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au contraire, d'accepter un nouveau combat en rase campagne, on était sûr de le battre complétement; et Mantoue livrée à ses propres forces, avec une garnison déjà fatiguée, sans espoir d'être ravitaillée, ne tarderait pas à se rendre. Bonaparte prit donc toutes les mesures possibles pour atteindre ce but. L'espace entre Legnago et Mantoue est coupé de prairies marécageuses, de canaux, de ruisseaux, dont les plus remarquables sont le Tartaro, le Tione et la Molinella, affluents du Pô. Il était clair qu'en détruisant leurs ponts et profitant des autres avantages du terrain, la division Sahuguet, qui bloquait Mantoue, pourrait, avec des détachements inférieurs en nombre, arrêter la tête de colonne de Wurmser, et donner ainsi le temps à l'armée de l'atteindre, et de l'obliger à combattre dans un terrain où sa cavalerie lui serait plus embarrassante qu'utile.

En conséquence, la division Masséna, qui venait en une marche forcée de Montebello à Ronco, reçut l'ordre de passer l'Adige durant la nuit, et de se porter de bonne heure, le lendemain, à Sanguinetto. L'objet de son mouvement était de couper la route de Porto-Legnago à Mantoue, et de placer le corps de Wurmser entre deux feux. Des ordres furent expédiés au général Sahuguet de détacher une brigade à Castellaro, de détruire tous les ponts de la Molinella et du Tione; enfin d'occuper Governolo, par où l'ennemi aurait pu s'échapper en laissant Sanguinetto sur sa droite. Ce corps arriva par un marche forcée, au poste qui lui était assigné.

Le 10, au soir, Masséna réussit à passer l'Adige à Ronco, quoiqu'il n'eût, pour effectuer le passage, qu'un bac et de méchantes barques enlevées à l'ennemi. Augereau marcha de Padoue sûr Porto Legnago en s'éclairant à gauche avec soin, de peur que les Autrichiens ne se sauvassent par Castel-Baldo sur la direction de Venise et de Trieste.

Wurmser ne présumait pas que le même corps d'armée qui avait battu sa droite à Trente , et son centre à Bassano, le 5 et le 8 septembre , fût en mesure de lui couper la retraite de Porto-Legnago à Mantoue, après avoir passé l'Adige dans des bateaux. Il fit donc séjourner ses troupes pour les remettre un peu, et se mit en route le 11 septembre,

pour gagner Mantoue, laissant 1,800 hommes à la garde de Legnago. La division Masséna , quoique excédée de fatigue, n'en exécuta pas moins l'ordre qu'elle avait reçu de se porter sur Sanguinetto. Malheureusement deux chemins mènent de Ronco à ce bourg; l'un est direct , l'autre , qui passe à gauche, longe l'Adige, et va rejoindre la route de Legnago à Mantoue. C'était le premier qu'il fallait prendre pour devancer plus sûrement l'ennemi ; le guide choisit, au contraire, le dernier. Murat ayant donné à Cerea, avec quelques centaines de chasseurs, sur l'avant-garde du général Ott, culbuta plusieurs escadrons, mais ne tarda pas à être ramené. Alors Pigeon précipite la marche de son infanterie légère, malgré sa lassitude , traverse le village au pas de course, et s'empare du pont sur lequel les Impériaux devaient passer. Si toute la division Masséna eût été là, c'en était fait du corps de Wurmser; mais elle était encore trop loin. Après un moment d'étonnement et d'hésitation, dont il revint en voyant la faiblesse du corps auquel il avait affaire, Ott, encouragé d'ailleurs par la prochaine arrivée de la colonne qui le suivait. attaqua l'avant-garde française, la chassa du village de Cerea, et reprit le pont. Vainement Bonaparte s'y était porté au premier coup de canon qu'il avait entendu; il n'était plus temps, les Autrichiens avaient déjà filé. Quand on ne peut opposer une barrière d'airain à l'ennemi déterminé à se faire jour, il faut se résoudre à lui laisser le passage libre : le général français ne se trouvant plus en mesure d'arrêter son adversaire, se contenta de rallier l'avant-garde, et de la ramener à moitié chemin de Ronco à Cerea; elle ne dut son salut qu'à la valeur du 8° bataillon de grenadiers et au sang-froid de Victor. Cependant, le 12 septembre au matin, Masséna se remit en marche pour harceler Wurmser et l'attaquer en queue, tandis qu'il serait arrêté sur le Tartaro et le Tione par les troupes du blocus de Mantoue. La brigade Victor fut détachée pour compléter, sur la rive droite de l'Adige, l'investissement de Legnago, que la division Augereau formait depuis 24 heures sur la rive gauche. Masséna marcha toute la journée et arriva à deux milles de Nogara, sans atteindre l'arrière-garde impériale; ce qui fit présumer qu'elle avait passé le Tartaro. Ef. fectivement, les Autrichiens filèrent durant la nuit du 11 au 12 sur Mantoue, avec une telle rapidité, qu'ils entrèrent de bonne heure à Nogara. Le maréchal, instruit ici que les ponts de la Molinella étaient détruits, et que Sahuguet l'attendait à Castellaro, sentit qu'il ne fallait pas essayer de forcer ce poste, puisque, dès la pointe du jour, on s'était mis à sa poursuite, et que le moindre retard compromettrait sa colonne. Il ordonna donc à Ott de se porter, avec l'avant-garde, vis-à-vis de Castellaro, pour donner le change à Sahuguet, tandis que le reste des troupes filerait sur le pont de Villa-Impenta, qu'on avait négligé de couper. Ott devait ensuite se diriger sur le même point, et former l'arrière-garde. Bonaparte s'était flatté que les obstacles opposés à l'ennemi par Sahuguet sur la Molinella , lui donneraient le temps d'arriver pendant qu'il serait aux prises ; il ne lui pardonna jamais de l'avoir trompé dans ce calcul. Celui-ci avait encore aggravé sa faute en voulant la réparer. Informé que les Autrichiens passaient la Molinella à VillaImpenta, sur la droite, il s'était borné à y envoyer quelques chasseurs pour les harceler et retarder leur marche ; mais ces braves gens étaient en si petit nombre, qu'il les compromit en pure perte. Le général Charton, avec 300 hommes de la 12° légère, fut enveloppé par un régiment de cuirassiers, qui le sabra et fit déposer les armes à sa petite troupe. Legnago capitula le .12, après quelques pourparlers ; la garnison, forte de 1,670 combattants, déposa les armes le 13. Les Français trouvèrent dans la place 22 pièces de campagne attelées, avec leurs caissons; ils délivrèrent 500 hommes, pris dans les combats précédents. On voit, par le récit de ces événements, que Bonaparte n'oublia rien de ce qu'il était possible de tenter pour investir Wurmser et le forcer à se rendre en rase campagne : ses divisions n'eurent pas une minute de repos, et les quatre jours qui suivirent l'affaire de Bassano furent, comme ceux qui l'avaient précédée, une série continuelle de combats et de marches forcées.Si le pont de VillaImpenta avait été détruit, et que les guides eussent conduit les colonnes à Sanguinetto sans passer par Cerea, il est certain que le général autrichien n'aurait pas gagné Mantoue, parce que les

troupes de Masséna, liées à celles du corps de blocus, eussent été plus que suffisantes pour lui en fermer le passage. Resserré entre l'Adige et l'armée française, privé de son pont de Legnago, dans l'impossibilité de se retirer sur Vérone, rejeté dans le marais formé par le Tartaro, il eût été réduit à la nécessité de capituler. Le maréchal Wurmser ayant gagné Mantoue avec une cavalerie nombreuse et 8,000 hommes d'infanterie, il était probable qu'il chercherait à étendre son rayon d'activité, afin d'aider aux efforts que la cour allait faire pour le délivrer, et de ramasser toutes les subsistances, et notamment les fourrages dont il aurait besoin. La présence d'un corps d'armée qui aurait eu Mantoue pour appui, bien que réduit à la défensive, gênait trop l'armée française pour qu'on ne cherchât pas à le rejeter dans ses murs. Bonaparte n'ignorait pas combien la position de cette ville est défavorable à une armée qui veut en déboucher, et une fois qu'il aurait forcé son adversaire à y rentrer, il était sûr de le cerner avec moins de monde que n'en renfermait la place. Ces considérations le déterminèrent à diriger toutes ses forces disponibles contre Wurmser. Augereau se mit en marche, le 13 septembre, sur Mantoue, en passant par Governolo, débouché important sur le bas Pô et le Seraglio, dont il devait s'assurer, et où il avait ordre de ramasser les partis autrichiens jetés sur cette direction, et d'arrêter Wurmser lui-même dans le cas où il s'y porterait. Cette division devait se rabattre ensuite sur le faubourg Saint-Georges. Masséna se dirigea au centre sur Castellaro. D'un autre côté, Sahuguet se porta sur la Favorite; après un combat assez vif, où il obtint d'abord quelques succès, les Autrichiens ayant renforcé leur gauche, l'obligèrent à se retirer en abandonnant trois pièces de canon qu'il avait prises. Treize bataillons et 24 escadrons autrichiens campaient hors de la place. La cavalerie impériale, fière de son nombre, parcourait la campagne. Masséna voulant mettre un terme aux exeursions de l'ennemi, chercha à le surprendre. Le 1*, au matin, par un hasard assez heureux, les troupes légères autrichiennes, qui se gardent ordinai

rement avec tant de précautions, négligèrent ceto fois le service. Les Français arrivèrent jusqu'au camp sans être aperçus : la surprise fut complète; l'infanterie faisait la soupe; elle n'eut pas le temps de courir aux armes; la cavalerie était au fourrage à Mantoue. Tout semblait se réunir pour assurer aux Français une victoire complète; mais, soit que l'avant-garde de Masséna ne fût pas suffisamment soutenue, soit qu'elle ne profitât pas avec assez d'impétuosité du premier moment de désordre et d'épouvante, les plus braves d'entre les officiers autrichiens rassemblèrent quelques bataillons et l'arrêtèrent. Dans le même instant, le général Ott sortait de la place avec les escadrons qui revenaient du fourrage. La cavalerie impériale ne voyant que le danger, jeta ses trousses, et sans s'apercevoir qu'elle était à cheval sans selle, chargea les Français avec impétuosité. Ceux-ci ne purent résister à la violence du choc, et évacuèrent le camp en désordre. Masséna qui n'avait pas assez de forces sur ce point pour résister longtemps, eut peine à rallier ses troupes. Sans la bonne contenance du 20° de dragons, qu'amena fort à propos le général Kilmaine, il eût éprouvé un échec sensible.' - Ces combats qui, dans la réalité, n'étaient que des échauffourées, inspirèrent une confiance présomptueuse aux Autrichiens, et ce n'était pas un mal, puisqu'on désirait les engager à une affaire sérieuse hors de la place. L'arrivée de la division Augereau fournit bientôt l'occasion de le faire avec succès. (Pl. XXIV.) Masséna avait pris, dans la nuit, une position rétrograde vers Due-Castelli. Le 15, au matin, les Autrichiens, enhardis par les succès de la veille, firent une sortie générale pour exécuter un grand fourrage. Ils occupaient la Favorite et Saint-Geor

ges; leur ligne appuyait sa droite à la route de Legnago vers Motella, et la gauche vers SaintAntoine, sur la route de Mantoue à Vérone; de nombreux escadrons couvraient leur front. L'armée française était en position comme il suit : La division de blocus, aux ordres de Sahuguet, consistant en trois demi-brigades et six escadrons, formait la droite à cheval sur la route qui conduit de la citadelle à Roverbella; elle devait attaquer la Favorite, et faire face aux troupes de la garnison, qui s'appuyaient à la citadelle. La division

Masséna, qui comptait six faibles demi-brigades et quelques escadrons, formait le centre à la hauteur de Due-Castelli ; elle était tellement masquée par les avant-postes, que l'ennemi croyait n'avoir affaire qu'au corps de blocus. La division Augereau, commandée provisoirement par le général Bon, et destinée à former la gauche, n'avait, comme la première, que trois demi-brigades et six escadrons. Après avoir laissé un poste à Governolo, elle marcha sur Saint-Georges en longeant la rive gauche du Mincio par Formigosa, afin de tourner la droite de l'ennemi. Le combat s'engagea vers midi par la division Augereau, qui repoussa les Autrichiens vers Castelletto. Dès que Wurmser fut instruit du mouvement de cette colonne qui menaçait sa droite, il crut que les démonstrations de Sahuguet, sur la gauche, n'étaient qu'accessoires, et que l'armée française débouchait du côté de Governolo ; en conséquence, il dirigea son aile droite sur Tenca. Le combat commença à devenir plus vif sur ce point, et les Autrichiens y remportèrent des avantages, que l'apparition prochaine de la division Masséna sur le centre, devait bientôt changer en déroute. A l'instant où Lasalcette se portait avec vivacité entre la citadelle et la Favorite, Pigeon, qui avait passé par Villanova, tourna la plaine, où la cavalerie impériale aurait pu manœuvrer, et chercha à couper la communication entre la Favorite et Saint-Georges. .. Ces mouvements, en fixant l'attention des Autrichiens sur leurs ailes, les engagèrent à dégarnir le centre. Bonaparte n'attendait que ce moment pour l'enfoncer. En effet, dès que la marche d'une partie des forces ennemies sur le général Bon fut prononcée, la division Masséna s'avança avec impétuosité. La 18° de ligne en colonne serrée, par divisions, marcha directement sur Saint-Georges, conduite par Victor. La 32°, obéissant à l'intrépide Rampon, et soutenue par deux régiments de cavalerie, aux ordres de Kilmaine, se dirigea à la droite pour rejeter les Autrichiens sur la brigade Pigeon; le reste de la division soutenait ces deux attaques. Aussitôt que la droite des Autrichiens, qui pressait les troupes de Bon vers Tenca, entendit la violente canonnade du côté de Saint - Georges ,

craignit, avec raison, de se trouver coupée par la prise de ce faubourg, et se retira en désordre. Bon reprit alors ses avantages, et suivit vivement l'ennemi. La 4° de ligne lui fit nombre de prisonniers. Dans cet intervalle, le corps qui couvrait SaintGeorges avait été culbuté; la brigade Victor y était entrée pêle-mêle avec lui. Les Autrichiens, trouvant ce poste déjà occupé, se rejetèrent vers la citadelle. · Sahuguet, qui aurait dû emporter la Favorite, ne l'ayant pas même attaquée, ne se trouva pas en mesure de s'opposer à la retraite de l'ennemi. Dès lors, la droite de Masséna, en prise à des forces supérieures, soutint un rude combat : la 32°, volant au point menacé, s'y montra digne de sa réputation ; elle repoussa les Autrichiens, mais ne put rien faire de plus, parce qu'elle n'avait pas assez de forces à leur opposer, et qu'ils étaient d'ailleurs protégés par le feu des remparts et par leur cavalerie : néanmoins, ils essuyèrent des pertes considérables, plusieurs détachements coupés furent pris. Bonaparte fit porter quelques escadrons au soutien de sa droite, mais il était trop tard; Wurmser venait déjà de rentrer dans la place. Ces deux journées furent coûteuses aux deux partis : les Autrichiens eurent 2,000 hommes hors de combat dans celle du 15. Le résultat en eût été décisif en faveur des Français, si la citadelle n'avait protégé la rentrée des corps ennemis. Les généraux Victor, Saint-Hilaire, Bertin et Mayer y furent blessés. Ce coup de vigueur termina les opérations contre l'armée de Wurmser. En lisant le récit de ces événements, on ne saurait se dispenser de rendre hommage à l'habileté qui conçut ces entreprises, à l'audace qui les exécuta, et à l'activité qui en assura le succès. - A peine la garnison fut-elle reléguée dans Mantoue, que les Français fortifièrent Saint-Georges et la Favorite; en sorte que le maréchal fut dans l'impossibilité de déboucher de ces côtés; il resta cependant encore maître quelque temps du Seraglio, district fertile situé entre le bas Mincio et le Pô. Les forces qu'il avait dans la place montaient à 24 ou 25,000 hommes, dont 5,000 de cavalerie ; on y comprenait, il est vrai, une quantité de malades. Les fatigues, les privations, et plus encore l'air pestilentiel des lacs marécageux qui entourent Mantoue, en augmentèrent tellement le nombre, qu'à la fin du mois on comptait à peine 14,000

combattants : 9,000 hommes encombraient les hôpitaux, et le reste avait succombé. Des rapports officiels ont affirmé qu'après la bataille de Saint-Georges, les Français cherchèrent à attirer Wurmser dans une seconde affaire, et que ce fut le motifpour lequel ils ne gardèrent pas le Seraglio, et conservèrent seulement le pont de Governolo. J'ignore si cette assertion est fondée ; mais il est eertain que si l'on avait eu des forces suffisantes pour investir complétement Mantoue, on aurait mieux fait d'occuper le Seraglio que de laisser à la garnison les moyens d'en retirer les bestiaux, les fourrages et le bois, et de prolonger ainsi sa résistance en augmentant ses approvisionnements. Le 21 septembre, les Autrichiens s'étant portés avec 1,500 hommes de cavalerie à Castelluccio, les grand'gardes se replièrent comme elles en avaiènt eu l'ordre ; l'ennemi ne poussa pas plus loin. Le 23, les brigades Ott et Minckwitz attaquèrent Govcrnolo sur la rive droite du Mincio ; à la suite d'une canonnade très-vive et de plusieurs charges d'infanterie, elles furent repoussées avec perte de 500 prisonniers et de plusieurs pièces de CalIl0Il . Kilmaine, commandant le corps de blocus, garda ses positions jusqu'au 29, dans l'attente que les Autrichiens, excités par l'envie de rassembler des fourrages, chercheraient à sortir; mais ils demeurèrent campés à la Chartreuse, devant la porte Pradella et près de la chapelle de la porte Cérese. Legénéral français ayant été renforcé quelques jours après, se porta en plusieurs colonnes sur ces deux camps, que la garnison évacua à son approche, après une fusillade d'arrière-garde. Le 1" octobre, on s'avança jusqu'aux portes de Pradella et de Cérese, et la citadelle fut bloquée. Un détachement de cavalerie autrichienne, qui en était sorti la veille, se trouva pris; un autre, qui avait passé le Pô à Borgoforte, avec des fusils pour armer les habitants, loin de trouver l'appui qu'il espérait, fut poursuivi par les gardes nationales de Reggio, investi dans le château de Monte-Chiarugolo, sur le territoire de Parme, et forcé de capituler. Plusieurs autressorties, tentées successivement, attestaient à la fois l'activité du vieux maréchal et l'impuissance de ses troupes.

L'escalade dirigée contre le fort Saint-Georges, dans la nuit du 18, échoua de même complétement. Le reste du mois d'octobre s'écoula sans qu'il arrivât rien de remarquable : à cette époque, la garnison commença à manger des chevaux, et les maladies exerçaient de grands ravages. Tant de revers avaient anéanti deux belles armées; les événements extraordinaires se pressaient, et la fin de cette mémorable campagne devait voir, ou l'humiliation de l'Autriche, ou l'expulsion des Français de la péninsule italique. Pour prévenir de plus grands désastres, le cabinet de Vienne sentit la nécessité de délivrer Wurmser, et donna tous ses soins à organiser la nouvelle armée chargée de cette tâche. Mais avant d'aller plus loin, il est indispensable de reporter nos regards sur l'intérieur de l'Italie.

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La Lombardie, conquise à Montenotte et à Lodi, venait de l'être une seconde fois d'une manière plus glorieuse à Lonato, Castiglione et Bassano ; mais, pour la conserver, il fallait y poser les bases d'une puissance nationale. L'honneur de parcourir des provinces les armes à la main; cette stérile gloire de livrer des batailles pour le seul plaisir de les gagner; cette manie des conquêtes, qui conduisit Bonaparte à sa perte, ne paraissait pas alors sa passion dominante : son ambition, à cette époque, semblait aspirer à un but plus noble et plus louable. Arracher la belle Italie au joug monacal, et au système de féodalité quil'avaitdivisée en vingt principautés, de mœurs, d'institutions et d'intérêts divers : les réunir en deux ou trois corps de nation, et leur rendre toutes les sources de propérité et de grandeur : telle fut, dit-on, sa première pensée.

Les principes de liberté et d'égalité civile proclamés avec tant de solennité à la fin du xvIII° siècle, sujet ou prétexte de cette malheureuse guerre, et dont la nation française se servait comme d'un levier pour ébranler les puissances liguées contre elle, avaient exagéré aux petits princes, aux grands propriétaires de droits féodaux et à leurs adhérents, les dangers d'une invasion des républicains. Cette crainte les jeta aveuglément dans le parti de l'Autriche : et s'il était naturel qu'ils s'attachassent à la cause d'un gouvernement dont les institutions protégeaient un état de choses qui flattait leur ambition, il ne l'était pas moins que les Français cherchassent un contre-poids à leur influence, en intéressant à leur succès la classe nombreuse des savants, des négociants, des petits propriétaires, enfin de tous les hommes voués aux professions industrielles et mécaniques, par l'espoir de leur faire obtenir la jouissance des droits qu'ils convoitaient avec raison.

Les dispositions des habitants des villes favorisaient autant l'exécution des vues de Bonaparte, que l'esprit des habitants des campagnes lui était alors contraire. Ces derniers, plongés dans la plus profonde ignorance, imbus des préjugés qui leur faisaient regarder avec respect le joug qu'appesantissaient sur eux les nobles et les prêtres, virent proclamer avec défiance l'abolition des dîmes et des droits féodaux. Mais, après la dispersion des premiers rassemblements et la punition de leurs chefs, ils s'accoutumèrent bientôt à un ordre de choses qui leur promettait un meilleur avenir.

Ce fut dans la Lombardie qu'on chercha à semer les premiers germes de cet esprit national, sur lequel on fondait l'espoir de régénérer les Italiens de nos jours. Cette province, si célèbre par les discordes civiles qui la déchirèrent pendant deux siècles sous ses ducs ; et qui depuis avait été successivement la proie des Français, des Espagnols et des Allemands; naguère encore sous la puissance de la maison d'Autriche, dont elle supportait impatiemment la domination, parce que son gouvernement heurtait les mœurs et le caractère de la nation italienne; cette province, dis-je, conçut l'espoir de recouvrer son indépendance sous la protection des armes républicaines. Bonaparte, comptant trouver assez d'énergie dans les Milanais pour entraîner pa

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