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comme le lui a réproché Scaliger. Et d'ailleurs, quand il l'aurait élé, cet emploi était-il déshonorant ? Pendant le séjour d'Erasme à Venise, on y voyait, en qualité d'ambasa sadeur de France, le célèbre Jean de Lascaris, qui avait été correcteur d'imprimerie. Alde-Manuce , le chef de la famille des Manuces , si renommés par la beauté de leurs éditions, mourut à Venise en 1516, laissant un fils, digne héritier de son nom , dont nous allons parler.

MANUCE ( Paul ). Il naquit en 1512, quatre ans avant la mort d'Alde, son père. Quelques-ons prétendent qu'il eut Erasme pour maître dans son jeune âge ; d'autres sont d'un avis contraire. A peine Paul Manuce fut-il en age de suivre son goût pour les lettres , qu'il se déclara pour l'éloquence, et travailla avec une ardeurinfatigable, qui fut encore excitée par Sadolet, Bonanni et Rhambert. Ce travail excessif, joint à un temperament très-faible, le firent descendre aux portes du tombeau. Il fut obligé de renoncer à l'étude pendant deux ans; ensuite il s'y livra avec son ardeur ordinaire. La langue latine lui était extrémement familière ; il possédait tous les auteurs de la bonne lativité. Lorsqu'il composait, il avait soin de laisser un long intervalle entre la composition et l'impression de ses ouvrages. Venise s'enorgueillit d'avoir un tel homme dans ses murs. Paul Manuce était connu trèsavantageusement au sacré collége : il avait surtout pour protecteurs les cardinaux Bembo et Bernardin Maffeo , qui l'engagèrent à faire un ouvrage sur les antiquités romaines. Il n'a paru que quatre livres de ces antiquités , savoir, le premier sur les lois romaines , imprimé en 1557, in-folio ; le second sur le sénat, en 1581, et les deux derniers sur les comices et la ville de Rome. Il fut encore chéri des cardinaux Alexandre Farnese, Marcel Cervin , qui fut élevé au souverain pontificat, et Hippolyte d'Est auquel il s'attacha. Il vint, à la sollicitation de Pie IV, se mettre à la tête de l'im

primerie apostolique; l'intention du pape était de lui faire imprimer les ouvrages des saints pères ; il en imprima quelques-uns : il fut, outre cela , chargé, conjointement avec Julius Poggianus et Corneille Amalthée, d'écrire purement én latin le catéchisme du concile de Trente , dont le fond avait été digéré par d'habiles théologiens. Il s'était rendu à Rome en 1560, et quitta cette ville pour retourner à Venise , en 1570. Il mourut en 1572. Outre ses trailés sur les antiquités romaines, on a encore des Commentaires sur Ciceron, surtout sur les Epitres familières et sur celles à Atticus, et des Épilres en latin et' en italien, qui furent très-recherchées.

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MANUCE ( Alde). Fils du précédent Il fut, dès son bas age, très-versé dans. la langue latine, et donna à 14 ans le livre intitulé : Ortographiæ ratio. Il publia les ouvrages de sou père. Sa fortune ayant périclité, il alla à Bologne, ensuite à Pise , où il professa les belles-lettres d'une manière aussi peu brillante que peu lucrative ; il se fixa enfin à Rome. Clément VIII, successeur de Sixie-Quint, lui donna la direction de l'impriinerie du Vatican; cet emploi ne le tira point de la misère. Pendant le temps qu'il exerça l'imprimerie à Venise, il donna plusieurs belles éditions, entr’autres celles de Ciceron en dix volumes , avec les notes et les commentaires de son père. Il dédia chaque volume en particulier à des souverains', à des papes , à des grands et à des gens de lettres. Il mourut en 1597, sans autres récompenses que des éloges, et après avoir vendu sa bibliothèque, amassée à grands frais par son père et son ayeul, et composée, dit-on, de 80,000 volumes. . ..

Le citoyen Renouard, libraire', connu par son goût pour la typographie et par les belles éditions qu'il publie, prépare une histoire des éditions aldines , en 2 vol. in-8.: le premier contiendra la nomenclature de toutes ces éditions, chacune.

accompagnée de notes critiques et littéraires, non pas sur les ouvrages, mais sur les éditions , indépendamment de l'exacte description matérielle du livre ; le second volume contiendra une courte présace, une vie succincte des trois Aldes, la notice de toutes les éditions faites de 1480 à 1502, par André d'Asola ; celle des contrefacteurs de Lyon , des tables très-amples, etc. Cet ouvrage sera enrichi, en gravures, des portraits des trois Aldes et de leurs principales marques figurécs très-exactement.

MANUSCRITS. Ouvrages écrits à la main. Ou met au rang des monunens littéraires les plus précieux les anciens manuscrils , les anciennes chartes et les imprimés du premier âge de la typographie. Nous parlerons days cet article des manuscrits seulement ; cette partie intéressante fait la richesse (1) de la plupart de nos bibliothèques, et mérite l'attention des bibliographes. Non - seulement elle embrasse la connaissance des anciennes écritures , qui est d'une si grande importance en inatiere de critique, mais elle intéresse toutes les parties de la littérature , et n'est point étrangère aux arts , dont la plupart des manuscrits ont conservé les procédés et les ont mis sous les yeux des lecteurs par les figures dont ils sont ornés, et dans lesquels ou peut voir les costumes des différentes époques du moyen age. « On doit considérer principalement dans les manuscrits, dit un savant , leur ancienneté, la distinction des

(1) Je pense, dit le citoyen Sérieys dans le Voyage en Italie de Barthelemy, que cette richesse n'en est véritablement une que lorsqu'elle est mise en circulation..... Il serait à désirer qu'une association d'hommes instruits et laborieux secondât les premières exploitations de quelques membres de l'institut, et consacrât entièrement ses loisirs au dépouillement et à la publication de tant d'ouvrages ensevelis dans les ténèbres, etc. ( Aranet propos , pag. xv.). .

différentes écritures nationales qui ont eu lieu pendant plusieurs siècles , et doni la naissance, les progrès et la décadence sont de la plus grande utilité pour déterminer l'âgé des anciens manuscrits qui précèdent le 13e siècle ; les langues anciennes et modernes dans lesquelles ils sont écrits , leurs matières, les liqueurs métalliques et autres qu'on a employées , la beauté de l'écriture, les miniatures, les vignettes et les arabesques qui l'accompagnent, et jusqu'à la couverture qui, par la matière et les bas-reliefs , souvent antiques dont elle est ornée , intéresse également l'antiquaire et l'artiste. » Tels sont les objets auxquels il faut faire attention en examinant un manuscrit ; sa forme extérieure ne désigne pas toujours son âge ; la forme quarrée donne un préjugé favorable d'antiquité. Les plus anciens manuscrits qui existent ne vont pas au-delà du 3e siècle de l'ère vulgaire , encore n'est-on pas très-certain qu'il en existe qui remontent aussi haut. Jablonski, dans sa préface sur les bibles bébraïques , indique quatre moyens pour connaitre l'âge de ces sortes de bibles. 1.° Une écriture simple et élégante , sans affectation , annonce la plus haute antiquité , surtout si l'on n'y trouve pas les notes queri et kethib, qui avertissent que la manière de prononcer et celle d'écrire sont différentes. 2. La massore ne doit point paraître dans les bibles trèsanciennes La petite massore indique le moyen âge, et la grande et la petite massore annoncent le bas-temps, en supposant cependant que le texte et la massore ne portent pas différens caractères d'antiquité. 3.° Si les cinq livres de Moyse et les autres sections de la loi ne sont pas distingués, le manuscrit est très-ancien ; et 4.° si l'on n'y voit ni corrections ni interpolations critiques, on peut croire égalea ment à son ancienneté. Les manuscrits hébreux ou grecs qui sont anciens , ne portent et ne doivent porter aucune note chronologique. C'est par la forme de l'écriture et par les indices que l'on en doit juger. Tout manuscric hébreu

qui porte une date formelle ou des notes chronologiques , et qui s'annonce pour être antérieur au jo siècle, est supposé. Les manuscrits hébreux écrits en Espagne sont en lettres quarrées ; ceux des italiens et des français sont en caractères plus arrondis, et ceux des juifs allemands sont hérissés de pointes : on y reconnait le goût gothique des 14 et 15° siècles. On peut dire en général que tous les mannscrits en langues orientales (1) et en langue grecque sont trèsprécieux, ainsi que ceux en langue latine , qui précédent l'invention de l'imprimerie, et qui contiennent les ouvrages des anciens écrivains de Rome. Ces ouvrages ne sont point parvenus jusqu'à nous , par la voie de l'impression, sans être altérés, soit par l'injure du temps, soit par l'ignorance des copistes : le seul moyen d'en épurér le texte et d'en remplir les lacunes, c'est d'avoir recours aux variantes des différens inanuscrits. Les écrivains latins du moyen âge doivent aussi nous intéresser ; les originaux de nos chroniques, plus complettes ou plus exactes que les imprimés , sont trèsutiles pour les corriger ou les completter : on ne doit point non plus mépriser les manuscrits en ancienne langue française et en patois des provinces. Ce qui doit singulièrement piquer la curiosité et même présenter un degré d'utilité, ce sont les vignettes, miniatures et peintures dont sont enrichis beaucoup de manuscrits : la plupart subsistent encore dans

(1) On peut mettre de ce nombre celui dont l'impératrice de Russie a fait présent, le 17 mai 1780, au roi de Pologne : c'est un parchemin très-fin, d'environ cinq pieds de long, et d'une largeur proportionnée, sur lequel le fameux Tamerlan écrivit , dit-on, de sa main , en langue arabe, l'histoire de sa vie. Ce prince, mort en 1405, à 71 ans, dans le Turquestan , après en avoir régné 36, avait coutume de dire qu'un monarque n'est jamais en sûreté , si le pied de son tróne ne nage dans le sang. Cette atroce maxime semblerait pour ainsi dire excuser la pensée, non moins cruelle, d'us philosophe moderne (D......): Il serait à souhaiter que li dernier mei Fút, etc., etc., etc,

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