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On voit par le récit de ces événements de quel prix le temps est à la guerre, et combien le retard des attaques de Davidowich fut fatal aux Autrichiens. Il est inconcevable, en effet, que ce général soit resté huit jours dans l'inaction devant Vaubois à Rivoli. Il n'avait rien à espérer de ce délai ; car il ne pouvait qu'accroître les obstacles, en donnant aux Français le temps d'améliorer leurs moyens de défense.Sa grande supériorité numérique lui faisait une loi de poursuivre ses attaques sans relâche; car, enfin, il n'ignorait pas qu'il ne faut jamais renvoyer au lendemain lorsqu'il s'agit de profiter d'un succès. S'il avait forcé Rivoli et débouché par Polo sur Vérone, le 12, tandis qu'Alvinzy y marchait par Villanova et Caldiero, il est probable que les affaires eussent pris une tournure toute différente.

Finalement, le défaut de concert entre des corps partant de bases différentes, pour marcher vers un point central occupé par une masse ennemie supérieure à chacun d'eux, fut la cause première des désastres qui accablèrent les Autrichiens, en fournissant à Bonaparte l'occasion d'employer avec succès sa manœuvre favorite.

Après ces sanglants combats, les armées prirent un repos dont elles avaient également besoin, mais qui n'était que le précurseur des efforts qu'on allait faire de part et d'autre pour décider enfin du sort de Wurmser et de l'Italie. Avant d'en rendre compte, nous allons nous reporter un instant sur le Rhin, et examiner les opérations qui terminèrent la campagne sur cette ligne.

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Aussitôt que l'armée républicaine eut repassé le Rhin, l'archiduc laissa le prince de Furstemberg avec 13 bataillons et 12 escadrons devant la tète de pont d'Huningue, et dirigea le reste de ses forces sur Kchl. La droite des Français, aux ordres de Férino, couvrit cette première place ; Saint-Cyr

conduisit le centre à Strasbourg, où Desaix avait déjà ramené l'aile gauche. La campagne semblait terminée; les fatignes et les combats avaient également affaibli les deux partis : l'armée autrichienne ne pouvait aisément conserver l'offensive; et celle de Moreau n'était pas en mesure de la ressaisir. Cependant, les troupes restant en présence, il fallait bien que les hostilités continuassent jusqu'à ce qu'une trêve permît de prendre des cantonnements. Quatre partis se présentaient aux Autrichiens : ils pouvaient, 1° diriger leurs efforts contre Kehl et Huningue, pour enlever les têtes de pont qui permettaient aux Français de déboucher de nouveau en Allemagne, dès que leurs armées seraient réorganisées ;2° se contenter de les masquer par des camps volants ; passer le Rhin vers Manheim et reprendre l'exécution du premier plan de campagne ; 3° conclure un armistice comme en 1795, et en profiter pour détacher un corps considérable au secours de Mantoue ; 4° enfin, se décider à faire ce détachement avant tout, et se borner à observer les Français sur la rive droite du Rhin, jusqu'au retour du printemps. Si la cour de Vienne préférait sauver Mantoue au risque de voir les républicains s'avancer de nouveau sur le Danube, on ne saurait nier que l'armistice ne fût le plus sage de tous ces partis : mais si l'Autriche avait encore assez de moyens pour délivrer Wurmser sans trop affaiblir l'armée du Rhin, ou qu'elle fût certaine de prendre Kehl et la tête de pont d'Huningue assez tôt pour envoyer à temps des renforts en Italie, on ne disconviendra pas que la résolution de s'emparer de ces débouchés ne fût plus convenable. Le projet de passer le Rhin vers Manheim pour s'avancer sur la Sarre et la Moselle, comme il en avait été question à l'ouverture de la campagne, n'était plus praticable alors. Les Autrichiens, affaiblis de 50,000 hommes par l'envoi successif de détachements en Italie, et par la défection des contingents de tous les princes de l'Empire, n'avaient plus les mêmes chances enleur faveur. L'armée de Sambre-et-Meuse, au contraire, grossie par des renforts considérables de la Hollande et de la Belgique , opposait une masse hors de proportion avec le corps de Wcrneck. Enfin, l'arméc de Mo

reau, bien qu'assez mal équipée, était animée du meilleur esprit, et n'aspirait qu'après le moment de se mesurer de nouveau avec l'ennemi. Dans un tel état de choses, une pointe sur la Sarre ou la Moselle eût été téméraire. L'archiduc, en passant le Rhin, n'eût point forcé Moreau, comme on l'a dit, à jeter son armée dans les places : les garnisons françaises étaient faibles, à la vérité; mais, comme l'invasion d'une armée inférieure en nombre à celle qui se tient sur la défensive, n'est pas beaucoup à craindre, les bataillons de dépôt et les gardes nationales eussent suffi pour garder les forteresses pendant le blocus. Ainsi, Moreau, après avoir pourvu à la défense de celles de première ligne, aurait eu 40 à 45,000 hommes en campagne; tandis que l'armée de Sambre-etMeuse , forte de 70,000 combattants, se serait avancée sur le Mein et même sur le Necker, avec d'autant plus de sécurité, qu'en cas de revers, elle avait une retraite assurée sous le canon de Dusseldorf ou de Neuwied. Outre l'infériorité du nombre, le prince Charles avait encore un autre désavantage ; Beurnonville ne comptait dans ses rangs que des troupes fraîches, bien reposées et parfaitement équipées ; celles de l'archiduc, au contraire, à l'exception de la cavalerie, abîmées de fatigues, étaient hors d'état d'opérer au delà du Rhin, sans être, avant tout, pourvues des effets dont elles manquaient. D'ailleurs, quoique victorieuses, elles n'avaient pris aucun ascendant sur les républicains, qui, malgré leur retraite, conservaient, dans les têtes de pont d'Huningue, Kehl, Neuwied et Dusseldorf, les plus belles chances pour reprendre l'offensive. Ces diverses considérations font mieux ressortir l'impossibilité d'appliquer le quatrième parti, qui consistait à voler au secours de Mantoue, sans conclure d'armistice. En effet, ne devait-on pas craindre que Beurnonville et Moreau ne profitassent du départ de l'archiduc, pour enfoncer ou détruire le rideau laissé devant eux, et se réunir sur les bords du Danube ? De son côté, le Directoire, qui commençait à sentir la nécessité de renforcer Bonaparte aux dépens des armées du Rhin, ne le pouvait sans danger qu'à la faveur d'un armistice, et chargea Morcau d'en proposer un semblable à celui qui avait

terminé la campagne précédente. Le Rhin eût séparé les deux armées ; les Français eussent conservé leurs têtes de pont sur la rive droite ; mais les Impériaux, maîtres du riche margraviat de Bade, en eussent tiré une partie de leurs subsistances.

Le prince Charles, convaincu que les grands coups allaient se frapper sur les bords de l'Adige, reçut cette proposition avec un plaisir secret, parce qu'elle semblait lui offrir l'occasion de sauver la monarchie autrichienne. Déjà, même en la transmettant au cabinet de Vienne, il avait fait filer en toute hâte 10,000 hommes de sa gauche vers le Tyrol; mais le conseil aulique n'envisagea point les choses du même œil que lui. Se flattant qu'Alvinzy était assez fort pour délivrer Wurmser, il rejeta la proposition de Moreau; ordonna au prince Charles de rappeler la division qui marchait sur le Vorarlberg, et de terminer la campagne par le siége de Kehl et de la tête de pont d'Huningue.

Les préparatifs d'un siége sont immenses et toujours très-difficiles, lorsqu'ils se font à un grand éloignement des frontières, et que des communications par eau ne facilitent pas l'arrivage de munitions. Or celle du Mein, très-loin de Kehl et d'Huningue, ne pouvait servir qu'aux transports de munitions tirées de Prague et envoyées par Bamberg à Mayence; encore n'était-elle praticable que sur la moindre partie de la route : les sinuosités de la rivière qui allongent le chemin, et l'embarras d'un double déchargement, équivalaient d'ailleurs aux avantages qu'on en aurait tirés. On ne devait donc compter que sur les approvisionnements qui existaient dans les places de Mayence, Manheim et Philipsbourg; et ce fut aussi la ressource à laquelle on eut recours. Tous les chevaux du pays furent mis en réquisition, pour amener, de ces trois places l'artillerie nécessaire au début de ces opérations; mais, quelque diligence que l'on mît à former l'équipage de siége, l'on ne put commencer les attaques régulières de Kehl avant les premiers jours de novembre.

Le fort de Kehl, proprement dit , est un carré bastionné avec deux ouvrages à corne, élevé sur les dessins de Vauban. Démoli après sa cession à l'Empire en 1738, ses fossés étaient comblés, et ses revêtements, détruits jusqu'au niveau du terrain à l'exception du bastion qui regarde le Rhin, dont l'angle flanqué tombait en ruines, à l'époque du passage de ce fleuve. On s'était occupé depuis, comme nous l'avons dit , d'en rétablir non-seulement les reliefs ; mais encore, d'y ajouter un vaste camp retranché. ( Voy. pl. XX.) Il n'entre pas dans mon plan de donner une description détaillée de ce camp , ni une relation des attaques et de la défense : c'est une tâche dont le général Dédon s'est fort bien acquitté. Je me bornerai à donner une idée succincte des principaux ouvrages dont il se composait. 1° Le premier des ouvrages à corne de l'ancien tracé, en remontant le Rhin, défendait les approches des ponts, et battait, d'un côté, le rentrant de la Kintzig , et, de l'autre , la plaine en avant du camp. Le second couvrait les approches du côté des îles de la Kintzig, en aval : une lunette avait été élevée entre ces deux ouvrages, dans le rentrant formé par la rivière. 2° A l'extrême droite, se trouvait un ouvrage à corne et plusieurs flèches pour la défense de l'ile d'Erlenrhin, qui formait en quelque sorte de ce côté l'appui du camp dont le fort de Kehl couvrait la gauche ; 3° Le camp retranché se composait d'une première ligne, appuyant sa droite au bras d'Erlenrhin; sa gauche vers l'ouvrage à corne du fort, près du village de Kehl qui était rasé. Au centre s'élevait une forte redoute avec des fougasses, nommée redoute des Trous-de-Loup, par les Français, et par les assiégeants, redoute de Souabe. En avant de la gauche, on avait retranché la maison de poste et le cimetière de Kehl, comme postes avancés. Une espèce de seconde ligne était formée par les retranchements quiliaient la redoute des Trousde-Loup avec celle du cimetière.Une autre grande redoute, fraisée et palissadée, couvrait le petit pont de communication qui conduisait de l'ile d'Erlenrhin à la droite du camp : enfin les approches de cette île étaient défendues par une redoute nommée le Bonnet-de-Prêtre, à cause de sa forme bizarre ; elle ne fut, au reste, jamais terminée. Un pont sur pilotis et un second de bateaux, jetés très près l'un de l'autre, assuraicnt la communi

cation de Strasbourg avec le fort de Kehl : afin de mettre ces ponts à l'abri des tentatives incendiaires, on avait construit une estacade vis-à-vis l'ouvrage à corne d'Erlenrhin. La communication de la rive gauche du fleuve à cette île, et à la droite du camp retranché, n'était assurée que par un pont volant : faute incompréhensible, puisqu'on avait à Strasbourg tous les matériaux nécessaires pour faire un pont de bateaux, bien plus sûr et plus commode pour le débouché des troupes.Au reste, ce pont volant fut couvert d'une lunette pour protéger l'embarquement. Quarante bataillons, aux ordres des généraux Desaix et Saint-Cyr, furent destinés à la défense de ces ouvrages. On en plaçait ordinairement 15 de service; savoir 6 à Kehl, 3 au camp retranché, 3 à l'ile d'Erlenrhin et 3 sur la gauche, dans les îles de la Kintzig. Outre cela, une réserve de 6 bataillons campait dans l'ile du Rhin. Ces troupes se relevaient par tiers tous les jours, afin que ce qui n'était pas de service pût reposer dans ses cantonnements. La position de Kehl, relativement à Strasbourg, rendait, pour ainsi dire, son investissement impossible. La faculté que les Français avaient de renouveler les troupes employées à sa défense, de les renforcer dans les occasions extraordinaires et de les pourvoir de tout, faisait présumer avec raison que sa résistance serait longue ; surtout, si l'attaque n'était pas brusquée dès le commencement. Bien des critiques ont pensé que si l'archiduc n'était pas en mesure d'entreprendre des opérations sérieuses sur la rive gauche du Rhin, rien ne l'empêchait du moins d'enlever aux Français les avantages de la défense de Kehl, en transportant le théâtre de la guerre de Manheim sur la Speyerbach ou la Queich, afin d'attirer Moreau vers Spire ou Frankenthal, et de l'obliger d'abandonner Kehl aux soins de la garnison du fort. Si les armées impériales avaient une supériorité bien décidée sur les Français, c'eût été en effet une manœuvre sage : mais il n'en était pas ainsi; et l'archiduc, forcé de laisser la moitié de son armée devant les débouchés d'Huningue, de Kehl et de Neuwied, n'aurait eu que fort peu de monde à porter sur la rive gauche du Rhin : Beurnonville lui eût facilement tenu

tête; et Moreau aurait accablé les détachements

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compromis devant Kehl. D'autres avis, peut-être mieux fondés, penchaient à tenter un coup de vigueur pour enlever Kehl d'assaut avant que les ouvrages fussent entièrement terminés et armés. Depuis la fin de septembre, il n'y eut qu'un corps d'observation autrichien devant ce fort : ce ne fut qu'à la fin du mois d'octobre, que la majeure partie de l'armée de l'archiduc s'y trouva rassemblée sous les ordres de Latour. On destina à faire le siége, d'abord 43 bataillons et 46 escadrons ; mais on y ajouta, bientôt après, 12 autres bataillons. Le reste de l'armée impériale cantonnait dans la vallée du Rhin ou observait la tête de pont. Le quartier général s'établit à Korck. Le parc de siége fut placé à Rappenhof; le grand parc, à Eckertsweyer. Les assiégeants employèrent presque tout le mois de novembre à élever des lignes de contrevallation : elles consistaient en quinze grosses redoutes, liées par des espèces de courtines. Le camp français se trouva ainsi entouré de retranchements, presqu'aussi forts que ceux dont on voulait faire le siége : les villages de Sundheim , Neumuhl, Auenheim et Bottersweyer, furent fortifiés et compris dans cette ligne. Ces longs travaux et la lenteur de la formation de l'équipage de siége, laissèrent le temps à l'infatigable Desaix d'achever les ouvrages, qui n'étaient pour ainsi dire qu'ébauchés à la fin d'octobre, et dont l'enlèvement de vive force n'eût pas coûté autant de monde à cette époque, que le siége régulier en coûta depuis. Le camp retranché, adossé au Rhin, n'avait pas de communication directe avec Kehl : il fallait rentrer par l'extrême gauche dans le fort; ou en longer le glacis, pour aller aux deux grands ponts. Les ouvrages de ce camp n'étant pas plus forts que les lignes de Turin enlevées par le prince Eugène en 1707, ni que celles de Mayence escaladées tout récemment par Clairfayt, il paraît qu'une attaque de vive force aurait réussi : en effet, les trois bataillons employés à la garde journalière du camp n'auraient pas été soutenus à temps pour le sauver; et des troupes ainsi adossées au fleuve eussent été fort compromises. Les Français, de leur côté, échappèrent l'occasiond'empêcher le siége, en se laissant environner de retranchements, sans faire la moindre tcntative

pour les détruire. Ce n'est que lorsqu'ils furent achevés et armés, qu'ils songèrent à les attaquer. Il est de fait que, laissant moins de troupes en cordon sur le haut du Rhin, et jetant un pont de plus vis-à-vis d'Erlenrhin pour faciliter ses débouchés, Moreau aurait attaqué avec toutes chances de succès le camp des Autrichiens, avant que la ligne de contrevallation fût terminée. Si, de son côté, l'armée de Sambre-et-Meuse avait attaqué Werneck sur le Mein pour forcer l'archiduc à de grands détachements, il est plus que probable qu'on aurait retardé longtemps le siége de Kehl, peutêtre même l'eût-on tout à fait empêché. Mais Beurnonville, au lieu d'agir avec énergie, passa six semaines, ainsi qu'on l'a déjà dit, à prouver qu'il ne pouvait rien entreprendre. Enfin, la tranchée fut ouverte dans la nuit du 21 novembre, et l'on poussa les travaux avec assez de vivacité pour creuser 2,600 toises de tranchée. Dans le même instant, Moreau combinait à Strasbourg, dans le plus profond secret, une sortie généraie pour détruire les travaux des assiégeants. Le 22, au point du jour plusieurs colonnes, formantensemble 16,000hommesd'infanterie et 3,000 chevaux, débouchèrent de l'ile d'Erlenrhin et de la gauche du camp, et dirigèrent leurs plus grands efforts contre la gauche des lignes de contrevallation, entre la Kintzig et le Rhin. Une des colonnes força les deux premières redoutes qui appuyaient les lignes au bras du Rhin. Une autre pénétra vers le centre, et s'empara de Sundheim et des deux redoutes contiguës à ce village; mais les Autrichiens s'étant maintenus dans trois redoutes entre ces deux trouées, et les troupes destinées à soutenir celles qui avaient obtenu ces premiers succès, n'ayant pu se déployer à temps, on fut obligé d'abandonner les lignes de l'assiégeant. Cette sortie causa les plus vives alarmes aux Autrichiens, et faillit avoir les suites les plus graves. Les Français, maîtres de Sundheim, n'avaient plus qu'un pas à faire pour tomber sur le grand parc d'artillerie à Rappenhof, et détruire d'un seul coup toutes les ressources réunies pour le siége. Si Moreau n'obtint pas ce brillant résultat, c'est que probablement il ne calcula pas avec assez de précision les mouvements de ses colonnes, faute de bien connaitrc l'emplacemcnt du parc de siége. Il faut convenir aussi que plusieurs circonstances fortuites contribuèrent à sauver ce précienx dépôt. Latour, et l'archiduc, en personne, se portèrent à la trouée que les Français avaient faite : six bataillons de travailleurs armés, qui revenaient de la tranchée sur la droite de la Kintzig, se trouvèrent heureusement vers Neumuhl prêts à marcher à l'ennemi, en attendant que le reste des troupes pût prendre part à l'action. Latour reprit avec eux la partie des lignes déjà forcée , et fut favorisé par un brouillard épais, qui lui permit d'en arriver très près sans être aperçu. Ajoutez à cela, que les colonnes françaises ayant à traverser une plaine marécageuse, devenue presque impraticable par les pluies , n'arrivèrent que très-tard sur les points d'attaque, en sorte que tout l'avantage fut bientôt du côté des Impériaux. Toutefois, les assiégés se retirèrent en bon ordre dans leur camp (1) : quoiqu'ils eussent enlevé neuf pièces de canon et fait quelques centaines de prisonniers, la perte fut assez considérable pour balancer le succès. Si Moreau avait exécuté cette attaque vingt-quatre heures plus tôt; qu'il eût rassemblé la veille 25,000 hommes dans le camp retranché, pour en déboucher, avant le point du jour, sur trois colonnes, nul doute qu'il ne fût parvenu à culbuter les Autrichiens : et alors, c'en eût été fait du siége de Kehl. Après cette sortie, les travaux se poursuivirent, sans éprouver d'autres obstacles qu'une vigoureuse résistance locale et le mauvais temps. L'attaque principale chemina sur la gauche de la Kintzig, et trois autres furent dirigées contre le camp et l'ile d'Erlenrhin. Il paraît qu'on multiplia trop les attaques vers cette île; car, lorsque le camp fut pris, on ne se trouva pas plus avancé contre le fort qu'auparavant : il faut que la crainte d'être enfilé par la gauche dans les cheminements contre cet ouvrage , ait déterminé les ingénieurs autrichiens à attaquer d'abord l'ile d'Erlenrhin ; mais cette crainte était-elle bien fondée ? c'est ce qu'il convient d'examiner. En jetant un coup-d'œil sur le plan, on voit que le camp retranché n'offrait pas

(1) Moreau fut atteint d'une balle morte à la tête : son aide de camp Lélée, fut dangereusement blessé. Le général Desaix eut un cheval tué sous lui, et reçut une forte

un système bien imposant de défense : en effet, la vaste étendue de son front n'était couverte que par la redoute des Trous-de-Loup. Celle-ci prise, le camp n'était plus tenable : sa communication avec l'ile d'Erlenrhin se trouvait rompue, et rien n'était plus facile que de conduire une attaque au milieu des ruines du village de Kehl, contre l'ouvrage à corne du fort. Si l'on avait donc poussé plus vivement la tranchée le long de ces ruines, la redoute des Trous-de-Loup eût été enlevée dès la fin de novembre, ainsi que les retranchements du cimetière. Alors, les défenses du camp tombées et l'ile d'Erlenrhin isolée, l'ouvrage à corne supérieur eût été attaqué avec succès : il est probable même que la garnison , n'ayant plus de communication avec la rive droite, n'aurait pas voulu se sacrifier pour la défense d'un fort dont toute l'importance se rattachait à celle du camp, et qu'elle aurait pris le parti de l'évacuer. Nous ne retracerons pas ici les détails des combats opiniâtres auxquels la marche du siége donna lieu, et dont les plus remarquables furent celui de l'Ile-Touffue, le 5 décembre ; les trois tentatives infructueuses des 10, 11 et 12 décembre sur la maison de poste de Kehl ; ni l'assaut, à la suite duquel elle tomba, le 19, au pouvoir des Autrichiens. Les pluies continuelles contrarièrent beaucoup les travaux dans ce terrain bas et marécageux. Les tranchées furent inondées durant une partie du mois de décembre : la pluie devint si violente, du 20 au 26, qu'il fut question de lever le siége, et d'abandonner le matériel dans la tranchée. Le feu des batteries commença dès le 28 novembre, et les ouvrages du camp étaient fortement endommagés, lorsque les Autrichiens l'attaquèrent de vive force, le 1" janvier, à cinq heures du soir. Le général Staader emporta la redoute des Trous-de Loup, avec une facilité qui prouva que cette tentative était beaucoup trop tardive. Les réserves des assiégés voulurent reprendre cette redoute; mais elles n'arrivèrent pas à temps : le feu des batteries autrichiennes, qui portait déjà

contusion à la jambe. Le comte de Latour eut aussi un cheval tué sous lui.

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