qu'elle a faîtes, se prend quelquefois en gelée, en moins de quatre ou cinq minutes. Les caillots fermes, résistants, contractés, légers, se formant lentement, réclament généralement la continuation de la saignée , tandis que, les caillots mous, volumineux, noirs. pesants, restant au fond du vase et se formant rapidement, annoncent 1'intolérance de ce moyen; circonstance d'une haute importance pour le médecin praticien. -

Dans la plupart des cas , je me suis borné à l'application d'un plus ou moins grand nombre de sargsues , soit aux apophyses mastoïdes, soit à l'épigastre, soit sur la région iléo-cœcale, soit à l'anus, etc., suivant que quelque indication particulière commandait l'emploi de ce moyen, auquel je retournais du reste au besoin autant de fois que cela était nécessaire ; mais je ne manquais jamais de recommander avec instance aux gardes-malades de veiller soigneusement à ce qu'une trop grande quantité de sang ne soit fournie par les piqûres des sangsues. Les accidents les plus déplorables, la mort même des typhiques, ont été bien des fois la conséquence de ces déperditions sanguines trop considérables. Je pourrais, à l'appui de cette malheureuse vérité . invoquer le témoignage d'un grand nombre d'excellents observateurs. je citerai seulement les paroles de M. Rochoux. Ce savant distingué disait à l'Académie royale de Paris, dans la séance du 28 mars 1837 : « Je puis attester qu'il y a dix ans, lorsque les opinions de M. Broussais étaient les opinions dominantes, j'ai mis en usage les émissions sanguines , j'ai poursuivi sans relâche les congestions par l'application des sangsues; j'ai surtout, pendant trois années, suivi ce traitement contre les fièvres typhoïdes, et j'ai été contraint

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